Observations générales sur les hôpitaux, suivies d'un projet d'hopital... ([Reprod.]) / par M. Iberti,... ; avec des plans détaillés, rédigés & dessinés par M. Delannoy,...

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[s.n.] (Londres). 1788. Hôpitaux -- France -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1788
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
SUIVIES D'UN PROJET D'HOPITAL.
du à Rome.
8.
A
OBSERVATIONS
G É NÉ R A LES
SUR LES HOPI1 TAUX,
Suivies d'un Projet ^Hôpital*
JE fuis né en Italie; & dans ce pays,
comme dans tous ceux que j'ai parcourus
jusqu'à préfent, la pratique de la médecine
m'a mis à portée d'obferver des abus dans
le régimeMes, hôpitaux, & des vices effen-
tieIs dans leur conftruâion. Je n'ai été
étonné ni des uns ni des autres. Pendant
long-temps la charité publique a été plus
adive qu'éclairée tous fes fojW etoient
confacrés autrefois à entafTer des fecours
pour- les pauvres; toute fa gloire étoit de
les diitribuer avec profufion & elle croyoit
imiter ainii la libéralité du ciel, comme fi
la générofité de fhomme, qui a fes bornes
dans fow cœur, encore plus que dans fes
i*\
moyens, pouvoit être comparée à la main
du créateur, qui ne le ferme jamais. Cet
excès de zèle entraîna néceffaiïement beau-
coup de :*léfor$ires~que le progrès des
lumières a rendus plus ou moins fenfibles,
mais contre lefquels undemi-fîèeîe & plus de
réformes n'a pas encore fun% Ces réformes
ont été plus Énultipliéés en Italie & en
Efpagne que par-tout ailleurs; & s'il eft,
à cet égard un autre pays que ron doive
leur comparer, c'eft l'Angleterre où les
établilFemens de charité ayant été formées
pour la plupart dans des temps à peu près
éclairés, on a eu bien moins d'abus à déra-
ciner & où, par conséquent, le zèle des
hommes charitables a pu s'appliquer uni-
quement à la recherche des befoins & à
la cômbinaifon de nouveaux fecours pour,
les pauvres. ̃
Ce que j'ai pu obferver par moi-même
des hôpitaux en France, & particulièrement
ce qui vient d'en être publié par des per-
tonnes très-inftruites ne me permet point
'de douter qu'en général les hôpitaux de ce
<3)
Az
royaume ne (oient plus mal tenus que dans
presque ,.tout le relie de l'Europe. Sans
doute cet état de chofes ne pouvoit durer
plus long-temps au milieu d'une nation
inftruite; & la prote&ion que le gou-
vernement lui -même [accordé à ceux qui
recherchent les abus qui règnent dans
les maifons de chari de la capitale, eft
comme un engagement fàcré( qu'il prend
de les faire bientôt difparoître. Mais d'où
vient ces abus ont-ils exifté fi long-temps!
Comment dans un pays où les lumières font
entamées prefque à l'égal des richeflès, les
unes liront -elles pas plus ïèrv% jufqu'à
préfent, a réparer un des maux les plus
preiïàns de l'humanité, que les autres à le
découvre Gomment le goaiveroemerit a-t-il
pu ne regarder les hôpitaux que comme un
objet de furveillance fubalterne? Et quand
il àlloit julqu'à s'occuper des plaifirs des
riches,,pourquoi abandonner, en quelque
forte au hasard, les befoins dès pauvres
comme s^il jmportoit plus d'ajouter au luxe
-des grands, & de chercher des remèdes
U)
contre pîiy
iqaès qui accablent le peuple de toutes
parts. ̃•̃'̃'̃̃ ̃ ^;> D'v
-e problême tout
préfente cependant plufleurs données pour
D'abord
rêts qui par-tout veillent pour le maintien
âes abus une charité froide & :puftllanimé
qui n'ofe attaquer les défordres qu'elle con-
noît le mieux, ou 'ce zèle exagérateur, qu|
préfente toujours le
tables proportions v& dès^ lors .produit le
découragement & .fait diéfefpérer d'y trou-
ver un remède enfin, & ceci eft pa|ticulier
à la où
l!amour?propre ûait toujours par )ie mettre
¡ la place de fpftt
•fi fouvent, del'objét le. plus imporifent pour
.la nation, Je/Juel^jn
^épuife^n la
jn&!j&*&9 au
le former moyen en effet
tout lire, de tout parpourir & ©ù fera
(U
A3
enfuite le temps dé comparer^ de réflérfuF>
&, d'après l'examen de
idées, de choifir celles qui conduisent à des
principes invariables & à des bafes fixés
qui puiflèilt feruir aux opérations du gou?
