Opuscules en vers, par M. Dusausoir...

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L.-G. Michaud (Paris). 1817. In-8° , 32 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1817
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EN -.VERS,
PAR M DUSAUSOIR,
DÉ L'ATHÉNÉE DES ARTS,
L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES BONS-ENFANTS, N\ 54;
M. DCCC. XYIT,
EPITRE
AUX
DETRACTEURS DES FEMMES;
Vous , dont l'é gareuient et le fougueux délire
Sur un sexe timide exercent,la satire,
Mortels insidieux, humoristes censeurs, ■.
Egoïstes cruels ! vous, dont la jalousie
Ose troubler par fois le repos des bons coeurs,
Je ne vous conçois pas : par votre frénésie
Et vos sarcasmes froids pensez-vous m'alarmer ?
Ah! plutôt chérissez ce sexe plein de grâces,
Qui sut dans tous les temps nous plaire et nous charmer;
Sexe dont le pjaisir suit eu tous lieux les traces,
Sexe que l'amour même a pris soin de former !
Hommes vains ! non, jamais votre coeur insensible
JSe peut être amolli par ces touchants plaisirs
(4)
Que nous offre le Dieu, dont la main invisible
Allume dans nos sens la flamme des désirs.
Dussiez-vous contre moi prononcer l'analhème,
Je veux anéantir l'effet de vos poisous;
Pour combattre aujourd'hui votre odieux système,
A vos raisonnements j'oppose des raisons;
A vos discours malins j'entreprends de répondre ;
Attaquer votre erreur est un projet heureux:
Puisse la vérité par ma voix vous confondre,
Et lever le bandeau qui vous couvre les yeux !
Je vous reporterai vers la source première ,
Et je veux, par degrés, vous offrir la lumière
Qui doit frapper vos yeux par un plus doux éclat,
Et me faire sortir vainqueur d'un tel combat :
Poète audacieux, j'ose chanter les femmes;
Et laissant leurs attraits, pour tracer leurs vertus,
i
Ma Muse ira puiser dans le fond de leurs âmes
Ces accents toujours vrais et sûrs d'être entendus.
Les femmes, de tout temps, ont embelli notre être.
D'elles seules dépend notre félicité;
Par cent moyens heureux elles nous font connaître
Que, pour calmer nos maux, naquit la volupté.
(5)
L'homme, sortant des mains delà nature ,
Tomberait d'erreurs en erreurs;
Enveloppé dans une nuit obscure,
L'homme n'aurait que de sauvages nïoeurs.
Mais une femme adoucit sa rudesse:
La grâce d'un sourire, un regard enchanteur,
Le séduisent bientôt: il cède à la tendresse,
Il devient complaisant, un trouble heureux le presse;
Il trouve dans la femme un second créateur.
Oui, ce n'est qu'en aimant que tout est jouissance !
La nature, à nos yeux, chaque jour s'embellit ;
Le murmure des eaux, des bois l'heureux silence,
La rose qui s'épanouît,
Tout de l'amour atteste la puissance;
Tout nous dit que la femme est, à notre existence,
Ce qu'est l'astre du jour à la fleur qui languit.
Voyez celte beauté, bien innocente encore,
Qui, le front coloré d'une tendre rougeur,
Dans son sein palpitant sent un feu qu'elle iguore;
Elle n'ose avouer les secrets de son coeur ;
Son regard ingénu décèle sa pensée ;
Elle veut s'exprimer, elle est embarrassée ,
( 6 ) '
Précieux embarras, charme de la pudeur,
Si tu n'existais pas, jamais l'aine opressée
Ne goûterait le vrai bonheur.
Lorsqu'au premier rayon du malin de son âge
Elle voit succéder un jour pur et serein,
Dans les noeuds de l'hymen la femme alors s'engage;
C'est là qu'à notre humeur elle sait mettre un frein:
Ses grâces, ses vertus, sa tendre complaisance,
Jettent un voile heureux sur nos égarements;
Par une aimable déférence
Elle sait triompher de noire pétulance;
Elle se veuge ainsi de nos goûts inconstants.
