Panard au Sallon.

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A La Haye, et se trouve à Paris, chez Belin, Libraire, rue S. Jacques, vis-à-vis celle du Plâtre. 1781.. 1781. Salon (1781 ; Paris). 30 p. ; in-8.
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Publié le : lundi 1 janvier 1781
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PANARD
AU SALLO No
N'étant d'aucun parti, je parlerai sans fard j
Au torrent des flateurs si ma plume résiste,
C'est que l'on doit songer à l'art,
Avant de songer à l'Artiste.
1781.
* - J.
A LA HAYE,
Et Je trouve A PAR l S ;
Chez BELIN, Libraire, rue S. Jacques, vis-à-Yls
celle du Plâtre,
1
AVERTISSEMENT.
P AN ARD eJl un des pères du Vaudeville*
son genre doit plaire , c est celui du moment.
Il peut bien aller au Sallon, puisque Janot
& tant d'autres y allèrent il y a deux ans.
Ai j
PANARD
AU S À 1 l O No
PEINTURES.
M. V I E N.
jf%RISÉJS emmenée de la tente d'Achille.
On reconnoît avec plaisir dans ce Tableau la touche
mâle & vigoureuse de l'Artiste qui peignit Heaor re-
prochant à Pâris sa lâcheté ; mais on n'y retrouve pas
tout-à-fait la même chaleur & la même vérité de co-
loris. Le groupe des Soldats qui font à la barriere du
camp d'Achille, est beau , mais lourd. Le ciel est d'un
beau ton de couleur, & le vaisseau bien arrangé. Mais
pour l'expression, elle est fausse. Achille n'a pas de
noblesse dans ses proportions qui font trop courres,
dans sa figure qui est baffe, & dans son attitude qui
est gênée & d'un mauvais choix. On veut lui ravir sa
maitresse, il devroit tout culbuter , & il a sa main
droite à son casque, & son épée inutile dans l'autre.
Le bras gauche de Briséîs est peint avec une grande
vérité, mais l'autre est lourd , ainsi que la figure.
( 4 )
Quarydàquc bonus dormitat Homerus.
L'Arrin:e*\'it-nt d'Avoir le sommeil d'Homère, j'aime
à me flatter qu'il aura son réveil. Je ne fais d'ailleurs
d'où vienr qu'Achille & Briséis me rappellent toujours -
Hector & Hélène? Ces quatre personnages ne font pas
cependant les mêmes.
AIR : De Joconde.
Avec son magique pinceau
Et sa douce harmonie,
VIEN fait briller dans [on Tableau
Mille traits de génie :
Mais, réminilcence déplaît
Dans un Tableau d'histoire j
Et voilà par fois ce que c'est
D'avoir trop de mémoire.
M. DE LA GRÉNÉE l'aîné.
Préparatifs du combat de Pâris & de Ménélas.
On peut, en jugeant ce Tableau, juger tous les
grands Tableaux de M. de la Grénée. Toujours même-
touche, - couleur un peu trop grise & transparente.
Agamemnon a un air de rêre noble , & une attitude
gênée qui fent le mannequin. Les proporrions font
mal senties. Voyez cette poitrine, c'efi presque celle
d'un Hercule; comparez-y les bras & les jambes, vous
sentez qu'ils font grêles. La jambe sur laquelle tombé
l'a-plomb du corps est trop roide, mais beaucoup moins
encore que celle qui est posée sur le degré de l'autel. Le
genou n'est point assez plié. On ne voit point d'ailleurs
à quoi cette jambe tienr. l'arrirude du bras droit n'eil
pas naturelle. Priam est très-noble, & c'est la plus
belle figure du Tableau. L'attitude de Pâris est d'un
beau choix & pleine de feu. En un mot., il y a dans
ce Tableau, mais vu de près, des détails savans Se
'< s).
A iij
précieux, qui annoncent une étude sévère de la na-*
ture. Les draperies, quoique jettées avec facilité, ont
le ton d'éventail, & les personnages font moins costu-
més en Héros Grecs qu'en Danseurs de l'Opéra.
Annibal faisant donner la sépulture à Marcellus,
est d'un beau ton de couleur. Les groupes en font beaux
& bien agencés ; mais Annibal eit trop grand. Ses
genoux font pliés, il s'appuie sur son cheval, qui est
grand , & malgré cela, sa tête en: sur la même ligne
que celle du cheval. Ce tableau commence à être d'une
bonne grandeur pour M. de la Grénée.
La Peinture fera long-rems triste des écrits ridicules
& envenimés de ses ennemis, si son confolaceur ne
met pas plus d'ame dans ses cohfolarions. Cette allé-
gorie d'ailleurs pose sur un principe taux, en ce qu'il
suppose que ce font les ennemis de la Peinture qui
font contr'elle des écrits ridicules & envenimés. A ces
traits on reconnoît un libelle, & point une fage cri-
tique. Ce font ceux qui défirent la perfection d'un art,
qui s'enrreriennent avec les Artistes de leurs fames; &
envisagées fous ce point de vue, les critiques font dé-
sirables, & même nécessaires.