vernement*
Mais indépendamment de ces rairons
qui s'appliquent plus ou moins: à tout cë
qui fe paire. en France qui y font jnan-
quer tant de réformes' exécutes ailleurs
avec ,facilité: une caufe a dû contribuer
beaucoup retarder fans, ce pays celte
des hôpitaux- Ces maisons été fon-
dées, pour là plupart, .paf: des. partie-
liers & le même efprit.qulpréfida a leur
établiflèjment ,.le même z^ie. qui dirigea
leurs
dant pl,ufî«urs tièdes, de manièréà ne laifler
aucun fiiiet^d'inquiétude fur ces afyles du
pauvre. Mais en les
la religion Pon
tuma à étra^*
]gers à toute autre efpèce de
& ron paru de cette
c V )
que rafl^bliUèment de la cha-
aux de.
(ordres' a été aflfez grande pour exciter des
réclamations & aire folliciter des fècoùfs
extraordinaires.) Le gouvernement, averti
«lors par .la voix publique, tourna enfin
ièsf égards vers les hôpitaux; & ce n'a
guère:été qu'à cette époque, qu'il a paru Ce
Souvenir de ce qu'il favoit fûrenient long-
temps auparavant; c'eft-à-dire, que les
établiflèmens de charité doivent être un
̃des grands objets de fa follicitude pater-
nelle;^ ,que s'occuper des pauvres, èft pour
lui un devoir des plus importans, ou même
un befbin qu'il ne Jauroit manquer de fatiÊ
faire fans risque.
Parmi les difïerens objets auxquels la
dtfcuffion relative à Vffiul-Dieu de Paris
a donné lieu on a été jufqu'à propofer
celui-ci: s'il ne dépendoit pas d'une bonne
adminiftration de prévenir le^ maux qu'elle
le contente à présent de guérir où ce qui
revient au même, s'il n'y a pas une efpècè
(71
A4
de gouvernement qui puifTe mettre des
bornes tous les genres de panions def-
truâives, & dans les innombrables combi-
'naifbns des maux qui aflaillent de toutes
parts la vie de l'homme, proportionner tou-
jours les fecours aux befoins. Au lieu de
cette quetlion oifeufe & à laquelle il étoit
pop aifé de répondre pour la propofèj-
jamais, j'aurois mieux aimé celle-ci les
anciens peuples connurent-ils les hôpitaux
tels qu'ils exiftent ? & quels établiflemens
pouvoient les remplacer chez eux? Je no
fais fi l'érudition s'eft beaucoup occupée dp
cet objet mais elle n'en pourvoit choifir
de plus intéreffant pour fes recherches &
les lumières qu'elle nous auroit fournies
là-defïus auroient fuffi pour lui faire par-
donner tant de travaux a peu près inutiles
dont elle fe fatigue depuis la,renaiflance
des lettres.
