Oraison funèbre du roi martyr Louis XVI, roi de France et de Navarre, par M. l'abbé Cazaintre,... 2e édition

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Casse (Toulouse). 1815. In-8° , 52 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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N
ORAISON FUNEBRE
DU ROI MARTYR,
LOUIS XVI,
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE.
Par M. l'Abbé CAZAINTRE, Chanoine honoraire,
Curé de St.- Papoul, canton de Castelnaudary
nord, diocèse de Carcassonne.
Mon Pcre , pardonnez-leur, car ils ne
savent ce qu'ils font.
JES OS-CHRIST.
Je pardonne à tous ceux qui sont les
auteurs de mes infortunes.
LOUIS LE MARTYR.
Qui osera se venger quand le Roi
pardonne ? - ,
Louis LE DÉSIRÉ.
<~\
|ïfÇoirjD £ ÉDITION.
A CASTELNAUDARY,
De l'Imprimerie de George-Pierre LABADIE.
AVBC PERMISSION. ( 1815. )
SE VEND,
A Toulouse, chez M.
Casse ,
A Carcassonne , ehez
M. Hérisson.
Libraires.
ERRATA.
Page i , ligne 4, genti! memoriam lisez gémi
memoriam.
Page i, ligne 19, ses lisez ces.
Page 3, ligne 32 , forfaits ! lisez forfaits,
Ibid, lig. 30 ? presstntimens lisez ressentiment.
Page 6, ligne 3 , d'amples éternels lisez d'amples
ît éternels.
Ibid, ligne 32., fait-il lisez sait-il.
Page 7, ligne 7, de la france lisez de france.
Page i i ligne 30, Momarque lisez Monarque.
Page 13, ligne 17, il lui tarde tant lisez elle
brûle tant.
Page 16, ligne 35, terrible lisez affreuse.
Page 10, ligne 35 ? dispersés ? se rallient lisez
dispersés se rallient.
Page 46, ligne 35 > ta lisez sa.
ORAISON FUNÈBRE
DE LOUIS XVI,
ROI D2 FRANCE ET DE NAVARRE.
V ITA decessit, Universæ genti ? memoriam
mortis suæ, ad exemplum virtutis et fortitudinis
derelinquens.
Il sortit de la vie , en laissant à toute sa nation,
dans le souvenir de sa mort , un exemple de vsrtu
et de force. Machab. liv. II, chap. 6.
C'EST par ces paroles si énergiques, que l'esprit
divin a lui-même consacré l'éloge du saint vieillard
Eléazar, victime généreuse de la fureur d'un
tyran, ennemi de la fermeté et du zèle de cet
intrépide défenseur de la loi de Moïse ? et de
la foi de ses pères.
Or, ces mêmes paroles, Messieurs , puis-je en
faire moi-même un meilleur usage qu'en les
appliquant à très-haut, très-puissant , très-ex-
cellent Prince, LOUIS XVI, Roi de France et
de Navarre, dont les horribles infortune? et tra-
gique fin , à jamais fameuses dans nos annalles ,
doivent être le sujet éternel des larmes et des
regrets d'un peuple, au nom duquel une faction,
ennemie de l'autel et du trône, osa l'immoler.
Et puisqu'enfin après plus de vingt ans d'erreurs
et de crimes , il nous est permis de faire éclater
( * )
nos justes douleurs, et de nous acquitter dans
cette triste cérémonie,. d'un devoir solennel que
la religion consacre , que la reconnaissance exige,
que la justice réclame, que l'honneur national même
nous presse d'accomplir, pouvons nous mieux
louer ce grand Monarque qu'en disant de lui,
comme d'Eléazar : Ilcsortit de la vie en laissant
à toute sa Nation, dans le souvenir de ta mort
un exemple de vertu et de courage.
Et comment pourrions-nous lui refuser un si
bel éloge? si la haine et la prévention, si la
malveillance et l'imposture ont pu couvrir quelque
temps, aux yeux de la France abusée, la gloire
de Louis, si ses ennemis acharnés à sa perte,
ont pu outrager en lui la majesté royale, en
le condamnant au dernier supplice, comme le
tyran et l'ennemi de sa nation; la vérité, qu'ils
ont en vain voulu retenir captive, dissipant bientôt
tous les nuages odieux et infâmans , ne nous
a-eelle pas fait voir , au jour le plus clair de son
évidence, dans cette grande victime de la révolution,
un Prince innocent et malheureux, qui orna
toujours son diadême de l'éclat de mille vertus,
et qui ne cessa jamais d'être digne de tout l'amour
et de toute l'estime de ses sujets ? Et cette vérité,
de plus en plus triomphante de tous les efforts
des ennemis de ce Monarque, ne Va-eelle pas
proclamé dans l'univers., d'une voix éclatante et
en tous lieux révérée , le glorieux martyr de la re-
ligionetde la royauté, ainsi que de son amour pour
son peuple. Tel, lorsqu'une noire tempête couvre
au loin la face du ciel, l'astre du jour enséveli
dans une nuit profonde, n'offre qu'horreur à
nos regards ; mais, à mesure que le calme revient,
les rayons lumineux perçant insensiblement la
nue, dissipent par dégrés ces affreuses ténèbres,
et nous voyons enfin le soleil reparaître dans
tout l'éclat de sa plus vive splendeur.
