Odes patriotiques : hommage offert à S. M. l'Empereur Napoléon III / par Casimir Clausade,...

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impr. F. Foix (Auch). 1861. 1 vol. ( 60 p.) ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1861
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ODES PATRIOTIQUES.
LE RETOUR DE L'EMPEREUR
a)
(15 DÉCEMBRE 1840).
Qu'un jour la civilisation disparût de notre vieux
continent; qu'il restât des poésies, des chroniques,
des médailles, des ruines; qu'à travers les ravages
du temps, l'historien lût le même nom inscrit sur la
pierre de l'Escurial, sur le marbre du Capitole, sur
le granit des Pyramides; qu'il le trouvât dans les
débris de Schoenbrunn, de Potsdam, du Kremlin,
comme sous les sables des déserts, ajouterait-il foi
aux témoignages qui feraient de ce nom celui d'un
seul conquérant?...
Cet exil sur un écueil solitaire, en face du géant
Adamastoiv cette agonie de Prométhée, tiennent de
la mythologie plus que de l'histoire.
Tout est homérique, tout est fatal, tout est pro-
digieux dans cette grande vie !...
SALVANDY".
Nos canons ont mugi comme aux jours des batailles,
Comme aux jours où leur voix ébranlait les murailles
De Saragosse ou de Berlin;
Maintenant cette voix roule dans ton enceinte
Tous les grands souvenirs, ô cité noble et sainte,
Depuis Toulon jusqu'au Kremlin.
(1) Extrait du Recueil de Poésies publié par l'auteur en 1846.
- 6 —
Roi, princes, à genoux! peuple, à genoux!.. Silence!
La mer avec respect sur son abîme immense
A vu le cortège et son deuil.
Ecoutez! c'est le flot qui gémit au rivage;
On dirait tout un peuple accouru sur la plage
Pour voir le magique cercueil.
Il approche !... et Paris, cette ïhèbe aux cent portes,
Autour du char funèbre appelle ses cohortes;
Au noble appel nul n'a failli.
Peuple, chefs, magistrats, tout marche, tout se presse,
Et la foule ondoyant, comme folle d'ivresse,
La foule immense a tressailli.
L'Empereur!., c'est le cri que l'Europe effrayée,
Par son souffle de feu tant de fois balayée,
Appréhende d'entendre encor :
Car l'Europe à ce cri s'accroupit d'épouvante,
Comme, aux sommets des monts, la brebis palpitante
Sous le vol brûlant du condor.
L'Empereur !.. et ce nom va traversant l'espace,
Pareil au roulement d'un orage qui passe
Au fond de l'horizon noirci;
Et celui qu'invoquait chaque jour ta colère,
Celui que tu pleurais en ces temps de misère,
L'Empereur!.. France, le voici.
Halte, place au géant!., son ombre colossale
S'avance lentement sous l'arche triomphale
Où tant de beaux faits sont inscrits.
Le cortège s'arrête, et tous les canûns grondent,
Et six cent mille voix à leur fracas répondent
Par un long tonnerre de cris.
Oh! comme il désirait, ce peuple qui bouillonne,
L'enlever dans ses bras, et puis de la colonne
Prendre le glorieux chemin !
Mais pour ne pas troubler la merveilleuse fête,
Le peuple avec respect a détourné la tête
Et retiré sa grande main.
Le cercueil a repris sa marche solennelle;
Allons !.. car tout est prêt dans l'ardente chapelle
Pour tant de gloire et de malheurs.
Un auguste prélat, digne des jours antiques,
Le front pâle et rêveur, sur ces grandes reliques
Répand l'eau bénite et des pleurs.
0 sublime moment que Dieu même regarde!...
Maintenant, approchez, vétérans de la garde,
Le crêpe au bras et le front nu.
Approchez.,; Est-ce là son visage sévère?
Est-ce votre Empereur, votre ami, votre père?..
Soldats, l'avez-vous reconnu?
Est-ce lui qui jadis, dans les plaines N umides,
Vous donnant pour abri l'ombre des Pyramides,
Guidait votre brûlant essor?
Est-ce lui qui, vainqueur sur la mer Césarée,
Franchissait du Jourdain la rive vénérée,
Et d'un bond montait au Thabor?
- 9 —
Compagnons, parlez haut!.. est-ce lui dont Fépée
Aux feux de Marengo par son bras retrempée
Chassa de lâches oppresseurs?