Jeune épouse, bientôt l'auguste nom de mère
Ta lui prêter l'éclat d'une noble fierté;
En recevant du ciel ce sacré caractère,
Son coeur s'épanouît à la félicité;
On voit dans ses regards briller la volupté;
Son sein avec orgueil porte ce tendre gage,
Dont l'hymen enchanté récompeuse l'amour;
Rien ne peut effrayer son généreux courage,
Daus l'instant douloureux qui nous donne le jour :
A ce montent Cruel, quel calme heureux succède!
(7)
Sur son sein maternel elle prend son enfant j-
Elle goûte un bonheur à qui tout autre cède :
Que son regard est éloquent,
En contemplant ce fruit de sa tendresse..,
Qui dort mollement dans ses bras !
Son moindre mouvement l'alarme, l'intéresse;
Elle ci'aint de froisser ses membres délicats.
Mais, ô plaisir plus vif ! de l'enfant qui s'éveille
Déjà l'intéressante voix
Frappe son attentive oreille,
Et semble réclamer ses droits.
Alors il faut la voir, tendre et sensible mère,
De cet enfant chéri prévenir le dessein ;
Pour apaiser ses cris, pour calmer sa colère,
Elle ouvre les trésors que renferme son sein :
L'enfant puise à longs traits cette pure ambroisie
Qui développe en lui le germe de la vie;
Et l'époux enchanté, dans son ravissement,
Laissé échapper les pleurs d'une sainte allégresse;
Il ne peut contenir sa délirante ivresse:
Orgueilleux d'être père, il est plus tendre amant.
Mais ce n'est pas assez de ces vertus aimables,
C S )
Qui rendent en tous lieux les femmes respectables ;
Dnssiez-vous, sur mes vers lancer des traits nouveaux?
Je dois vous présenter de plus louchants tableaux.
Cessez de m'opposer voire audace éloquente,
Restez dans le néant de votre ame indigente,
Vous, dont le coeur jamais ne connut un ami,
Vous, dont le vaste orgueil devient Tunique appui ;
Détracteurs insensés , qu'oserez-vous répondre
A ces fails que je cite ici pour vous confondre?
Mon triomphe est certain; accourez à ma voix ,
De la raisou eafin reconnaissez les loix.
Venez et parcourez ces immenses demeures
Où la douleur active éternise les heures;
Où la faux du trépas, frappant de toutes parts ,
Dans sa course rapide étonne nos regards:
C'est là que vous verrez ces femmes courageuses,
Prodiguant les secours , de leurs mains généreuses,
Par des soins assidus rendre à l'humanité
Les plus solides biens, la vie et la santé.
Là, des trésors d'Hermès , sages dépositaires,
Ou les voit préparer des secours tulélaires,
Et presser de leurs maisis le suc des végétaux
(-9).
Qui de l'être souffrant doivent calmer les maux ;
Là, dans le noble élan, d'une amé magnanime,
La Femme, tout entière au zèle qui l'anime,
Pour combattre là mort semble tout oublier,
S'élancer en tous lieux et se multiplier.
Entendez ce vieillard, dont la voix défaillante '
L'appelle; elle lui tend une main bienfaisante,
Et, soulevant son corps qu'elle presse en ses bras,
Elle retarde encor; l'heure de son trépas.' '
Plus loin, c'est un enfant à peine à son aurore,
Qui, prêt à succomber au mal qui le dévore,
La réclame : sa voix parvient jusqu'à son coeur;
Elle verse eu son sang un baume bienfaiteur;
Elle sait ranimer ses forces languissantes;
L'enfant voit sur son teint les roses renaissantes;
Il recouvre bientôt la vie et la gaîté ;
Il bénit le bienfait qui lui rend la santé.
Dans ces longs jours de déùïl,où la France en alarmes,
Par des torrents de sang voyait rougir ses larmes,
Quel courage étonnant les femmes ont montré?