Cependant, Messieurs, quels frémissemens in-
t. 3 )
Volontaires d'horreur .et d'indignation , s'élèvent
ici tout-à-coup dans nos ames, à la seule pensée
de ce cctnplot infernal, qui précipita du trône
sur l'échafaud , ce Monarque malheureux , à qui
la postérité plus équitable ; élèvera un jour des
autels? 0 France! ô ma patrie! ô trône sacré
de nos Rois ! mon esprit confondu se trouble,
mon cœur désolé se déchire, ma langue , presque
tnuette d'effroi, se glace dans ma bouche , lorsqu'il
s'agit de retracer, par la parole , un si lamentable
et si funeste souvenir. Mais quelque douleur qui
me presse , quelqu'horreur qui m'accable, je
tâcherai de remplir la pénible tâche qui m'est
imposée , et du haut de cette chaire de vérité 5
je publierai hautement l'innocence et la gloire de
Louis, et les affreux complots dont il fut la
victime.
0 vous , par qui cette épouvantable catastrophe
parut être le crime de toute ma nation 1 vous ,
que de fausses et pernicieuses rrrximes , le
malheur des temps, et la faction la plus vio-
lente , entraînèrent dans cet abyme de forfaits !
pourriez-vous, vous, redouter les salutaires im-
pressions que cet éloge funèbre doit naturellement
produire sur l'esprit de mes auditeurs ?
Peindre la beauté de la vertu malheureuse ;
pour la faire aimer ; représenter le crime dans
toute sa difformité, pour en inspirer l'hoireur la
plus vive, et le faire détester aux coupables même
en détournant d eux néanmoins les pressemimens
funestes qu'ils pourraient redouter, tel doit être
dans ce discours, le but du zèle évangélique,
c'est celui que je me propose ; pourrai-je m'en
écarter ?
Ministre de réconciliation et de paix, si ,
lorsque la Religion et mon Roi m'ordonnent de
prêcher le pardon et la miséricorde , je ne venais
ici qu'exhorter à la vengeance et provoquer des
châtimens ) en me livrant aux transports indiscrets
( 4 )
d'un zèle afiier et implacable, que je dois tau
tenir , n'aurai je pas à craindre, Messieurs , que,
du fond de ce lugubre:mausolée , l'ame héroïque
et chrétienne de Louis ne s'élévat contre moi,
pleine d'un noble et - saint courroux, et ne vint
me reprocher de souiller, par d'indignes res.
sentimens, et la grâce de mon 'ministèrc , et le
pardon généreux qu'il signa lui-même de tout
son sang.
Daignez donc, ô mon Dieu, lorsque je viens
fairëe amende honorable à la mémoire du hoi
martyr, placer une garde de circonspection sur
mes lèvres ainsi. que vous le demandait le Pro-
phête roval, afin que la vérité, sortant de ma
touche sans rien perdre de sa force, et brillant
de toute sa lumière sans blesser par son éclat,
fasse abhorrer les crimes que nous avons à expier y
inspire l'amour des vertus que je dois louer ,
et excite la compassion la plus juste pour les
malheurs dont je viens faire le récit.
L'exposition de ces malheurs, principal objet
de ce discours, fera connaître à-la-fbis, et toute
l'innocence du Monarque , qui en fut la victime 9
et toute l'injustice de ses ennemis , qui en furent
les auteurs. Elle mettra dans tout son jour , et
la grandeur de la vertu opprimée, et la honte
du crime triomphant. Raconter les malheurs de
Louis, c'est célébrer sa gloire et faire son éloge
le plus complet. Est-il, dans l'histoire des na.
tions, de tableau plus intéressant, plus terrible ,
plus instructif? en est-il de plus capable de faire,
sur nos esprits et sur nos cœurs , des impressions
plus profondes ? Mais c'est seulement, ô mon
Dieu, par votre grâce, que j'implore pour mes
auditeurs et pour moi même, que ces impressions
peuvent nous devenir salutaires.
(s)
PREMIÈRE PARTIE.
~t~tWM~wwtW~W~M~
LE Roi immortel et invisible de tous les siècles,
à qui toute gloire, toute grandeur, toute ma-
jesté , tout empire, tout honneur -et toute puis-
sance appartiennent à jamais dans le ciel et sur
la terre : le Dieu qui, assis au haut des cieux
sur son trône inébranlable , tient seul entre ses
mains , les destinées des Peuples et des Rois ;
qui élève lçs uns , sans que personne puisse les
abaisser ; qui, abaisse les autres, sans que per-
sonne puisse les élever; le Dieu tout-puissant,
en un mot , se plaît quelquefois , mes chers
-audjteuis , à faire servir ee qu'il y a de plus
grand et de élevé dans ce monde , d'exemple
éclatant et terrible du néant et de la fragilité
des -choses humaines; et nous crie ainsi, d'une
voix bien plus forte et plus sensible que celle de
Salomon: Vanité des viznitb, et tout n'est que va-
nité sous le soleil. Insensé , celui qui cherche son
- bonheur ici bas , et qui ne fait pas consister
sa grandeur et sa sagesse à aimer le Seigneur
et à le craindre, et à ne servir que lui seul !
