Outils du roman

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Voici enfin traduit en français le polycopié le plus célèbre de l'histoire du creative writing américain, présent dans toutes les facs et sur les étagères de tous les auteurs.

Malt Olbren est un de ceux qui sorti l'écriture de sa tour d'ivoire et a été le premier, avec John Garnder et quelques autres, à proposer une approche systématique et non-normative de la composition romanesque, à permettre de se l'approprier sans a priori.

Les 21 exercices rassemblés ici (recommandations, narrations, constructions, inventions) sont quasiment légendaires. On revisite avec eux Steinbeck, Dos Passos, Ginsberg ou Hubert Selby Jr, mais on nous parle aussi de Virginia Woolf, Rimbaud, Stephen King et bien d'autres.

Personnage, description, dialogue, action, amplification : qu'il s'agisse d'entrer dans l'écriture avec des pistes royales contre la page blanche, ou bien qu'on cherche à avancer soi-même dans la technique du roman, pas possible d'ignorer une approche qui a révolutionné tout son domaine.Qui garde sa pleine puissance subversive, mais d'abord sa merveilleuse efficacité pour explorer avec lui mille pistes dans la ville contemporaine et le réel.

On espère que tous ceux qui s'intéressent aux ateliers d'écriture, et ce qu'ils recèlent d'invention narrative, de bouleversement et de jouissance de la langue, trouveront aussi leur bonheur à disposer enfin d'une version traduite de ce livre canonique.

FB


Publié le : samedi 25 juillet 2015
Lecture(s) : 25
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782814510449
Nombre de pages : non-communiqué
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OUTILS DU ROMAN
MALTOLBREN
a creative writing no-guide
Tiers Livre Éditeur
ISBN : 978-2-8145-1044-9
TRADUIT PAR FRANÇOIS BON © THE MALT OLBREN ARCHIVE POUR LE TEXTE ORIGINAL © FRANÇOIS BON & TIERS LIVRE ÉDITEUR POUR CETTE TRADUCTION DERNIÈRE MISE À JOUR LE 25 JANVIER 2015
Voici donc enfin, en exclusivité et pour la première fois en français, le légendaire guide américain decreative writing et ses exercices fondateurs, qui circule depuis tant d’années dans toutes les facs américaines et sur la table de tant d’auteurs US. Dans la profusion de tous les livres d’exercices d’écriture, rayonwriters’s aid,creative writing for dummiesouhow to write(mais pas comme Gertrude Stein, toujours ajouter le complément direct au choix : votre roman en trois semaines, une histoire policière, un scénario à succès pour le cinéma), la démarche d’Olbren a toujours choisi le contrepoint ou l’écart, dès ce titre qui l’a imposée comme définitif livre de référence, le fameuxA creative writing no-guide. On sait qu’à l’origine il s’agit de l’épais polycopié remis par Malt Olbren en début d’année à ses étudiants, d’après transcription orale de ses cours et remis à jour en permanence, et qu’il travaillait à sa publication lors de son ultime maladie – le tapuscrit portant souvent trace de ce rapport oral avec ses étudiants, ce qui peut aussi être considéré comme une richesse complémentaire, et qu’on a respecté ici. Malt Olbren fait partie, avec John Gardner et d’autres, de ces grands fondateurs qui ont contribué à défitichiser la démarche de création littéraire, tout en maintenant un lien essentiel, profond à leur tradition littéraire. Les exercices, ici, s’appuient sur Steinbeck, Dos Passos, Gertrude Stein ou même Ginsberg et Hubert Selby Jr. Ou passent allègrement de Flaubert à Virginia Woolf (on sait que Malt Olbren fut le traducteur de Lautréamont et Rimbaud. Qu’il s’agisse pour le néophyte (seule qualité requise: un peu d’amour et d’ambition pour l’écriture) d’y trouver des pistes et intuitions pour se lancer dans du récit, ou pour développer sa propre écriture, amplifier un projet existant, des centaines et centaines d’auteurs