Pamphlets de Claude Louis, vigneron de Bezis. Les gens en vacances

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impr. de B.-C. Latour (Agen). 1865. 4 fasc. en 1 vol. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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DE
CLAUDE -LOUIS
VIGNERON DE BEZIS.
4.
LES GENS EN VACANCES.
PRIX : 20 CENTIMES.
Au dos une table des matières
dressée par l'auteur.
IMPRIM. J.-A. QUILLOT, C. PLATEFORME ET RUE St-MARTIAL, 1.
1865.
TABLE DES MATIERES :
Abus des Vacances. page 3
Pétition à un Président. 5
Prières. 6
Progrès des Etudes. 7
Avenir lointain. 8
Longueur et fruits des Etudes. 9
Les Pédants. 9
Les Parents. 9
Enfants Postiches. 10
Grandes conséquences. 11
Projet de fuite au Sahara. 14
Avortement du projet. 14
Réception et refus de colis. 15
Lamentations, Plaintes. 16
Palinodie. 13
Du MÊME AUTEUR :
LES MECONTENTS DE TOUS LES REGIMES, prix 20 c.
LETTRE AUX AMBASSADEURS SUR LES
FINANCES, prix 20 c,
INSTRUCTIONS DU DIABLE SUR LE
CARNAVAL, prix 20 c.
LES GENS EN VACANCES
J'avais onze ans quand mes parents, à bout de patience,
recoururent à un moyen déjà en vogue pour se débarrasser
de mes espiègleries.
On m'enferma dans une grande prison décorée du nom
de collége, et j'y appris bientôt quelques mots latins, plus
celui nouveau pour moi de vacances.
Vacance signifie absence de travail et repos.
Va pour l'absence de travail ; quant au repos, pour un
gamin, impossible.
Mes vacances n'étaient donc pas un désoeuvrement, mais
une suite d'oeuvres inutiles ou mauvaises.
Et j'ai résolu d'écrire ceci contre mes imitateurs dans
l'emploi des vacances, gens qui ne me donnent que trop
souvent et en ce moment même des motifs très-réels de
dépit :
« Hola, hé! monsieur le chasseur, avec vos chiens goulus.
»
Allons, voilà qu'il s'enfuit, et la jambe enlacée dans les
pampres trébuche sur mes grappes mûres en faisant un dé-
gât inoui !
0 échappés des prisons collégiales ou des écoles de droit,
et de travers.
Rien n'est pire
« Que l'écolier si ce n'est le pédant. »
*
L'autre jour, armé d'un échalas, je me lançai à la pour-
suite d'un beau monsieur lancé dans ma vigne avec ses
chiens, ni plus ni moins que ce polisson d'écolier.
Heureusement la colère me manqua, je manquai le beau
monsieur, et il n'y eut de lésé que ma cuvée.
Pauvre cuvée! c'est bien aussi un peu ma faute. J'aime le
bon vin et je vendange tard.
N'étaient qu'une ou deux avaries, le mal serait petit.
Mais une fois les diables arrivés en vacances, plus de répit.
Et pour le plaisir des enfants ou la fantaisie des papas, ou
pour le soulagement de quelques pédants obligés par salaires
à surveiller cette engeance,
_ 4 -
Il faut que, sans aucun salaire ni indemnité, je ne dorme
plus que d'un oeil pour les veiller.
Autant valent chats au buffet et poules au jardin.
Encore si ces farfadets n'avaient inoculé leur fièvre déli-
rante à mainte catégorie de citoyens qui ne savent plus en
vacances que le rôle d'ÉCHAPPÉS DE BICÊTRE!
Qu'un président de tribunal parcoure la campagne la car-
nassière au dos et se félicite de ne plus présider que des
chiens;
Qu'il ne souffre mot d'aucune affaire sans vous lancer
un regard courroucé ;
C'est juste. Vous lésez ses vacances.
Et croyez-vous qu'il y a droit après avoir durant dix mois
tant subi de plaidoyers et enduré d'avocats?
Qu'un simple juge sommeille, pas de résumé à faire. On
révère sa placidité : « il médite un point de droit.» Mais un
président, rien, non, rien ne peut suspendre son martyre...
Aussi voyez un pauvre juge sans vacances, un juge de
commerce, promener son impatience et ses gémissements
devant son magasin !
C'est navrant. Vivent les professions libérales, les avocats,
etc., etc.
Qu'avez-vous de sinistre, que le vôtre vous évite?
Ah! je comprends; il a déjà mis ses guêtres.
Vous l'attrapez néanmoins. Il semble un délinquant pris
par un gendarme.
« J'ai, lui dites-vous, une petite somme en péril. Mon
débiteur veut tout vendre. Vite un jugement. »
— « Mal tombé, mon ami, pas de juges ni de jugements,
nous sommes en vacances. »
Votre Cicéron là-dessus part pour l'île des plaisirs,
Et vous fait, comme maître Renard au Bouc resté au fond
du puits, un beau sermon d'exhortation à patience.