Qui, relevant le front d'une terre avilie,
A sa France si belle unissant l'Italie,
Les salua du nom de soeurs?
Est-ce bien le héros qui s'arma de la foudre
Dont les carreaux vengeurs firent voler en poudre
Trois sceptres ligués contre lui?
Austerlitz! Austerlitz! toi qui vis ce grand drame,
Ton soleil fut si beau que jamais plus sa flamme
Sur de pareils jours n'aura lui.
Oh! qui pourrait chanter la sublime épopée,
Compter tous les sillons que creusa son épée
De Lisbonne à la Moskowà!
Quand son coursier frémit sous le ciel d'Ibérie,
En trois bonds le géant le lance avec furie
Aux bords glacés de la Newa!..
— 10 —
Et puis, laissant partout de glorieuses marques,
Il rentrait escorté d'un troupeau de Monarques
Qu'il tenait liés à son char;
Ces Rois qui l'admiraient, sans pouvoir le comprendre,
Oubliaient leurs revers quand il faisait descendre
Sur eux l'aumône d'un regard.
Un jour... le ciel si beau se couvrit d'un long voile;
Le héros éperdu vit pâlir son étoile,
La main de Dieu courba son front.
De sa voix de lion il remplit l'étendue;
Mais désormais sa voix ne peut être entendue,
Et les destins s'accompliront!..
Et les Rois oubliant sa clémence exemplaire,
Voulurent qu'il baignât son sublime calvaire
D'une sueur de sang et d'eau.
L'Anglais, nouveau Judas, dans sa haine perfide,
.laloux de consommer cet autre déicide,
Se fit traître et fut son bourreau.
— H —
Enfin, après vingt ans de honteuse colère,
Ils ont ouvert la tombe et le pâle suaire,
Ces hommes au coeur sans remord;
Et pour mieux déguiser leur peureuse insolence,
Ils rendent l'Empereur à la terre de France;
Mais les lâches le rendent... MORT ! ! ! (1 )
JVIarciac (Gers), le 15 Juillet 4 852.
il) L'Auteur ayant adressé un exemplaire de celle Ode au général Bertrand, ce-
lui-ci le remercia par la lettre suivante :
Paris, le 12 janvier 1841.
» MONSIEUR,
» Prêt à quitter Paris, car je pais aujourd'hui même, je reçois votre gracieuse
lettre et votre pièce de vers en l'honneur de l'Empereur. C'est une ode sublime, et
dont la lecture m'a causé la plus vive émotion.
* Recevez, Monsieur, tous mes remercîments et l'expression de ma considération
bien sincère.
» BERTRAND.
» A M. Clausade, à Marciac. »
A L'ARMÉE D'AFRIQUE.
Trente ans étaient passés sur la grande épopée!...
Pourtant, près du sillon que creusa notre épée
Des sables d'Aboukir au sommet du Thabor
Passaient avec effroi les cavaliers Numides;
Et l'éternel écho des vieilles Pyramides
De nous se souvenait encor.
Mais, quand on leur disait la merveilleuse histoire,
Les peuples éblouis ne voulaient pas y croire;
Et l'on voyait courir le frisson sur leur chair,
Lorsqu'au sombre reflet des sanglantes armures
Se dressaient devant eux les deux grandes figures
De Bonaparte etdeKléber.
Bonaparte!... ah, sa voix, lorsqu'elle disait : guerre!
Sur son axe ébranlé faisait trembler la terre;
L'ombre de son doigt seul écrasait peuple et roi.
Si le courroux gonflait sa puissante narine,
Si le cri du combat sortait de sa poitrine,
L'Univers tressaillait d'effroi.
Qu'il était beau, le Corse, aux plaines d'Idumée!
Son regard orageux foudroyait une armée;
Les Fellahs devant lui rampaient à deux genoux.
Mais il les châtiait comme un troupeau d'esclaves,
Et puis il revenait, en disant à ses braves :
« Soldats, je suis content de vous! »
Trente ans étaient passés depuis que sur sa rive
Le Nil n'entendait plus le nocturne qui-vive,
Ni des tambours français les lointains roulements.
Eh bien! voilà qu'un jour le vieux solde l'Afrique
A revu les enfants de la race héroïque,
De cette race de géants.
