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Paris… un-de-plus

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— Pourquoi un de plus ?

— Parce que....

— Mais encore ?

— Vous exigez une explication, je m’explique.

Dans ce siècle éminemment moral, éminemment pudique, éminemment réparateur, il est de certains mots plus français que l’Académie française, des mots qui avaient droit de bourgeoisie à la cour de Louis XIV et dont Mme de Maintenon ne craignait pas de se servir dans quelques-unes de ses lettres à Mme de Saint-Géran, à Mme de Caylus et à l’abbé Gobelain ; ces mots, un galant homme se les permet quelquefois en petit comité, mais il ne se hasarderait jamais à les écrire.

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Taxile Delord, Arnould Frémy, Edmond Auguste Texier

Paris… un-de-plus

I

Petite préface

  •  — Pourquoi un de plus ?
  •  — Parce que....
  •  — Mais encore ?
  •  — Vous exigez une explication, je m’explique.

Dans ce siècle éminemment moral, éminemment pudique, éminemment réparateur, il est de certains mots plus français que l’Académie française, des mots qui avaient droit de bourgeoisie à la cour de Louis XIV et dont Mme de Maintenon ne craignait pas de se servir dans quelques-unes de ses lettres à Mme de Saint-Géran, à Mme de Caylus et à l’abbé Gobelain ; ces mots, un galant homme se les permet quelquefois en petit comité, mais il ne se hasarderait jamais à les écrire. Qui pourrait nier les progrès qu’a faits depuis une cinquantaine d’années la morale publique.... du langage ?

Un de plus est donc un trope, une métaphore, un synonyme adouci, une feuille de vigne !

Tous les écrivains de notre temps qui ont voulu aborder de front l’importante question que nous allons traiter, qui ont voulu, comme on dit, la prendre par les cornes, ont eu recours néanmoins à des artifices de langage. Ceux-ci ont déguisé le monstre sous l’épithète de prédestiné, ceux-là l’ont recouvert de bandelettes encore plus métaphoriques, Balzac l’a appelé le Minotaure.

J’entends d’ici un adepte de l’école truculente qui me crie :

  •  — Mais, monsieur, Molière n’y allait pas par quatre chemins....
  •  — On peut très-impertinemment placer en. tête d’un livre le mot dont se servait Molière et n’être pas Molière, demandez-le plutôt à M. Paul de Kock.

II

Le monstre !

O monstre ! toi que les uns appellent cocuage et les autres adultère, fruit défendu, dessert clandestin, c’est surtout à Paris que tu es fêté, choyé, caressé, adulé ; ton royaume est partout où l’homme et la femme se lient par un serment, mais la capitale de ce royaume universel c’est Paris, le centre des arts efféminés, des plaisirs à tous les étages, des bals, des fêtes, des soupers, des bains orientaux, des beautés à la croupe frétillante, le paradis des femmes, l’Eldorado des célibataires et l’enfer des maris !

Montez sur les hauteurs de Montmartre, regardez à droite et à gauche, à Test et à l’ouest, au sud et au septentrion de la grande cité, et si vous avez la baguette du diable boiteux, cette baguette qui décoiffait les maisons, dites-moi, je vous prie, quel est le réduit, le palais, l’alcôve, l’atelier, la mansarde, le galetas où ce coquin-là n’ait pas ses petites entrées ?

 

Le seigneur dit un jour à Abraham :

  •  — Trouve dix justes dans Gomorrhe et Gomorrhe sera épargnée.
  •  — Seriez-vous bien certain de trouver dans Paris dix maris dont l’honneur conjugal n’ait pas été plus ou moins effleuré ?

Boileau croyait pouvoir en excepter trois dans son temps :

Il en est jusqu’à trois que je pourrais nommer.

Et s’il ne les nommait pas, c’était peut-être pour que la chronique scandaleuse du temps ne lui renvoyât pas un démenti.

Un prince de la famille d’Orléans donnait un grand bal.

  •  — Savez-vous, dit-il à quelqu’un, quelles seront les conséquences de cette soirée ? Trois ou quatre fluxions de poitrine et une douzaine d’adultères.

Prenons-en notre parti, ô mes confrères ! Le cocuage poursuivi par les lois, réprouvé par la morale, toléré par la bonne compagnie, est si profondément entré dans les moeurs qu’il est devenu presque une institution.

III

Janus

La chose a deux faces, comme Janus. C’est à la fois la comédie et la tragédie de l’humanité.

Les philosophes, les mélodramaturges, les esprits chagrins et les maris. amoureux de leurs femmes envisagent le monstre sous son aspect sombre, effrayant, terrible, portant au front ces huit lettres qui étincellent comme la lame d’un poignard : adultère !

Les vaudevillistes et la grande majorité des maris parisiens le regardent du côté où il porte un masque moqueur, gouailleur et tirant la langue, sur laquelle on lit ce mot rabelaisien : cocuage !

Adultère et cocuage, c’est pile et face, Othello et Georges Dandin.

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