Oraisons funèbres de Louis XVI, roi de France et de Navarre, de Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche, reine de France et de Navarre, de Mme Élizabeth-Philippine-Marie-Hélène de France, soeur de Louis XVI, et de Louis-Charles, dauphin de France, ou Louis XVII , prononcéez en 1793, 1794 et 1795 dans plusieurs églises du royaume d'Espagne... par feu M. l'abbé Vitrac, suivies de "Robespierre aux enfers", poëme héroï-comique du même auteur

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Bargeas (Limoges). 1814. 295 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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EDOUARD 1990
ORAISONS
FUNÈBRES,
b
11,
o
S v t^voiiveitu*
CREZ
A PARIS,
LE NORMANT, Imprimeur-Libraire, rue de
Seine , N. ° 8 , près le pont des Arts ;
FIRMIN DIDOT, Imprimeur-Libraire, rue
Jacob, n.° 11 ;
MAME , frères , Imprimeurs - Libraires, rue
du Pot-de-Fer , n.' Irl;
MICHAUD , Imprimeur- Libraire , rue des
Bons-Enfans, n. Q 34;
EYMERY , à la Librairie d'éducation et de
jurisprudence, rue Mazarine, n.° 3o ;
DENTU, Libraire , au Palais Royal, n.° 265 j
,
A BORDEAUX,
BEAUME , Imprimeur-1 i!>raire ;
A TOULOUSE,
BELGARIGlîE, Imprimeur-Libraire ;
A LYON,
BOHAIRE, Libraire, rue Puits-Gaillot, n." 9,
Les principaux Libraires du Royaume.
ORAISONS FUNEBRES
DE
LOUIS XVI,
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE ;
DE M A RIE-ANTOINETTE, ARCHIDUCHESSE D'AUTRI-
CHE, REINE DE FRANCE ET DE NAVARRE; DE MADAME
ÉLIZABETH - PHILIPPINE - MARIE-HÉLÈNE DE
FRANCE , SOEUR DE LOUIS XVI ; ET DE LOUIS-
CHARLES, DAUPHIN DE FRANCE, OU LOUIS XVII;
jttowouceeôU
En 1793, 1794 et 1795, dani plusieurs églisesi du
royaume d'Espagne, en présence des Grand4 de ce
royaume, de ta Noblesse et du Cfergé de France,
téfugiél,
PAR feu M. l'abbé VITRAC;
SUIVIES
- DE ROBESPIERRE AUX ENFERS,
Poëme héroï-comique , du même auteur.
'fZ:'~
^§^IMOGES,
C J AS, Imprimeur-Libraire, rue Ferrerie.
%ww»^wvvvw
1814.
£ £ eà éfœ&Jiyi/atred vou/w lar
tw ont CÙ& céjf/lOd&). tA'oud^lOUfdUl-
, vrmw /L) contrs^acùeurd eù dlelfùa/rid,
l&cvcaeccb}
TIDOU^XOCIW) çajbeUs f
neveu de l'auteur.
AVIS
DES ÉDITEURS.
Monsieur l'abbé VITRAC, prêtre
français, ancien professeur des hu-
manités au collège royal de Limoges,
principal émérite, promoteur métro-
politain, membre de la société royale
d'agriculture, des sciences et des arts
du département de la Haute-Vienne,
membre des académies de Nancy,
Montauban , Clermont-Ferrand , et
autres sociétés savantes; auteur des
Éloges du poëte Durai, de Muret, de
Baluze, de Grégoire XI, etc., a laissé
un nom cher à tous les amis des Let-
tres, surtout en Limousin. Fidèle aux
principes tle la bonne doctrine, il se
retira en Espagne lorsqu'il n'y eut
plus de sûreté en France pour les
prêtres attachés au saint Siège. Il
crut de son devoir, de rappeler, dans
le sanôtuaire même de la religion, au
souvenir de ses concitoyens réfugiés
comme lui dans une terre étrangère,
les vertus des Victimes augustes de
notre révolution , et les malheurs que
leur perte devait causer à la France.
On retrouve dans ces Oraisons Fu-
nèbres, l'éloquence, l'érudition, et les
maximes religieuses que l'auteur avait
fait remarquer dans d'autres ouvrages.
