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Pantagruel, Gargantua, Tiers Livre, Quart Livre, Prognostication

De
578 pages

Ici naît la langue française.


Et quelle langue... Remplie de ce rire qui déborde les papes, les rois, ou le petit potentat qui est votre voisin. Remplie de musique, de merveilles, une langue qui s'écrit et se donne par la voix.


Compliqué ? "L'ancien français est une langue étrangère qu'on sait d'avance", disait Valéry. C'est ici ce qu'on a voulu respecter, ce grand son, cette rythmique (ponctuation originale respectée).


Et, avant chacun des quatre livres, une solide introduction qui aide à s'y lancer, redonne les repères, les enjeux.


Parce que Rabelais ce n'est pas seulement la farce. C'est un monde en trouble, rempli de guerres. C'est un monde qui ne sait plus si le soleil tourne autour de la terre ou le contraire, qui ne sait plus si c'est l'Inde ou l'Amérique qu'il y a au bout de la route des navires, qui se doute que dans les mystères du corps, quand on approche la lentille optique, il y a bien d'autres énigmes.


C'est pour cela que Rabelais à la fois nous enseigne et nous fascine. Avec cette première édition numérique globale, on peut se déplacer d'une occurrence à l'autre, on peut retrouver en un clic le fou du Petit Châtelet (celui qui mangeait son pain à la fumée du rôtisseur et prétendait ne pas la payer), ou la fabuleuse tempête, ou les mystérieuses "paroles gelées" ou tout simplement ces moutons qui n'ont jamais eu le temps d'être à Panurge.


Un Rabelais cruel, un Rabelais voyageur, avec ce grand voyage vers le pôle qu'entreprennent les navigateurs du Quart Livre, un Rabelais satirique, qui dans le Tiers Livre se moque des philosophes autant que de la sorcière de village, du poète à l'agonie ou du médecin qui compte ses sous.


On a toujours à relire Rabelais. Désormais, on peut l'emporter avec soi. Même le dictionnaire qu'il s'écrit à son propre usage, cette "Brève déclaration d'aulcunes dictions les plus obscures contenues on present livre", qui est un livre à elle seule.


Par les temps qui courent, croyez-moi, ce n'est pas un luxe.