Dans cette branche d'adminilration
comme dans beaucoup d'autres nous
aurions peut-être 1 exemple. des
anciens j & ce ne ferait pas trop pour
ce,. que nous avons faire aujour-
d'hui -Td'être inftruits de ce qui fepaflbit
il y a quinze ou vingt fiècles témoins
les doutes qui viennent de s'élever au
fujet de la préférence à donner aux trai-
temens publics des hôpitaux fur kSfecours
privés adminiftrés individuellement aux
malades. Beaucoup d'excellens citoyens
beaucoup d'hommes inftruits, & même
quelques hommes d*Etat ont paru fe dé-
cider pour ces derniers. Cela pourroit
prouver tout au plus la mauvaifè adminis-
tration reconnue ée plufieurs hôpitaux:
mais cette queftion n*en mérite pas moins
d'être difcutée & elle eft propre à jeter
un grand jour fur la manière la plus-avan-
tageufe d'adminiftrer en général l#charité
publique, (i)
(1) On entend afiz généralement par charité
une.,vertu qui, comme lagénërofité par exemple,
fuppofe le facrifice d'un intérêt perfonnel à un
intérêt étranger: acception ne me paroit
point exacte. La charité, comme je l'entends i:i
̃i'rf"
Dans un ouvrage publié il y a peu de
temps, à Paris, je me fouviens d'avoir vu
le fyftême des traitemens domeftiques pro-
pofé comme le feul convenable ¡_¡pauvres.
D'âpres les vues exelufives de Fauteur, plus
d'hôpitaux, par conféquent plus de grands
bâtimens à conftruire ou à entretenir &
cet article feùl augmenceroit de plus d'un
tiers les fonds immédiatement .applicables
au Soulagement des malades les grandes
& dans tout le cours de cet ouvrage, eft non-feule-
ment un devoir d'humanité, mais encore une des
obligations les plus précifes de la fociété envers
quelques-uns de fes membres à qui elle doit tout
quand ils ne peuvent plus rien. Je ne dis point
ceci pour ôter aux gouvernemens le mérite qu'il y
a à s'occuper de la charité publique au contraire,
leur parler de leurs devoirs c'eft leur montrer,
finon les feuls, au moins les titres les plus folides
de leur gloire. Tout ce que je veux, c'eft que
le pauvre accepte, & jouifTe, fans crainte d'humi-
liation, des fecours que-la charité vient lui offrit;
& pour cela il faut bien qu'il fâche qu'il a des
droits à ces fecours,
refteroient Supprimées
autre avantage; & à la place de cette inuk
titudede chefs, de fous-ordres, d'employés
de toute espèce, l'auteur fubftituoit un petit
nombre de foeurs, & feulemenr un chirur-
gien payé pour chaque quartier. Quant
aux médecins chargés de vifiter les pauvres
domiciliés l'on fuppofoit qu'ils s'acquitte?
roient gratis de cette fonâion i caufe de,
la cojifidération qu'on y attacherait, des
diftinâions auxquelles cela pourroit les
conduire, & fur -tout à caufe des droits
que cela leur donneroit auprès du gouver-
nement, aux chaires & autres places lucra-
tives de leur art.
Aflurément rien n'eft plus fimple en ap-
parence que ce plan. Mais de trop grands
inconvéniens y font attachés pour qu'il
ibit jamais exclufivement admis, comme
fon auteur l'auroit defiré. II ne fuppofe que
des malades domiciliés; mais combien qm
rie le font pas ï & dans les capitales fui?-tout
où tant d'ouvriers de piomnce affluent, où
tant d'infortunés viennent fe cacher, y:
(«r
il rien de moins rare que 3e trouver
des gens fans domicile fixe ? Des maifons
publiques font donc néceflaires pour les
recevoir dans le cas de maladie.
D'après cela, un fyftême vraiment fage
& bienfoifant feroit celui qui uniroit &
feroit, four ainfi dire, aller de front les
traimnens privés avec celui des hôpitaux.
Par cette heureufe combinaifon l'éco-
nonne & l'humanité fe trouveroient éga.
lement refpedées car d'un côté* les trai-
temens domeftiques procurant à la charité
particulière des moyens de s'exercer il
refteroit moins à faire à la charité publique
qui, dans ce cas pourroit donner plus de
fois aux malades d^ hôpitaux & de
l'autre, ces hôpitaux" fubfiftant toujours,
on n'auroit jamais à craindre que l'affoi-.
bliffement du zèle de la piété & de toutes
les autres vertus fur lesquelles porteroit
principalement l'adivité des traitemens
privés expert un jour les malades à ne
recevoir que des fecours ou infuffifans, ou
adminiftrés avec froideur. Cette dernière
̃rt*T'
confidérarion eft de la plus grande
tance; Sl fon a fort bien preci-s
fément à ce fujet, que 4a|as tous les ôfejêta
d'adminiftration il eft au moins imprudent
de trop compter fur des reffources morales.