Il les avait prononcées en langue es-
pagnole; mais il en a laissé la tra-
duction qu'il avait faite lui-même en
français. En la publiant, nous rem-
plissons les intentions de M. Vitrac,
qui, ami du bonheur de sa patrie,
ne cessait d'appeler par ses vœux le
retour fortuné des Lis.
Robespierre aux Enfers, est une
excellente plaisanterie qui se rattache
aux Oraisons Funèbres ci - dessus,
parce que ce petit ouvrage rappelle
les grandes victimes que ce tyran fit
immoler. L'auteur l'a intitule Poème
héroï-diabolique, traduit du Tartare.
i
ORAISON FUNÈBRE
DE
LOUIS XVI,
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE.
/~x/
Non fuit iimidi ei De Regibus. qui ante eum
fuerunt.
Aucun des rois ses prédécesseurs ne lui a res-
semblé. IV.e Liv. deô Roiâ, ch. 18, v. 5.
QUEL spectacle affreux se présente à mes
regards consternés ! Un diadème teint
de sang; un sceptre brisé; une couronne
jadis si radieuse, changée en un crêpe
.( o
funèbre; un. des plus beaux trônes de
l'univers subitement métamorphosé en un
horrible échafaud; la vertu la plus pure
dévouée à un supplice nouvellement ima-
giné par la férocité, et réservé pour les
plus grands crimes; enfin un monarque
immolé par des monstres! Et quel monar-
que!. Ah! mon imagination s'épouvante:
mes sens se glacent : mes idées se trou-
blent : mon cœur se déchire. Ce monarque,
c'est le bon, le sensible, le vertueux, le
trop infortuné LOUIS XVI; ce prince in-
comparable, qui, dans l'ensemble de sa
vie et de sa mort, a, par sa sagesse, par
son héroïsme, éminemment surpassé tous
ses prédécesseurs, non fait, etc. *
Quelle main régicide a commis cet at-
tentat ? 0 honte ! ô désespoir ! ce sont des
Français, qui, feignant de s'armer du glaive
de la loi, ont employé les poignards de
l'assassinat pour sacrifier la plus auguste
des victimes ! Ce sont des Français !.
Racés futures pourrez-vous le croire !.
Cè sont des Français !.
(5)
Éloignons pendant quelques instans ces
idées lugubres, désastreuses, désespérantes:
leur méditation trop prolongée serait ca-
pable de dissoudre une âme sensible, si
elle n'était pas immortelle. Contemplons
ce que la vertu eut jamais de plus aimable ,
avant de fixer nos regards sur ce que la
scélératesse peut avoir de plus odieux. Que
nos larmes soient d'abord le langage tou-
chant de la tendresse en deuil : elles ne
seront, hélas! que trop tôt l'expression
brûlante du désespoir en fureur. Que
le tableau déchirant de la mort de notre
bon roi soit donc précédé par l'intéres-
sant récit de sa belle vie : nous peindrons
ainsi Louis XVI tout entier. C'est pour
remplir cet objet que je dis:
Louis XVI a vécu comme vivent les sages ;
il est mort comme meurent les héros. Sa
vie fut celle d'un excellent prince ; son
trépas, celui d'un généreux martyr.
Deux traits qui, isolés, lui donnent une
ressemblance frappante avec une foule de
grands hommes et de grands saints ; mais
(4)
qui, réunis, lui assurent une prééminence
incontestable sur tous les rois ses aïeux.
Non fuit, etc.
Je vais parler d'un bon père à des
enfans bien nés : ils m'écouteront avec in-
térèt, ou du moins avec indulgence.
PREMIÈRE PARTIE.
