Par-delà l'enfer et le ciel

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Baudelaire ne fait pas mystère de professer un goût profond et raffiné, voluptueux et nuancé, pour le culte de Bacchus mais encore faut-il saisir toute l'importance qu'à profusion cette passion dionysiaque revêt dans sa poésie, celle-ci se parant de formes inouïes et nouvelles. Après une étude de l'aspect doublement dionysiaque des Illuminations de Rimbaud, l'auteur entend se consacrer ici exclusivement au Baudelaire dionysiaque.
Publié le : mardi 1 juillet 2014
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EAN13 : 9782336352220
Nombre de pages : 160
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Olivier-Pierre THÉBAULT
Par-delà l’enfer et le ciel Essais sur la pensée de Charles Baudelaire
Préface de Roland Tournaire
EspacesL Littéraires E
Par-delà l’enfer et le ciel
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Textes réunis et présentés par Michèle AQUIEN,L’érotisme solaire de René Depestre, Éloge du réel merveilleux féminin, 2014. Laëtitia PERRAY,La femme dans le théâtre de Robert Poudérou, 2014. Ghada EL-SAMROUT,L’itinéraire mystique dans l’œuvre de Salah Stétié, 2014. Fabrice BONARDI (dir.),Parfums de l’âme et autres feux follets, 2013. Ralph ALBANESE,Racine à l’école républicaine ou les enjeux socio-politiques de la tragédie classique (1800-1950), 2013. David MICHEL, Amélie Nothomb. L’écriture illimitée, 2013. Nicole BERRY,John Cowper Powys, au-dessus de la terre l’oiseau. Un homme dans son œuvre, 2013. Magda IBRAHIM, Prière d’un petit enfant nègreGuy de Tirolien. Un manifeste de la Négritude, 2013. Fabrice BONARDI (dir.),Des nouvelles du désir, 2013. Simone GOUGEAUD-ARNAUDEAU,Crébillon le Tragique, 2013. Berkiz BERKSOY,Ahmet Hamdi TanpÕnar, 2013. Najib REDOUANE et Yvette BÉNAYOUN-SZMIDT,Le pari poétique de Gérard Étienne, 2013. Annie RICHARD, L’autofiction et les femmes. Un chemin vers l’altruisme ?, 2013. Calisto,La femme surréaliste : de la métaphore à la métonymie, 2013. Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, société et politique. Tome 4 : Ecrits 1980-2012, 2013. Muguraú CONSTANTINESCU,Pour une lecture critique des traductions. Réflexions et pratiques, 2013. Lidia COTEA,À la lisière de l’absence.L’Imaginaire du corps chez Jean-Philippe Toussaint, Marie Redonnet et Éric Chevillard,2013.
Olivier-Pierre THEBAULT Par-delà l’enfer et le ciel
Essais sur la pensée de Charles Baudelaire PRÉFACE INÉDITE DEROLANDTOURNAIRE
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03443-0 EAN : 9782343034430
PRÉFACE
 « Qui peut se flatter de connaître un poète ? Chaque relecture nous en propose un aspect inconnu. L’approfondissement est parfois un renouvellement, parfois une révolution dans notre perception de son œuvre. Le livre que vient de consacrer Olivier-Pierre Thébault à Baudelaire s’apparente plus à une révolution qu’à un simple renouvellement. Le titre en est déjà une bonne indication :Par-delà l’enfer et le ciel. Comme la perception nietzschéenne, l’intuition de l’auteur cherche, outre le bien et le mal, par la découverte du lien qui attache les deux versants de notre vie, à pénétrer dans l’existence de la réalité, la seule réalité possible que le poète rend sensible. Analogie, fusion : il n’a pas été question pour l’auteur d’analyser des processus poétiques, mais, tout au contraire, decomprendre, c’est-à-dire de saisir, au passage des mots, l’unité de pensée qui s’élève bien au-delà des apparences antagonistes pour franchir le seuil où le ciel abolit l’enfer. Voilà le propos baudelairien, que les médiocres censeurs de l’époque et d’aujourd’hui ont été bien incapables de discerner. Il fallait approcher le secret inquiétant et apaisant