Obsèques de M. Jean-George Treuttel, décédé... le 14 décembre 1826...

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Impr. de Crapelet (Paris). 1826. Treuttel. In-8 °. Pièce.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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DE
M JEAN-GEORGE TREUTTEL,
PARIS LE l4 DÉCEMBRE 1826,
À DE 82 ANS 57 JOURS;
ET INHUMÉ
SA CAMPAGNE DE GROSLAI, PRÈS MONTMORENCY,
LIEU DE REPOS DE SA FAMILLE,
LE 17 DÉCEMBRE 1826.
La Librairie de France, d'Allemagne et d'Angleterre vient
de perdre l'un de ses Membres les plus ; respectables, et la
Société l'un des hommes les plus zélés pour les progrès de
l'instruction et de la morale. M. JEAN-GEORGE TREUTTEL, ; l'un
des chefs de la maison Treuttel et Würtz ( originaire de
Strasbourg), doyen d'âge des Membres de la Confession
d'Augsbourg à Paris, à terminé son honorable carrière , le
14 de ce mois, à l'âge de quatre-vingt-deux-aus. Retiré des
affaire depuis près de quatre ans, il a entièrement consacré
les dernières années de sa vie à des actes de bienfaisance que
pendant sa longue carrière il n'avait cessé d'exercer soit par
des entreprises d'utilité publique auxquelles il a participé, soit
par dés établissemens d'humanité qu'il a fondés ou dont il a
été le promoteur.
( Extrait du Moniteur, feuille du 17 décembre 1826. )
DE
DECEDÉ A PARIS LE 14 DÉCEMBRE 1826.
LA, mort d'un homme de bien, du chef respectable
et vénéré d'une famille plongée dans le deuil, d'un,
ami de l'humanité dont toutes les actions tendaient
au bonheur de ses semblables, est une perte qui
intéresse la société entière. Les nombreux amis de
M. TREUTTEL réunis autour de son cercueil, et sur-
tout ceux de l'intérieur et de l'étranger, qui n'ont pu
partager la douleur commune, ni payer au défunt
un dernier tribut d'estime, d'attachement et peut-
être de reconnaissance, aimeront à trouver ici
réunis les différens discours qui ont été prononcés
à ses obsèques, le dimanche 17 décembre 1826,
soit à la maison mortuaire, soit au temple de la
rue des Billettes, soit à sa campagne à Groslai, près
Montmorency, où. sa dépouille mortelle a été inhu-
mée au lieu de repos de sa famille.
(4 )
DISCOURS prononcé a la Maison mortuaire, peu avant
l'enlèvement du corps, par M. JAEGLÉ, Pasteur-adjoint
de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg a Paris.
MESSIE uns,
Et vous, mes Bien-Aimés en Jésus-Christ!
LE spectacle qui élève le plus notre âme, lorsqu'elle con-
temple la société humaine, c'est de voir un de nos semblables,
en butte à toutes les épreuves de la Providence, lutter
contre celles-ci avec cette force et cette persévérance qu'une
seule chose peut donner ici-bas : la Foi, l'attachement à
un Dieu, à un Père céleste. Mais il n'est pas moins vrai que
notre regard s'arrête aussi volontiers sur l'homme de bien
qui, placé par le divin Modérateur de nos destinées, clans
une position favorable, sait se servir des avantages qui lui
furent accordés, à la gloire de son Dieu, et devenir ainsi, en
quelque sorte, une image vivante de cette éternelle sollici-
tude qui, d'un égal amour, veille sur tous les humains.
Tel fut, pendant une vie de plus de quatre-vingts ans,
M. JEAN-GEORGE TREUTTEL , dont nous allons dans quel-
ques instans accompagner les restes mortels à leur dernière
demeure.
