Opinion de L. C. Cheron, député du département de Seine et Oise à l'Assemblée nationale sur les dangers de l'aliénation des forêts nationales ([Reprod.])

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de l'impr. nationale (Paris). 1792. Transfert (droit) -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1792
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTIONFRANÇAISE
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0 1;IN|0:>
DE L. C GHERON,
DÉPUTÉ DU DÉPARTEMENT DE SEINE l.T OISF,
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
'Sur les dangers de des
nationales.
Mais ne vous hâtez point condamniez à regret:
Avant cx'curer un rigoureux arrêt,
Ah foncez elue du temps ilr'font le lent ouvrage,
Que tout volve or ne peut-fticlvrcer
Quelquefois cependant un. ingiat pollelTcuc
Sans betoin tans remords les livre la coignée.
Par ces dômes touffus qui couvroient vos aieus,
Profanes refpeÛet ces troncs religieux
Et quand l'âge leur laiffe une tige robulte
Gantez-vous d'attenter à leur vieilklfe augure.
1 PARIS,
DE L'IMPRIMEflJE .NATIONALE;
A "a
D L.
SU R LES FORÊTS NATIONALES,
M E S S I E U R. S
JE comptoir n'avoir que très peu de réflexions à
ajoutera l'excellent rapport qui vous a été fait
Civile 'option totalement indépendante des cVéncrnens
ois de rcr'u fi fi l'on eu eicepie
quelques lettres conKL;rtuions que je n'ai pas cru devoir u uiincr
d'y ajouter dep-,is cpoqi-e les gunds principes iur Jeiqtids
les 'cn:ps, tons 1' de tous h gn't, tnicn tns, &
parle loiii de J.i < onfiiaaion de moi: J'i fit le fenr.cl.t
de la m: & j' de vois parkr devint des
en cft w rp. ) j'ii renie & je. pei;fe
encore, 'lue crtie conflit'iuon,. t;;nt d; ibis & prefqiie unanïme-
vc'M c.i'.e com'tumion dont un ne veut j'u' f -pou voit
p.npTvr- o liberté jufsju 'an moment prévu pour fa prociisirte
freifeâir-iln^y .T.- jette un *uile fur les jvoyer-s efrj. loves poi.r en
opiTrr renverL-nifut, fi:r les homme qtj v ont plus o-j moins
voir qi'e des erreurs là où J'efpnt de parti
s'eft nionaé avec le plus d'audace, .& je ne ce {Ferai de .faire des
vœu: pour le: L'OTiHï'.irdc in^ pairie. Je ne réplicjue pûim a l;i
réponfe de M. Vui.llier, à l'opinion duquel je nie fets partiçttliè-
rcment attaché a répondre, ni à l'opinion due M,
c V>
vendredi 2 mars dernier, par M. Juery, membre du
çomUÇ des domaines, fur les forets nationales: organe
de cinq de vos comités, il n'avoit, ce me femble,
lailTé à ceux qui devaient parler après lui à cette
tribune, que quelques déveîoppem-ens à donner bu
quelques modifications à faire; mais l'orateur qui lui
a fuccédé, après avoir, dans un très-long difco-urs^
femé d'ailleurs de'vties pratiques. très-iouables & trèsi.
