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Océan d'amour, océan de la peur

De
31 pages

Maémie est une petite fille de huit ans, vivant avec ses parents aux abords de l'océan. Un tremblement de terre puis un tsunami dévaste tout sur son passage. Elle est sauvée in extremis de l'eau. Ses parents sont introuvables, elle va devoir suivre des inconnus au travers la ville réduite en miette et va faire face au massacre qui est devenu sa vie d'enfant.


***
Extraits :


De mes petits bras je serre le tronc de toutes mes forces et m’appuie de mes jambes pour monter. Ma mère a du mal à se hisser. L’eau arrive sur nous, elle nous fouette violemment. Le courant est fort, si fort ! Ma mère me remonte un peu plus haut pour que je puisse être hors du courant. Je vois cet océan noir passer sous mes yeux, des débris en tous genres qui culbutent les maisons et finissent par partir plus loin.



Les odeurs nauséabondes se mélangent. Depuis combien de temps n’avons-nous pas pris de douche ? L’eau potable est réservée pour s’hydrater et seulement pour cela. Mes cheveux portent encore les nattes que maman m’a faites le matin même du drame ; je ne les ai pas enlevées depuis je ne sais combien de temps, j’ai perdu toute la notion du mois, du jour, et même de l’heure...



Nous arrivons dans ma rue, enfin ce qui était ma rue... ma maison est là, devant moi, le mur est noir de crasse jusqu’à une bonne hauteur. La porte a disparu et juste à l’entrée, je peux apercevoir l’intérieur ; il n’y a plus rien, plus rien de valable. Un petit espoir revient quand j’appelle « maman, papa ! » mais ce n’est que l’écho de la pièce vide qui me revient.