Laïs, Alciôiade, Sara présentant Agar à Abra-
ham) &c. &c. &c. suffisent à M. de la Crénée pour
prouver que dans ses petits Tableaux le génie efl: en
lui réuni à l exécution la plus précieuse , au coloris le
plus frais, au dessin le plus pur & le plus correct,
qui cependant ne donne jamais dans la sécheresse.
M. DE LA GRÉ NÉE le jeune.
Les Noces de Cana annoncent une composition
fage & facile ; le coloris en efl: vrai , l'expression urt
peu froide) lec; draperies deilinées laraement) & les
peu froide, les dra p er i es dessinées largement, & les
caractères ont de la noblesse.
( 6 )
Le Martyre de S. Etienne. Composition froide, atti-
tudes qui ne font pas vraies; le bourreau du fécond
plan va lancer sa pierre de la manière la moins na-
turelle ; l'autre est froid. S. Etienne ni le Christ n'ont
pas assez de noblesse) & dans ce dernier, ainsi que
dans les personnages qui l'environnent, le Peintre a
outré l'anatomie' qui ne doit pas se faire sentir dans
des figures aëriennes.
La Conversion de S. Paul n'offre pas de groupes
naturels. Dans le premier plan, Saul renversé, ce
cheval culbuté & tourmenté dans son attitude , ainsi
que son cavalier; ne font pas agencés d'une belle
manière. La couleur en est trop brillante , & le Christ
est mesquinement aftîs sur un nuage où il paroit ac-
croupi.
Mais voici où nous aurons à louer. Les fils de Tar-
tJuin admirant la vertu de .Lucrèce, petit Tableau :
c'est le genre de M. de la Grénée. On y defireroie
cependant un ton un peu plus chaud & des caraéteres
-de tête d'un plus grand genre. La main droire. du mari
de Lucrèce est dans une attitude forcée. Le premier
des Tarquins est roide , & ses genoux font un peu
cagneux. Mais le dernier montre à son expression vive
& vraie, qu'il adore Lucrèce, & quil désespere d en
être aimé. Ce doit être au sortir de cette visite qu'il
concut le projet d'user de violence contr'elle. Sa jambe
traîne cependant un peu trop , & l'architeéture est
trop dans la vapeur.
David insultant Goliath après l'avoir vaincu, réu-
nit , je crois, toutes les qualités eiïçnrielles d un Ta-
pleau. David est bien proportionné ; les chairs font
d'un ton vrai & d'un moelleux qui gagne encore 1
l'examen. Son corps se détache bien du,fond, & l'on
( 7 )
A iv
ne sauroit donner trop d'éloges à l'homme de génie
qui par un coup de l'art, nous a fait voir les pieds
te Goliath du plus beau fini , & qui contrastent de
la manière la plus savante avec la délicateÍfe de David.
Meilleurs de la Grenée dans leurs petits Tableaux,
n'auront de loïig-tems des égaux ; & l'on peut dire de
l'un & de l'autre :
S „ AIR : Du bas en haut.
Pour le boudoir,
Travaille, charmant LA GRENÉE,
Pour le boudoir :
Quel fort plus doux peut-on avoir 1
Que, ta palette efl fortunée,
De se voir ainsi destinée
Pour le boudoir!
M. DOYEN.
Mars vaincu par Minerve.
- Ce Tableau offre une double adion, ce ne feroit
pas un défaut, non plus que d' annoncer le sujet d'un
Tableau avec moins d'emphase, si les deux avions
n'étoient pas sur le même plan. Il est d'une compo-
sition fougueuse & qui part d'un génie exalté, mais
que personne ne peut comprendre que lui seul. Tout est
Imnière ou reflets ; point de repos, point d'accord. Il y
regne une confusion qui empêche de distinguer le nom-
bre ,ni l'agencement des groupes. Dans le plan à gauche,
au milieu de ce groupe qui devroit être perdu dans
r éloignement, on cherche a quoi peut tenir un bras
qui est tout droit, & on ne le trouve pas. Mars lui-
même, groupé sur deux cadavres, ne fort point aÍfez.
La couleur est trop crue, & les ombres brûlées; mais
l'expression y donne de l'ame & de la vie à tout. De
quel enthousiasme ce tableau est l'ouvrage ! mais de
( S J
combien la main qui l'a exécuté est au-deuous du génie
qui l'a conçu ! r
AIR: De Fanfare
Aussi prompt qu'un éclair sur l'aile du génie,
Dans le séjour des Dieux ; DOYEN, tu nous ravis ;
Mais fonge à l'harmonie j
Et si tu veux le prix,
Une fois en ta vie,
Finis.
M. L'É P I ClÉ. 1
Départ d'un Braconnier. Un Vieillard IVant..
Le Jeu de la foffitte. Le Jeu de cartes.
Petits Tableaux vigoureufemenc touchés, couleur
chaude & vraie. Idées charmantes, finement senties,
& précieusement rendues.
Piété de Fabius Dorso.