inconnus ou célèbres ont fait leurs griffes et leur voix aux propositions inusables d’Olbren. Se souvenir toujours que l’inachèvement duCreative writing no-guide a été voulu par l’auteur, comme un des éléments de sa pédagogie. Se souvenir qu’un des principaux reproches qui lui est fait, c’est son influence sur les jeunes auteurs américains – à vous de la surmonter ! Quatre sections dans une logique toute simple : desrecommandations générales, des exercices denarration, puis deconstruction, enfin, sous l’intituléinventions, sespetits plaisirs, exercices plus complexes qu’il proposait comme défi de fin de semestre, et qui sont déjà l’ouverture sur la nouvelle ou le roman… Quant à l’insolence dont il ne s’est jamais départi, ou sa façon agaçante d’apostropher et titiller ses étudiants, à vous d’oser – ou pas ! FB
RECOMMANDATIONS
À ceux qui te disent : demande-toi ce que vient faire ce personnage dans ton roman, demande-toi plutôt ce qu’il a fallu comme roman pour que toi tu en sortes et viennes là. À ceux qui te disent : demande-toi toujours ce qu’il y a de plus important dans ton histoire, demande-toi plutôt pourquoi toute cette histoire a si peu d’importance. Coupe les éléments inutiles, disent-ils : enlève l’utile et garde le reste, dis-toi que la musique est rarement dans les pommes de terre. À ceux qui te disent : sache toujours les trois éléments principaux de ton récit en cette phrase, réponds-leur que le quatrième élément non plus n’est pas celui qui compte. À ceux qui te disent : garde-toi des clichés, réponds qu’effeuiller les clichés c’est l’acide que tu bois, et si le cliché c’est les puces sur le chien, il est bon pour toi d’être le chien de ton livre. À ceux qui te disent : un cliché par histoire et un seul, réponds que la boîte à clichés quand tu l’agites fais le bruit du type qui siffle en passant devant le cimetière. À ceux qui te disent : enlève le faible et garde le fort, réponds seulement : le faible attire le roman et le fort s’assoit dessus. À ceux qui te disent : le roman est une lame, une hache, un poignard, réponds qu’avec le fer aiguisé ta tâche est de te couper les ongles. Certains disent : écris puis force-toi à en enlever un dixième, un quart, un tiers et garder ce qui reste, toi écris plutôt d’abord ce dixième et sors. Certains disent : dans les livres que tu lis, sois attentif à ce que le type aurait dû couper, réponds qu’en ce cas tu changes de livre. À ceux qui te disent : vois ce que dans ton roman tu aurais dû mettre dans la rubrique bonus-track du film, réponds que tu préfères toujours les chutes à leurs singeries de films trop simples. Pense à un titre chaque matin avant d’écrire, et fais-en la liste : ou garde le titre et arrête d’écrire jusqu’au lendemain, puis recommence. Pense à tous les titres qui ne conviennent pas complètement à ton histoire et fais-en la liste : est-ce que toi aussi, tu conviens à ton histoire, alors, demande-toi. Pense à ton titre comme à une chanson que tu aimes, et fais-en la liste : puis reviens à l’instrumental. Pense que « sans titre » pourrait aussi être ton nom d’écrivain : s’ils te répondent que ton cas est désespéré, là commence à écrire. Pense que « sans qualité » pourrait aussi être le nom de ta phrase : s’ils te répondent que ton cas est désespéré, là commence à écrire. Trouve pour commencer une anecdote qui incarne ton récit, disent-ils : mais dis-toi qu’en général c’est toi-même, l’anecdote. L’action est le moteur du récit : alors laisse-les courir ceux-là, et trouve ce que devient le roman dans le fond de son lit. Certains écrivent leur roman en commençant par la fin : certainement, mais dans ce cas c’est toi qui t’étais trompé sur le panneau de sens unique. À ceux qui commencent leur roman en écrivant la fin : c’est un bon début, réponds-leur,
mais dommage que tu aies mis ton froc à l’envers.