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Jocelyne Tribot Océan d’amour océan de la peur Illustration : Néro Publié dans la Collection Electrons Libres,
Dirigée par Amélia Varin
© Evidence Editions 2017
Prologue
Le sable chaud sous mes pieds, cette plage où j’ai passé mon enfance. L’océan qui accompagnait notre famille sur notre bateau de pêch e. Mon père qui travaillait dur pour nourrir notre ville des poissons qu’il pêchait avec fierté. Ma mère qui s’était lancée en tant que serveuse dans un hôtel répu t é , après qu’elle se soit assurée de mon autonomie. Tous les matins mon père partait sur son bateau avec un petit équipage, ses amis. Qu’il payait avec le surplus de poissons pour pouvoir nourrir leur famille. Ma mère restait avec moi pour le petit déjeuner puis m ’accompagnait jusqu’à l’école où ils m’avaient inscrite récemment, juste à quelques mètres de son travail.
L’été, je demeurais seule dans notre petit appartem ent et attendais le retour de ma maman pour enfin aller me promener, puis elle repar tait quelques heures plus tard pour le service du soir. Beaucoup de clients étrangers s éjournaient dans cet hôtel luxueux, que même nous n’aurions pu nous payer avec l’argent de mes deux p arents réunis. L’hiver, les touristes étaient moindres. Pour nous, p as de saisons, le travail effectué pour la clientèle nous faisait vivre à leur rythme. Ma maman était plus présente pour moi et m’amenait à la plage et nous parcourions les rues et les ruelles à la recherche de légumes ou du riz pour accompagner le poisson qu e mon père nous rapportait chaque soir. Quand enfin il passait la porte, senta nt une forte odeur de crustacés, il essayait de la faire disparaître avec le savon et l a bassine qui se trouvaient dans la pièce jonchant la salle pour manger et dormir. Une fois l avé, plutôt débarbouillé… avec cette odeur qui pestait toujours dans mes narines, il venait s’asseoir avec nous sur les coussins posés sur le sol. Le sourire aux lèvres, i l nous regardait avec fierté. Son métier ne lui permettait pas de savoir s’il pourrai t rentrer chez nous le soir, le lendemain ou plus jamais. Je l’admirais du haut de mes huit a ns, je lui avais déjà demandé de venir avec lui pour profiter de naviguer sur cet oc éan, cette eau qui parcourt le monde, la terre. Celle qui s’étend sur tous les pays, qui voyage de langue en langue et qui cache les plus beaux secrets et les plus beaux mamm ifères. Je l’aimais plus que tout.
Ma vie d’avant
Ce matin est un matin comme les autres. Ma mère me prépare un peu de lait qu’elle fait réchauffer sur le feu de bois de la cheminée. Elle l’a acheté hier auprès de ce commerçant qui se poste tous les jours dans notre r ue, pour proposer ses produits laitiers et frais. Je me lève de mon lit qui se tro uve dans le coin du séjour, à l’opposé de celui de mes parents, juste séparé par un tissu épa is. Je sais que, bientôt, il faudra que je laisse de la place pour mon petit frère ou ma pe tite sœur. Maman ne m’a encore rien dit, mais j’ai vu son ventre s’arrondir un peu. Ell e le cache. Je pense qu’elle a peur de perdre son travail de serveuse… Je me déplace dans la salle d’eau et à l’aide du pichet je verse juste ce qu’il me faut pour me rafraîchir. Ma maman m’a bien appris à le faire toute seule comme une grande, depuis des années. Je crois que j’avais quatre ans quand elle a commencé à me montrer. Je passe cette serviette éponge sur mon visage et mon corps pour me débarrasser de cette poussière que ma transpiration a collée sur ma peau. Notre sol est en terre battue et au moindre filet de vent qui passe sous la porte d'entrée, de la poussière voltige dans toute la pièce.J’enfile mon tee-shirt blanc que ma mère a lavé et séché sur les fils qui traver sent le plafond du séjour, ainsi que mon short rose que j’ai choisi le mois dernier, dan s cette boutique de vêtements que ma maman voulait surtout éviter, car elle disait qu e c’était trop cher. Devant mes pleurs, la dame avait fait une bonne remise pour que je pui sse l’avoir. Mes habits sont posés sur le côté de l’évier qui ne donne plus une goutte d’eau depuis des années. Je les enfile rapidement puis pars m’asseoir en tailleur s ur les coussins pour déguster ce bon lait chaud, car je ne sais pas si demain, j’en aura i à boire dans ce bol jaune.
Il paraît qu’hier c’était Noël, je n’ai rien vu de différent par rapport aux autres jours de l’année à part mon père qui m’a ramené cette étoile de mer qu’il a récupérée dans ses filets de pêche. C’était mon cadeau pour cette fête . Je sais que dans des familles, ils s’offrent beaucoup de présents emballés dans de som ptueux papiers-cadeaux. Il paraît même que les enfants croient à un papa qui viendrai t du ciel leur apporter des jouets sous un sapin décoré. Je le sais, c’est mon profess eur qui nous en a parlé, nous avons tous été attentifs et rêveurs pour cet instant magique auquel nous voudrions tous croire. Mais cette magie n’existe pas à la maison… pas de s apin, pas de papiers-cadeaux et encore moins quelqu’un qui dépose des présents chez nous.
Après avoir fini de manger, je plonge mon bol dans la bassine moussante. De ma petite main je passe à l’intérieur, pour en nettoye r les dépôts qui s’y trouvent, puis le rince dans l’eau propre du seau que ma mère a été c hercher hier pour laver notre
vas genoux qui sont repliés devantisselle durant quelques jours. Je me pose contre se elle, mon dos droit, ma chevelure tombe jusqu’en ha ut de mes fesses. Elle passe la brosse sur mes cheveux tout emmêlés, tirant de la r acine jusqu’aux pointes avec douceur. Ils sont enfin lissés. De ses mains, elle rassemble quelques mèches pour m’en faire une natte sur les deux côtés, puis les r egroupe à l’arrière de ma tête pour en faire un chignon qu’elle fixe avec de petites éping les. Aujourd’hui, maman m’a promis de m’emmener à la plage et manger une glace en terr asse devant l’océan, puis de nous balader un peu dans le marché pour trouver que lques légumes pas chers. Je suis heureuse de rester avec ma mère durant toute la jou rnée, cela fait si longtemps que nous n’avons pas passé des heures entières, juste e ntre nous deux.
La plage est déserte en cette matinée, le sable cha ud sous les jambes, je construis mon château tant bien que mal, juste à l’aide de me s petites mains. Quelques personnes marchent en longeant l’océan. Certains to uristes arrivent avec des parasols et s’étendent dessous, contemplant les passants qui font du vélo sur la petite route bordant l'étendue de sable. J’ai déjà regardé des h eures durant ces personnes où l’on ne voit que le haut du corps, le reste étant caché par le muret de pierres, en imaginant à leurs pieds des skates volants comme j’ai pu voir certains enfants de touriste parcourant les rues avec leurs engins à roulette. M a mère, elle ferme les yeux, allongée sur le dos, j’ai l’impression qu’elle s’est assoupi e sans vraiment s’en rendre compte. Je la regarde, elle est si paisible et si belle. Son v isage est doux, même pas une ride comme les autres mamans que j’ai pu voir, criant su r leurs enfants pour qu’ils ne courent pas dans les rues, devant les caisses de ma rchandises qui ne tiennent qu’avec des tréteaux.
Elle ouvre les yeux, subitement puis m'observe la c ontempler. J’ai détourné les miens pour éviter d’expliquer ce que je ressens qua nd je la regarde. Je l’aime plus que tout, mais je me sens seule, tout le temps seule. Q uelques minutes après son réveil, elle se redresse restant assise et dissimulant sa p etite...