Elles font variables & précaires comme les
que tout ce que fait un bon gouvernaient
pour le bonheur ou le foulagement des
peuples, doit porter fur des bafes égale-
ment folides & confiantes ?
Rome a donné le premier exemple des
traitemens particuliers. combinés avec les
traitemens publics (i). L'Angleterre l'a
(i) De temps- immémorial, Rome eG divifée
en douze Rioni ou quartiers, à chacun defquels
font attachés un médecin, un chirurgien & un phar-
macien payés des deniers de la chambre apoflo-
lique., Ils doivent des foins absolument gratuits &
les remèdes néceffairetà tous les pères de famille,
dont le défaut d'avance eft attelé par un certi-
ficat des curés de leurs paroiffes refpeétives. L'on
pourra me citer quelques abus attachés à ce ré-
gime, mais ils font balancés & au-delà par les
lût
imitée & l'on, cite plus d'un hôpital dans
les Itôis royaumes, qui, a #ia .charge un
plus grand nombre de-malades domiciliés
ou externes pour me fervir du mot en
ufage pour cela, que d'internes. Mais ce
même plan a .été infiniment perfectionné
à Madrid,- fous les aufpices du minière
d'Etat, M. le comte de Florida-BÎanca;
&, à en juger feulement par les liftes pu-
bliées ces dernières années, foit des malades
domiciliés, foit dés hommes employés a les
fecourir,-il eft difficile -de croire que l'affif-
tance donnée à cette claflè d'infortunés
puifle être nulle part ni plus étendue, ni
plus économique.
avantages qui en réfultent; & l'on ne fauroit trop
applaudir à cette charité af&dueufe qui, pour ne
pas, priver*une famille de fon chef^ qui, pour ne
pas ôter à celui-ci la confolation d'être foigné
parles fiens, lui fait prodiguer chez lui des fecours
qu'il feroit f4r d'ailleurs de recevoir dans des hôpi-
taux connus en Europe par leur tenue, & au
nombre de ceux oû la mortalité eft la moins
grande.
Xh)
au haiard en Efpagne
lion fait combien étoit funefte l'effet de
ces diftributions gratuites auxquelles de
,riches particuliers & des prélats, dont la
piété furpalfoit affurément les lumières
confacroient tous leurs biens. Ces abus ont
cefle aujourd'hui des atteliers de charité fe
font élevés de toutes parts pour les pauvres
valides & par ce moyen on a fatisfait,
non-feulement à leurs befoins du moment,
mais encore verfé fur eux un bienfait à
demeure en leur donnant une indùftrie
qu'ils n'avoient pas, & avec elle peut-être
des mœurs dont la parefle & le défœuvre-
,ment les éloignoient (i). Pour compléter
(i) Les atteliers de charité font, fans contredit,
une des chofes dont la politique moderne doit le
plus s'applaudir. Ils font créer en quelque forte
aux pauvres les fonds deftinés à^eê nourrir; & ils
rendent ainfi utiles à l'Etat des n%îers d'hommes,
qui auparavant lui étoient à charge. Sous ce point
de vue, l'on peut regarder comme confidérable-
ment augmentée la population de l'Efpagne à
(li)
te fyftéme de charité, il ne manquoit plus
que de tranquillifer les pauvres dans leurs
laquelle il faut encore ajouter aujourd'hui les
Jitanos ou Bohémiens, qui, il n'y a pas encore
dix ans, étoient la honte & le fardeau de ce pays,
& dont la politique de M. le comte de Florida-
Blanc4 vient de faire à fon fouverain des fujets
fidèles & induftrieiix. Les papiers publics n'ont
prefque, pas paçlé de cette opération, tandis qu'ils
nous ont entretenu pendant long-temps de l'état
civil donné aux Juifs en Allemagne. Cependant
ceux-ci reconnoiffoient le frein des loix; ils avoient
une religion qu'ils refpeâ:oient,.un genre d'induf-
trie qu'ils cilfeivoient avec foin; & il n'y avoit,
pour ainfi dire qu'un pas à faire pour les aflîmilec
au refle des citoyens. Chez' les Jitanoi au con~
traire, rien de tout cela: répandus & errans dans
toute l'Efpagne, fur-tout vers le midi, ils nç
vivoient que de brigandage, & infe&oient tout
par l'exemple de leurs moeurs corrompues. Pour
les fiire rentrer dans la fociété, l'on avoit vaincre
les dédains de cette fociété accoutumée à les mé.-
pfiiêr, leur propre dépravation 8£ leur ignorance.