QU'UNE philosophie orgueilleuse, insen-
sée, sous le spécieux prétexte de dissiper
les erreurs, de combattre les préjugés,
d'établir une fraternité universelle, obs-
curcisse toutes les vérités, sappe tous les
principes, et brise tous les liens sociaux:
il n'est là rien d'étonnant. Qu'une philo-
sophie impie , absurde, à ses nombreux
paradoxes ajoute celui-ci : « Les rois sont
« le fléau de l'humanité » ; qu'elle se dé-
clare la plus irréconciliable ennemie de
tous les potentats : il n'est rien en cela
qui doive nous surprendre. Ennemie de
l'Être-Suprême, peut-elle être l'amie des
princes qui le représentent ? La même fu-
reur, qui l'arme contre Dieu, ne doit-elle
pas l'armer contre ceux qui ne régnent
que par son pouvoir, et qui ne donnent
des lois justes que par son inspiration ? Là
même main qui s'étudie à renverser les
autels, ne doit-elle pas s'efforcer de briser
(6)
les trônes? Le déiste, l'athée, le philo-
sophe, s'ils sont conséquents, doivent être
les prédicans du républicanisme. Celui-ci
surtout, qui a l'orgueil de s'ériger en
précepteur de tous, ne peut avoir assez
de modestie, pour aimer à obéir même à
un seul, et doit préférer un système de
gouvernement, où il se flatte de jouer
un rôle distingué.
Mais nos prétendus sages ont beau dé-
naturer les faits, accumuler les mensonges,
entasser les calomnies; ce ne sera pas
moins une vérité constatée par une expé-
rience suivie depuis l'établissement des
grandes sociétés : « qu'un vaste empire ne
« doit avoir qu'un chef, et que sous le gou-
« vernement de plusieurs, il ne peut qu'é-
« prouver fréquemment les plus violentes
« secousses , et s'écrouler enfin sous les
« débris d'une autorité trop divisée. » Il n'en
•sera pas moins vrai que la France, par sa
position et ses rapports, par le caractère,
les mœurs et le génie de ses citoyens, est
essentiellement monarchique.
( 7 )
0 ma patrie! ô toi que j'aime malgré
les forfaits de tes nouveaux législateurs l
si ta gloire pendant quatre siècles a brillé
d'un éclat qui n'a souffert quelques lé-
gères et rares éclipses, que pour briller
d'un éclat plus beau; si dans un si long
période d'années tu n'as éprouvé aucune
de ces convulsions qui opèrent l'extinc-
tion des empires; si les secousses dont tu
fus quelquefois agitée, furent toujours ou
le crime de quelques factieux, ou l'effet
de la jalousie de tes voisins: n'est-ce pas
parce qu'uitc loi vénérable, antique, fixait
invariablement la forme de ton adminis-
tration , et la succession de tes administra-
teurs? N'est-ce pas parce que fidèle à cette
loi protectrice de ton bonheur, tu reconnus
les droits du sang COllHI18 les seuls titres
légitimes à ta couronne ? N'est-ce pas parce
qu'idolâtre de tes monarques, tu leur pro-
diguas constamment ta vénération, ta ten-
dresse? Le brillant éclat de ton diadème,
la prospérité de tes habitans : voilà ce qui
réfute victorieusement le système paradoxal
(8J
de nos Machiavels modernes. Mais, à
Louis! ô mon roi! ce que vous avez fait,
ce que vous méditiez', ce que vous auriez
exécuté, est une réfutation plus victorieuse
encore des rêveries du philosophisme ré-
publicain. La France avait prévu la sagesse
de votre règne. Les français , heureux
alors, parce que guidés par le sentiment
du bonheur qu'ils goûtaient sous une
administration rarement austère, presque
toujours paternelle , parce qu'animés par
la reconnaissance pour leur roi sous l'em-
pire duquel ils jouissaient de la liberté
légale, qu'ils ne confondaient pas avec la
licence de tous les droits du citoyen,
(parmi lesquels ils ne mettaient pas encore
la révolte ) ; les français alors heureux de-
vinaient le bonheur plus grend encore
que votre règne leur procurerait. Aussi
par quels vœux , par quelle ferveur solli-
citaient-ils votre naissance auprès du roi
des rois.
Louis XV, qui pour lors était encore
Louis le bien-aimé, n'avait qu'un fils, et
(9)
le dauphin n'avait qu'un héritier. « C'en
est trop! » s'écriera le philosophe républi-
cain. « C'est trop peu !. » lui repliquera
le français ami de la monarchie, et de ses
rois. Le livre de l'avenir s'ouvre à mes
regards. J'y lis avec effroi que, si le ciel
refuse au dauphin une plus nombreuse
postérité, la France, dans le court espace
de quelques lustres, sera gouvernée par
un prince , je me trompe, sera "dégradée
(i) par un monstre, qui, à la crapuleuse
débauche de Tibère, unira la férocité lâche
des Néron, et l'irréligion des Julien.
