Pas de trêves avec les rois !

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L’Amérique, après l’apocalypse. Ce qu’il reste de l’humanité tente, tant bien que mal, de se reconstruire, mais les guerres demeurent inévitables. Jusqu’à ce que soit découverte la présence d’êtres très — trop bien — attentionnés…
Publié le : jeudi 27 septembre 2012
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EAN13 : 9782843444623
Nombre de pages : 49
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Pas de trêve avec les rois !
Poul Anderson
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Nouvelle extraite du recueilLe Chant du barde, les meilleurs récits de Poul Andersonproposé et dirigé par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-451-7 Parution : septembre 2012 Version : 1.0 — 26/09/2012 © 1963 by Poul Anderson. © 2010, Le Bélial’ pour la traduction française © 2012, Le Bélial’, pour la présente édition Illustration de couverture © 2010, Caza.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Pas de trêve avec les rois !
Titre original :No Truce with KingsPrix Hugo 1964 InThe Magazine of Fantasy and Science Fiction, juin 1963 Première publication française : inFictionn° 127 (juin 1964) Nouvelle traduite de l’américain par Pierre Billon Traduction révisée par Jean-Daniel Brèque pour la présente édition
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Retour sur Terre, dans une Amérique ravagée par un conflit nucléaire et s’efforçant tant bien que mal de rebâtir une civilisation. Oui, mais laquelle ?... Ce texte a fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution en France, durant les années 60. Il a valu à son auteur l’étiquette de réactionnaire, très certainement à tort. Le modèle d’Anderson, ici, est le Wells deLa Guerre des mondesMarsiens » , un roman où les « peuvent être considérés comme une métaphore de l’Empire britannique. Dans «Pas de trêve avec les rois !», l’ennemi caché pratique une forme d’impérialisme sournois, à base d’invasion psychologique et culturelle, qui est bien souvent l’apanage des grandes puissances de notre globe. Face à une menace aussi insidieuse, faut-il plier l’échine ou bien se battre ? Si Anderson opte clairement pour la seconde solution, sa vision n’est pas pour autant manichéenne : les Espers œuvrent aussi dans un sens positif. À noter que le titre de ce texte est une citation d’un poème de Rudyard Kipling, «The Old Issue», une violente attaque du despotisme. «Pas de trêve avec les rois !» valut à Poul Anderson son deuxième Hugo.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
« UNE CHANSON,CHARLIE! Une chanson ! – Charlie ! Charlie ! » Le mess tout entier était ivre et les jeunes officiers, à l’autre bout de la table, se montraient à peine plus bruyants que leurs aînés placés près du colonel. Tapis et tapisseries étaient impuissants à étouffer le tumulte qui se répercutait d’un mur de pierre à l’autre : les cris, les coups de bottes sur le plancher, les coups de poing assénés sur les tables, le tintement des coupes qui s’entrechoquent pour des toasts incessants. Tout en haut, au milieu des ombres qui cachaient les poutres auxquelles ils étaient accrochés, les drapeaux du régiment frémissaient au gré des courants d’air, comme pour se joindre au chaos. En contrebas, l’éclat des appliques et du feu ronflant dans la cheminée venait jouer sur les armes et les trophées. L’automne est précoce à Echo Summit et la tempête faisait rage au-dehors, le vent hululait autour des tours de guet, la pluie fouettait les cours intérieures, formant un fond sonore qui emplissait les bâtiments, glissait le long des corridors — étaient-ce, comme le voulait la légende, les morts de l’unité qui, tous les 19 septembre, sortaient de leurs tombes pour se joindre aux réjouissances et remplissaient la nuit de leurs lugubres plaintes ? Mais ici, pas plus que dans les baraquements des hommes de troupe, nul ne se laissait impressionner, excepté peut-être l’officier sorcier. La Troisième Division, les Catamounts, était réputée comme la plus turbulente de l’armée des États-Pacifiques d’Amérique, et, parmi les régiments qui la composaient, celui des Rolling Stones, en garnison à Fort Nakamura, était le plus enragé. « Vas-y, mon pote ! Dans toute cette maudite Sierra, il n’y a que toi qui possèdes ce qu’on pourrait à la rigueur appeler une voix », s’écria le colonel Mackenzie. Il défit le