À ceux qui te disent : écris toujours trois fins et choisis la quatrième, pense qu’à ce qui danse au lointain tu ne vois plus le visage. À ceux qui te disent : tiens en permanence, concernant la marche de ton roman, conversation imaginaire avec ton meilleur ami, dis-toi que la mort répond seule de façon pertinente. Mange peu, mange plutôt avant qu’après, choisis ce que tu manges, te disent-ils : je mange ce que j’écris, réponds-leur. Faire la différence entre ce qui est intéressant et ce qui est important : oui, puis écrire seulement avec ce qui reste. Prépare ton brouillon, te disent-ils : mais le brouillon est déjà le mort qu’on a rhabillé, et c’est le mort qui fait le livre. À ceux qui te disent qu’une bonne histoire a toujours un début, un milieu, une fin — réponds qu’une bonne histoire est une pomme de terre, et que c’est toi qui l’épluches. Qu’est-ce que le début, le milieu et la fin d’une pomme de terre ? Un jour viendra qu’un type saura faire un bouquin de ça. Qu’est-ce qu’un carnet d’écrivain ? Si ta liste de courses ressemble à de l’écriture, tue-moi cette écriture-là. Qu’est-ce qu’un carnet d’écrivain ? Ce qui reste quand tu enlèves l’écrivain. Qu’est-ce qu’un carnet d’écrivain ? La peau de ton dos, tu réponds, te retournant brièvement sur eux. À chaque instant, sache l’ensemble des directions que pourrait prendre ton histoire, te disent-ils : pense plutôt au type qui reste tout seul quand tout le monde est parti, et que l’histoire commence là. Raisonne toujours sur le principe des trois choses, te disent-ils : les trois choses utiles au lecteur, les trois principes de ta phrase, les trois ressorts de ton histoire — moi je fonctionne en onze, comme l’univers, réponds-leur, puis débrouille-toi avec ça pour écrire. De la situation comme précédant l’action : la situation est toujours désespérée, comme dans ta vie même, réponds-leur. De la situation comme pouvant être décrite selon les lois d’un autre roman, d’une vieille tragédie : ou d’un accident de voiture, réponds-leur. Tu ne trouves pas les mots pour ça, alors fais la liste des mots qui ne conviennent pas, te disent-ils : où cesse le mot, commence la phrase, réponds-leur. Interroge les spécialistes sur les mots qui concernent ton sujet, te disent-ils : et laisse écrire ton livre par un spécialiste, puisque ce n’est pas ton cas, réponds-leur. Lève-toi tôt et couche-toi tard, disent-ils : le cimetière est rempli de tous ceux-là, réponds-leur. Les vieux mots peuvent aussi faire des histoires neuves, disent-ils : mais les vieilles histoires peuvent surgir des mots d’aujourd’hui, réponds-leur, ou ni l’un ni l’autre d’ailleurs. Sache toujours le nom du chien, disent-ils : c’est un beau proverbe, mais tu peux préférer le point de vue du chien, qui se moque du nom de qui le nourrit. Sache toujours le nom du chien, disent-ils : c’est un beau proverbe, mais tu peux préférer ceux qui se passent de chien. Le personnage dans une histoire va nu et c’est toi qui l’habilles, disent-ils : va nu dans ton
histoire, et déshabille-la elle aussi. Une phrase forte résume chaque chapitre : mais toi seul la comprends, cette phrase, dis-toi secrètement. Tu ne sais pas comment commencer ? Commence par le moment où l’auteur va se pendre, et ne te laisse pas embêter par leurs conseils. Dans la liste de ce que tu dois faire, note toujours ce qui précède, accompagne, documente l’écriture, disent-ils : un peu comme le mec qui reste sur le bord de la piscine à se demander comment on nage, réponds-leur. Soigne les outils de l’écriture, te disent-ils : et tes dents et tes pieds aussi, réponds-leur, à preuve qu’on écrit aussi avec. Soigne les outils de l’écriture, te disent-ils : puis bats-toi avec les mains nues, cette chose s’appelle les mots, réponds-leur. Numérote tes versions, te disent-ils : et n’oublie jamais ton numéro de sécurité sociale, réponds-leur. Fais-toi une copie imprimée et corrige sur la copie, te disent-ils : ou bien n’y pense plus et ne garde que la suite. Mets l’histoire sur des fiches et change l’ordre des fiches pour voir ce qui change à l’histoire, te disent-ils : fais tenir toute ton histoire dans une seule fiche et fiche les autres en l’air, réponds-leur. De la procrastination : le gars qui attend à la station-service qu’une voiture s’arrête ne décide pas de leur halte éventuelle, qu’il se remue dans tous les sens ou fasse semblant de verser de l’essence à une voiture imaginaire ne les fera pas s’arrêter plus vite. De la procrastination : vraiment, c’est que ça n’en valait pas la peine, dis-leur — à preuve tous ceux qui écrivent quand même, et qui auraient mieux fait de rester couchés. À ceux qui te disent de faire un plan pour ton livre : et pour tes rêves aussi tu tires un plan, réponds. À ceux qui te disent de faire un plan pour ton livre : mais c’est l’autre livre que tu t’en iras écrire, réponds. Quoi faire quand tu es bloqué ? Va à la pêche.