de la beauté des deux cycles,Le Spleen de Paris etLes Fleurs du Mal. Baudelaire est ici reconnu comme précurseur de Rimbaud, que Olivier-Pierre Thébault a présenté dans un précédent ouvrage, le poète desFleurs annonçant celui desIlluminations. S’il était question seulement d’une filiation de l’un à l’autre, d’une simple imitation de disciple à maître, le cas serait peu intéressant. Rimbaud n’a jamais été disciple, Baudelaire ne se considérait pas comme un maître. Mais, analogie encore, la concision du ciseleur et le flux illimité du vagabond sont conjoints dans une identité nullement formelle : les voies divergent, le sens (autrement dit la direction) nous conduit vers la conclusion ultime, l’au-delà d’uneSaison en enfer et desParadis, artificiels ou non. Le résultat est atteint dans un phrasé parfois torrentiel, une richesse inépuisable de termes évocateurs, d’aperçus foisonnants, d’une étourdissante virtuosité verbale. Par là le rapport s’établit entre les deux poètes successivement étudiés. Cet accès direct, nous le voyons, n’est pas obtenu par analyse. C’est une lecture pénétrante, aiguë, incisive, nourrie de citations minutieuses proposées par un choix réfléchi. Citations d’autres poètes, d’autres écrivains, de philosophes dont chacune contribue à l’approfondissement poétique : les sources si nombreuses, si variées, sont sans doute réunies dans l’inspiration de Baudelaire, mais en retour ses poèmes rendent présents les sentiments et les idées de ces auteurs, car le propre de la pensée humaine, pourtant toujours fluctuante, est aussi d’être intemporelle, et c’est bien là ce que nous fait éprouver la lecture de ce livre. Seule cette abondance exhaustive de lectures, chez son auteur, permet une si vaste et si précise connaissance. Voyez ce lien inattendu, par exemple, avec leCantique des cantiques, avec
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la légende inépuisable de Marie Madeleine : le très catholique Baudelaire est en quelque sorte un auteur biblique, auteur évangélique, certes. La Bible ne cesse de nous divertir du bien et du mal, du paradis et de l’enfer, pour nous entraîner au dépassement de soi. Il fallait ces pérégrinations dans la littérature universelle, et cet enthousiasme qui nous manque tant dans nos désillusions ; l’abondance verbale nous aide, nous profanes, à pénétrer une poésie mystérieuse où tant reste à découvrir. Nous entrons pas à pas dans le mystère, et nous découvrons l’inédit – ce qui est dit par le poème mais ne résonnait pas en notre esprit. Chaque poème lu, relu et médité nous révèle un trésor inépuisable de sensations et de pensées : une foison d’idées nouvelles. Le langage poétique de l’auteur, étonnamment évocateur, nous le permet par son lyrisme personnel véhément, au ton de protestation passionnée. Ne parlons donc pas d’érudition. Ce mot sent le vieux bonnet. Non : évocation. Connaissance renouvelée, insatiable. Sorte de science sacrée. Elle émane d’une culture assez stupéfiante. Elle nous invite à une relecture vivifiante de Baudelaire, ce poète maudit prophète bienfaisant. Découvrir encore de l’inédit dans l’inouï chez Baudelaire : c’était une gageure, le pari est tenu. Les poèmes prennent corps, se font chair. Pourtant cette découverte intuitive de la poésie est aidée par les antécédents de l’auteur, exégète ducorpusbiblique et de l’ancienne littérature hébraïque, dont l’œuvre exégétique en ce domaine est considérable. Un tel travail sur le langage accoutume à chercher le sens des mots, non par l’intermédiaire d’un dictionnaire, mais dans le tracé d’un terme à travers une multitude d’ouvrages. Que nous apprendrait un dictionnaire sur Baudelaire ou sur Rimbaud ? Cette habitude de la précision détaillée