Il fut ainsi, dis-je; et les pleurs d'une famille éplorée , Je
douloureux intérêt que témoigne cette assemblée entière, ne
me disent que trop que vos coeurs se resserrent à l'idée de vous
voir forcés à parler de lui comme d'un être qui a déchiré tous
les liens dont la Providence l'avait attaché à nos plus intimes
sentimens. Hélas ! nos yeux trempés de larmes ne peuvent
que le suivre dans la route qu'il a prise vers une nouvelle et
meilleure existence ! Mais qu'elle est belle et consolante
l'image qui s'offre encore à notre vue! Ne voyons point en ce
moment, ne voyons point toutes les qualités qui distinguèrent
notre respectable défunt comme citoyen, comme administrateur
d'une église, comme pratiquant un état des plus honorables :
ces murs qui nous entourent, nous rappellent que nous nous
(5)
trouvons dans le sanctuaire de cette vie domestique instituée
par le Créateur même, et qui devient pour tout homme bien
né , le lieu du développement des plus belles et des plus mo-
destes vertus. Oh! nous n'en sortirons pas sans en emporter
l'image du père que nous avons tous perdu ! Oui ! c'est ici
que ses sentimens paternels firent le bonheur d'une épouse ,
qui, avant de lui appartenir par la sainte union du mariage,
lui appartenait déjà par les soins les plus tendres qu'il avait
pris de son éducation ; c'est ici que ses sentimens paternels
élevèrent à une vie chrétienne des enfans chéris, et qu'ils veil-
laient avec le même zèle sur une deuxième génération : c'est
d'ici-que cette même bienveillance se. répandait, au-dehors;
qu'elle allait, mûrie par son expérience, enrichir de salutaires
conseils son semblable qui gémissait dans l'auxiété ; qu'elle
allait chercher le malheureux et prévenir ses. angoisses ; qu'elle
allait semer si souvent ses demandes pour de grandes infor-
tunes ou des institutions chères à l'humanité , qui lui étaient
étrangères , mais que sa charité, fruit de son imitation du
Sauveur, lui faisait considérer comme siennes : c'est d'ici que
si souvent il appelait à lui de jeunes compatriotes, et qu'il
leur offrait autour de son paisible foyer, un délassement
instructif, ou une main secourable. — Je fus de ce nombre;
et maintenant qu'avec vous je dois suivre son cercueil, ah !
mes regrets seraient trop amers , en contemplant sa touchante
image, si l'homme seul en ce moment devait parler. Mais le
saint ministère de la Religion du Christ m'a fait trouver assez
de consolation pour les partager avec vous, mes bien-aimés. En
traçant ce portrait du vénérable Patriarche de cette famille, en
représentant à mon esprit la vigueur d'âme qu'il possédait
encore sur son lit de douleur ; la pieuse résignation qui fut,
dirai-je son ange tutélaire? au milieu de ses peines; cette
physionomie même qui portait l'empreinte d'un si heureux
mélange de gravité et de douceur, ce front orné de la blanche
chevelure dont la vieillesse couronne l'homme qui s'approche
du but : oui, j'ai cru voir ce Siméon, ce mortel aimé de Dieu,
qui, un des premiers, put presser dans ses bras l'admirable
(6 )
enfant destiné à être le Sauveur du monde. « Seigneur! » dit cet
homme plein d'une joie divine, « Seigneur, tu laisses main-
« tenant aller ton serviteur en paix ? » Ces paroles, si elles ne
furent point prononcées, elles durent du moins être,dans ce
coeur qui a cessé de battre, puisque la conscience d'une vie
vertueuse y est demeurée. Et cette image, elle ne passera point!
Pour des coeurs aimans, pour des hommes convaincus que
leur âme est immortelle, le souvenir de ceux que le Seigneur
a appelés ne se flétrit pas; et ce n'est point quand on a vu
mourir un juste, qu'il est possible de douter d'un avenir
rémunérateur.
Non ! non , cher et respectable ami ! non tu n'es pas mort !
Tu n'es pas mort pour celui qui déjà t'a appelé devant son
trône ! Tu n'es pas mort pour nous qui n'avons que des
larmes pour te pleurer! Ici, où tu as vécu, ici tu vivras en-
core dans le coeur de ton épouse, dans les coeurs de tes en-
fans , de tous ceux qui t'ont connu , et qui n'ont pu se dispenser
de t'aimer, de t'estimer. Ombre vénérée ! reçois encore cette
assurance ! qu'elle te soit le gage de notre éternelle gratitude
pour ton amour, pour ton estime, pour tes conseils , pour
tout le bien que tu as fait ici-bas, et qu'un juge plus sage
connaît mieux que nous et saura mieux te rendre. Ton sou-
venir nous rendra meilleurs; car la vie d'un homme vertueux
est une leçon pour l'éternité. Nos pleurs tarissent cette pen-
sée auguste : l'homme te dit un dernier adieu ! le chrétien te
dit : au revoir !