Tous ces obftacles ont été furmontés fans bruit,
fans convulfion, prefque fans efforts; & la chofe
(iO
Maladies, en leur ambrant des fècours
qu'ils pufTent recevoir au {ein
de leur famille & même partager au be-
foin avec elle. Or, c'eft ce qu'ont f4t les
traitemens domeftiques.
Ce feroit ici le lieu de donner au minière
patriote, aux encouragemens duquel Ma-
drid doit cette belle inftitution les éloges
Qu'elle lui mérite. Mais la voix du pauvre
le louera mieux que je ne pourrois faire;
& pour qui a tant de droits la rëeon-
noiflance d'une nation entière, ce feroit
trop peu des hommages? d'un feul homme
quelque fincères qu'ils puiflenf: être.
De même que des partifans des traitemens
domeftiques ont voulu les faire admettre à
l'exclufion des hôpitaux qu'ils prôpofoient
de fuppri.met., ou au moins de fubdivifer
en petits hofpices, il s'eft trouvé aûffi
des perfonnes qui ont voulu concentrer
qui honore peut-être le plus fauteur de cette révo-
lution c'eft qu'il n'en ait prefque pas été parle
hors, de TEfpagne.
abfolument
tî?)
Fi\
Absolument la charité publique dans ces
feuls hôpitaux & pour qui il n'y a que
dès inconvéniens à aller porter des fecours
aux malades domiciliés. En vain on a voulu
dire à ceux-ci que l'économie & le plus
grand foulagement du pauvre étoient atta-
chés à ce régime mixte; que pour celui qui
avoit un domicile & une famille, c'étoit
beaucoup de lui épargner un déplacement
fatigant, fouvent dangereux, & que raflif-
tance qu'il reçoit d'une femme, d'une mère
ou de fes enfans a un tout autre effet à
caufe de la jouiffànce morale qui, dans ce
cas, vient fe joindre au foulagement phy-
fique que le traitement des hôpitaux, où il
partagera avec mille autres les- foins 4e
quelques mercenaires qu'une bonne admi-
peut bien rendre exacts
plir leurs devoirs, mais rarement tendres
& compatiffans. Ces raifoos paroiflent
n'avoir fait fur eux que peu d'impreflion
& ils n'en ont pas moins rejeté tout ce
qui ne tend pas à réunir de vaûes
hôpitaux tous les
(le)'
ville. Cependant, quelque foît à cet égard
la fprce de leurs préventions, Une feroit
pas impoffible de les convaincre; & je
crois qu'on pourroit leur éxpofer pour cela
plus d'une confidératiôn, dont il n'a presque
pas été fait mention dans les nombreux
ouvrages publiés dans ces derniers temps
fur tout ce qui a rapport aux hôpitaux.
Jufqtt'ici la queftion, s'il convient ou
non d'aflifter chez eux certains malades
n'a été traitée que fous le point de vue
de l'économie qui en réfulteroit, & de
V influencé que pourroit avoir fur le trai-
tement les foins d'une famille attentive, &
moins malheureuse par la préfence d'un de
fes membres, que s'il lui avoit été arraché.
Mais bien d'autres rations fe préfenteront
encore quand on voudra faire attention
au genre des maladies y & la différence
des traitemens qui leur conviennent. Il
n'éft pas de médecin qui ne fe fdit con-
vaincu, en eftèt, qu'il^ehexifte beaucoup
dont la guérifon finôn^ incertaine au
.moins, très-longue dans les hôpitaux,
K*ii
B2.