— 15 —
Et maintenant, Hussen, écoute!... c'est la France
Par la voix du canon demandant audience;
Vas-tu répondre encor par un coup d'éventail?...
Ecoute!... c'est le bruit de la foudre qui passe,
Et les pas des chevaux emportés dans l'espace
Avec du sang jusqu'au poitrail.
Comme un lâche vautour expulsé de son aire,
Vieux forban, tu të vois chassé de ton repaire;
Appelle donc à toi tes nombreuses tribus,
Prêche la guerre sainte; allons, face à l'orage!
L'yatagan au poing, montre-toi sur la plage
Où les Français sont descendus.
Mais, lorsqu'ils ont voulu sur le champ de bataille
Venir se mesurer à notre grande taille,
Les Arabes, malgré leurs belliqueux efforts,
Ont vu jusqu'au désert les tribus refoulées,
Dans les larges replis de leurs tentes roulées
Contraintes d'emporter leurs morts.
— 16 —
Héros de grands chemins, à la traîtreuse épëe,
Portant sur le pommeau quelque tête coupée,
Chacals flairant l'odeur d'un cadavre isolé,
Ils crurent un instant dans leur rage stupide
Effrayer nos soldats par leur course rapide
Et leur élan échevelé.
Quoi! ce siècle si beau, grand comme un siècle antique,
Attendra vainement qu'une voix homérique
Des Achille français redise le courroux!
Pareils à ces lutteurs des héroïques âges,
Nos soldats savent vaincre, ou du moins sur ces plages
Tomber sans ployer les genoux.
Oh! si j'avais reçu les dons saints du génie!
Si de mon coeur troublé l'orageuse harmonie
En vers impétueux pouvait jaillir un jour!...
Pour vous louer, géants au torse musculaire,
Pour dire vos combats et vos bonds de panthère,
Mon esprit veillerait toujour-
— 17 —
Par un Dey insolent quand la France outragée
Rugissait, en criant : je veux être vengée!
Vous prîtes son drapeau dans vos terribles mains.
Et des jours d'Embabeh (1) réveillant la mémoire,
Vous fîtes rayonner ce Labarum de gloire
Sur les Minarets Africains.
C'est bien!... de vos efforts la patrie est contente;
Merci, soldats! et moi, poète qui vous chante,
De vos valeureux chefs dois-je oublier les noms?..
Mac-Mahon, Pélissier, Bedeau, trois nobles frères,
Pléiade de héros par l'honneur solidaires,
Baptisés au feu des canons!...
Lorsque du voyageur la paupière rêveuse
Contemple de Memphis la poussière orgueilleuse,
L'écho murmure : JNfey, Lannes, Murât, Reynier!
Aces noms immortels, si chers à la patrie,
Du sommet de l'Atlas une autre voix s'écrie :
Lamoricière et Changarnier!
s Pyramides eut lieu dans la plaine d'Embabeh.
Hommes pétris de feu, toujours à l'avant-garde,
Pareils à l'ouragan dont parfois je regarde
Passer le vol brûlant à l'horizon noirci,
Partout où l'ennemi pousse le cri de guerre,
De leurs larges poumons part ce coup de tonnerre :
Arrière, brigands... nous voici!
C'est bien!... à chaque jour il nous faut sa victoire.
Et quand, après les temps de fatigue et de gloire,
Princes, chefs et soldats, de retour parmi nous,
Ceindront leur front bruni de couronnes de fête,
Le pays leur dira par ma voix de poète :
Enfants, je suis content de vous!...
&*«*t&S ( 1)
L'Empire, c'est la paix!...
(LOUIS-NAPOLÉON.)
Si, quand la majesté du scrutin populaire
D'un passé sans pudeur disperse les lambeaux.
Les derniers rois allaient dépouiller leur suaire
Et se dresser sur leurs tombeaux !...
Si, au pâle reflet des lampes sépulcrales
Eclairant tout à coup leurs fronts découronnés,
Ils allaient voir passer nos pompes triomphales,
Ces trois grands spectres consternés !...
(I) M. Féart, préfet du Gers, à qui l'auteur dédia ces vers, en ordonna
l'impression dans le journal du département; numéro du samedi 25 décem-
bre 1852.
— 20 -
S'ils allaient distinguer sous ces voûtes glacées
Les cris, les longs vivats dont leur coeur frémirait,
Et demander pour qui ces palmes entassées?