Mais hélas1, pourquoi faut-il qùe ce soit,, par
les malheurs et par la chute du plus vertueux des
Rois, que cette grande leçon nous est donnée ?
pourquoi faut-il que le Prince le plus religieux,
le plus équitable, le plus modéré, le plus bien-
faisant; celui qui aima ses sujets de l'amour le
plus tendre, et. qui fit p.uur eux les plus grands
sacrifiçes; celui à qui il jp'a manqué quHui meilleur
siècle et des hommes moins pervers, pour être
reconira le meilleur des Monarques; pourquoi
( 6 )
faut-il, dis-je , qu'un tel Prince ait été condamné
par ses propres sujets, au plus infâme trépas,
dont un tyran puisse mourir ; et se soit injus-
tement vu dépouiller du sceptre et de la vie par
une de ces fatales révolutions, dont le contre-
coup ébranle les toncjemens de l'univers ?
0 Dieu , dont les jugemens toujours équitables ,
sont plus élevés au - dessus des jugemens des
hommes que le ciel n'est élevé au - dessus de la
terre, oserai-je ici, faible mortel , pécheur mi-
sérable , entrer dans le sanctuaire inaccessible de
vos conseils? oserai-je vous demander, pourquoi
avez-vous permis que l'innocence du juste suc-
combat sous les complots des méchans; et pourquoi
ses vertus, si dignes de lui atrirer vos regards
les plus favorables, n'ont servi qu'à le faire traiter
par vous avec une rigueur si grande , qu'elle
semble accuser votre justice , et donner lieu à
l'impie de blasphémer votre adorable Providence ?
Raison humaine , taisez-vous! vous appartient-il
d'interroger la divine sagesse ? celui qui a permis
que son propre fils, Dieu comme lui, l'innocence
et la sainteté même, expirât dans les horreurs
du supplice de la croix , victime de l'injuste et
perfide synagogue ? ne pouvait-il pas donc per-
mettre que L^uis , pure créature, tout innocent
et vertueux Monarque qu'il était , vit trancher
ses jours augustes par le glaive des bourreaux?
le Dieu de justice n'a-t'il pas promis de donner
dans une autre vie , d'amples éternels dédomma-
gerons à la vertu persécutée et malheureuse
dans celle-ci? et ne fait-il pas, en ce monde
même , faire tourner, à la gloire du juste, ses
plus grandes humiliations, tandis qu'il fait servir
le triomphe de ses acharnés ennemis à leur plus
grande honte.
Surmontons donc ici, Chrétiens, nos plus
vives répugnances , et enfonçons-nous , puisqu'il
le faut, dans ces effroyables profondeurs de Satan,
( 7 )
où se roulent les ennemis de Louis, et retirons
de ce gouffre sans fond d'intrigues, de complots ,
de délires et dç forfaits , la condamnation des
coupables et lg justification de l'innocent. Mais
gurez-vous le çourage d'entendrç ce qu'il m'en
coûte tant de vops raconter ? -
Avant que lè sceptre de la France ne passat
aux mains pures du Fils aîné de Louis, Dauphin
de France, et de Marij-Josephine de-Saxe, son
épouse ; couple auguste f aussi distingué par une
des plus belles généalogies de l'univers, que par
l'éclat des plus sublimes vertus, ellç s'était déjà
formée au milieu de nous ? cette ligue d'hommes
insensés et pervers, dont toute la philosophie
n'était que sommeil et délire de la raison , et
corruption profonde du ccçur. Ligue audacieuse
et criminelle qui, dans son indomptable orgueil.
ne tendait pas à moins qu'à renverser tous lçs
trônes sur les débris de tous les autels. Ligue
pernicieuse et funeste qui, en rendant l'homme
tout-à-fait indépendant du souverain Maître des
Cieux et des Monarques qui régnent ici - bas,
voulait donner à l'homme, cette fausse et dan-
géreuse liberté , qui consiste à n'avoir, en matière
de religion et de morale, d'autre guide et d'autres
lumières qu'une faible et vacillante raison ; d'autre
évangile qu'une affreuse incrédulité ; d'autre frein
et d'autre règle que ses penchans corrompus ; d'autre
maître et d'autre Dieu que soi-même. C'est-à-dire
que, pour reconstituer l'homme prétendu de la
nature , l'impiété cherchait à former un homme
anti-religieux et anti-social par principes, un
homme sans foi, sans probité , sans pudeur , sans
conscience. Quel plus effroyable projet! quel
plus abominable système !
