//img.uscri.be/pth/08ace64f272412a3a7ffe710b7bfa6f6b001917b
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Olim - Sextines et sonnets

De
187 pages

Bretagne, tout enfant, j’ai traversé tes landes,
J’ai près de tes grands flots couru sur les galets,
J’ai vu tes donjons noirs incrustés de boulets
D’où s’épandent au loin des moissons de légendes.

Mes rêves y glanaient des Merlins, des Urgandes,
Des chevaliers errants, des gnômes, des follets ;
Ou c’étaient Duguesclin, Clisson que je mêlais
Aux paysans, héros de tes modernes bandes.

Ceux-ci, j’en ai connu quelques uns, pleins de foi
Toujours et prêts encore à mourir pour le Roi.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Ferdinand de Gramont
Olim
Sextines et sonnets
A LA MÉMOIRE ls D’AUGUSTE-BENJAMIN-GUILLAUME, M DE BELLOY Il m’a fallu sans toi poursuivre mon chemin,O mon vieux compagnon, ô mon bien-aimé frère !Et le sort jusque là me dut être contraireQue je n’ai même pas pu te presser la main. Ole dernier adieu du jour sans lendemain,La prière à genoux près du lit funéraire,Le baiser douloureux qu’enferme le suaire,Et l’escorte à pas lents au grand refuge humain ! Tous ces devoirs sacrés, je n’ai pu te les rendre.Ta mort vint tout à coup et de loin me surprendre.On se trompe, disais-je. Hélas ! c’était trop vrai. Maintenant, presque seul à garder ta mémoire,Je n’en redis pas moins et tant que je vivrai :Où l’honneur fut intact, assez haute est la gloire.
PROEMIUM
J’avais rêvé dans ma jeunesse Une ample et splendide moisson ; Mais, autant que je m’y connaisse, Elle fut de moindre façon.
J’ai laissé souvent en jachère Le champ où je la recueillis ; Pourtant la gerbe m’en est chère. Au fond qu’importent ces oublis !
Assez des semences amères Que fécondent les aquilons Ont jeté leurs fleurs éphémères Sur la glèbe aux mornes sillons.
Épaves des bois et des landes, Les bruyères et les roseaux, Les lierres, voraces guirlandes, Les houx qu’assiégent les oiseaux,
Les herbes vagues et les mousses, Les lichens tissant leur tapis, Ont à peine parmi leurs pousses Souffert quelques maigres épis ;
Mais liserons et marjolaines Y vinrent, aux jours du printemps, Épandre leurs douces haleines Et sourire quelques instants.
Bientôt la mauve, l’asphodèle, Fleurs de deuil et de souvenir, Parurent, essaim plus fidèle Pour qui songe à le retenir.
Par grâce elles ont pu s’adjoindre La fleur au parfum souverain Que d’ordinaire on ne voit poindre Que sur un moins âpre terrain.
Or, puisque, sous la brume triste Où l’hiver me va submerger, Intacte celle-ci subsiste, Aurais-je droit de m’affliger,
Quand même devraient disparaître
Les autres rameaux récoltés, Qui pour moi, pour moi seul peut-être, Ont eu cependant leurs beautés ?
Et, comme aux grèves de l’Écosse Flottait, fascinant le regard, Au dessus du gouffre féroce, Le panache du jeune Edgard,
Si quelque tige vive encore, Sauve de l’oubli ténébreux, Marque ma tombe et la décore, Je serai parmi les heureux.
Lorsque dans la route suivie, Malgré le vulgaire malheur, L’esprit, le cœur ont eu leur vie, Le reste est de peu de valeur.
SEXTINE 1
L’EXIL DES ESPRITS
On vous a donc bannis, hôtes du clair de lune, On ne veut plus de vous, impalpables Esprits, Elves, Sylphes, Follets, qui, sur la blanche dune Ou les ronds de gazon, dansiez à l’heure brune, Vous qui des vieux châteaux protégiez les débris, Et des grands bois profonds enchantiez les abris ! C’est fini, désormais vides tous ces abris ! Vainement les manoirs s’argentent sous la lune, On n’y reverra point, explorant leurs débris, Luire Titania, la reine des Esprits ; Ni de son cor d’ivoire Obéron à la brune N’ira plus éveiller les échos de la dune. Que la tempête encor vienne assaillir la dune, Ariel laissera sans magiques abris Les naufragé errant sous la rafale brune. Folâtres chevaucheurs des rayons de la lune, Puck, Trilby, gracieux ou fantasques Esprits, La science a réduit votre monde en débris. Nous en avons du moins recueilli les débris. Dans la lande ou parmi les rochers de la dune, Enfants, la fleur qui chante occupa nos esprits. Nous avons, sur le lac ombré de verts abris, Vu l’oiseau bleu passer, et la robe de lune D’Urgèle diaprer au soir la salle brune. On dit : « Il faut laisser dans leur poussière bruné Tous ces contes dormir avec d’autres débris. Les chiens seuls aujourd’hui vont rêver à la lune. Plus de naufrage ! un phare éclaire chaque dune, Et partout, en payant, on trouve des abris Mieux fournis que n’étaient les grottes des Esprits. » Oui, c’est à croire, mais qu’y faire ? nos esprits Ont le rêve en plein jour comme dans la nuit brune. Le mystère les charme. Aux plus riants abris Ils préfèrent ainsi l’ombre des vieux débris Et les creux des forêts et les plis de la dune, Que d’apparitions peuple la blanche lune. Mais que la lune même exile les Esprits De la dune et des bois, leur troupe pâle ou brune
En nous, débris aussi, trouve encor des abris.
* * *
SONNET 1
Bretagne, tout enfant, j’ai traversé tes landes, J’ai près de tes grands flots couru sur les galets, J’ai vu tes donjons noirs incrustés de boulets D’où s’épandent au loin des moissons de légendes. Mes rêves y glanaient des Merlins, des Urgandes, Des chevaliers errants, des gnômes, des follets ; Ou c’étaient Duguesclin, Clisson que je mêlais Aux paysans, héros de tes modernes bandes. Ceux-ci, j’en ai connu quelques uns, pleins de foi Toujours et prêts encore à mourir pour le Roi. Braves gens, l’air du siècle était contre eux sans force ; Mais aujourd’hui, Bretons, ses maismes subtils N’ont-ils point pénétré sous votre rude écorce, Et vos mâles aïeux en vous revivraient-ils ?
SONNET2
« Je vais où me conduit l’ombre de Montross ! » Oui, Ce cri là fut sublime, ô noble Claverhouse ! A jamais il survit dans l’histoire jalouse, Et l’écho n’en est pas encore évanoui. Honte à qui, du succès lâchement ébloui, Doit un jour renier la cause qu’il épouse ! Ah ! dans ces tristes temps plus d’un Judas sur douze De son parjure en vain se montre réjoui ; Eux-mêmes savent bien au fond qu’ils sont infâmes Et que, dans ce combat, c’est nous qui triomphâmes, Nous les dupes, les fous, qui savons seulement Marcher droit et jamais, pour tous leurs airs prospères, Leur arrogance louche et leur dédain qui ment, Ne tournerons le dos aux ombres de nos pères.