utiles fans doute, mais pour la plupart étrangères à
la queftion qui nous, occupe; après avoir, dis-jef
fuMitué des exceptions, qui font ,bien des faits, aux
regles générales qui font -auffi des faits, m#is plgis
nombreux, mais plus fouvent & mieux confiâtes;
après avoir ,'par des calculs hypothétiques & exa-
gérés, combattu les réfultats les plus pofnfs que l'on-
ait pu jufqu'içi fe procurer, vous propofe de décréter
(ans exception, fans modification quelconque, que
toutes les forêts nationales feront vendues. Je ne fui-
vrai point cet orateur dans le traité d'aménagement
qu'il vous a fournis. Lois du rapport que votre comité
des domaines compte vous faire incefïamrnent fur la
réforme indifpenfableà opérer dans la nouvelle admi-
niflration forefticre j'efpère retorauer avec avan-
tage quelques-uns de fes argumens & profiter de les
lumières; mais, j'ofe le dire, c'eft moins comme
perle fur le même objet. Mon temps ne me le permet pas en
ce moment, mais j'invite ceux qui flottent incertains entre les
avantages ou les inconvéniens d'aliéner les forêts nationales à
méditer ces deux excellens difcours, ils y recueilleront des
lumières utiles; & s'ils. y trouvent des armes contre mon ppinion
qui puiffent leur feivir à la combattre victorieufement, je me
trouverai trév-iic'urcux de les leur avoir iadiqués. Je ne .publie
pas mon opinion •comme bonne, mais comme mienné, & je »e
ferai pas le dernier a reconnoître mon erreur.
s Signe, L. Cberon ce 3t août
A3
agriculteurs moins
moins comme financiers que comme hommes d'état
que nous devons envifager la" grande & importante
queftion foumife aujourd'hui a la décifion de TAf-
femblée nationale. Je ne la considérerai point comme
queftion de droit public elle me paroîf rc'folue en
tant que relative il toutes propriétés particulière*
autres que les forêts. D'ailleurs', il me fàudroit avoir
égard aux localités & aux cirçonflances cette dif-
cuflîon m'entraîneroit trop loin de mon fujet, Se ne
m'y paroît d'ailleurs' aucunement applicable.
L'aliénatioo de cette belle propriété nationale que
François 1LI. appeloït la chofe l<t plus utile & la plut
reauife dans le royau^t à laquelle lorfque'la France,
refpirant à peine dés ̃fecoufles violentes d'une longue
anarchie, avoit be'lsin des plus puiffantes & des plus
promptes reffourceè' Henri IV & Sully mettoient une
importance telle qu'ils laregardoient comme la prin-
cipale partie du royaume, & que l'auteur de l'ordon-
nance de 1669 dont nous fommes redevables à
Louis XIV & à Colbert appelle la plus noble & la
plus prétieufe partie des domaine? entraîneroit in-
failliblement, & dans un court efpace de temps la
perte de l'agriculture du commerce, des manufac-
tures, forges & ufines de toute efpèce, de la marine
marchande & militaire & de tous les genres de bois
de conflruf^ion.
Dans les fiècles les plus reculés, & dans tous les
pays, on a fenti l'importance de la confervation des
forêts, elles ont toujours été regardées comme le
bien propre de l'Etat, Se adminiftrées en fon nom.
Les Grecs & les Romains, chez lefquels une nation
libre doit s'entprefler d'aller chercher des exemples
ayoient des lois pour la garde & la confection des
fpréts Jlojrfque Rorae n'âvoit encore de richeflè quo
( O
-le courage de fes habitans;
faut luffiioit à- peine à fès premier* besoins, elle fe
girda bit cependant d'al:éiier -fes forêts à*des voi-
fins, jaloux de Ion accroiifement rapide, &de .fa
grandeur future; die les réunit précieufemenf au}
Le grand Cefar, alors ponful, ('alors il aimoit encore
la liberté! ne dédnigra pas d'en être le premier ajJmi-
n;(rrateur dans les plus -heau;. temps de la république, j
En France, cette fondion fut d'abord confiée a un
premier officier delà couronne depuis Philippe 11,
qui rendit en la première ordonnance connue
sen font occupes aveo lé plus grand foin. La reb-
gion même, je veux dire la fuperilition, avoit autre-
fois confacre les bois fans doute pour défendra,
par la vénération, ce qui doit être confacré pour
l'utilité publique. Cette antique fuperftitioq le confer\
encore de nos jours en Turquie, où l'ori croit que
c'en1 s'expofer à quélqne événement fâcheux, que
de couper, brûler ou déraciner un, arbre iàns néceiiiui.