L'écho funèbre leur dirait :
« Le grand nom que la France acclame,
« Jamais le peuple, dans son âme,
« N'avait voulu le renier.
« C'est le proscrit que l'on couronne,
« C'est l'exilé qui monte au trône !
« Philippe, c'est ton prisonnier !.. »
Et, sur leurs crânes nus cherchant le diadème,
Les fantômes royaux, à cette heure suprême,
Poussant un dernier cri de deuil,
Pleureraient les destins de leur race perdue,
Et, détournant d'effroi leur paupière éperdue,
Retomberaient dans le cercueil.
— 24 —
Une clameur immense a fait trembler la terre.
Le peuple a retrouvé sa mémoire et son coeur;
Et partout on entend, comme un bruit de tonnerre,
Naître et grandir ce cri vainqueur :
Napoléon!... Martyr de la grande épopée,
C'est ton nom que bénit le peuple tout entier,
En remettant ton sceptre et ta terrible épée
Aux mains de ton digne héritier.
Un seul souffle exhalé de "sa mâle poitrine
A balayé des temps les honteux oripeaux,
Et ramené, brillant de sa double origine,
L'aigle immortel sur nos drapeaux.
Ce n'est plus l'aigle des batailles
Allant semer les funérailles
Au milieu des champs dévastés;
On ne verra plus de ses serres
Descendre de brûlants tonnerres
Sur les peuples épouvantés.
— 22 —
Mais sur sa puissance envergure
Les trésors de l'agriculture,
Les arts, le commerce et la paix
Iront fertiliser le monde,
Comme d'une tige féconde
Les rameaux sortent plus épais.
Ah ! ne déchirons pas les feuillets de l'histoire ;
La race des Bourbons a son passé de gloire,
Ses droits à l'immortalité ;
Mais, quand du tronc noueux la sève est trop vieillie,
Le chêne colossal sur sa base affaiblie
Tombe pourri de vétusté.
Quand l'étai qui portait les systèmes antiques,
Droit divin prétendu, préjugés monarchiques,
Dans la tourmente disparut,
La France ne sut pas découvrir son étoile
Dans le ciel dont l'azur pour un instant se voile,
Et la République parut !...
— 23 —
Elle parut!... Alors, plus d'un coeur d'honnête homme
Crut renaître aux beaux jours de la Grèce et de Rome ;
Il rêva que l'humanité,
Comme un cerf altéré par une longue course,
Allait pouvoir enfin s'abreuver à la source
De toute sainte vérité.
Et ce rêve fut beau !... Mais ce n'était qu'un rêve
Le vieil esprit du mal ne signa point la trêve,
Et bientôt l'Europe entendit,
En. raffales de mort, l'ouragan populaire
Prêt à tout éôraser, comme l'épi sur l'aire,
Se lever dans un jour maudit.
Et le souffle entraîna dans sa course insensée
Des hommes dont l'erreur égara la pensée,
Et qui, dans leur exil, résignés et contrits,
Tournant avec amour leur regard vers la France,
Cherchent à l'horizon l'étoile d'espérance,
La douce étoile des proscrits !
_ 2.4 —
Epouses, enfants, pauvres mères,
Essuyez les larmes amères
Dont j'ai vu vos yeux se noyer ;
La voix de l'Empereur vous crie :
« Je veux les rendre à la patrie,
« Préparez leur place au foyer ! »
L'Empire, c'est la paix... Du couchant à l'aurore,
Mille échos tour à tour partout l'ont répété.
L'Empire, c'est la paix... L'empire est plus encore :
L'Empire, c'est la liberté !...
Mais ce ne sera plus la liberté sauvage
D'un peuple échevelé, sans boussole et sans frein,
Et qu'on lance à travers la tempête et l'orage,
Comme un cheval à fond de train.
Non, ce ne sera plus l'émeute rugissante,
Par la voix du tocsin réveillant les faubourgs,
Et mêlant ses longs cris de mort et d'épouvante
Aux longs roulements des tambours.
,:•':.■•■ -25 — .
L'Empereur!.. D'un seul bond tout un peuple s'éveille,
Et ses flots ondoyants, en ce jour de merveille,
Se pressent dans un noble orgueil.
Ouvrez les grilles d'or, les riches galeries !
Français, battez des mains ! Des vieilles Tuileries
L'Empereur a franchi le seuil !...

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