Opinion d'un paria politique sur les prochaines élections / par un homme qui n'est rien, pas même académicien

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Imp. d'Aug. Tierny (Arras). 1837. France (1830-1848, Louis-Philippe). 15 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1837
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OPINION
D'UN
PARIA POLITIQUE
SUR
LES PROCHAINES ÉLECTIONS,
PAR
UN HOMME QUI N'EST RIEN, PAS MÊME ACADÉMICIEN.
Presque toujours ceux qui prêchent la liberté,
espèrent avoir part à la tyrannie.
GUICHARDIN.
1837.
ARRAS : IMP. D'AUG. TIERNY.
OPINION
D'UN PARIA POLITIQUE
SUR
LES PROCHAINES ÉLECTIONS.
Spectateur bénévole des combats que, depuis cinquante
ans, se livrent les passions, les hommes et les partis qui
aspirent au pouvoir ou au triomphe de leurs doctrines, et
bien que réduit à la condition de Paria dans une ville qui me
devait peut-être quelque chose de plus que de l'estime, et
où je n'ai trouvé qu'abandon et délaissement, je n'en suis pas
moins Français.
A ce litre et tout aussi désintéressé qu'homme au monde
dans le succès d'une cause, d'un système ou d'un parti auquel
nulle ambition, aucun lien, nulle prétention ne m'attache et
ne peut m'altacher, j'ai quelque droit, ce me semble, d'être
écoulé, quand j'ai quelques vérités à l'aire entendre à des
oreilles qui y sont peu façonnées.
Au tems où nous vivons, un avis désintéressé est chose
presqu'aussi rare que nouvelle, et en exprimant le mien sur
des questions de politique et de gouvernement controversées
depuis trois mille, ans, sans avoir été résolues dans un sens
absolu , qui ne peuvent l'être et ne le seront jamais, on doit
m'en savoir quelque gré.
— 4 —
Je préviens le lecteur que je ne suis ni Électeur, encore
moins éligible, et que le dernier des misérables pris dans la
classe la plus intime, le deviendrait plutôt que moi. — Telle
est la position que les événernens m'ont l'aile, et, comme je
puis porter le déii de la rendre pire et d'ajouter à son néant,
c'est dans un parfait esprit d'indépendance des hommes, de
l'opinion et des partis, dont je n'ai politiquement rien à
attendre ni riea à espérer, que je. vais,, avec une entière et
complète liberté, dire mon avis aux. Electeurs sur le choix
des Députés qu'ils sont appelés à élire.
Je suis loin, au reste, de me considérer comme un oracle;
celle prétention, d'ailleurs, serait d'autant moins fondée, que
Messieurs les Electeurs n'ayant point réclamé le secours de
mes lumières, je rejette toute idée de me présenter comme
le fanal qui doit les éclairer.
C'est dans cet esprit que je les leur livre pour ce qu'elles
valent, et pour en faire tel cas qu'elfes leur paraîtront
mériter.
Je ne remonterai point les siècles, je n'invoquerai pas
l'histoire; trop peu d'hommes savent y lire et en faire leur
profit : ce serait, dès lors, de l'érudition perdue,, dont le plus
grand nombre me saura gré de m'abslenir. — Ce n'est point,
d'ailleurs, un livre que je fais, mais bien mon avis que
j 'expose aux u x Electeurs, aux. hommes de bonne foi qui ont une
conscience, et qui font quelque-cas de celle d'autrut.
Les événernens contemporains sont là, les leçons que tous
les esprits peuvent y puiser , sont autrement vivaces et, bien
plus instructives que les catacombes, les tombeaux et la
pauissièse des Grecs et des Romains.
Nous laisserons dtonc reposer en paix ces cendres révérées,
qu'assez d'autres ont remuées depuis un demi-siècle, pourne
faire justice que des poétiques systèmes de gouvernemens et
des perfectibilités que chaque parti a rêvés, préconisés, et
qui n'ont abouti qu'à zéro.
Vous vous sou viendrez, Electeurs, que bon gré, mal gré,
nous tes avons tous subis successivement, sans que pas un
n'ait été battu en brèche et renversé périodiquement par les
partis qui se sont disputés le pouvoir et les fabricans de
chartes et de constitutions qui se sont succédé..
Le moment me paraît assez bien choisi pour en appeller à
la raison publique, à la saine et froide raison des hommes
et des Electeurs qui ne prétendent ni au pouvoir ni à gou-
verner. — Ces hommes doivent avoir acquis la conviction
que, selon notre vieux proverbe, le mieux est l'ennemi du
bien; que les siècles n'y ont rien changé, et qu'à peu près
bien, nous n'avons rien de mieux à faire que d'y rester.
N'est-il pas lents, enfin, de renoncer à ces idées de perfec-
tibilité qui sont la pâture des charlatans et la marotte des
jeunes gens, à cet âge de la vie où les plus nobles sentimens,
les séductions les plus entraînantes, germent et se développent
dans ces coeurs généreux que l'expérience et la vie du monde
n'ont pu flétrir encore ni désabuser.— Ah ! que d'illusions de
cette nature j'ai; perdues, et que je rachèterais volontiers de
la moitié de ma vie, si elles étaient rachetables!
Je ne veux point déclarer la guerre aux journaux, ni retirer
la nourriture et le pain quotidien de leurs rédacteurs ; mais
c'est bien à tort, selon moi, qu'on les a comparés à la lance
d'Achille ; gardez-vous de croire qu'ils guérissent les bles-
sures qu'ils font. — Leurs traits empoisonnés donnent la
mort : ils portent le trouble et la douleur dans les familles ,
et font desplaics qui ne se cicatrisent jamais.
Il est notoire et manifesté que le journalisme a créé des
existences qu'à tout prix il veut conserver ; il est également
avéré que les journaux politiques, pour la plupart, ou à
l'égard ée certains d'entr'eux, ne peuvent se soutenir et se
perpétuer qu'en remuant et soulevant les plus mauvaises:
passions, et en, entassant controverse sur controverse.— Les

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