Si le dogme de l'unité d'un Dieu n'étoit pas la baie
fondamentale de la religion des Mufulmans, on feroit
tenté de croire qu'ils ont hérité du f) fie me mytholo-
gique des anciens, qui remplilfoient de divinités les
eaux & les forêts. Sous le règne de la raifon,. & de la
liberté c'eft à l'amour 'de la patrie à les confàcrer
de nouveau; je ne demande pour eux ni culte, ni
refpect religieux, mais leur confervation intafte, mais
une admin'ftratton attentive, vigilante & ccorome.
En politique on ne peut nier que la profp*:rité
d'dn Etat ne confïfre dans Faifance & la richeffe des
individus qui le compofent il efl: encore confiant
(!)'•
A4
que queî-
& elfe me dit que- cette propofition
_vra:e en général, n'eft pas applicable, aux forêts; je*
confulu: le coeur humain, & il
• préutfe çïl int -rciiV à IVnc valoir Tes bit'us âc à en
porter le produit à la plus haute valeur, c'eft pour
en jouir
pofî.ble. Ccrt i rccvfément cet intérêt, perf'unnd tant
invoque & (i peu réfléchi qui fait agir prefque tous
les propriétaires en tens contraire de l'intérêt public.
Je vais toutefois réponde e à ces deux argument,
avancés par l'orateur qui m'a précédé à cette tnbune,
& qui en conclut qu'il faut aliéner les forêts,
Je nie d'abord que l'aliénation de vos forets pro-
duisît le bien que vous en attende/, F. h qui doute,
Meflleurs, que nos ennemis ne l'oient la tout prêts
à dévorer cette dernière fubftance d'un peuple magna-
nime qui n'a pas capitulé lorlqu'il s'ttt aifi d'une
grande révolution utile il fa liberté, qui ne capitulera
pas pour maintenir fa confutution; mnh
& non découragé, a befoin de remettre de Tordre
dans fes finances, defire & veut la poix à tout autre
pi x que celui de l'efçlavage qui doute que les capi-
taliiles cette vermine enfantée de l'agiotage qui
viendra fondre fur nous de tous les poirts de l'Eu-'
rope, ces cgoïftcs cofmopolites ennemis du bien
public, pour qui il n'eft ni patrie ni pofîéiité; qui
doute que -les nations voîïïnes, la hache à la main
ne fe coalifent pour achètera bas prix le patrimoine
national, le bien le plyrs précieux, le revenr le plus
fohcle de l'Etat, pour nous le revendre bientôt à des
pr;>; exorbitans ? Quoiqu'on en cjîîe, Mefîîeius, c'en
̃ leroit fait de nous les
(O
attendent, pour lever leurs tê tes>deuie$ que yotiï
leur ayez jeté leur proie :.déjà même là -calomnie
a ôfc proférer de fa bouche' impure que ces com-
pagnies- de confpirateurs avoient l'audace & l'impu-
"deur de' fe vanter qu'elles étoient sures du fuccès de
leurs que l'on feroit aifcment entendre à
l'AfTemblée nationale que c'étoit la plus belle opë-
ration de finances qui fe fût faite depuis la révolution;
enfin, & cette effronterie eft auffi lâche que criminelle
qu'il exiftoit parmi nous des membres allez corrompus j
our être en relation intime avec elles. Sans doute,
Meffieurs, nous fommes au-defîus de la calomnie;,
mais lorfque fes fiffiernens ont ce caraâère d'horreur,
il faut fuppofer des moyens bien puiflàns aux confpi-'
rateurs qui nous menacent. Penfe-t-on déjouer ces
complots en divifant à l'infini les .mafTes des forêts
Mais outre les dépenfes conGdérables & les lenteurs
iunefles qu'entraînerait cette opération, peut-on en
efpérer un fuccès raifonnable ?Non fans doute.
Cette mefure avoit été prefcrite, elle a même été
mife en ufage dans prefque tous les départemens
pour la vente des autres biens, nationaux ;t elle n'a
produit que peu ou point d'effet. Les agioteurs font
par-tout, l'efprit public n'eft encore nulle .part; il*
n'efl pas encore né.