Quoi faire quand tu es bloqué ? Efface ton fichier.
Quoi faire quand tu es bloqué ? Recopie. Tu es encore bloqué après avoir lu ça ? C’est bon signe. Répète ton livre en le racontant à quelqu’un, ils disent : et tout ça, enlève-le de ton histoire après, moi je dis. Imagine toujours ton histoire dans la tête avant de l’écrire, ils disent : puis pose ta tête sur le papier, et qu’elle se débrouille pour écrire, moi je dis. Écris aussi vite que tu peux pendant dix minutes, puis recommence à écrire ton livre, disent-ils : fais comme ça avec ton petit tour aux cabinets, voilà qui aide à la vie, moi je dis. Écris sans relire pendant dix minutes, puis revient le lendemain et lis, disent-ils : probablement c’est comme ça qu’a été conçu le vieux monde, réponds-leur. Dis à la voix qui te critique dans ta tête : tais-toi, disent-ils, moi je lui dis, gueule après chaque mot, c’est la preuve qu’ils te grattent. Fais la liste des endroits dans lesquels tu aimes à écrire, te disent-ils : puis va écrire à la cuisine ou seulement marcher dans la rue, moi je dis.
N’écris pas tout de suite ton histoire, mais juste un résumé de ton histoire pour toi tout seul, te disent-ils : le monde aussi serait alors un résumé de lui-même, demande-leur ? N’écris pas tout de suite ton histoire, mais laisse-la s’alourdir jusqu’à ce que tu n’en puisses plus de la tenir dans tes bras, disent-ils : ainsi les pommes de terre se mettent-elles à bouillir, mais ça ne rassure pas sur ton histoire. Laisse l’histoire se saisir de toi, ne la raconte pas mais c’est elle qui te raconte, te disent-ils : ou attends que le PQ te torche sans que tu le fasses, réponds-leur. Raconte-toi l’histoire trois fois dans ta tête avant de l’écrire, te disent-ils : fais ça au moment de traverser la rue et tu verras ce qu’en pense l’autobus, réponds-leur. Garde-toi toujours un bout du boulot pour le lendemain, ça t’aidera à reprendre, te disent-ils : oui, et commence la journée par manger le reste de pommes de terre de la veille ? Ce jour-là, décide d’écrire sans regarder tes brouillons ni tes notes, te disent-ils : ce jour-là, mange tes pommes de terre crues — ça ne vaut pas pour les pommes de terre, en fait, mais pour une histoire si, réponds-leur (c’est embrouillé, mon histoire, mais je la garde comme ça quand même). Tu aimes écrire avec de la musique : ce jour-là coupe-la, tu aimes écrire sans musique : ce jour-là mets-la fort, te disent-ils — ou le contraire, moi je dis, parce que c’est très utile ces conseils-là. Là la là la là. Tu as fait un dessin concernant la marche de ton histoire, te demandent-ils ? Eh bien encadre-le avec des belles couleurs, je réponds. Mes habitudes de travail sont si irrégulières, te suggèrent-ils de leur confesser timidement — le croque-mort n’a pas d’habitudes de travail régulières comme la postière alors oublie-les. Mes habitudes de travail ne font pas avancer mon histoire, te suggèrent-ils de leur confesser timidement : si le maçon aime à boire le samedi, n’écris donc que le samedi après boire et oublie-les. Un musicien répète, un acteur répète, un écrivain répète, te disent-ils : le maçon ne répète pas son mur, réponds-leur. La discipline du sportif est sa régularité, te disent-ils : la discipline du maçon ne lui évite pas la beuverie du samedi, réponds-leur. Une phrase t’inquiète, alors va d’abord promener ton chien, te disent-ils : ton chien t’inquiète, alors envoie-le promener ta phrase, réponds-leur. Que penseraient les Karamazov de ton histoire, te suggèrent-ils d’imaginer — sans les Karamazov, tu n’en serais pas là de ta propre histoire, sera ce que tu penses, et : qu’est-ce que les Karamazov, sera la réponse que tu leur feras à voix haute. Que penseraient les Karamazov de ton histoire, te suggèrent-ils d’imaginer — les Karamazov sont morts et de toute façon avaient d’autres soucis que ton histoire, réponds-leur. Soigne ton papier, te disent-ils : écris sur un registre de comptabilité, sur une enveloppe jetée, sur un papier jaune avec des lignes bleues, te disent-ils — sois indifférent même à toi-même, moi je dis. Ne t’exalte pas trop tôt de la beauté de ta page, te disent-ils avec justesse : ne t’exalte que de ton orgueil le plus vain, je dis sans me moquer, c’est aussi cela qui aide. Ne t’exalte pas trop tôt de la nouveauté de ton livre, te disent-ils avec justesse : ne t’exalte que de la nouveauté du matin, je dis sans me moquer, c’est aussi cela qui aide. Pose-toi toutes les questions qu’on pourrait te poser sur cette histoire, te disent-ils : puis
garde les questions et enlève l’histoire, moi je dis.