Et toi, Dieu plein de bonté et de sagesse, fortifie de cette
espérance les coeurs navrés sur lesquels ta main s'est appe-
santie ; donne-leur la force de dire avec un saint enthou-
siasme : « Le Seigneur l'avait donné, le Seigneur l'a ôté; que
« le nom du Seigneur soit béni! » Fais-nous la grâce à tous
de compter nos jours, afin que nous en ayons le coeur pur,
et que, à la fin de notre carrière, nous puissions dire comme
Siméon, comme notre ami : « Seigneur ! tu laisses maintenant
« aller ton. serviteur en paix. » Amen.
( 7 )
SERVICE FUNÈBRE célèbré à l'Église consistoriale de la
Confession d'Augsbourg a Paris, par M. GOEPP , l'un
des Pasteurs de ladite Eglise, Chevalier de l'ordre royal
de la Légion-d'Honneur.
Béni soit Dieu, le père de nofre Seigneur Jésus-Christ, qui,
selon sa grande miséricorde, nous ,a régénérés en nous donnant,
par la résurrection de Jésus-Christ dl'entre les morts, une vive
espérance de posséder l'héritage qui ne peut ni se détruire, ni
se corrompre , ni se flétrir, et qui nous est réservé dans les deux.
Amen.
(Épître de saint Paul.)
MESSIEURS ET CHERS FRÈRES ,
Un de nos frères en Jésus T-Christ, M. JEAN-GEORGE
TREUTEL , libraire , membre et doyen d'âge du Consistoire de
notre église, époux de dame Susanne-Marie Würtz, natif de
Strasbourg en Alsace, vient de succomber à la mort,, à l'âge
de quatre-vingt-deux ans et-cinquante-sept jours.
Nous allons confier à la terre sa dépouille mortelle. Avant de
nous acquitter envers lui de ce triste et dernier devoir, élevons
nos pensées à Dieu, le suprême arbitre de la vie et de la mort ;
à Dieu de qui seul nous dépendons dans tous les instans de
notre existence, qui nous fait naître pour ce monde , et qui
nous appelle à de plus hautes destinées, au moment marqué par
son impénétrable sagesse.
Puisons dans ces religieuses pensées les instructions et les
encouragemens dont nous avons besoin dans ces momens de
deuil.
Pour nous y disposer, les enfans de nos écoles et la commu-
nauté chanteront alternativement les quatre premiers versets
du cantique n° 234, en ces termes :
L.
Près de quitter la terre,
A son heure dernière,
(8)
Le juste sans frayeur
Voit la mort qui s'approche ;
Nul regret, nul reproche
Ne saurait tourmenter son coeur.
II.
En paix avec lui-même,
A son heure suprême
Il ne redoute rien ;
L'esprit sain qui l'éclairé
Lui montre en Dieu son père,
Sa vie et son souverain bien.
III.
Le trépas qui s'avance,
Est de sa délivrance
Le signal consolant ;
Sans crainte, il envisage
Ce terrible passage,
Sûr du triomphe qui l'attend.
IV.
Il bénit, il console
Ceux que sa mort désole ;
Il implore sur eux
La paix, la bienveillance
Du Dieu dont la clémence
S'apprête à combler tous ses voeux.
Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu
le Père, et la communication du Saint-Esprit, demeurent avec
nous tous. Amen.
Ne nous lassons point de faire le bien; car noui en moisson-
nerons le fruit en son temps, si nous ne nous relâchons pas.
(Epitre de saint Paul aux Galates, chap. 6, 9.)
Quelle exhortation, Messieurs et bien aimés Frères en Jésus-
Christ , pourrions-nous présenter à vos réflexions qui fût plus
appropriée à la triste cérémonie qui nous assemble, et plus im-
(9)
portante que celle dont se sert l'apôtre saint Paul en s'adres-
sant aux fidèles de Galatie ? Ne nous lassons point de faire le
bien ! Si chaque jour, si à chaque instant de notre courte et
fragile existence, cette pensée, cette résolution doit être pré-
sente à notre esprit, combien ne doit-elle pas acquérir de
force et d'énergie dans une circonstance aussi imposante ! Nous
savons, il est vrai, que nous n'avons point ici de cité perma-
nente ; que nos jours sont comme l'herbe des champs, notre
durée comme celle d'un songe qui s'évanouit le matin, notre éclat
comme celui d'une fleur qui se fane au premier souffle du vent.
