Papiers et correspondance de la famille impériale. Numéro 5

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Saillant (Paris). 1870. France -- 1852-1870 (Second Empire). 1 vol. (136 p.) ; gr. in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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5 CENTIMES LE NUMÉRO
N° 5
LE NUMERO, CENTIMES, 5
PAPIERS
ET
CORRESPONDANCE
DE LA FAMILLE IMPERIALE
PUBLIÉS
D'APRES L'ÉDITION DE L'IMPRIMERIE NATIONALE
AVEC TOUTES EXPLICATIVES
XXXV.— (Suite.)
Paris, 7 juin.
Sire,
Votre Majesté a dû être informée d'un fait
bien insignifiant par lui-même, mais auquel un
journal anglais a cherché à donner quelque im-
portance ; je veux parler du nom de mon fils
aîné inscrit par lui sur un registre ouvert dans
la maison où est décédée Mme la duchesse d'Or-
léans.
Je serais bien malheureux si cet acte d'irré-
flexion laissait dans la pensée de Votre Majesté
quelque souvenir fâcheux contre mon fils. Je la
prie de me permettre de lui faire connaître
comment les choses se sont passées.
Mon fils, profitant de quelques jours de va-
cance qu'il avait obtenus du président de sa
section au Conseil d'Etat, est allé en Angleterre
pour assister aux courses d'Epsom, et il a pro-
fité de son séjour à Londres pour visiter les docks
et les établissements publics.
Le mercredi, 21 mai, il allait à Richemond et
à Kew avec deux compagnons de voyage, jeunes
gens tout a fait étrangers à la politique. Ceux-ci,
en passant devant la maison où était encore la
duchesse d'Orléans, s'inscrivirent à la porte, et
mon fils fit comme eux, sans réfléchir que son
nom et sa position lui imposaient des devoirs
auxquels ses compagnons pouvaient être moins
rigoureusement tenus.
Il n'a pas tardé à reconnaître son tort, et
avant même que je le lui eusse fait remarquer, il
regrettait vivement d'avoir cédé à cette espèce
d'entraînement, que je ne chercherai pas même
à excuser en disant qu'il eût agi bien autrement
du vivant de la duchesse d'Orléans.
Ma pensée, en écrivant à Votre Majesté, n'est
pas de défendre un acte d'étourderie que j'ai
personnellement blâmé, mais de protester en
faveur des intentions de mon fils et de la loyauté
de son dévouement.
Sans liens aucuns avec le passé, n'ayant ja-
mais occupé de fonctions publiques que sous le
gouvernement de Votre Majesté, dont j'ai l'hon-
neur d'être aujourd'hui l'un des plus anciens
serviteurs, puisque dès le 20 décembre 1848 j'ai
été appelé par elle au poste de procureur géné-
ral à Paris, je dois tout aux bontés de l'empe-
reur, et mes fils eux-mêmes, qui, bien jeunes
encore, ont déjà été souvent l'objet de ses fa-
veurs et de sa bienveillance, partagent les senti-
ments de reconnaissance et d'affection dont je
suis pénétré.
J'ose espérer, d'ailleurs, que Votre Majesté
me connaît trop bien pour que j'aie besoin de
protester auprès d'elle pour les miens et pour
moi d'un dévouement dont nous serons toujours
heureux de lui donner de nouveaux témoi-
gnages.
Veuillez agréer, Sire, l'hommage du profond
respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Vo-
tre Majesté, le très-humble et très-obéissant ser-
viteur. J. BAROCHE.
Voyez tous ces courtisans, ils craignent
un froncement de sourcils du maître.
Encore un de ces magistrats plus disposés à
rendre des services que des arrêts. —
ERRATUM.
C'est par suite d'une regrettable erreur que,
dans notre deuxième livraison, les mots : Jour-
nal de Langres, ont été imprimés en italique. Il
existe deux journaux à Langres; celui qui a
pour titre : Journal de Langres, fondé eu 1868, a
soutenu avec une extrême vigueur les idées et
les candidats de la démocratie républicaine lors
des élections de 1869. Ce n'est donc pas lui qui
a été désigné à cette époque pour recevoir une
subvention gouvernementale, mais bien l'autre
feuille, laquelle était à la dévotion de la sous-
préfecture.