Ah ! insultez au Ciel par vos blasphèmes,
aux rois par vos sarcasmes, aux monarques
et à la Divinité par votre haine ! moi, qui
désire passionnément voir repoussé des
marches du trône français le scélérat qui
menace de l'envahir, je lève vers le ciel
(1) Si le duc de Berri, les comtes de Provence
et d'Artois n'étaient pas nés ; après la mort du duc
de Bourgogne , fils ainé du dauphin , celle du dau-
phin lui-même, et de Louis XV, Louis-Philippe-
Joseph duc d'Orléans aurait été appelé au trône.
'( 10 )
des mains suppliantes, je lui adresse les
vœux les plus ardens, pour en obtenir une
longue suite de princes du sang d'un roi
que j'aime, et d'un dauphin que j'idolâtre.
Le Tout-Puissant fit enfin succéder les
transports de l'allégresse aux angoisses de
la crainte qui flétrissait tous les cœurs vrai-
meqt citoyens. La France vit naître succes-
sivement Louis - Auguste, duc de Berri,
Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence,
et Charles-Philippe, comte d'Artois; gages
précieux de l'union la plus fortunée, parce
qu'elle était la plus sainte.
Je ne vous peindrai point ici l'enfance
de Louis-Auguste. Ami des princes, je n'en
suis point le flatteur. Je ne vous représen-
terai donc pas celui que je pleure, comme
un prodige enfantin : il fut ce qu'est le
commun des enfans. Mais hélas ! le com-
mun des jeunes gens, de la naissance même
la plus illustre, n'est pas ordinairement ce
qu'il fut.
Le dauphin, son père, prince incom-
parable que la France ne sut point appré-
(11 )
cier pendant sa vie, que nos fiers rivaux,
les anglais, pleurèrent a p rès sa mort, com-
me Rome jadis pleura Germanicus ; sur le
tombeau duquel le philosophisme même
fut obligé de répandre des fleurs et des
larmes, comme l'enfer est quelquefois
forcé de célébrer les saints : le dauphin (i)
choisit un instituteur pour son fils. Juste
appréciateur du vrai mérite, ce prince judi- »
cieux appelle à cet emploi glorieux, mais
difficile, un prélat, qui n'avait pas sans
doute les grâces de l'esprit et la sublimité
du génie de l'illustre Fénélon , mais en qui
l'on admirait la profondeur de la raison,
la variété des connaissances, l'aménité des
mœurs, la douceur du caractère, l'heureux
ensemble de toutes les vertus qui conci-
lièrent tous les cœurs à l'immortel arche-
vêque de Cambrai. Le père et l'instituteur
(i) Mgr. Jean-Giles de Coëtlosquet, évêque de
Limoges. Les courtisans le ténéraient comme un
saint, et ne l'appelaient que le Saint. M. l'abbé du
Plessis-d'Argentré , depuis évêque de Séez , partagea
Jes travaux de l'éducation des Enfans de France.
( 12 )
travaillent de concert à l'éducation deLouis<
Auguste. Quelles brillantes fleurs ne verra-
t-on pas éclore, et quels fruits délicieux
ne verra-t-on pas naître d'une jeune plante
que des mains si chères et si habiles cul-
tivent avec tant de soins ! l'esprit du duc
de Berri est enrichi de toutes les connais-
sances dignes du sage ; son cœur est em-
belli de toutes les vertus nécessaires à un
prince.
Français! si cette vertu dont le dauphin
et l'évêque de Limoges lui ont développé
les devoirs et montré l'exemple, si la mo-
destie de Louis-Auguste ne dérobait pas si
soigneusement à votre admiration tant de
belles qualités; ô que de prodiges de sa-
gesse se présenteraient à votre vénération !
déjà vous admirez sa touchante soumission
aux auteurs de sa vie , sa tendresse affec-
tueuse pour ses frères et sa soeur, son
attachement respectueux et raisonné à la
religion catholique. Que serait-ce, s'il vous
était donné de pénétrer le fond de son
cœur, de lire les secrets de son âme ?