FB


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Il y avait, devant la maison de mes grands-parents, à Damvix, la rivière. Et un peu plus loin, sur la rivière, les tours blanches d’une abbaye en ruine : Maillezais. C’était un temps sans télévision, où voitures et michelines, sur les petites routes de Vendée, croisaient encore les vaches qu’on faisait traverser en barque le marais. Et qu’on sortait sur la rue, dans les villages, avec une pelle, pour ramasser à leur passage le crottin de cheval. Le monde a changé vite. Parce qu’on était là, à vivre devant la mer, on connaissait peu d’autre musique. Et peu de peinture qu’en reproduction, autrement que cet horizon devant nous. S’il y avait la capitale, loin, elle aussi s’affirmait non pas comme monde d’une culture ancienne, mais symbole même de cette page qui allait tourner, quand l’autre grand-père revenait avec la nouvelle Citroën ou la dernière Panhard commandée par quelqu’un du pays, et dont nous détachions avec précaution les protections des pare-chocs inox, dans l’odeur du neuf. Mais les livres avaient un autre statut : ils avaient partie liée à ces temps anciens, qui nous parvenaient depuis une ruine respectée et majestueuse, avec cette même beauté de la pierre que l’autre, plus rugueuse, par quoi la digue de l’Aiguillon-sur-mer nous protégeait des tempêtes. L’abbaye portait avec elle un nom, et ce nom restait pour avoir écrit des livres. Cela que nous tenions à la main, des pages avec caractères imprimés, cela ne venait pas des obscurités sombres du temps ou de ce à quoi nous tournions le dos : le pays de terre. Cela avait été composé à main d’homme, et le temps, ce temps dont nous savions le changement amorcé, y avait été attrapé. La guerre n’était pas loin, aux récits de résistance, aux armes conservées, aux visages devant nous. Mais une autre avait lieu, qui tenaillait par l’absence : ceux qui étaient en Algérie, celui-ci par exemple, le fils de cet homme qui ramassait chaque matin les poubelles avec sa benne derrière le cheval. Des mots nouveaux, des images comme celles du champignon atomique, nous parvenaient. Et tout cela, obscurément, la ruine de l’abbaye le portait, et cela avait nom, et cela imposait que ce que nous tenions, la page imprimée et le récit du livre, avait à voir avec ces images, cette absence ou ce changement. Le fait même d’être ici sur terre, derrière la digue, avec le bruit neuf des voitures. C’est plus tard que j’ai lu Rabelais, mais sous cette autorité ancienne de son nom, loin avant les livres. En proposant ici quatre longues études, plusieurs fois remaniées et révisées à mesure de ma propre avancée dans Rabelais – chacune portant sur un des quatre livres successifs –, j’ai voulu tisser à la fois une ébauche biographique de Rabelais et des enjeux successifs de son écriture, les situer dans une histoire globale des fractures et inventions de notre littérature. Beaucoup moins résoudre qu’évoquer les chantiers de recherches ouverts : bienvenue, il y a de la place ! Elles sont suivies d’un bref ensemble de textes portant sur des points séparés, la
folie, le voyage, les formes. Pour chacun de nous, le compagnonnage de Rabelais, une fois ouvert, devient une permanence. Puis quelle meilleure méthode pour apprendre la langue, à bras le corps, à pleine voix, à hauteur de monde ? FB Cette édition numérique a une histoire. En 1994, lorsqu’on a fêté le cincentenaire de Rabelais, sont enfin apparues des éditions de poche qui n’avaient pas été reponctuées, et ne faisaient pas de Rabelais une sorte de hiéroglyphe bourré de notes, tuant d’avance tout plaisir de lecture.L’ancien français est une langue étrangère qu’on sait d’avance, disait Valéry, et nous devons toujours avoir en mémoire que le texte de Rabelais, écrit pour être lu en public à ses auditeurs par celui qui savait lire, doit en permanence mimer ses histoires tant la langue française est l’apanage d’une zone géographique (le Val de Loire) bien plus restreinte que le royaume. En 1990-1992, à l’initiative des éditions POL, je transcris sur mon premier ordinateur (un Atari 1040) les fac-similé des éditions originales de la BNF, que m’avait aimablement procurées Yvan Leclerc, lequel ne s’était pas encore risqué dans l’aventure Flaubert qu’on sait. Respecter les graphies, rythmes et ponctuations donc, donner un Rabelais le plus homothétique possible à sa première apparition (et c’est aussi pour cela queGargantuaaprès le vient Pantagruel et non avant, comme dans les œuvres posthumes), et accompagner chacun des quatre livres d’une introduction conséquente, qui aide à repérer les enjeux et s’approprier le texte. Pour mon propre usage, je souhaitais une édition numérique complète de Rabelais, qui permette en particulier l’usage de la recherche plein texte. La voici donc.
Sommes-nous indemnes des horoscopes, rumeurs malignes, fantasmes collectifs? Non, certainement pas – il suffit d’ouvrir le premier magazine télévision à deux balles devant une caisse de supermarché, et même à la radio on nous débite dans les gares l’amour et la fortune selon les signes astrologiques, quand nous avons su agrandir l’univers jusqu’aux quasars et à son fond fossile… Sommes-nous indemnes de ce rêve de petit livre utile, comme les jardiniers en avaient pour les semis selon la lune, et comme le facteur nous apportait le calendrier des Postes avec tant et tant de renseignements pratiques? Non, certainement pas – et si Internet tient le rôle des almanachs de la société rurale, c’est cette commodité aussi qui nous le rend cher. Sommes-nous indemnes du bruit du monde, de la nécessité d’en avoir retour pour maîtriser nos peurs? Non, tout simplement parce qu’elles sont réelles, les peurs, dans ce monde qui va tout de travers, rempli de nuit et d’orages. C’est bien pour ça qu’il nous touche autant, ce bref texte où Rabelais s’en prend à tout cela ensemble, dans cette suite de chapitres travaillés comme une orfèvrerie de mots. On y trouve cette fabuleuse liste de tous les métiers des hommes, chacun arc-bouté à son destin. On y trouve ces proverbes détournés, et le grand rire souterrain de celui qui nous promet que les aveugles y verront peu, que les sourds n’entendront guère, et que les riches se porteront mieux que les pauvres. Mais, dans ce tout premier ébrouement de l’imprimerie, travaillant pour foires et colporteurs, quel culot de vouloir avancer d’emblée un almanach « pour l’an perpétuel », un almanach qu’il suffira tous les ans de réimprimer à l’identique, puisque – et jusque’à nous – tel reste inchangé lé destin de l’homme dans sa nuit, et qu’il puisse quand même en rire. Et c’est bien pour cela que je place ce texte en avant-propos, avant la gigantesque suite des quatre livres…