Mais je fuppofe que cette opération foit poffible
prompte & peu coûteufe, il ne me fera pas difficile
de prouver qu'elle feroit funefte. Il n'en eft pas de
l'exploitation des bois comme de celle des terres
labourables. C'eft même une quefiion, fort contro-
verse en Angleterre de favoir fi la divifion Se la ré-
partition des terres labourables en petites parties elt
utile à l'agriculture. Le doreur Priée eft pour l'affir-
mative M, Arthur-Young pour la négative. Je me
range de l'opinion de M. Young.
A 5
Mv ïGung croit en gênerai les granaes propriétés
plus utiles pour la population ,,pour ,1'approvifion-
nement des villes & marches «S: conféquemment
pour la rîchefïe nationale. 11 dit que fi les petites
propriétés font exactement travaillées, elles fout autli
fatiguées ) trop rarement & trop, faiblement
rées faute de capitaux de d'ai-
rance fumTantes qu'il ne refaite pas autant de
produit des petites exploitations que des grandes)
parce qu'urf ]parliculier qui p-)fside ou cultive
peu de terres eft borné à s'occuper de fes be-
foins perfon'nels & ne', recueille1 point d'excédant
qui reflue dans le commerce qu'une récolte in-
grate fait reflehtir plus promptement la difette
faute d'excédant coonomifé fur les années précé-
dentes. Cette opinion fondée fur un grand nom-
bre d'autres motifs trop l^ngs à détailler ici a
beaucoup de partifans en Anbleterre où l'agriculture
efl plus étudiée depuis un fiè,cle que dans aucune
autre partie du inonde. Plufieurs agronomes fran-
çais/ont de la même opinion & à cet égard il eft
plus prudent de crojre les agriculteurs que les
Quoi qu'il en foit de la divifion des terres labou-
rables en faveur de laquelle -il feroit poffible de prou-
ver au(3'1 quelques avantages fur lefquels ce n'eft
pas ici le lieu de prononcer, je foutiens que les pro-
priétés foreflières ne pourraient être div île es fans les
plus grands inconveriierrr,"
Les petites propriétés divines dans une grande
foret deviendraient d'une exploitation très difficile
lorfqu'ii faudra fortiv & tranfpôfter les bois exploités
à travers les propriétés voifines qui ne font on-
vertes par aucuns chemins. Je conçois que, lors des
premières ventes, les lots & portions feront divifé.s
f IQ)
cet inconvénient mais bientôt
Se les }•;> tn^'es de
rk gr ilric- 'égrène tiers & danger
de qu'on me ciife comment on en
partagera les droit, comment on en divifera les
Les forêts divifées en nombreufes propriétés par-
ticuliôris, ne feront (Ai1; gouveai^cs par des princi-
pes "ccrta'P.s aux rè^Tbs Pige,
«nifnnrc on vena prom'pi.emcnt fucecder-des fyftj-
mes 'pJcieux infenfés difeordans, qui auront pour
'objet la difiiarition des3 fuperficies les propriétaires
î'ans expérience fulifante le lailllront entraîner par
des prepofitions Hattcufes ou par les befoins du mo-
:ment, alors ou il r.'exiftera bientôt plus de bois, ou ils
feront tous dans les mains de quelques compagn'es.
Je le demande dans l'un- de ces deux cas, ou pour.
Ies prévenir par qui feroit liipulé l'intérêt public Se
celui de la fouvent on confond
public avec celui des confornmateurs nriis *il ne
faut pas s'y tromper, ils font très-différens. De ce
que tout le monde confomme du bois il ne s'en-
fuit pas que !a totalité des confommatetirs. qui for-
̃ me la population du royaume, oppofe vc même
oppofer Tinter Jt pubï'c à. celui des propriélaiics.
de bois. I>s confommateurs ne s'approvifioiï-
nent p:is .coI'.ecTiivement ils ne eonfb.mment pas
en mnllc chacun s'occupe dc fes befoins perfon-
̃ ïyeh. Le confommateur fera le premier à foîliciter !e
propriétaire de faire abattre fes bois quand il ert
aura befoia le marchand & jufqu'aux ouvriers font
ceux qu'd ieroit uiiit? de referver. A'mfi donc le" ht-
Il''1,
térêts éHes'befoins réciproques des propriétaires^
des cdnfbmmateurs feront journellement
prelfés ils .s'entendront pour détruire &: les forets
au lieu d'être réparées, entretenues', aménagées
améliorées augmentées feront coupées & bientôt
défrichées.