Faction dominante au sein des états généraux,
que le Monarque a convoqués, pour remédier
aux plaies de nos finances , et qu'elle a su bientôt,
pour notre malheur, convertir en assemblée
constituante; soutenue dans Paris et dans tout
( 8 )
l'Empire par d'innombrables sociétés , dirigées
par ses plus zélés partisans, cette ligue infernale ,
couvrant d'abord ses noirs desseins du voile de
l'hypocrisie, march.' à pas de géant, vers son
exécrable but. Et trompant ceux qu'elle ne peut
corrompre , faisant' trembler ceux qui veulent
lui résister, ébranlant, entraînant, brisant tout
par sa violence , elle bouleverse l'Etat, sous pré-
texte de le réformer.
Elle ose se vanter de tégénérer la France,
et déjà, par ses décrets destructeurs, la religion
n'est qu'une ombre , et la royauté qu'un fantôme.
Mais à cette ombre vaine, à ce fantôme im-
puissant , pour mieux séduire les esprits, elle
s'efforce , par ses sophismes captieux , de donner
um spécieuse consistance. Si les commencemens
sont si désastreux , grand Dieu ! qu'elles seront
les suites ! C'est la régénération du bien au mal
que la faction nous prépare. Pour la consommer
cette régénaration funeste , elle a besoin de placer
quelque temps sur le trône, à demi renversé,
un Monarque passager , choisi par elle , et dont
elle puisse à son gré, faire l'instrument aveugle
de ses noirs desseins.
Ce n'est donc pas sur vous, ô Louis, que la
faction dj mal arrêtera son choix funeste. Vous
avez trop de vertu , pour qu'elle ne forme pas
le projet de vous dépouiller'à-ia-fois, et du sceptre
et de la vie.
Observez ici, Messieurs , que la conspiration
des Impies contre Jesus-Christ, le juste par ex-
cellence, annoncée de si loin par les Prophètes,
et accomplie de point en point dans la personne
ch cet a arable Sajveur , le grand modèle de
tous les justes persécutés, ses plus illustres
membres-, observez, dis-je, que cette affreuse
conspiration a les plus grands traits de ressem-
blance avec celle que les impies de nos jours
ont formée contre Louis. Et l'Esprit saint a
( 9 1
peint admirablement les ennemis de ce Monarque <
lorsque dans nos livres sacrés, il fait parler ainsi
les impies des siècles passés. Faisons , disent-ils ,
tomber !e Juste dans nos pièges , parce qu'il nous
(st inutile, et qu'il est contraire à nos œuvres ac-
çablons-le d'affronts et de tourmens, pour éprouver
sa patience ; çondamnons-le à un trépas ivfâme. Ré-
pandons sens pitié son sang, et dévorons-le tout
entier , comme on dévore ceux qui descendent dans
la tombe. Emparons-nous de sa précieuse possession,
et distribuons entre nous ses dépouilles. Sag. liv. 2 ,
Prov. chap. i.
Je vous laisse à vous-même , Messieurs, le
soin facile de faire , aux infortunes de Louis ,
la juste application de ces traits prophétiques,
qui vont recevoir en lui un second accomplis-
sement si palpable. Mais comment vous peindrai-
je d'abord cette trame criminelle , ourdie par les
factieux , pour faire périr par les mains de son
peuple, un Monarque adpre de son peuple, et
qui méritait tant de l'être? Comment s'y pren-
dront - ils, pour porter ce peuple à se baigner
dans le sang de son Roi ? Ah ! Messieurs , les
méchans ne connaissent que trop l'art d'égarer
les hommes, et de les faire servir à l'exécution
de leurs coupables attentats.
Pour faciliter l'exécution horrible de celui que
prépare la faction, agitez vous, dans l'ombre du
secret, noires cabales : affreuses calomnies , pan-
niques terreurs, bruits sinistres, infidèles rapports,
épouvantez les esprits et exaspérez les cœurs.
Peignez à son peuple, sous les plus odieuses cou-
leurs, le plus vertueux des Monarques. Représentez
le Prince, le plus opposé à la tyrannie , comme le
plus mortel ennemi de la liberté , cette idole
trompeuse des Français. Que Paris armé, soulevé,
égaré, devienne long-temps le théâtre des plus
grands désordres, et des plus sanglans excès, pour
disposer de loin les cœurs et les bras à des
( 10 )
excès plus affreux encore. Enfin qu'une famine
allarmante, ouvrage perfide des factieux, soit
plus perfidement encore par eux imputée au Mo-
narque innocent, qui, dans son cœur paternel,
en gémit, et qui veut en vain arrêter le cours de
ce fléau funeste. Et qu'alors une populace furieuse ,
désespérée, conduite par des chefs déguisés,
coure, de Paris à Versailles, assiéger la demeure
de nos Rois, et immoler dans sa rage , celui
qu'on lui a dépeint, comme un affreux tyran ,
qui affame son peuple pour l'asservir. Satan lui,
même, eût-il pu, mes chers Auditeurs, inspirer
aux conjurés une plus grande scélératesse , et
faire jouer, pour son exécution, des ressorts mieux
combinés et plus infaillibles ?
