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Parlons d'elles

De
82 pages
Parlons d'elles est le récit de deux amis d'enfance nés en Lorraine dans une sidérurgie éreintée. Issus d'un milieu modeste, ils ne se quittent plus jusqu'au moment de leur régiment, dans les années 80. Ils épousent ensuite les traditions, tout en manifestant les symptômes d'une sorte de résistance.
A chacun son tour, ils se racontent, se questionnent, se condamnent, et nous livrent dans une pudeur surprenante et drôle, la façon dont ils ont vécu le monde et les femmes.
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Alain Pazdur et Alexandre Lesniak
Parlons d’elles
Les ex de nos vies
Récit
12/11/2015 15:03
Parlons d’elles
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07500-6 EAN : 9782343075006
Alain PazduretAlexandre Lesniak
Parlons d’elles Les ex de nos vies Récit
1 L’accouchement  L'été qui avançait nous offrait quelques belles journées. Le soleil arrogant brillait de toute sa splendeur dans un ciel pur dont la couleur bleu azur projetait sur le monde une sérénité absolue. Aucun nuage ne troublait le calme de cette radieuse journée d'Assomption qui fêtait l'enlèvement miraculeux de la Sainte Vierge par les anges. Cette douce journée apaisante appelait à une promenade bucolique en famille. Hélas, seul à la maison, j'attendais inquiet le retour de ma femme et notre fille. Depuis quelque temps, mon épouse Chloé affichait une distance à mon égard qui me laissait supposer l'éventualité d'une séparation. Que se passait-il ? Je subissais ce que des milliers de couple éprouvent chaque jour mais aujourd'hui le nôtre était sur le point de s'éteindre lentement, atteignant tristement et surtout craintivement pour ma part la fin de sa destinée. Des questions assiégeaient mon esprit et une seule : étais-je cocu ? Cette crainte se rapprochait étrangement de ma condition de stress pendant l’accouchement, il y a deux ans. Ce mo-ment où l'attente d'Alice devenait insupportable.  Coïncidence ou fatalité, ce jour-là se situait également à l’été. Alice refusait de sortir, craignant déjà d’échanger un espace douillet contre l’environ-nement des hommes. La naissance est un peu
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comme le printemps, pour jaillir du nid, pour éclore, animaux et fleurs attendent sereinement un signe, une offrande. Quant à moi, cette situation passive me torturait, me fatiguait, mon corps tremblotait d'inquiétude, mes mains étaient moites et ma tête pesait mille tonnes. Un cri aigu me fit sursauter. La péridurale diminuant, les spasmes annonçaient cette fois, peut-être, l'arrivée définitive du bébé. Je m'affolais dans les couloirs, à la recherche d’une soignante ou n’importe qui. Mon cœur cognait, des abeilles investissaient mon crâne, j’étais dans l’inconnu. En fait l’accoucheuse entra, sonda, puis nous fixa d’un regard rassurant : « neuf doigts, cela devient bon. » Puis elle quitta la pièce. Tout à coup, je prenais conscience du temps passé, déjà quatre heures depuis l'admission de Chloé.  La porte s'ouvrit à nouveau. Le toubib cette fois. Et rebelote dans le crucial. Ma femme s’apaisa, l’arrivée de la science lui fit du bien. Cependant on détendit les cale-pieds, la parturiente écarta ce qu’elle pouvait, et une petite table fut rapprochée du lieu de l’action. Diverses pinces aux formes étranges virent le jour, puis tout se précipita. La voix d’abord, alors que l’accoucheuse et moi-même nous nous tenions sur les flancs. « Chloé, annonça le toubib, êtes-vous prête ? » Chloé oscilla son front embué, et en même temps, cramponna ma main si fort, comme si elle voulait m’entraîner dans son domaine de souffrance. Bon sang ! la communion des êtres s’arrête aux limites de la chair, et je ne pouvais offrir à la future mère que des yeux
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compassés. Soudain, le toubib répéta un cri : « poussez ! » Un petit crâne apparut. J’ai vu sa tête, dis-je à ma femme qui se noyait. Mais ce n’était pas l’heure et l’enfant une fois encore refusa de coo-pérer. « Courage, dit le comité, on l’aura le prochain coup. » Chloé opina, détruite par tout ce travail qu'impose la délivrance. Ses yeux exprimaient la douloureuse plainte du prodigieux mais éreintant chef d'œuvre de la naissance.  Le cadeau de la nature arriva plus tard, le bébé était encore relié à la mère quand le docteur, sourire aux lèvres et un brin amusé me tendit le ciseau : « voulez-vous ? » D’abord surpris, l’émotion vive, je répondis par la négative, mais le regard du médecin pesa, et j’officiais fébrilement. Une adorable petite frimousse s’ajoutait à notre duo et agrandissait la famille de cinquante centimètres.
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