Toutes les. craintes que j'ai énoncées plus haut
ne font pas tellement dénuées de fondement que
l'on fe demande fi le minifUre anglais a deux mil-
liards à deviner pour le phiilir prétendu de détruira
nos forêts nationales dans les vues de détruire notre
marine. D'abord je ne commis pas toutes les relïbur-
ces de l'Angleterre; mais je lais parfaitement quels
partie du peuple anglais qui nous eflime.^ nous
craint & nous envie que l'autre partie nous liait &
fous ces deux rapport- il eu de l'intérêt^ de I*
politique de l'Angleterre de nous nuire, en nous
privant de tous les avantages que la nature nous a
donnés fur elle. Nous penfons tout haut, nous, nous
agiflbns ouvertement, nous avons déclaré nos principes
& nos intentions amicales & pacifiques; je vois bien
qu'on nous admire mais je ne vois pas qu'on, non:;
imite: & iqfqu'à cette heureufe. époque qu'il eft per-
mis d'ejpérer pour le bonheur du genre humain,
que la guerre préfenle peut & doit accélérer, nous foriv,
mes encore condamnés à porter le poids fatiguant de
la défiance univerfelle.
O'ui, Mefiieurs c'en: l'Angleterre fur-tout que
nous avons à craindre il efl; temps, enfin de con-
noître fes intentions amicales ou de détruire une
illufion qui poui roit nous" coûter notre liberté. Il
ferait curieux de favoir à quoi Pitt emploie journel-
lement le million -fterling qu'il
lement pour dépenfes feçrctcs lorfque la moitié de
cette forhme lui a îuffi lors de ta fameufe guerre de
Mpt ans, qui rendit l'Amérique indépendante. Et
qu'on ne me- vante pas fa prétendue neutralité avec
sous. Qu'eft-ce que la neutralité d'un cabinet qui
ne connoît pas ta fouveraineté du peuple français,
continue à l'appeler iUjet de ra majefié très-
chrétienne. -Meflieurs,, exigez que votré comité di-
plomatique vous rende compte de la corrëfpon-
danee de vos ambaffadeurs auprès de l'Angleterre j
ou confervons une prndente défiance avec elle.
Mais fût-il rage d'abjurer ce fentiment pénible
«expérience nous permît-elle de confidérer l'Angle-
terre comme notre amie du moins vous convien-
drez avec moi, que, fans bleflèr le droit des gens,*?
fans intervertir les règles du bon voifinage elle peut
venir acheter ce que nous mettons en vente; que nous
m'aurions rien à lui reprocher puifqu'en qualité d'ac-
«fuéreur elle ne feroit que remplir nos intentions.
Nous ne pouvons ignorer que la Hollande, fur-tout,
qui teus les ans vient acheter partiellement nos bois
dans Jes forêts des Vofges pour nous les revendre
Dunkerque & dans nos autres ports, ne trouvera
wn intérêt plus grand à-nous les acheter en mafle. j
Genève à qui nous payons annuellement vingt-cinq
millions d'intérêts ne laiflera pas échapper les 1 )0,000
arpens de bois fuperbes qui l'avoifinent dans les
«îépartemens du Jura & du Doubs. Quels que
îoient les divers motifs de leurs calculs, l'effet en fera
te même contre nous, nous aurons fait une perte
L'on efîime nos ftfrêts deux milliards; cette faftueufe
aïïurance m'étonné, je !e confeffe. Quoique ce calcul,
fur lequel il n\ pas été poflible de fe procurer un
apperçu bien •évident, me femble beaucoup exagéré,
je mets en fait que û nous les mettions en vente
(IJ)
avant que tous nos autres domaines fuflent vendus,
nous n'en retirerions pas 8 cents millions. Je le prou-
verai dans ïe cours rapide de mon opinion.