$' opère avec moins ,-de, 4i|&culté clans la
pratique privée
composes,
plaies Carmes qui demandent un
%Qindr*
miafme çoiifidé-
ration eft de la -cliariti
publique étant de plus, grand
nombre ppfiîble
ne font pAs dans rét^
blifTementj, ou plutôt
cràihdçe un traitement îpng & compliqué
àplf
d'abord, ptrce malades abfprbe-
roient des foins, &
long-temps une place
efpaee
de parce
Tétat ^hôpitaux,, un
Séjour trop long dans peut
exposer a ̃$. contra^er
que on y a étéadmi|.
€e petit aorobre d'idées
.d'un très-grand je n;e
t«5
contente de les indiquer ici, parce que je
crois que cela fuffit pour nxer les incerti-
tudes des adminiftrateurs des hommes
charitables qui, également amis des trai-
temens publics & des trattemens domef
tiques, également portés par leur zèle à
admettre, à furveiller les uns & les autres,
ne fe décideront jamais que par des motifs
tirés de fétat des malades, & fur la pro-
babilité, qu'un traitement pourra leur con-
venir mieux qu'un autre.
Des confidérations d'humanité & l'obli-
gation de venir au fecours de ceux de nos
i'emblabîes que des maladies mettent dans
Fimpoffibilité de fe procurer une fubfiftance
à laquelle tout leur donne des droits, voilà
jufqu'k préfentle feul point de vue fous
lequel on nous a> fait envifager les hôpi-
taux. L'on a dit aux riches faites^part à
vos concitoyens infirmes d'une partie de
votre fuperflù ou craignez de les voir a
chaque pas venir vous importuner du fpec-
tacle de leur misère. A l'homme fenfible
on a repréfenté les befoins de fon propre
c«)
B3
«cœur; & quant à l'homme pieux; il a lïiffi
de lui fappelief les préceptes de l'évangile.
Mais d'où vient n'a- 1- on jamais parlé, m
aux uns ni aux autre, de l'utilité' ou
même de la néceflké des hôpitaux en tant
qu'ils contribuent plus que toute autre
chofe au perfectionnement de l'art de gué-,
rir, & qu'ils en éclairent prefque feuls la
pratique. Confidérés fous ce rapport Û
iritérefïànt, j'ai toujours été étonné du
degré médiocre de protection que nos gou-
vernemens ont paru accorder quelquefois
à ces établifïèmens & encore plus de Fef-
pèce d'indifférence avec laquelle la plupart
des médecins fe font accoutumés à les
regarder. Les premières réclamations qui
fe font fait entendre à Paris, contre le
régime fi monftrueux de l'Hôtel-Dieu,
font parties d'un architede, & des pèr-
fonnes peu inftruites ont pu croire' que
cet artifte avoit moins à cœur de relever
les abus de cet hôpital, que les vices de
fa conftruâion qu'il dïerchoit moins à,
défendre la caufe de l'humanité qu'une
C "• >
méde-
cin qui le premier fe feroit fait entendre
dans une difcuflion de cette importance
adroit été au-deflps de ces foupçons &
c'eût été pour lui un moyen de développer
devant le publie une vérité, qu'il eft d'au-
tant plus néceffaire de lui répéter, qu'il l'a
méconnue pendant plus Jbfl^- temps.
C'étoit un ufage généralement adopté
parmi les médecins de l'antiquité^ de fe
faire accompagner auprès des malades par
leurs difciples Se jamais méthode d'enfer
gneraent ne fut plus profitable que celle-là.