Votre avoué n'est pas si heureux.
Il reste incommodé par des mensonges rentrés dont l'éva-
cuation ne se fait qu'incomplètement au tribunal de com-
merce.
ll appellerait un médecin si l'on y pouvait compter en
temps de vacances.
Mais non :
Ne vous avisez pas d'être blessé ni malade : votre docteur
a cassé la patte d'un lièvre et, la visière de la casquette ra-
battue sur les yeux, comme un criminel, poursuit en forcené
la pauvre bête.
Il la tire, tue votre chien et vous blesse vous même.
Votre fils va porter plainte à un fonctionnaire qu'il trouve
furieux d'une partie de pèche manquée.
Il s'esquive à celle vue dans la crainte qu'un moment d'er-
reur ne le fasse emprisonner, lui plaignant, au lieu du cou-
pable.
Je faisais l'autre jour ces réflexions voyant que le mal ne
fait qu'empirer, et que tous les enfants de la France sont,
pour cause d'instruction, menacés d'incarcération et de va-
cances. Je voudrais, parole d'honneur, les en exempter parce
qu'ils en abusent, comme j'exempterais volontiers les ivro-
gnes de boire. Mais je n'y vois nul moyen.
Ça gagne, ça gagne, bon gré malgré tout.
Ma femme veut des vacances, et me laisse manquer de
bonnes idées et de boulons de chemises (ce dont les hommes
manquent souvent).
Ma cuisinière veut des vacances Elle en prend si je les
refuse, et, faute d'avoir fait son diner, impose à mon esto-
mac des vacances redoutables.
Si ça gagne le boulanger et les autres, me voilà obligé de
faire venir de nos ports du biscuit cl des conserves d'Appert,
et de vivre en pleine cité comme si j'étais matelot sur un
bâtiment de l'Etat.
Qu'y faire? Enfin qu'y faire ?
Avec ou sans femme, il me faudrait une bonne idée.
Voici :
J'écris immédiatement au président de la Société Protec-
trice des Animaux, pour jouir de ses bienfaits en temps des
vacances et avoir mes rations de vivres ordinaires.
A huit jours de là, l'aimable président a l'obligeance de
me répondre :
« Monsieur,
» J'ai accueilli et communiqué à la Société votre intéres-
sante demande.
» La Société, réunie le 7 courant, a cru devoir passer à
l'ordre du jour, par le motif qu'elle ne s'occupe que des
animaux domestiques.
» J'ai vainement décliné votre rue et le n° donnés par
votre adresse, afin de prouver qu'habitant une maison vous
ne pouviez être classé parmi les animaux sauvages,
— 6 —
» L'ordre du jour a été maintenu.
» Cependant il a été pris une mesure qui satisfait, ce me
semble, votre voeu, quoiqu'elle lui paraisse antipathique.
» Pour des raisons morales et hygiéniques, la Société a dé-
cidé que les vacances étaient une institution très-méritoire.
(Ce n'est pas là ce que l'on conteste.)
» Et va demander une loi qui en fasse jouir pendant sep-
tembre et octobre tous les quadrupèdes d'attelage, chevaux,
ânes, mulets, et, par assimilation, les mécaniciens et chauf-
feurs qui font la ci-devant besogne des chevaux.
» Je me plais à croire que celle extension des vacances va
modérer beaucoup l'appétit de vacances de votre personnel
féminin, obligé désormais de partira pied et de porter à dos
de femme tout son bagage.
» Et quel bagage! un vrai Chimboraço.
» Que si vos dames avaient la prétention incroyable de
vous imposer ce fardeau, il vous resterait la ressource d'ob-
tenir dans une compagnie une place d'employé honoraire
du service de la traction.
» Agréez, Monsieur, etc. »
Celte réponse du digne président a comblé mes voeux.
Mais l'effet s'en fait bien attendre.
Et puis nos législateurs ont aussi des vacances, et qui sait
ce qu'amènera la discussion de cette loi?
Je vois une église, j'y entre et me mets à conter ce cas
au bon Dieu qui le sait mieux que moi, et à le prier de faire
pleuvoir une manière de bésicles intellectuelles à l'usage des
écervelés qui déshonorent les vacances, et de tous les autres
fous au nombre desquels je me trouve.
On tintait pour appeler au secours d'un blessé monsieur
le curé occupé à reconduire jusqu'aux confins de sa paroisse
un professeur en vacances.
Encore un, me dis-je.
Tout en priant, je me laissais aller à compter toutes ces
victimes de l'abus des vacances.
Et déjà d'une prière j'étais tombé dans une réflexion,
d'une réflexion j'allais tomber dans une leçon et peut-être
dans une chanson.
Peste! quel dommage d'être si sain de corps, si bien cam-
bré qu'il n'est pas dans ma vigne un échalas si droit que je
n'aie l'air d'avoir avalé,
Tant je me redresse bien dans les occasions,
Et avoir les idées si décousues, qu'il n'y ait pas de boutique

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