Fais en sorte que l’histoire soit simple, comme chaque problème a sa solution, te disent-ils : la plomberie n’est simple que pour le plombier, et personne n’est le plombier d’une histoire, réponds-leur. À chaque problème de l’histoire, l’histoire répond par sa solution la plus simple : les pommes de terre gagnent à être seulement cuites à l’eau, réponds-leur. Si l’histoire a un début, un milieu et une fin, chaque élément, paysage, personnage, action sera rapporté avec certitude soit au début, soit au milieu, soit à la fin, te disent-ils : mais préfère toujours ce qui se passe à l’entracte. Si cela va trop vite dans l’histoire, ralentis ce que tu en dis, te disent-ils : et bien sûr le contraire vaut aussi, ou bien de les laisser se raconter ce qu’ils veulent et toi, récite-toi un poème. Si l’histoire t’envahit la tête, ne la laisse pas envahir ta page, te disent-ils : quand les ivrognes parlent entre eux, imagine toujours ce dont ils se souviendront le lendemain, et récite-toi un poème. Jamais la fin d’une histoire sans la nuit passée blanche à la relire, te disent-ils : jamais la nuit passée blanche sans écrire ce qui t’y fait peur, je réponds. Ce qui ne t’a pas servi dans ton histoire, mets-le de côté pour la suivante, te disent-ils : essaye de faire une soupe de tes épluchures de pommes de terre, je réponds. Demande-toi toujours ce que tu voudrais dont le lecteur se souvienne le plus, te disent-ils : demande-toi ce que tu voudrais le plus oublier de tout ça, moi je dis. Demande-toi toujours ce qu’il y a de plus intéressant dans ton histoire, et ce qui a le moins d’intérêt en elle, te disent-ils : et reste soigneusement entre les deux, moi je dis. Demande-toi toujours ce qu’elle t’a appris à toi-même, disent-ils : mais si tu ne le savais pas avant, tu aurais mieux fait de l’apprendre ailleurs, moi je dis. À chaque instant savoir ce qui se passe, qui le dit et qui le fait, te disent-ils : le roman est une salle d’attente, et qui parle dans le haut-parleur tu ne sais pas, moi je dis. Ton histoire, en vérité, elle parle de quoi, te disent-ils : et si on te demande ça de toi-même au lieu de ton histoire tu réponds quoi, moi je dis. Ton langage est-il approprié à tes lecteurs, te disent-ils : s’il y a des lecteurs appropriés à ton histoire, moi je dis, écris pour les autres. Qu’est-ce que ton histoire a changé à la face du monde, te disent-ils : c’est à mon banquier de répondre, leur répondras-tu avant de t’enfuir en courant. Qu’est-ce que ton histoire a changé au visage des livres, te disent-ils : c’est à ma mort de répondre, leur diras-tu avant de t’enfuir en courant. Qu’est-ce que ton histoire a changé à ton propre visage, te disent-ils : c’est que je m’enfuis en courant, leur réponds-tu, t’enfuyant en courant.
C’est un étudiant qui nous arrivait d’une autre université. Oh, respectable : son enseignante d ecreative writing avait décroché le Pulitzer, son livre était traduit en douze langues, elle produisait des histoires de fantômes en série et venait de publier un essai sur la psychologie de la mode — qui était l’humble Malt Olbren devant une telle gloire ? Et l’étudiant pour se présenter nous raconta l’exercice suivant, qu’ils avaient intitulé là-bas : « toi et ton animal, une imagination » (imagine your pet, aurais-je proposé simplement). « Écrire un texte sur toi et ton animal », et voilà ce qu’on demandait là-bas à la langue de Shakespeare et Faulkner. Ô l’Américain malade de ses chiens. Mais attention : imagination ! Tout de suite venait la contrainte : « un animal que tu n’as jamais eu ». Ah l’aventure ! Te voilà...
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