Cependant, au milieu des affreux dangers qui
vous environnent, où sont, ô Louis , de la part
de vos Ministres, les sages précautions, qui
peuvent seules vous garantir de l'orage , prêt à
fondre sur vous ? Est-ce négligence ? est-ce trar
hison? est-ce aveugle confiance, qui ne sait jamais
prévenir les malheurs qu'elle est incapable de
prévoir ? Eh ! quoi ! la nuit fatale, qui précède
tant d'horreurs , rassuré par des rapports infidèles
et suspects , cette nuit même , vous vous livrez
aux douceurs d'un tranquille repos , tandis qu'au-
tour de vous le crime veille , et s'agite dans les
ténèbres , pour vous faire passer, au lever de
l'aurore , du sommeil de la vie au sommeil de
la mort.
Déjà le sang des Gardes fidèles a coulé. Déjà,
la fureur dans les yeux et le blasphème à la
bouche, une armée d'assassins soudoyés, ont pé-
nétré dans le palais du Monarque, qui retentit
de toutes parts, de tumulte et de cris. 0 Dieu!
sauvez le Roi, sauvez la Reine , sauvez la Fa-
mille royale, que ces furieux menacent d'un mas-
sacre général, et épargnez à la France un deuil
éternel !
( II )
Le ciel daigne nous exaucer encore, mes chers
Auditeurs. Louis est assailli dans son apparte-r
ment: mais le crime , épouvanté de sa propre au-
dace , s'arrête, à demi commencé, à l'aspect de
la Majesté royale. Le généreux Monarque, qui
ne veut pas qu'un seul homme périsse pour sa cause, (*)
s'est présenté lui même à ses assassins; il leur
a parlé avec la confiance d'un ami, la bonté d'un
père, la dignité d'un roi; et leur fureur s'est
soudain calmée. Et vous aussi , grande Reiile,
intrépide Antoinette , qu'ils se flattaient en vain
de surprendre dans les bras du repos, et dont
ils viennent de frapper la couche vuide, à coups
de glaive redoubles ; et vous aussi, vous osez
vous exposer à leurs regards, du haut d'un
balcon ? et vous les frappez d'un aspect, où la
tristesse , la dignité, les charmes forment un
ensemble , si majestueux et si touchant, que les
meurtriers féroces font succéder soudain des cris
d'admiration et d'attendrissement aux impréca-
tions sanglantes et aux cris de mort.
Conspirateurs , trompés dans votre coupable
attente , en vain essayez-vous de ranimer la rage
de ces assassins à votre solde. Un charme secret
et invisible enchaîne leurs bras, calme leur furie,
et les empêche de frapper les victimes, que
vous avez désignées à leurs poignards. En vain
entraînez-vous ignominieusement , comme des
captifs, attachés à votre char de triomphe , le
Momarque , sa Famille et sa Cour, dans la Ca-
pitale, livrée à vos séductions perfides, Vous n'y
trouverez pas encore, comme vous l'espérez,
des mains toutes prêtes à se baigner dans le sang
que vous avez proscrit. Ah ! lors même qu'on
égare le peuple français, il n'est pas si facile
d'étouffer les sentimens de vénération et d'amour,
innés en lui pour ses Princes.
Bellw paroles tlt Lovais XVI, dans les journées des 5 et 6 octobre.
( Il )
En effet, Messieurs, les Parisiens, loin de ppr.
tager les fureurs des factieux, s'abandonnent aux
plus vifs transports d'amour et d'allégresse , que
Jeur inspire la présence de leur Roi. On le charge
de bénédictions et de louanges } on propose de
lui ériger une sta ue , çomme au restaurateur de
la liberté. L'assemblée nationale vient toute en-
tière au palais de Louis y pour lui décerner le
titre si glorieux, et qu'il a si bien mérité , de
rueilleur Ami de son peuple , et de Père de la
la patrie, La famine factice a cessé ; et les çfForts
de la faction , pour la faire renaître, sont à
l'instant comprimés. L'ordre , l'abondance et la
paix règnent dans Paris ; la Constitution nouvelle
est acceptée par le Monarque et par les Sujets ;
et tous les Français ont fait le serment solennel
de. vivre en frères, et cfétre tous fidèles à la Nation,
à la Loi et au Roi.
0 Louis, qui, cédant aux nobles sentimens de
votre cœur paternel, avez déclaré hautement que
vpus étiez consolé de toutes vos peines, toutes
les fois qu'on pouvait vous persuader que voua,
étiez aimé de votre peuple, pouvez-vous à présent
dgyter de son amour ? et pouvons-nous douter
nous-mêmes de la joie et du bonheur que goûte
votre âme, en recevant tant d'assurances d'atta-
chement et de fidélité de la part des Français?
Dépouillé des plus belles prérogatives de votre
couronne, ah! que ces sacrifices vous coûtent
peu , disposé comme vous l'êtes à en faire de
plus grands encore , pour conserver l'amour de
votre peuple, et contribuer à sa félicité.
