Observations critiques et raisonnées sur une brochure intitulée : "De M. de Villèle" ; avec des réflexions sur les élections actuelles

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Paimparé (Paris). 1822. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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OBSERVATIONS
CRITIQUES ET RAISONNÉES
SUR UNE BROCHURE
INTITULÉE :
DE M. DE VILLELE,
AVEC DES RÉFLEXIONS SUR LES ÉLECTIONS
ACTUELLES.
A PARIS,
CHEZ PAIMPARÉ, LIBRAIRE, PALAIS - ROYAL,
GALERIE DE BOIS, N° 250.
1822.
OBSERVATIONS
CRITIQUES ET RAISONNÉES
SUR UNE BROCHURE
INTITULÉE:
DE M. DE VILLÈLE,
AVEC DES RÉFLEXIONS SUR LES ÉLECTIONS
ACTUELLES.
IL faut convenir que l'esprit politique qui nous
anime fait des progrès vers le bien ; pour la pre-
mière fois une brochure qui parle de modération
vient d'être goûtée généralement; bien plus, elle
vient de faire une profonde sensation : ce nou-
veau langage plait, il séduit, il fait naître l'espoir
d'un meilleur avenir, Sans vouloir soulever le
voile qui cache la source de la brochure intitulée
de M. de Villèle, nous allons l'analyser, en exami-
ner le plan, en commenter et scruter les intentions,
et développer l'objet qu'on s'est proposé en la pu-
bliant.
Cette brochure, au premier abord, semble une
justification de la conduite de M. de Villèle vis-à-
vis les hommes exaltés d'un certain parti, comme
si un Ministre avait besoin de se justifier auprès
d'une poignée de mécontens avides de places et
de prérogatives , dont les intérêts sont absolument
(2 )
détachés de ceux de la nation par une absence
de plus de vingt années. Sans doute des hommes
nourrissant dans leur coeur des prétentions incon-
venantes ont pu concevoir des espérances illicites;
M. de Villèle, en recevant le portefeuille des
mains du Monarque, a pensé que, placé entre le
Roi et le peuple, il devait s'identifier avec la na-
tion, en épouser les intérêts et les soutenir contre
les cabales des deux partis ; mais si, comme le
prétend l'auteur de la brochure , le ministre vou-
lait de suite y parvenir , en affaiblissant le côté
droit et le côté gauche de la Chambre pour ren-
forcer le centre, ce serait une tactique de campagne
qui réussirait tout au plus pendant une session,
manoeuvre trop prompte qui serait suivie d'une dé-
fection complète : l'exemple de M. Decazes, qui a
voulu faire des concessions tantôt aux royalistes,
tantôt aux libéraux, en est une preuve irrécu-
sable, et tout homme qui voudra tenter un sem-
blable mouvement par des moyens directs y suc-
combera, n'importe la multiplicité de ses ressources
et la fécondité de son génie. Vainement essaie-t-on
de lutter contre les partis, la victoire que l'on rem-
porte sur les passions, n'a jamais qu'un succès
éphémère.
Certes, le gouvernement ne doit pas être le
jouet des factions , quel moyen emploiera-t-il
pour les comprimer ? Il ne fera point dans le sein
de la Chambre un appel aux passions , auquel
peu de membres répondraient ; il trouvera un
palliatif efficace dans l'amour que tous les Fran-
( 5 )
çais n'ont cessé d'avoir pour leur pairie ; c'est
une grave erreur de croire que chacun est ou roya-
liste ou libéral (1), les hommes raisonnables ne
sont point des hommes de parti ; les hommes de
parti sont exaltés et gâtent eux-mêmes la cause
qu'ils veulent défendre ; la majorité des Français,
l'essence de la nation, se compose de citoyens
possédans. Par citoyens possédans, nous enten-
dons les propriétaires qui ont, soit des biens ru-
raux , soit des biens de ville, soit des effets pu-
blics ou des valeurs de porte-feuille, soit des éta-
blissemens de commerce ou d'industrie. Or, nous
disons que les citoyens possédans ne sont nullement
attachés au triomphe du. parti royaliste ou du
parti libéral; ils désirent et ils sont intéressés au
maintien de la monarchie et des formes actuelles
du gouvernement; et si, sous l'ancien ministère,
dans des momens d'hésitation, ils ont envoyé à
la Chambre des membres ultrà-royalistes ou ultra-
libéraux, c'est qu'alors le ministère marchait sur
la ligne de l'arbitraire et s'écartait, des intérêts
nationaux ; mais du moment où la marche de
l'autorité inclinera dans le sens des citoyens pos-
sédans , ces derniers éliront des députés recom-
mandables par leur attachement au trône, à la
charte constitutionnelle, aux droits politiques des
Français et surtout par leur impartialité. Alors,
(1) Il faut observer ici que, par royaliste., nous enten-
dons ceux qui veulent la contre-révolution avec toutes ses
suites, et que, par libéraux, nous voulons désigner ceux
qui souhaitent une liberté illimitée, symbole de l'anarchie.
(4)
l'harmonie régnera entre la nation et le ministère,
et de cette nouvelle alliance résultera une défec-
tion complète dans le parti libéral et le parti roya-
liste ; le temps viendra retremper les opinions,
le pouvoir cessera d'être aux prises avec un public
fier et naturellement ennemi de l'oppression, mais
pour cela , il faut travailler à consolider, et non à
innover et à ressusciter.
Il est si vrai que les citoyens possédans sont ceux
qui conviennent aux affaires publiques , que dans
la Chambre des députés, les membres qui pos-
sèdent beaucoup font preuve de sagesse et de mo-
dération , tandis que ceux qui se font remarquer
aux extrémités de la gauche et de la droite , sont
des membres possédant peu : étant moins intéres-
sés au maintien de l'ordre social, ils redoutent
peu les commotions politiques. Parmi une foule
d'exemples que nous pourrions citer à l'appui de
cette assertion, nous nous contenterons d'en rap-
porter un seul. M. Voyer-d'Argenson, qui est un
très-riche propriétaire et en même temps du parti
de l'opposition, déclame-t-il avec exagération,
contre les actes du gouvernement ? non. Nous
respectons son opinion qui est selon sa conscience;
il est toujours prêt à prendre la parole pour si-
gnaler les abus du pouvoir, mais on ne le voit
point, comme certains membres de l'extrême
gauche, monter continuellement à la tribune
pour essayer d'entraver la marche du gouverne-
ment , ni pour aigrir les passions par des discours
également inconvenans et captieux.

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