Mais dans les soucis, dans le tumulte et les distractions de la
vie, cette vérité si commune, et dont nous devrions soigneu-
sement conserver le souvenir, nous échappe ; et nous recher-
chons les jouissances, les honneurs, l'éclat de ce monde, comme
notre principal, comme irotre unique bien ; nous nous y atta-
chons comme si ces objets avaient de quoi satisfaire tous nos
besoins; comme si nous devions les posséder toujours. Ici,
tout nous en rappelle la vanité, le néant ; tout nous parle de
notre propre fragilité, de notre fin prochaine. Cette pompe fu-
nèbre, ce sombre appareil, ces sons lugubres qui nous ont ac-
cueillis en entrant dans ce temple , ce cercueil qui renferme la
dépouille d'un mortel que la Providence se plut à combler de
ses dons, et à qui rien de ce qui nous a été seulement donné
pour ce monde, ne reste maintenant; tout ici nous avertit que
ce n'est point sur cette terre que nous pouvons fonder notre
bonheur, un bonheur durable et réel; que ce n'est point cette
terre qui doit avoir nos voeux et notre attachement. Tout nous
dit : Homme, tu es poudre, et tu retourneras en poudre ; mais
en même temps une voix intérieure et céleste nous crie : La
partie matérielle et périssable de l'homme, le corps seul est
poudre; seul il retourne en poudre, avec ce qui était destiné à
le servir. L'esprit s'élève à Dieu qui l'a donné ; il s'élève à son
Dieu pour être rétribué selon ses oeuvres.
Nous savons que le vénérable vieillard dont la dépouille est
placée sous nos yeux, dont nous connaissons la vie honorable,
et dont nous déplorons aujourd'hui la perte, a de bonne heure,
( 10 )
et jusqu'au-dernier terme de ses jours, entendu et pratiqué le
conseil de la religion ; qu'il a travaillé avec zèle, qu'il ne s'est
point lassé de faire le bien. Et ne sommes-nous pas aussi forcés
à croire que déjà il a commencé à recueillir les fruits de ses
travaux, des fruits plus précieux que ceux qui ont pu en résulter
pour lui dans ce monde? La carrière qu'il a parcourue, et la ma-
nière distinguée dont il l'a fournie, nous autorisent à adopter une
telle pensée, à concevoir une si douce espérance. Un coup d'oeil
rapide que nous y jetterons suffira pour nous en convaincre.
M. Jean-George Treuttel naquit d'une famille respectable, à
Strasbourg en Alsace, le 17 octobre I744;
Elevé avec soin, il montra de. bonne heure des dispositions
prononcées pour les études, et notamment pour celle de la
théologie. Il y avait déjà fait des progrès remarquables,
lorsque, changeant de résolution, il entra dans le commerce
de la librairie, état dans lequel il pouvait continuer à satisfaire
son goût pour les lettres. Au bout de quelques années d'appren-
tissage passées dans la maison de son beau-frère, M. Koenig,
le désir d'étendre ses connaissances lui fit entreprendre des
voyages dans le midi de la France, en Suisse et en Italie. Dans
ce dernier pays, il eut l'avantage de se mettre en rapport avec
des savans du premier ordre, tels que les Winkelmann, le»
Pacciaudi, et d'autres dont il reçut constamment des témoi-
gnages d'affection et d'estime.
De retour de ces voyages, il contracta une association de
commerce avec feu M. Bauer, libraire à Strasbourg, dont il
devint, dans la suite le successeur. Peu après il épousa made-
moiselle Reckop , de Strasbourg. De ce mariage, qui dura peu
d'années , il n'eut pas d'enfans.
En 1782, il reçut en apprentissage son neveu, M. Jean-
Godefroi Wurtz, devenu plus tard son associé et son gendre ,
liaisons qui devinrent de jour en jour plus douces et plus in-
times.
Il se remaria, en 1785, avec demoiselle Susanne-Marie
Wurtz,sa nièce et aujourd'hui sa veuve. Il en eut douze en-
(11)
fans, dont neuf l'ont précédé au séjour de l'éternelle paix:
trois sont encore en vie.