( 13 )
Mais la succession des années, la suite des
devoirs déchireront le voile épais dont la
modestie enveloppe tant de rares vertus.
Pour lors vous admirerez dans notre ex-
cellent prince l'inviolable pureté des mœurs
de Saint-Louis, l'amour paternel de Louis
XII pour son peuple, l'urbanité, la fran-
chise , la loyauté d'Henri IV, unies à la
sublimité, à l'énergie des nobles sentimens
de Louis XIV. Un jour vous trouverez en
lui un roi dont les désirs et les desseins,
les veilles et les travaux n'auront qu'un
but : la félicité publique.
La mort, l'impitoyable mort enlève suc-
cessivement à l'amour et au bonheur des
français le dauphin et la dauphine. Ces
âmes fortunées, dignes de Dieu seul, ont
changé l'espoir d'une couronne corrupti-
ble,pour la possession d'un trône immortel.
0 comme Louis-Auguste sent vivement la
perte que viennent de faire et son coeur,
et la France ! ô comme ses regrets sont
amers! comme ses larmes sont abondantes!
comme son deuil est vrai ! mais surtout
( 14 )
comme il s'étudie à ressembler à des pa-
rens si chers à sa tendresse , et si dignes
de son imitation ! les grands exemples qu'il
en a reçus, sont profondément gravés dans
son âme, et ne s'effaceront jamais de son
souvenir.
Père fortune ! admis parmi les habitans
des cieux, vous avez laissé sur la terre un
fidèle émule de vos vertus. Il sera long-
temps, et méritera toujours d'être , ce que
vous auriez été, l'arbitre de l'Europe, les
délices de la France. Jamais, non jamais il
n'oubliera la sublime leçon qu'il dut à
votre tendresse, le jour auquel il fut pour
la première fois admis au banquet eucha-
ristique. Vous ordonnâtes de vous porter
le dépôt où la religion consigne la nais-
sance et le décès de ses enfans. Pour lors,
avec les tendres accens de l'amitié, vous
dites à Louis-Auguste : « 0 mon fils ! lis,
a je t'en conjure. Tu vois ton nom confon-
de du avec ceux de tous les citoyens. Re-
« marques-tu la plus légère distinction ?
Apprends donc, ô mon fils! rappelle-toi
- (i5')
« sans cesse que ce n'est ni la splendeur de
« l'origine, ni la pompe des funérailles,
a mais la seule vertu , qui distingue les
« hommes. »
Quelle leçon ! combien sous la simplicité
des expressions elle renferme un sens pro-
fond ! ô combien elle est digne de la phi-
losophie chrétienne ! avec quelle avidité
Louis-Auguste la saisit, la médite, se l'ap-
plique ! dauphin, roi, époux, père, jamais
il n'oubliera cette vérité si simple, mais - si
féconde en bonnes actions. Jamais on ne
le verra placer sa prééminence dans l'éclat
qui environne le trône, mais toujours dans
la gloire qui suit la vertu. Sa vie privée
sera le modèle de celle des bons citoyens ;
sa vie publique, la censure des mœurs des
mauvais princes, et l'image fidèle de la
politique des rois justes. Loin de s'énor-
gueillir du faste de la royauté, sans cesse
il s'humiliera par le sentiment des faibles-
ses de l'humanité. Se défiant modestement
de ses forces, il veillera avec le plus grand
soin sur son cœur, ses affections , ses
( I« )
démarches, pour ne se permettre rien de
contraire à ce qu'il doit à son Dieu, à son
épouse, à ses sujets. Dieu recevra toujours
l'encens de ses adorations; Marie-Antoinette,
l'hommage de sa tendresse ; le français,
des preuves de son amour.
Enfant docile de l'église de Rome, dis-
ciple fidèle de Jésus-Christ et de sa religion,
c'est surtout par sentiment et par convic-
tion qu'il croit les vérités que le catholi-
cisme nous enseigne, les mystères qu'il
nous prêche, les dogmes qu'il nous pro-
pose, les préceptes qu'il nous donne. Avec
quelle ferveur il fréquente nos sacremens,
ou pour se purifier de ses imperfections,
ou pour épurer ses vertus !