Mais que ces jours sereins et tranquilles, qui
se lèvent sur la France et sur Louis, doivent
être , Messieurs, de courte durée ! que ces éclairs
rapides de bonheur vont être suivis d'une longue
et funeste nuit! La faction ourdit de nouvelles
trâmes. Et le Monarque, trop tranquille sur le
passé, trop rassuré par le présent, trop plein
( 13 )
de confiance pour l'avenir, ou pour mieux dire i
trop grand, trop magnanime, pour soupçonner
qu'on puisse abuser de son indulgence et de sa
bonté , sert lui-même , sans s'en douter, les projets
funestes de ses ennemis , en ne résistant pas à
des prières et à des instances, que la prudence
devait rejetter. II rappelé de son exil - celui qu'une
sage politique et une douce clémence avaient ,
depuis quelque temps, éloigné de nous; celui
dont la faction , irréconciliable ennemie de l'ordre
et de la paix excitait l'ambition, aigrissait les
ressentimens, enflammait la vengeance; celui dont
elle voulait, pour accélérer le succès de ses affreux
complots , achever de dévorer les immenses ri-
chesses , et boire enstiie le sang, après l'avoir
fait souiller, avec elle, du sang innocent, dans
lequel il lui tarde de se baigner. Quel funeste
retour! quel deuil pour sa famille! qu'elle éier-
nelle douleur! 0 trône' de France, serais-tu
jamais ébranlé, si dans ceux qui doivent te servir
d'innébranlable soutien , ne s'allumaient quelque-
fois des passions capables de tout renverser et
de tout détruire !
! Le malheureux repasse donc l'Océan, pour te.
venir dans sa patrie , ignorant alors peut-être
que son retour va donner parmi nous le signal
aux nouvelles tempêtes , qui vont éclater : tem-
pêtes , hélas , bien plus terribles que celles qui
agitent le perfide élément qu'il se hâte de tra-
verser.
Déjà, tristes précurseurs de ces orages poli-
tiques; les soupçons odieux , les plaintes iujustes,
les murmures insolens, les noires impostures,
les atroces imputations planent de nouveau sur
la tête du Monarque. Ainsi du fond d'un volcan,
qu'on croyait éteint, des bruits eftrayans se font
entendre, et s'élèvent de noirs tourbillons de
fumée , signes infaillibles d'une prochaine érup-
tion , qui va répandre au loin les calamités et les
désastres.
( 14 )
Le Monarque , que l'Europe entière a pro-
clamé le plus honnête homme de son siècle, ob -
serve-t'il la Constitution, avec la fidélité la plus
scrupuleuse ? il ne Pa, dit-on , embrassée que
pour mieux l'étouffer. Fait-il tous ses efforts pour
prévenir la guerre avec les Puissances ? c'est lui
qui ne cherche qu'à Paliumer. Maintient-il la liberté
des cultes? il est le protecteur des prêtres sé-
ditieux et rebelles. Dans l'observation de ses devoirs
religieux , cède-t'il à la voix de sa conscience ,
en prennant le parti le plus sûr ? il n'est qu'un
Prince superstitieux et fanatique. Sensible aux
besoins des malheureux, qu'il regarda toujours
comme des êtres sacrés , txerce^t'il envers eux
des actes de charité et de bienfaisance ? il ne tra-
vaille qu'à se faire de nombreux partisans. Veut-il
arrêter le cours des désordres, et réprimer le
brigandage qui va toujours croissant ? il arrête
l'élan du patriotisme, il médite une sanglante
contre-révolution.
Plus de, repos, plus de relâche, plus de sûreté
ni pour Louis ni pour les siens. On accuse ses
Ministres, on persécute ses amis, on le force
à congédier ses gardes les plus fidèles. Quiconque
approche de sa demeure est suspect. Les in-
sultes , les mépris , les menaces sont sans. cesse
prodigués à son épouse, à ses enfans, à lui-même.
Chaque jour voit augmenter ses périls et ses craintes,
chaque heure voit multiplier ses affronts et ses
tourmens. Et si, dans sa sagesse , il ne se resout
à sortir de Paris, où la faction domine ; s'il ne
s'arrache promptement à ce foyer inextinguible
de complots, de désordres, de séditions et de
crimes, naissant éternellement l'un de l'autre, et
se poussant comme les flots d'un torrent impé-
tueux , toujours suivis par d'autres flots, plus
violens et plus terribles ; c'en est fait, Messieurs,
et de la France et de Louis.