Je ne ferai ici qu'une feule obfervation, c'eR que
nous ignorons l'étendue de nos befoins, la tluantitd
d'arpens de bois qui exiftent dans le royaume; que
l'ancien gouvernement ignoroit même la quantité
précife de ceux qui compofoient les forêts royales
dont M. Necker,.dans fon compte rendu en
n'a parle que d'une manière incertaine. Les uns pre-
fument que la totalité des arpens de bois de toutes
nature -exilant dans le royaume efl de cinq millions,
les autres de fix, les autres de huit, de douze, ce
enfiH de treize millions cent mille arpens. Quant au
produit, M. Tellès-d'Acofta, dansfon traité de
a donné feulement celui des forêts ci-devant royales,
depuis 1694 jufqu'en 1.778; il le porte, à' la pre-
mière époque, à livres, augmentés fuc-
cefllvement jufqu'à la dernière, à livres.
De toutes les compagnies qui fe font préfentées pour-
affermer nos forêts nationales, la plus offraate de-
mande un bail de foixante à foixante- quinze ans, &
s'engage à payer annuellement 20 millions avec une
augmentation de livres de dix ans en dix
ans. Quelle opinion aflfeoir au miliéu de toutes ces
incertitudes?
J'ai dit plus haut que quelques précautions rages
que nous primons, nous ne pourrons éviter l'infer-
nale avidité des accapareurs & la fordide cupidité des
agioteurs ils feront par tout, par tout en même
temps. Puiflans par leurs immenfes moyens ils ccra^
feront ou acheteront les foibles fi ce n'eU pas lors
des premières ventes, s'ils n'y peuvent alors réuffir,
ce qui n'en pas probable, je vous garantis, avant
peu d'années, moins de dix. compagnies maîtrefles
(14)
de toutes les forêts du royaume, c'eft-à-dîre que
vous allez redonner la vie a autant de fermiers-gê-
ncraux, dont la fortune s'augmentera rapidement'
dans la proportion effrayante des befoins & de la
misère du ^eupfe.
La difficulté- de coniWer long-temps une foret
dans la main d'un particulier a été remarquée de
tout temps, & a même été obfe-vee pour 'les autres
natures de biens. Telle en peut-être la fourceou une
des caufes des droits d'aînefiè, des fubflitutions & des
anpolitions des coutumes de France fur les biens
qualifies propres, & fur les bornes de la repréfenta-
t'on en ligne collatérale ces lois n'étoicnt pas toutes
uniquement applicables il la mafculinitc hi à une
jeule clafie._ Dans toute ta partie mciidionale de la
I-rance, dtri eft régie par le droit romain, que nous
appelons pays de droit écrit, les uicfctflïonsc* hucfat
le partagent également; mais la plupart des pères &
mères & autres parens ufent du droit que leur ladre
la loi de difpofer librement de leur fortune par lefla-
ment en faveur d'un feul ou de plufieurs de leurs
cnfans ou héritiers qui ne font pas toujours les aînés
ni les mâles ils chôififïènt ordinairement ceux ou
celles qui leur paroiffent les meilleurs confervateurs:
cette prévoyance a paru autorifée par le tableau des
variations- de fortunes qui ne fe confervent oidinaire-
ment que dans un pei;t nombre de mains.