Époux chéri d'une épouse tendrement
aimée, avec quelle condescendance il étudie
ses goûts, se plie à ses volontés et prévient
ses désirs ! combien est profond son res-
pect pour des liens tissus par la politique,
mais resserrés par la tendresse, et consacrés
par la religion ! dans l'intérieur de son pa-
lais , il rappelle la simplicité des moeurs
( 17 )
tx
patriarcliales, et l'amitié franche des Jacob,
des Izaac pour les Rachel, les Rebecca.
Mais que vois-je ! L'envie agite ses ser-
pens , la jalousie broie ses poisons, et la
calomnie aiguise ses poignards. L'esprit,
le caractère, la figure , les mœurs de la
reine : tout est peint avec les couleurs les
plus affreuses dans des vers mensongers,
sur des tableaux imposteurs, dans des ro-
mans artistement ourdis ; tout est employé
pour détendre les liens qui unissent Louis
à Antoinette. Mais, scélérats ! ali ! c'est en
vain que vous entassez adroitement les men-
songes , que vous imaginez habilement des
impostures, que vous tâchez avec art de
donner à la calomnie les dehors imposans
de la vérité : jamais le dégoût ne conduira
Lou,is à l'inconstance et à l'oubli du de-
voir. 0 Marie-Antoinette! seuîe digne d'un
si fidèle époux, tu seras toujours l'unique
objet de son affection. Plus on se déchaî-
nera contre ta personne auguste, plus tu
lui deviendras chère. La fureur de tes en-
nemis ne fera que resserrer les liens qui
(18)
l'attachent à toi. Pourquoi ferait-il succé-
der les dédains de l'indifférence aux épan-
chemens de l'intimité ? Si la bienfaisance
fut le plus impérieux des besoins de son
cœur, tes exemples, tes conseils ne forti-
fièrent-ils pas cet heureux penchant à faire
du bien? Et ne fus-tu pas toujours de moi-
tié dans la distribution des bienfaits ?
Ici, je l'avoue, MESSIEURS, la vaste éten-
due de mon sujet m'accable, me décon-
certe. Je serais infini, si je voulais rap-
peler en détail tous les traits de la muni-
ficence vraiment royale de Louis XVI. Je
ne dirai donc pas que notre vertueux mo-
narque, accompagné de notre reine géné-
reuse et sensible, a plus d'une fois visité
l'humble chaumière qu'habite le pauvre
laboureur, goûté les mets grossiers dont il
se nourrit, parcouru avec attendrissement
les sanctuaires de la charité chrétienne, ces
asiles sacrés, où sont accueillis, soignés les
orphelins, les vieillards, les infirmes que
l'âge ou la débilité condamnent à l'inaction,
les défenseurs de la patrie dont une hono-
( 19 )
rable décrépitude, ou de glorieuses bles-
sures ont enchaîné la valeur. Je ne dirai
donc pas que, comme ceux de Jésus-Clirist
son sauveur et son modèle , tous les pas de
Louis XVI ont été marqués par des bien-
faits. Je n'ajouterai pas que toujours avec
son auguste compagne, chaque année, il
cdnsacrait des monceaux d'or, soit pour
doter de jeunes personnes que la pauvreté
vouait à un célibat infiniment dangereux
pour leur innocence, soit pour briser les
chaînes dont étaient chargés des pères de
famille, parce que leur indigence n'avait
pu payer le sein qui allaitait leurs enfans.
Ce sont là de beaux traits, sans doute;
mais j'en ai une foule de plus grands en-
core à rapporter.
Louis XVI monte sur le trône. Les fran-
çais lui doivent un double tribut pour son
joyeux avènement à la couronne, celui de
leurs cœurs, et celui d'une petite partie
de leurs richesses. -Louis accepte l'homma-
ge de la tendresse, et , dispense de celui
de l'or : l'amour de ses sujets est pour lui
le plus précieux des biens.