Et pourquoi oserions-nous taxer de trahison,
( 15 )
Une fuite que les plus chers intérêts du peuple
commandent impérieusement au Monarque , bien!
plus encore que ses propres intérêts? S'il est
insensible à ses dangers , peut-il être indifférent
aux nôtres ? La monarchie expire, le trône est
presque renversé, les lois sont impuissantes , tous
les droits confondus. L'Eglise gallicane est dé-
ehirée par un chisme effrayant; la religion suc-
combe sous les attentats de l'impiété; toujours
plus audacieuse; l'autorité légitime est méconnue ;
l'insurrection est le plus saint des devoirs; Tous
les crimes vont tête levée ; la seule vertu tremble
et rougit. Plus de mœurs, plus d'ordre , plus de
frein pour le peuple. La guerre menace au-dehors,
les dissensions civiles éclatent au-dedans. Encore
quelques jours, et si le remède à tant de maux
n'est appliqué par les bienfaisantes mains du Mo-
narque , la France entière va s'abymer dans les
horreurs de la plus sanglante anarchie. Louis
n'eût-il donc pas été coupable , s'il n'eût alors
tenté de s'éloigner de sa Capitale, où il n'était
plus qn'un Roi captif, et hors d'état de rien
entreprendre , de rien exécuter pour le salut de
son peuple ? Sa qualité de Monarque, ne lui im-
posait-elle pas l'obligation la plus rigoureuse
d'aller dans quelqu'autre cité de son empire, où
il put recouvrer assèz de force et d'autorité
pour arracher son peuple aux tyrans qui l'op-
primaient , et lui épargner les derniers désastres 1
Mais ô conseils d'une providence, qui veut
nous punir ! ô fuite malheureuse et vaine ! la tra-
hison a vendu les secrets du Monarque. D'un
œil vigilant, ils suivent leur proie , et ne la
laissent échapper que parce qu'ils sont assurés
d'avance de la ressaisir; et qu'ils se flattent de
trouver dans sa fuite , un prétexte spécieux , pour
demander que sa tête tombe sur un échafaud.
Vous ne fuyez donc, ô malheureux Prince, que
pour être indignement arrêté par ceux.là même
que vous alliez délivrer. Vous ne brisez un moment
( i6 )
vos fers, que pour en venir reprendre d'auttd f
plus hurnilians et plus rigoureux , et vous pré"
parer le sort le plus funeste.
N'entsndez-vous pas, en effet, Messieurs, la
faction qui le poursuit, faire retentir tout Pfiris
des cris séditieux de jugement, de déchéance et
de mort? Ne la voyez-vous pas s'irriter, s'armer,
se soulever contre l'assemblée nationale elle-même,
qui cédant aux efforts des amis de la justice et
du trône, a déclaré innocente, la fuite de son
Roi ? En vain la Ici martiale a-t'elle comprimé ,
foudroyé, la révolte naissante. Ces Ours blessés
ne s'arrêtent un moment que pour courir en-
suite plus furieux, à la vengeance. Ne voyez-
vous pas , une seconde fois, le Monarque as-
sailli dans son palais par leurs phalanges hideuses
et féroces ? et le glaive des assassins soudoyés
chercher de nouveau le cœur du Monarque et
celui de sa compagne ? et si le crime se trouve
encore impuissant, par l'horreur qu'il se fait à
lui-même ; si le courage tranquille de Louis, et
l'aspect d'une Reine de France, au milieu de
ses enfans, font évanouir encore en insultes et
en vaines menaces, l'orage qui menaçait d'é-
craser toute la Famille royale, ah ! ne croyez
pas , Messieurs , que la faction découragée par
tant de complots avortés, abandonne pour cela,
ses funestes entreprises. L'Ange de ténèbres,
semble lui avoir communiqué son opiniâtre per-
sévérance , et son inflexibilité invincible dans le
mal? les coups manqués ne servent aux factieux
qu'à préparer des coups plus terribles ; et leur
audace tire de ses propres affionts, la rage et
la force qui doivent les venger.
Quelle insurrection terrible éclate tout-à-coup
dans les fauxbourgs de la Capitale allarmée ? où
court ce peuple mutiné , que la faction anime
de son esprit, et embrase de ses fureurs ? Il
va délibérer en tumulte sur ses prétendus droits,
et
( i7)
et sur les droits de tous les peuples de 1 univers :
il s'agite, il s'exalte, il s'irrite, il frémit, il me-
nace, et dans l'accès de sa fureur et de son
délire , il prononce cet oracle dicté par les fac-
tieux : Le Peuple seul est légitime Souverain.
Tremblez à cet arrêt inoui, Princes, Potentats,
Monarques de la terre. Vous n'êtes plus désoimais
que des usurpateurs iniques, et d'exécrables tyrans.
Ah ! vos sujets ne boiront que trcp le poison
de ces affreuses doctrines. La révolte et l'indé-
pendance vont prendre le nom de liberté : l'éga-
lité , voulant tout niveler , va tout abbattre et
tout confondre; et le philosophisme et l'irréli-
gion vont disperser en ruines les fondemens de
l'ordre social, dont ils méditaient, depuis si long-
temps , l'entière destruction.
L'hydre effroyable', qu'une fausse politique et
une coupable condescendance rechauffaient dans
leur sein, devenue assez forte pour se livrer im-
punément à toute sa rage , ouvre contre vous
ses gueules menaçantes , prêtes à vous dévorer.