Par ce moyen, un jeune médecin, dès les
premiers pas qu'il faifoit dans la carrière,
s'aflbcioit en quelque forte à la gloire de
fôn maître il jouilïbit de fes fuccès comme
de fon expérience; &, franchiffant ainfi
Ilintervalle immenfe qu'il lui eût fallu par-
courir fans cela dans les détours d'une
pratique incertaine & routinière il fe
trouvoit au moment de montrer feul,
avecunionds confidérable d'obfervations,
un ta&, pour ainfi dire, tout fait &cette
̃•(̃43
B4
jufte confiance en foi-méme qui élèves
au-deflfus du tâtonement de l'empyrifme,
& difpenfe du manège. de l'intrigue, ainfi
que du charlatanifme des difcours. Cet
ufage de s'attacher au moins quelques
élèves, qui a duré affez généralement
parmi les médecins,. jufques vers le mi-
lieu du dernier fiècle, fubfifte toujours en
Efpagne & en Italie, & s'il falloit prou-
ver l'utilité de cette méthode, j'oièrois
me citer moi-même; & ce me feroit une
occafiori de parler avec autant de vérité
que de reconnoiffance, de ce que je dois
aux maîtres qui, dans ces pays, me per-
mirent pendant. long -temps de les accom-
pagner dans leur pratique. Mais cette fource
d'intrusion eft déformais fermée pour les
trois quarts de l'Europe. Quels moyens au-
ront donc- les jeunes gens pour fe former
de bonne heure à la pratique de la méde-
cine ? Je n'eh vois point de plus fûrs que
ceux que leur présente la fréquentation. des
hôpitaux, avec des médecins inftruits, qui
compteront au nombre de leurs devoirs
(H)
& parmi les titres de réputation, de
rendre compte de leurs observations, de
leurs procédés curatifs & de bien faire
faifir à leurs élèves le diagnostic des mala-
dies qu'ils ont fous les yeux.
Ce qui a. le plus contribué à établir
la célébrité de l'école, d'Edimbourg, & a
.rendre fes profefTeurs jugement respectés
dans toute l'Europe, c7eft cette excellente
méthode de faire étudier à leurs difciples,
au lit même des malades, la marche des
maladies & l'effet des remèdes prefcrits;
c'eft la fréquentation habituelle des hôpi-
taux, qu'ils ne ceffent de recommander
ce font ces leçons récapitulatoires où l'on
difcute la méthode des traitemens employés
avec les malades de la femaine, & où il
n'en par rare de voir les profeffeurs s'ac-
culèr eux-mêmes de leurs méprifes ana-
Iyfer la caufe de leurs erreurs, & enfetgner
à les éviter enfin, ce font les confultations
des principaux médecins de l'hôpital où
les élèves font admis & peuvent propofer
leurs idées. Or, toutes ces chofes, fi fort
ri*ï:ï'
négligées ailléurs, font bien dignes d'être
imitées, ou même commandées s'il le fal-
loit,
Ce n'eft point tout d'avoir femih'arifé
ainfi de bonne heure les jeunes médecins
avec l'habitude d'une pratique' réfléchie
& de leur avoir procuré, par des jhoyens
aïfés ce tact, cette expérience' fi nécef-
faire dans l'exercice de leur état, Se que
toutes les études théoriques ne fauroient
remplacer; en faifant des hôpitaux les véri-
tables écoles de la médecine on les rend
doublement respectables aux yeux de l'hu-
manité & l'on intéreffe au maintien du
régime & la profpérité de ces établif-
femens ceux même que des goûts frivoles
& les diftracHons continuelles du luxe
rendent indiffèrens & dédaigneux pour
tous les genres d'inUruftion & pour les
progrès des fciences excepté peut-être
pour ceux de la médecine.
Ce qui fut fait d'abord à Edimbourg,
on le voit exécuté aujourd'hui dans la plu-
part des grands hôpitaux d'Angleterre,.
mieux tenus
de On ne peut que faire des
nant une -partie vraiment eflentielle de
radminiftration intérieure, de vienne géné-
rale. D'elle feule me paroinent dépendre
les progrès que Ton peut faire encore dans
l'art de guérir; car, outre les études pra-
tiques que les hôpitaux fotirnifTent rocca-
fion de faire aux élevés en médecine, ce
n'eft guère que la que l'on peut tenter avec
fuccès ces eilais que de nouvelles obferva-
tions ajoutées aux anciennes, les décou-
vertes de la cliymie moderne, celles de la
botanique, enfin les bornes trop reflerrées
de la médecine & l'inefficacité de tous les
moyens connus dans certains cas, doivent
naturellement inipirer. Dans la pratique
privée, environné de gens livrés aux pré-
jugés, un médecin ii'ofe guère fortir des
routes battues. Avec des malades d'hôpital,
il s'affranchit fouvent des règles communes,

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