Si tes anciens ry fie m es fur la cQi-fervnt:on des
tontines doivent changer, parce qu'ils w' font utiles
qu dcs familles, il n'y a p?s !cs tr.çmtt va:fnn.<- auant
aux forêts dont la confervaiion intense la 1;(1:;on
On comme de les individus qui 'a crn-p.ofent.
confervation, qu'on a devine leur ft.-p,'f:c e à t1'ni;ires
djjeces de culture, qu'on les a diminuées, dcn:cm~
C ij)
Dite. par des dons,
des cui'c-ii or. de dioits d\;fages âc autres accordes
à mais fi on-adoptât le parti de l'alié-
nation, a.: lieu de repayer le mal, il deviendroit
plus étendu, il deviendrait incurable. Ne nous expo-
ions pas Mcfiicuis, à méiiter de plus grands repro-
chas. que ceux que nous tommes trop fondés à faire
à i'aucitn gouvernement.
Et Ci nous aliénionscette belle propriété nationale
fur U]iu!le le dclpoli/mc lui-même n'a pas ofé porter
la main), & celles, Meilleurs, ce n'en: pas trop exiger
que d'efpérer, fous le règne de la liberté, le même
cfprit public qui animoit le defpotifme lui-même)
franchirons-nous, fous un régime confervateur, les
bornes que n'a pas pfé franchir un régime encntiel-
Icment deflrudeur ? Si nous la iranfmettions à de
nouveaux propriétaires, quel eu; celui d'entre eux
qui^pourroit réfifter à l'exemple dangereux que nous
lui donnerions? Que! feroit je ne des pas le bruyant
déclamateur, mais l'orateur éloquent, mais, le plus
profond log;cien, qui ofc^oit tenter de perfuader au
nouvel acquéreur qu'il doit être affez bon citoyen
pour réfifter à la tentation d'aliéner fes bois pour
payer fes dettes & "ournir a (es befoîns même de
lijxe, lorfqu'll en aurait reçu l'exemple de ia nation
mais que dis-je, de fes reprcfentans ? f Certes la nation,
) en fuis garant, Il'aliénerait point fes forêts. & jamais»
le voeu du peuple n'en îandionneroit 1 aliénation.
Les moyens des -agioteurs -ne me font pas auffi évi-
demment connus que les effets
qu'ils caufent; je juge par ces derniers, & te ne trou-
verai pas un feul contradicteur parmi les hommes
qui ont un peu réfléchi fur les caufes de décadence
de la fortune publique, 8c pour qui l'intérêt du peuplé
en le premier & le plus cher de tous les intérêts.
(i6)
La propriété des bois ne convient en effet qu'à
des communautés ou à de riches propriétaires, Les
frais de garde, d'entretien, d'amélioration, ne ipeu*
vent être apportés que par eux, eux feuls ne rpêu-
rent point, ou font en état de faire d'avancç un
partage avantageux avec leurs fucceffeurs ou leur
pdftérité; mais le capitalifte qui acquiert ne fonge;qu'à
lui & au préfent; il ne s'adreffe jamais à l'avenir pour
en attendre l'intérêt de fes fonds. Que lui importent
en effet les hommes qui doivent venir après lui ? Celui
qui paffe fa vie1 à gagner de l'argent, à en gagne en-
core, à en gagner uniquement, ne penfe pas même à
fes contemporains; il eu: feul fur la terre, le monde
finit avec lui. Quant à l'homme obfcur & privé dont la
fortune eft médiocre, il ne lui convient aucune ent
de fe rendre propriétaire de bois. Il a befoin de jtout
fon revenu pour vivre, pour élever fa famille, établir
+ fes enfans; il faudra donc, s'il en achète, qu'il les
coupe fouvent & régulièrement & alors, où pou-
vez-vous efpérer de trouver par la fuite des bois de
conftrudion & de marine ? Qu'on Ce rappelle que le
plus riche apanagifte de 'France, Mon.fieur, frère
unique de Louis XIV, fit couper dans la foret de
Villert-Cottercts dix-huit cents arpens de futaie pour
établir un dettes enfans.