Tous les empires chancélent, tous les trônes sont
ébranlés. Les factieux , par leurs décrets insensés,
légitiment les plus critninelles révoltes : un tri-
bunal de sang par - tout s'élève pour juger
les Rois; et la hâche des bourreaux est prête
à frapper toutes les têtes couronnées. Unissez
donc, ô Monarques, unissez promptement tous
vos efforts. Défendez des ravages de l'ouragan
révolutionnaire , l'arbre antique et majestueux
de la royauté, à l'ombre duquel reposent la
vraie liberté de l'homme et le bonheur des na-
tions. Et puisqu'il en est temps encore, sauvez
le plus vertueux des Monarques, et le plus grand
des peuples , de l'horrible destinée que leur pré-
parent , les fanatiques ennemis du genre humain,
décorés du nom de philosophes.
Vaines réflexions , Messieurs ! le Ciel , qui veut
donner une grande leçon de la terre permet
que les Rois, divisés encore par leurs intérêts po-
B
( X* )
litiques, iie tentent, en faveur de Louis, que
de faibles efforts , qui ne feront qu'enhardir l'au-
dace , et enflammer la rage des factieux. Une
troisième fois, ils viennent assiéger, dans son
palais , le Monarque qu'ils ont dévoué à 18 mort
et ils ont tourné déjà le canon contre sa paisible
demeure. ODieu j qui Connaissez son innocence,
et la justice de sa cause! couvrez ce Roi ma-
lheureux de l'ombre de vos ailes .et envoyez-lui,
du haut des cieux , votre èsprit de sagesse pour
l'assister de ses conseils.
Mais le Seigneur , mes Frères , se rend enfin
inexorable à nos vœux. La perts de Louis est
arrêtée dans les décrets éternels. Et la voix de
nos crimes appelle trop fortement sur nous les
vengeances célestes,. pour que la divine misérij
corde daigne retracter ces décrets si terribles,
qu'une justice sévère a prononcés contre nous.
Je me trompe peut:être, Messieurs. La France
peut concevoir encore quelque espoir de salut.
le vois Louis, au lever de l'aurore, se montrer
au-devant de son palais. Il est environné d'une
foule d'amis fidèles, de serviteurs zélés, d'intré-
pides défenseurs de la Monarchie. 0 Français!
vous n'aviez pas tous encore abandonné votre
Roi. Et lui-même j incapable de se laisser ébranler
par la grandeur du péril, et n'oubliant pas ce qu'il
se doit dans une extrémité si pressante , digne
successeur de tant de héros de sa race, il ar-
range , il ordonne, il dispose tout pour une juste
défense. Les rebelles sont infiniment plus nombreux
que ses soldats; mais les traîtres sont lâches, et
la cause la plus juste peut encore Remporter.
Vœux si ardens, désirs si légitimes , allez-vous
être accomplis ?
Mais d'où viennent ces larmes furtives que le
Monarque laisse échapper de ses yeux ? son cou-
rage le serait-il tout-à-coup affaibli ? le sang de
Saint-Louis et d'Henri IV, qui coule dans ses
veines, aurait dégénéré en lui de sa valeur hé-
( 19 )
réditaire? Ah ! gardez-vous de le penser, mes
iehers Auditeurs, ne faisons pas à Louis une si
mortelle injure. Les larmes que vous voyez couler
ôe ses yeux y sont des larmes de compassion et
de tendresse , et non des larmes de crainte et
de lâcheté. Être dans la dure nécessité de tirer,
côntre - dés sujets qu'il aime, tout ingrats et tout
rebelles qu'ils - sont, le glaive que la divine Pro-
vidence liû a confié , pour les protéger, et pour
les défendre, ô affreuse idée! tu es insoutenable
au cœur d'un si bon Monarque, et c'est toi seule
qui fais couler, ses pléurs !
Si vous en pouviez douter écoutez, le mot
d'ordre qu'il donne aux siens j lorsque le signal
est prêt à sonner pour l'attaque ou pour la dé-
fense, Epargnez l'enfant ; servate mihi puerum. Met
touchant et sublime , qui peint admirablement la
tendresse de Louis pour son peuple ! Il est tiré
de la recommendation que fit autrefois David à
à son armée, lorsque cet Oint du Seigneur, Roi
non moins infortuné que déplorable père , était
sur le point de livrer bataille au perfide Absalom,
qui avait entraîné presque toutes les Tribus d'Israël
dans sa coupable révolté. Mais malgré son extrême
faiblesse pour un indigne fils, David se montra
toujours plus, Roi que père. Louis au contraire
commence ici à être plus père que Roi. Sa gé-
nérosité prend l'ascendant sur sa sagesse , son
amour pour des ingrats pàr4 plus haut à son
cœur que sa couronne et sa vie ; et sa compassion
pour eux l'emportant de plus en plus sur ses
intérêts lés plus chers , il cède à des conseils per-
fides ; il répugne , comme tant d'autrefois, à ce
qu'une seule goiïtte de sang du peuple coule pour la
causé de son Roi ; et déclarant aux siens qu'il
ne veut plus se défendre ? je le vois avec toute
sa famille éplorée , braver les plus grands périls ,
s'exposer aux affronts et aux indiguités les plus
révoltantes, pour venir se réfugier au sein de
la législature, où siègent , où dominent , où

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