( )
Dans quelques provinces on voyait sub-
sister encore quelques traces d'une féoda-
lité presque servile; Louis les fait disparaî-
tre de ses domaines , et a bientôt une foule
d'imitateurs. La liberté légale de tous les
français est l'objet de ses vœux les plus
ardens.
Les innocents comme les coupables
étaient entassés pêle-mêle dans des prisons
obscures, infectes, inaccessibles aux in-
fluences d'un air pur, et aux rayons bien-
faisans de l'astre du jour, Louis ordonne
que le malheur ne soit plus confondu avec
le crime; que les cachots, qui les récèlent,
aient moins d'horreur et plus de salubrité,
;, moins de ténèbres et plus d'étendue. La
< tendre humanité est la première vertu de
son cœur.
Les lois, qui ont pour objet les biens,
la réputation, la vie des citoyens, étaient
ou trop sévères , ou trop compliquées;
Louis en adoucit les rigueurs, en fixe le
sens, en simplifie les dispositions, et abolit
la torture. L'exacte justice est le premier
objet de ses soins.
( 21 )
Des ports s'élèvent majestueusement.
Nos flottes couvrent les mers. Notre marine
reprend son influence dans la balance de
l'Europe. Le sort des marins est amélioré.
Nos armées sont sagement organisées.
L'autorité des tribunaux inférieurs est aug-
mentée ; les ressources de la chicane sont
restreintes. Une nouvelle forme d'admi-
nistration intérieure est soumise au creuset
de l'expérience. Que sais-je? Toutes les
branches du gouvernement sont soignées;
pas le moindre rameau de l'administration
n'est négligé. Mais je laisse à l'histoire le
soin d'épuiser l'énumération de tous les
biens (i) que Louis XVI a faits à la France.
Il en est pourtant un encore que je dois
présenter à votre gratitude : il eut dû tout
faire pour sa gloire ; cependant, hélas ! il
a tout fait pour son jnalheur.
(1) Je ne parle point de l'abolition des corvées,
de la constante opposition de Louis XVI à la re-
fonte des monnaies. On eut bien de la peine à le
faire consentir à celle des Louis d'or, etc. , etc.
(22 )
Les finances étaient épuisées. Ce déla-
brement que les malheureuses et dernières
guerres de Louis XIV avaient fait naître,
que le charlatanisme d'un jongleur avait
augmenté, que les libéralités mal enten-
dues de Louis XV avait porté à son comble;
Louis XVI entreprend d'y rémédier. Les
dépenses de sa famille, de sa cour, de sa
personne, il les restraint : c'est un trait
de sagesse. Sa maison militaire est en
grande partie réformée : première erreur,
mais erreur d'un cœur paternel. Ceux
d entre les citoyens français qu'il croit
embrasés du plus beau feu du patriotisme
sont appelés à la cour; Louis veut s'in-
vestir de leurs lumières, de leurs conseils :
seconde erreur, mais erreur d'un esprit
confiant. Eafin les états-généraux sont con-
voqués, rassemblés : troisième erreur, mais
erreur d'une âme altérée de la soif du
bonheur public. Et c'est ce prince que des
monstres ont osé accuser de tyrannie !
Louis XVI un tyran! Mais un roi qui,
dès le premier instant de son avènement
(23)
à la couronne appelle (i) auprès de lui
un homme d'état que la voix publique
lui désignait, et lui écrit : « je suis roi,
« je n'ai que vingt ans, venez m'appren-
« dre l'art de régner»; un prince qui dit
à un de ses ministres , qui sollicitait sa re-
traite , parce qu'il ne pouvait plus faire le
bien : « je serai donc aussi obligé de quitter
« ma place ; » peut-on, sans être le plus
impudent des calomniateurs, le peindre
comme un despote?
Louis XVI un tyran! Mais un roi qui
prenait son peuple pour confident de tou-
tes les opérations de ses finances, lui en
rendait un compte rigoureux et public,
un prince qui ne fit qu'une seule guerre,
et cette guerre fut en faveur de la liberté;
peut-il, sans la plus infernale des injus-
tices, être représenté comme un fléau de
l'humanité ?
Louis XVI un tyran ! Mais un roi qui,
(1) Telle est mot-à-mot la lettre qu'il écrivit à
M,r le comte de Maurepas-

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