XXXVI. — LETTRE CONFIDENTIELLE DE M. DE
VERDIÈRE, ATTACHÉ AU GÉNÉRAL FLEURY.
Détails sur la faveur toujours croissante du
général auprès de l'empereur Alexandre. M. de
Verdière en donne une preuve assez singulière.
20 janvier 1870.
Je veux aujourd'hui, cher ami, vous envoyer
seulement des amitiés et notre affectueux sou-
venir. Le courrier est expédié deux jours plus
tôt que d'habitude, et le temps me presse.
Du reste, rieu n'est plus uniforme que notre
existence, et, comme je vous ai dit que je me
déplaisais ici profondément, je n'ai plus besoin
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d'insister. Une seule chose fait des progrès chez
nous, et c'est le principal, c'est-à-dire la faveur
croissante du général près de l'empereur de
toutes les Russies.
Il l'a pris tout à fait en goût; il l'emmène sans
cesse dans ses chasses à l'ours, et le fait voyager
avec lui sur une seule fesse dans son traîneau à
une place. C'est le suprême de la faveur, et je
pense que la politique s'en trouvera bien, si des
entraves ne nous viennent pas de Paris. Déjà de
grands résultats sont obtenus, c'est-à-dire le
resserrement des liens d'amitié entre le Czar et
la France, et l'assurance que la Russie pèsera
de son influence très-grande sur la Prusse, pour
empêcher cette dernière de donner prétexte à
des difficultés nouvelles. Je suppose même que
d'ici à peu de temps on verra les effets de ces
démarches instantes et personnelles de l'empe-
reur sur le roi de Prusse. Je vous sais si discret,
que je me laisse aller à soulever avec vous un
coin du voile diplomatique; mais il ne faut pas
que notre action soit visible ni connue dans
tout ceci. C'est fâcheux, car nous n'en retirerons
un bénéfice que pour les clairvoyants, qui sont
rares, à en juger par la niaiserie des journaux.
Je ne vous parle pas de Paris, toujours trou-
blé, et de l'occupation que ces inquiétudes per-
pétuelles doivent vous donner. Vous savez tout
ce que je pourrais vous dire à ce sujet. J'espère
que cette crise sera passagère et que cette même
France, qui a renversé deux gouvernements
coupables d'avoir fait de la résistance, n'atta-
quera pus sérieusement celui qui vient de céder
à l'opinion publique.
Notre pauvre empereur ne nous donne guère
signe de vie. Il craint peut-être de déplaire à
ses nouveaux ministres, ou bien il est tout sim-
plement l'homme froid que nous devons con-
naître.
Je vous envoie les amitiés bien vives des
miens pour votre femme et pour vous. Comme
nous causerons cet été !
Bien à vous,
E. DE VERDIÈRE.
XXXVIII. — AUTRE LETTRE CONFIDENTIELLE
DE M. DE VERDIÈRE, ATTACHÉ AU GÉNÉRAL
FLEURY, A M. AMIOT, SUR LES ÉVÉNEMENTS
INTÉRIEURS ET EXTÉRIEURS.
9 février 1870. ;
Cher ami, on a le coeur rafraîchi quand on I
pense que l'absence ni l'éloignement ne peut
(sic) altérer les procédés d'amis tels que vous.
Aussi vous sommes-nous très-reconnaissants de
la fidélité avec laquelle vous nous tenez au cou-
rant. Nous avons reçu tout à l'heure votre dé-
pêche au sujet de l'arrestation de Rochefort.