On vous dit que vous en acheterez de l'étranger,
que vous en irez chercher en Italie, en Turquie,
dans le nord; mais dans ce moment fur-tout, quel
intérêt la nation n'a-t-elle pas à ménager fes reffburces
intérieures & à éviter la fortie du peu de numéraire
qui lui refle ? D'ailleurs les nations voifines ne nous
vendront pas leurs'bois de confauclion loifqu'elles
ou leurs alliés feroienl intéreilés à nous en refufer;
elles ne nous en vendront pas lorfque nous ferons
• ( 17 )
en guerre avec les unes ou les autres ou îîs feront
interceptés. Souvenez-vous de la guerre de
où les Anglois, màîtres de la mer, nous empochèrent
de tirer des bois de l'étranger; Ibuvenez-vous de ce
que devint alors notre conmerce conlultez nos né-
gocians, leurs pertes ne font pas encore réparées:
& dans ce moment où tant' de 'prétendus fouverains
font effrayés ou irrités due notre régénération, qu^
oferoit ou voudroit nous en vendre, ou combieo,
en profitant de nos befoins, ne nous les fera il-on
pas payer?
L'on me dira que l'Angleterre & la Hollande n'ont
pas de bois, & qu'ils en achètent de l'Etranger l'on
rne dira que nous en achetons nous-mêmes, & c'eft
ce dont je me plains, & c'efl ce que je veux éviter.
Jufques à quand les Français conferveront-ils encore
l'inexcufable manie de trouver ce qui vient de l'Etran-
ger préférable à ce que produit leur propre fol ? Il faut
leur pardonner cette extrême légèreté pour des objets
de luxe & d'agrément mais lorfqu'il s'agit d'objets ef-
fentiels, il en: temps qu'ils s'en corrigent. Croiroit-on,
par exemple que nous allons chercher en Ruffiie des
bois pour les mâtures de nos vaiffeaux, & que nous
avons datis les départemens des Vofges, du Jura, âc
autres, les plus belles fafljnières & que la Ruflle conî-
truit fes flottes avec cette efpèce de bois ? Enfin fi
l'on confulte les tableaux de cette dépenfe dans le
traité de la balance du commerce, par M. Arnoult,
vérifiés Se détaillés par M. Boncerf membre de la v
fociété royale d'agriculture, dans fon ouvrage de la
néceflîté & des moyens d'occuper avantageufement
tous les gros ouvriers, on verra qu'en 1788, la France
a tiré de l'étranger, eu bois de-conftrudion, de mar-
( ti)
queterie & de teinture, pour une
En charbons, 6,b'4j,ooo
En cendres foudes & potafles
Total.
Ainfi donc à cette immenfe économie qu'il con-
vient à la france de faire, il faut joindre un motif
qui doit, par-defïus tout, exciter la fol!icitude;de
l'Aflen'.bfée nationale, celui d'occuper
nombre d'ouvriers; celui de leur rëferver dans
l'aveuir un moyen affuré de vivre. Se d'élever leurs
j, familles. Ce moyen en: dans la confervation de nos
forêts.
Pour fe convaincre de plus en plus de cette vérité,
il l'unit de te rappeler l'effet que produit de tout.
temps la, privation momentanée du bois. On ne doit
pas avoir oublié qu'en 1784 & en on eut des
inquiétudes fur les approvifîonnemens de bois & de
charbon tant à Paris que dans plufteurs autres villes.
On a pu appercevoir alors que la difette de ce com-
buftible peut, comme la famine, donner lieu à des
fccoulTes & à des convulfions. On a eu recours à
des coupes extraordinaires, principalement dans les
forêts domaniates mais ce palliatif ne peut long-
temps ni avantageufement être employé. Si les forêts,
nationales étoient aliénées ce cas de difette repa
roiffant, comme cela feroit d'autant plus à craindre,
ou les propriétaires s'emprefTeroient de faire abattre
extraordinairement leurs bois, ou ils s'y refuferoient,
ou ils fero-ent expofés June dévaftation prefque gé-
nérale, autant nuifible à leurs intérêts propres, que
fatale à l'ordre & à l'intérêt public. Dans ces diverfes
hypothèfes j'apperçois de grands défordres & des ca->
kmités prefque certaines. En

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