Compoiition bien fage. Caraétère de tête dans l'objet
principal, bien plein de dévotion. Attention muette
des Romains -& des Gaulois que l'on partage en re-
gardant le Tableau. Chairs d'un ton de couleur bis
qui paroît être le reflet d'un incendie, & qui est en
core du même ton que les draperies.
RéfurreOion.'
Christ extrêmement fvelee. Un peu de confiifion
dans les deux jambes. Le bout du pieil de celle de
derriètè a un peu de J'air du talon de celle de devant.
Attitude bien choisie de deux Soldats qui dorment,
& dont l'un fert de couffin à l'autre. L'avant-bras de
celui de dessus plus petit avec la draperie, que le bras
sans draperie; bras qui fait le balustre, & qui est étraa-
( 9 )
glé vers le coude; & chairs de même ton que les dïfi-*
peries.
AIR: Des fraises.
De ces tableaux réunis,
La gloire est égale;
Mais les connoisseurs surpris,
Redemandent à grands cris,
La Halle , la Halle, la Halle.
M. BRENET.
Combat des Grecs & des Troyens sur le corps
de Patrocle.
Composîtion qui pouvoit être plus riche , & qui
n'est pas pour cela sans mérite. Combat furieux dans
un champ de bataille presque défert; mais notez que les
'Troyens font en fuite. Figure principale extrêmement
lourde, il est vrai qu'elle est chargée d'un rocher mons-
trueux; son expression est terrible, & l'idée en est neuve
& grande. Achille paroît un enfant de douze ans que
Minerve conduit par la lisière, & n'est pas du tout ce
Héros terrible dont la colère a fourni l'Iliade à Ho-
mère. En général, ce Tableau pèche par la couleur,
mais les draperies font légères & largement faites, les
figures savamment groupées ; la crainte de la chute
du rocher bien sentie & bien rendue, & le désordre
d'une fuite aussi bien rendu qu'il pouvoit l'être, vu
le peu de personnages qui font dans le Tableau.
Adoption d'OEdippe; Rétnzis & Romulus. Ce ne
font pas des la Grenée.
AIR : Chanfoll, chanson.
B R E N E T , ton dessin est facile;
Ta perfpeâive rend Achille
Petit garçon ;
( 10 )
Mais quand tu veux nous rendre Homère,
Sans les couleurs prétendre plaire,
Chanson, chanson.
M. VER NE T.
Toujours même richesse de composition, même
chaleur de coloris, des effets de lumiere admirables,
des fines on ne peut mieux choisis, des vérités de détail
qui ne font qu'à lui, une expression toujours vraie, &
qu'il fait passer à son gré jusqu'au cœur. Voilà les droits
que M. Vernet peut faire valoir pour paÍfer à la poilériré,
& ces droits font inconieftables. Quelle idée heureufe3
sur-tout dans ce Tableau où ces deux malheureux
expirent en se ferrant la main pour se dire un éternel
adieu ! Ce fpeaacle est déchirant.
AIR : Toujours il eflle même.
Toujours sublime en son talent- Cuprême,
VER NET ravit, donne de Tame à tout
C'est le Peintre du goût,
Il mérite qu'on l'aime ;
Si-tôt qu'on peut le voir,
On dit, sans le vouloir :
Toujours, touj ours, il est toujours le même.
M. R O S L I N.
Les portraits de M. Rollin font un des beaux orne-
mens du Sallon. Draperies peintes avec la plus grande
vérité. Coloris vrai dans les têtes d'homme ; c'efi assez
celui de la nature, dont il poerroit cependant faire une
étude plus sévere , pour rendre ses détails avec plus de
chaleur. Mais la même vérité ne regne 'pas dans le plus
grand nombre de ses têtes de femme. Il est vrai que
leur ton de chair est difficile à rendre; & avec cela
toutes veulent être flattées. Mais M. Rossin fent bien
( II .)
-.que la nature n'est pas d'un blanc de craie, & il le
prouve dans ses draperies qu'il fait blanches sans blanc.
Nous conviendrons encore que le rouge & le blanc que
les femmes mettent sur leur figure doivent rendre la
nature impoflible à saisir fous le masque dont elles la
couvrent.
AIR: Des Portraits à la mode.
Portrait qui paffe à la postérité,
A couleur chaude unit la vérité,
Détails Cavans pleins de simplicité,
Voilà la bonne méthode.
Femme à prêtent qui demande le Sen,
Veut rouge & blanc sans y connoître nen,
Ainsi plâtrée, elle pente être bien.
Voilà les porttaits à la mode.
M. LE PRINCE.
Joueurs de boule, &c.
Coloris chaud; composition riante & d'un effet:
agréable ; touche mâle, & fini précieux.
AIR : 0 ma tendre musette.
Peut-être la nature,
Toujours belle sans fard,
Aime moins la parure
Que lui prête son art;
Par (a vive palette, *
L'oeil malgré lui flatté
Sortant de sa toilette,
Croit voir une Beauté.
M. DUPLESSIS.
Six Portraits de différentes personnes.
AiR : Pour la Baronne.
C'est la Nature,
DUPLESSIS, dont tu rends les traits 2

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