Loin d'un époux chéri, loin d'un père adoré,
Elles allaient en foulé entourer les bastilles,'
CIO '•)
Où l'oppresseur du peuple enchaînait leurs familles f
Sans cesse 011 les voyait affronter leurs bourreaux,
Et d'un pas assuré franchir les échafauds:
De l'amour conjugal honorables victimes,
Elles faisaient briller leurs vertus magnanimes,
Et foulant à leurs pieds les fleurs de leur printemps^
Elles glaçaient.d'effroi le front de leurs tyrans.
Qui n'a pas admiré cette illustre victime
Dont la vertu céleste a fait pâlir le crime?
L'auguste Elysabeth, née au sein des grandeurs,
Dont la mémoire encor nous fait verser des pleurs.;
Cet auge que le ciel envoya sur la terre
Pour prêter plus d'éclat au trône de son frère:
Son courage étonnant envisagea la mort,
Comme après la tempête on contemple le port.
Hé bien! en est-ce assez, hommes systématiques?
Osâtës-vous montrer ces vertus héroïques?.....
C'est mettre au trop grand jour votre stupide erreur.
Sans la femme il n'est poinlde solide bonheur!
C'est elle qui prend soin de la débile enfance ;
Elle embellit les jeux de notre adolescence;
Quand l'ardente jeunesse embrase notre coeur,
Un seul de ses regards où règne la candeur
Soudain nous fait senlir le doux besoin de plaire;
Elle donne au talent un plus sublime essor;
Elle inspire au guerrier cette ardeur nécessaire
Qui soutient le courage et l'agrandit encor; •
Ses soins consolateurs soulagent la vieillesse,
Ils écartent l'ennui qui la suit, qui la presse,
Et quand le temps enfin a marqué noire jour,
Près d'elle, en expirant, nous exhalons l'amour.
Non, non, c'est vainement que votre esprit murmure,
Philosophe orgueilleux , bouffi d'un faux savoir!
La Femme qui remplit son auguste devoir
Est le plus beau présent que nous fit la nature,
Qui d'un Dieu bienfaisant en reçut le pouvoir.
De grâce, expliquez-vous? De qui tenez-vous l'être?
D'une femme : pour vous elle a bravé la mort,
Et votre ingratitude ose la méconnaître?
Hommes dénaturés , que je plains votre sort!
Aux faits que j'ai cités, quepouvez-vous répondre,
Téméraires censeurs, hommes froids sans raison?
Je ne dis plus qu'un mol pour vous confondre,
Ecoutez ma comparaison:
(«)
La fleur humble et timide, au lever de l'aurore,
Sous l'herbe qui la cache appelle le zéphir ;
Il souffle, elle s'agite et son sein se colore,
Vous la voyez s'épanouir !
L'homme est la fleur qui veut éclore,
Il se flétrit quand il est sans désir;
La femme est le zéphir qu'il attend, qu'il implore :
Il la voit, et soudain son coeur s'ouvre au plaisir.
'( '3 )
EPITRE A GESSNER.
HEUREUX , trois fois heureux, l'auteur qui sans alarmes,
De l'art divin des vers cultive en paix les charmesl
Mille objets variés occupent ses pinceaux
Et le feu du génie anime ses tableaux;
Heureux, qui des beaux vers reconnaît la puissance!
De leurs touchants accords la céleste influence j
A ce je ne sais quoi qui pénètre et séduit ;
Par degrés au bonheur son attrait nous conduit.
Le poète content se suffit à lui-même;
Tout offre à ses regards le tendre objet qu'il aime,
Et son coeur, embrasé par le feu du désir.
Enfante un vers brûlant où se peint le plaisir.
De l'espace des temps il franchit l'intervalle; '
Il jouit des trésors que la nature étale :
Les bois, les prés, les fleurs, tout s'anime en ses chants,
Aux concerts des oiseaux il mêle ses accents,

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