nous fournit la clé de la réussite dans un autre domaine, si semblable, celui des poésies secrètes, éclairées par l’étymologie secrète des termes poétiques : c’est une habitude d’exégète. Car toute grande œuvre littéraire est secrète et poétique : il faut découvrir la voie dissimulée sous l’abondance des lieux communs et des idées reçues, qui ne viennent pas du poète, mais du profane avant sa libération par la connaissance, par cette sorte de gnose qui s’ouvre à tous, à la condition que chacun soit amené sur le seuil, comme les prisonniers de la Cavernede Platon. De la Bible au grand mythe de la Grèce ancienne : Baudelaire, comme réincarnation de Dionysos. Et c’est là le principal enseignement du livre d’Olivier-Pierre Thébault. Bacchus – Dionysos, Bacchus comme un premier degré, mais d’une essence différente, un moyen visant un but, en « s’unissant à l’univers entier ». De quelle manière ? c’est ce qui reste à découvrir à la lecture de ce livre. Qu’est-ce que le dionysiaque ? A-t-on, chez nous, vraiment compris ce mot nietzschéen qui éclaire si bien la poésie baudelairienne ? L’essence contradictoire du dionysiaque, c’est la vie : « Ne dirait-on pas que la ligne courbe et la spirale font leur cour à la ligne droite et dansent autour dans une muette adoration ? »
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Ainsi exister, c’est être différent, et, par-delà les avatars d’une multitude d’existences secondaires, s’exalter en se découvrant différent de tous, et de soi, de ce que l’on croyait être, en quittant l’enveloppe imposée pour sevêtir de liberté, comme par cette expression évangélique :se vêtir de Christ, que Baudelaire, nouveau testamentaire, pourrait reprendre à son compte dans sa quête de l’absolu : but de toute vie, que le poète a assumé dans les joies et les souffrances indicibles (Goethe). Comprenons bienPar-delà l’enfer et le ciel. Le premier de nos poètes à affirmer le Mal, c’est lui, Baudelaire. Mieux que le prosateur Sade, plus appliqué, plus systématique, chez qui la poésie est bridée par la volonté de convaincre. Aucune volonté chez Baudelaire, pas plus que dans le torrent qui dévaste et qui abreuve, pas plus que chez Rimbaud ou tous ces grands poètes dont l’idée se répand par nécessité intime, sans le carcan de la raison imposée. Le Mal est l’un de ces éléments qui fusionne en vérité universelle, perdant son autonomie dans la fusion. Par-delà l’enfer et le cielainsi le livre des analogies. Dès la lecture du est sonnet desCorrespondances, nous apprenons à relier la poésie de Baudelaire à la nature sous son aspect non plus seulement romantique, mais tellurique et sidérale à la fois, par l’unité essentielle de la forêt et de la nuit, lesforêts de symboles, la vaste nuit. Puis, au fur et à mesure de notre prospection, nous découvrons l’« analogie entre la Nature et l’Art, entre la beauté des femmes et la Nature, entre celle-ci et les nations, entre individu et nation – ou entre l’humain et l’humanité –, ou encore entre le rêve et le poème, […] les analogies entre les différents arts bien sûr, l’analogie universelle se manifestant dans la seule sphère de l’absolu artistique, point crucial, fondement de toutes les analogies, où celles-ci convergent et se ressourcent », en suivant les chemins de la poésie, de la philosophie, des innombrables spéculations de l’esprit. Ce n’est pas une revue des divers aspects d’une œuvre, non, mais un éclairage porté sur la totalité. On sort de là surpris par la richesse, la magnificence de cette poésie baudelairienne, enrichi soi-même, ce qui vaut bien de prolonger la méditation à la lecture de ce volume si dense et si profond. »
 Roland TOURNAIRE
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