Au liseur benivole Salut & Paix en Iesus le Christ. Considerant infiniz abus estre perpetrez à cause d’un tas dePrognostications de Louvain faictes à l’ombre d’un verre de vin, ie vous en ay presentement calculé une la plus sceure & veritable que feut oncques veue, comme l’experience vous le demonstrera. Car sans doubte veu que dict le Prophete Royal,Psal. v.Dieu « Tu destruyras à tous ceulx qui disent mensonges », ce n’est legier peché de mentir à son escient & abuser le pauvre monde curieux de sçavoir choses nouvelles. Comme de tout temps ont esté singulierement les Françoys, ainsi que escript Cesar en sesCommentaires, & Iean de Gravot onMythologies Gallicques. Ce que nous voyons encores de iour en iour par France, où le premier propos qu’on tient à gens fraischement arrivez sont. « Quelles nouvelles ? sçavez vous rien de nouveau ? Qui dict ? qui bruyt par le monde ? » Et tant y sont attentifz, que souvent se courroussent contre ceulx qui viennent de pays estranges sans apporter pleines bougettes de nouvelles, les appellant veaulx & idiotz. Si doncques comme ilz sont promptz à demander nouvelles autant ou plus sont ilz faciles à croire ce que leur est annoncé, debvroit on pas mettre gens dignes de foy à gaiges à l’entrée du Royaulme qui ne serviroyent d’aultre chose sinon d’examiner les nouvelles qu’on y apporte, & à sçavoir si elles sont veritables ? Ouy certes. Et ainsi a faict mon bon maistre Pantagruel par tout le pays de Utopie, & Dipsodie. Aussi luy en est il si bien advenu & tant prosperé son territoire, qu’ilz ne peuvent de present avanger à boyre, & leur conviendra espandre le vin en terre, si d’ailleurs ne leur vient renfort de beuveurs & bons raillars. Voulant doncques satisfaire à la curiosité de tous bons compaignons, iay revolvé toutes les Pantarches des cieulx, calculé les quadratz de la Lune, crocheté tout ce que iamais penserent tous les astrophiles, hypernephelistes, Anemophylaces, Uranopetes, & Ombrophores, & conferé du tout avecques Empedocles, lequel se recommande à vostre bonne grace. Tout letu autemay icy en peu de chapitres redigé, vous asseurant que ie n’en dis sinon ce que ien pense, & n’en pense sinon ce que en est, & n’en est aultre chose pour toute verité que ce qu’en lirez à ceste heure. Ce que sera dict au parsus, sera passé au gros tamys à tors & à travers, & par adventure adviendra, par adventure n’adviendra mie. Dun cas vous advertys. Que si ne croyez le tout vous me faictes un maulvais tour, pour lequel ycy ou ailleurs serez tres griefvement puniz. Les petites anguillades à la saulse de ners bovins ne seront espargnées suz vos espaules : & humez de l’air comme de huytres tant que vouldrez. Car hardiment il y aura de bien chauffez, si le fournier ne s’endort. Or mouchez voz nez petitz enfans : & vous aultres vieux resveurs affutez voz
bezicles & pesez ces motz au pois du Sanctuaire.
Quelque chose que vous disent ces folz Astrologues de Louvain, de Nurnberg, de Tubinge & de Lyon, ne croyez que ceste année y aie aultre gouverneur de l’universel monde que Dieu le createur, lequel par sa divine parolle tout regist & modère, par laquelle sont toutes choses en leur nature & proprieté & condition, & sans la maintenance & gouvernement duquel toutes choses seroient en un moment reduictes à neant comme de neant elles ont esté par luy produictes en leur estre. Car de luy vient, en luy est, & par luy est se parfaict tout estre, & tout bien : toute vie & mouvement, comme dict la trompette evangelicque monseigneur sainct PaulRo. xi. Doncques le gouverneur de ceste année & toutes aultres selon nostre veridicque resolution sera dieu tout puissant. Et ne aura Saturne, ne Mars, ne Iupiter, ne aultre planète, certes non les anges, ny les saincts, ny les hommes, ny les diables, vertuz, efficace, puissance, ne influence aulcune si Dieu de son bon plaisir ne leur donne. Comme dict Avicenne queles causes secondes ne ont influence ne action aulcune si la cause première ny influe: dict il pas vray, le petit bon hommet ?
Ceste année seront tant d’ecclipses du Soleil & de la Lune que iay peur (& non à tort) que noz bourses en patiront inanition & nos sens perturbation. Saturne sera retrograde. Venus directe. Mercure insconstant. Et un tas d’aultres planètes ne iront pas à vostre commendement. Dont pour ceste année les chancres iront de cousté, & les cordiers à reculons, les escabelles monteront sur les bancs, les broches sur les landiers & les bonnetz sus les chapeaulx, les coissins se trouveront au pied du lict, les couilles pendront à plusieurs par faulte de gibessières, les pusses seront noires pour la plus grande part, le lard fuyra les pois en quaresme : le ventre ira devant, le cul se assoira le premier, l’on ne pourra trouver la febve au gasteau des Roys, l’on ne rencontrera point d’as au flux, le dez ne dira point à soubhait quoy qu’on le flate, et ne viendra souvant la chance quon demande, les bestes parleront en divers lieux. Quaresmeprenant gaignera son procès, l’une partie du monde se desguisera pour tromper l’autre, & courront parmy les rues comme folz & hors du sens, l’on ne veit oncques tel desordre en nature. Et se feront ceste année plus de xx & ii verbes anormaulx sy Priscian ne les tient de court. Si dieu ne nous ayde nous aurons prou d’affaires, mais au contrepoinct, s’il est pour nous, rien ne nous pourra nuyre, comme dict le celeste astrologue, qui feut ravy iusques au ciel,Ro.vii. C. Si deus pro nobis, quis Contra nosMa foy ? nemo domine, Car il est trop bon & trop puissant. Icy benissez son sainct nom, pour la pareille.