L'orage de la révolution ayant éclaté à Strasbourg comme
dans le reste de la France, ces temps de trouble fournirent
au défunt l'occasion de rendre des services signalés à ses con-
citoyens. Le jour du pillage des archives de la ville, il vint
à bout par son énergie, non sans compromettre sa sûreté, de
sauver une partie des précieux documens conservés dans ce
dépôt, et d'arrêter le pillage en déterminant les princes de
Darmstadt et de Deux-Ponts à porter, sur le lieu du désordre,
leurs régimens, alors en garnison à Strasbourg.
Cette action courageuse, et la considération générale qu'il
s'était acquise, lui procurèrent bientôt de nouveaux moyens
de se rendre utile à ses concitoyens. A la formation du conseil
municipal, il y fut appelé en qualité de notable.
Ses fonctions, à cette époque désastreuse, ne furent pas de
longue durée. Destitué, après le JO août, avec tout le conseil
municipal, et obligé, comme ses collègues , à s'éloigner à
vingt lieues des frontières, il se retira à Versailles avec toute
sa famille , et y resta pendant près de deux ans sous la sur-
veillance des autorités locales.
Ce fut dans cette retraite que, de concert avec son neveu ,
devenu son beau-frère, il conçut le projet dé former un éta-
blissement de librairie dans la capitale, établissement qui ,
grâce à l'esprit d'ordre, à la sévère probité qui n'a cessé
d'y présider, a pris, depuis, de si beaux et de si grands dé-
veloppemens.
Ce qui, pendant toute sa longue carrière, distingua parti-
culièrement M. Treuttel, ce fut un sincère et vif intérêt pour
tout ce qui pouvait contribuer, d'une manière quelconque,
à l'amélioration de la morale publique; pour tout ce qui
pouvait hâter le progrès des lumières et propager des vérités
dont dépendent la prospérité des états et le bonheur des in-
dividus. A chaque période, et jusqu'au dernier moment
de sa vie, on a pu en remarquer des preuves touchantes.
Plus d'un littérateur, plus d'un savant dont il a su dis-
(12)
tinguer ie talent et les connaissances ; plus d'un homme en
place qui a marqué dans des fonctions relevées, a dû à sa
protection, à sa recommandation, à ses généreux encoura-
gemens, ses premiers succès dans la carrière qu'il parcourt
aujourd'hui avec honneur.Retiré à Paris, il ne devint point
étranger à sa province natale; il suivit avec intérêt, il favorisa,
quoique éloigné, les améliorations que le temps amena suc-
cessivement dans les institutions de l'Alsace ; il les médita , il
s'efforça d'en transplanter, dans le lieu de son nouveau do-
micile , ce qu'il y croyait applicable.
Vous entretiendrai-je du zèle qu'il a fait éclater au milieu
de nous, pour assurer à cette communauté les secours spiri-
tuels dont elle jouit sous le gouvernement de nos rois; de
l' édification qu'il nous donnait par son assiduité à fréquenter,
malgré son grand âge et en toute saison, nos assemblées reli-
gieuses; de son concours infatigable, et prolongé jusqu'à ses
derniers instans , aux travaux des respectables administra-
teurs de cette église (1)? Vous rappellerai-je ses charitables
efforts pour soulager et secourir l'humanité souffrante, partout
où l'occasion s'en présentait ? Ah ! mes Frères, tous comme
moi, vous avez pu connaître le pieux et zélé vieillard que nous
pleurons; vous vous le représentez avec sa vénérable cou-
ronne de cheveux, blancs, occupant, à côté de vos pasteurs,
sa place de doyen d'âge de notre Consistoire , ou s'approchant
avec une profonde dévotion de la table du Seigneur ; vous
savez tous qu'il fut l'un des principaux appuis de notre Église,
(1) Nous ne passerons point ici sous silence le tribut de gratitude
que notre défunt reçut, la dernière fois que sa santé, alors déjà sensi-
blement altérée , lui permit de se présenter à notre église. Le di-
manche 19 novembre dernier, les notables de la communauté , réu-
nis aux membres laïques du Consistoire, pour la réélection biennale
de ce corps, et présidés par M. Treuttel, comme doyen d'âge, votèrent
à leur vénérable Président des remercîmens touchans et unanimes , et
firent en même temps , pour la prolongation de ses jours , des voeux
qui n'ont pas dû être exaucés.

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