E le s'est croisée avec notre question, et, en vous
adressant cette dépêche, j'avais conscience de
son inutilité, pensant bien que vous ne nous ou-
blieriez pas. Notre chiffre est très-commode, et,
le cas échéant, il pourrait être extrêmement
utile Nous ne nous servons pas souvent de ce-
lui que nous avons avec l'empereur, et, entre
nous, je puis vous dire que nous sommes un peu
attristés de voir que de ce côté on ne nous donne
aucun signe de vie. Vous me dites vous-même
que vous souffrez de cette annihilation (pardon
pour ce mot) do celui qui a conduit nos desti-
nées pendant vingt ans. Est-il si vieilli? Est-il
engourdi? Ou bien est-il simplement froid et
indifférent pour ses vrais amis? Je comprends
assez qu'il s'applique à ne pas blesser les suscep-
tibilités de ses nouveaux ministres en correspon-
dant lui-même avec un ambassadeur qui a contre
lui cette condition particulière d'être un vieux
serviteur de son prince. Mais, s'il ne veut pus
parler politique extérieure, ne saurait-il donner
quelquefois un simple souvenir d'amitié ? Enfin,
s'il voulait écrire sans froisser le ministre, ne
pourrait-il pas envoyer sa lettre au Louvre pour
le paquet de Reis ? Ce n'est pas lui, bien entendu,
qui pourrait avoir cette idée; mais bien Pietri
qui, au lieu de remplir avec coeur sa mission,
est trop personnel pour chercher à obliger ceux
dont il croit n'avoir plus besoin. Conti est aussi
un jaloux, qui se garderait de faciliter à son sou-
verain les moyens d'être aimable. Si vous ren-
contrez Pietri, vous pouvez lui dire que vous
avez de mes nouvelles, et ne pas lui cacher notre
impression pénible.
Que vous dirai-je de la politique? Celle de Pa-
ris, vous la jugez, j'en suis certain, avec les
mêmes sentiments que moi, et vous partagez
souvent mes tristesses. Toutefois, je veux conti-
nuer à avoir confiance, dans les résultats du nou-
veau système. Nous l'avons dit souvent, nous
étions très-malades. Ayant en face de nous les
démagogues, nous n'avions pas le soutien des
classes moyennes (1). L'arrivée au ministère des
hommes dits des anciens partis nous a apporté
le salut. Il faut leur en savoir gré, et prendre
notre parti de payer très-cher l'appui qu'ils
nous donnent.
Je suis moins satisfait d'eux à l'extérieur. La
politique du règne de Louis-Philippe se repro-
duit et s'accentue. Nous en faisons nous-mêmes
l'expérience. Chaque dépêche du comte Daru
nous lie bras et jambes, et nous sommes expo-
sés à ne pouvoir tirer aucun profit de l'excel-
lente situation acquise ici par le général. Toute
la politique extérieure se résume dans le désir
extrême de ne laisser se produire aucune diffi-
culté. L'intention est louable sans doute, mais
c'est souvent en exagérant, la réserve que l'on
laisse justement aux difficultés la possibilité de
se produire. Si Bismarck savait (et il le saura)
que nous ne voulons rien dire ni rien faire, qui
donc et quoi donc le gênerait? Quand nous avons
été envoyé (sic) ici, c'était, vous le savez, pour
rétablir des relations compromises depuis les
affaires de Pologne. Ceci est fait. C'était aussi
pour produire habilement un petit résultat de
nature à satisfaire l'opinion et l'amour-propre
national. L'affaire a été bien entamée et était
en bonne voie. Alors est venu le nouveau mi-
nistère, qui a débuté par donner la consigne
(1) - L'aveu est précieux. Au lieu de démagogues, mot
qui ne signifie rien, lisez démocrates, socialistes, popu-
lace, expressions qui, dans le vocabulaire de l'empire,
veulent dire peuple, et vous arriverez à cette conclusion
que puisque le peuple et les classes moyennes étaient
contre lui, le gouvernement impérial n'était soutenu que
par les gens en place, quelques nobles, aristocrates-vé-
reux, ralliés à lui par intérêt, par ceux-là seuls enfin
qui avaient part au gâteau budgétaire. —

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