col de sa tunique noire et se renversa sur sa chaise, jambes écartées, tenant sa pipe d’une main et de l’autre un gobelet de whisky : c’était un homme trapu aux yeux bleus bordés de paupières ridées, à la face tannée, aux cheveux coupés ras virant au gris mais dont la moustache gardait un rouge agressif. « Vas-y Charlie, vas-y Charlie, vas-y ! » chantait le capitaine Hulse. Il se tut et le vacarme s’apaisa quelque peu. Le jeune lieutenant Amadeo se leva, sourit et se lança dans un refrain que tous connaissaient bien : Je suis un Catamountain, je garde un trou perdu, Et dès qu’je mets le nez dehors, le vent me gèle le…« Je vous demande pardon, mon colonel. » Mackenzie, se retournant, se trouva nez à nez avec le sergent Irwin. L’expression du sous-officier le frappa. « Oui ? » Je suis un vétéran, décoré comme il se doit,
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
L’Ordre de la Tige d’acier, et j’l’ai dans le baba !« Un message vient d’arriver, mon colonel. Le commandant Speyer voudrait vous voir immédiatement. » Speyer, qui rechignait à s’enivrer, s’était porté volontaire pour le service cette nuit ; normalement, l’officier de quart était tiré au sort. Se souvenant des dernières nouvelles de San Francisco, Mackenzie sentit un frisson lui parcourir l’échine. Le mess reprit en chœur le refrain, et nul ne vit le colonel secouer sa pipe avant de se lever. Les canons font boum-badaboum, Les flèches font zim, les roquettes font zoum, On ne passe plus entre les balles, Sortez-moi d’ici et ramenez-moi chez moi ! (Hey, doodle dee day !)Tous les Catamounts dignes de ce nom prétendaient qu’ils n’étaient jamais aussi en forme que lorsque l’alcool clapotait dans leurs oreilles. Mackenzie ignora les picotements dans ses veines ; il les oublia. Il se dirigea vers la porte d’un pas assuré, sans jamais dévier de la ligne droite, et, au passage, reprit machinalement son pistolet au râtelier. La chanson le poursuivit dans le vestibule : On a des charançons plein nos rations,Et des cailloux plein nos sandwiches,Le café, c’est d’la gadoue premier choix,Et le ketchup, du faux sang pour tirer au flanc !(Au refrain :) Les tambours font rantanplan Les clairons taratata…Les lanternes s’espaçaient dans le passage. Les portraits des anciens commandants du fort scrutaient le colonel et le sergent de leurs yeux occultés par des ombres grotesques. J’ai une flèche dans les miches,Demi-tour droite, en arrière marche, les héros !(Hey, doodle dee day !)Mackenzie s’engagea entre deux pièces d’artillerie flanquant un escalier — elles avaient été prises à Rock Springs pendant la guerre du Wyoming,
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
une génération auparavant — et monta. De longues distances séparaient les divers services et ses jambes commençaient à renâcler. La place forte était vieille ; elle s’était agrandie décennie après décennie ; ses murailles épaisses étaient taillées dans le granit de la Sierra, car elle constituait un rempart essentiel pour la nation. Plus d’une armée était venue se briser contre ses murs, avant la pacification des marches du Nevada, et combien de jeunes hommes en étaient sortis pour aller mourir au combat ! Mackenzie ne voulait pas y penser. Jamais aucune attaque n’est venue de l’Ouest. Mon Dieu, épargne-nous cela ! À cette heure, le poste de commandement était des plus cal-mes. La pièce où le sergent Irwin avait installé son bureau était plongée dans le silence : aucun secrétaire faisant grincer sa plume sur le papier, aucune allée et venue d’estafette, aucune épouse ne mettant une note de couleur dans le couloir où les villageoises patientaient avant de venir exposer leurs doléances au colonel. Néanmoins, lorsqu’il ouvrit la porte de son bureau, Mackenzie entendit le vent mugir en frappant l’angle du mur. La pluie fouettait les vitres noires et ruisselait en rigoles que les lanternes transformaient en or fondu. « Voici le colonel, mon commandant », dit Irwin d’une voix mal assurée. Il avala sa salive et referma la porte derrière Mackenzie. Speyer se tenait près du bureau de l’officier commandant la place. C’était un vieux meuble fatigué garni d’un minimum d’accessoires : un encrier, une corbeille pour le courrier, un interphone, une photographie de Nora, jaunie et fanée par les douze années qui avaient passé depuis sa mort. Le commandant était un homme grand et maigre au nez crochu, le crâne dégarni. Son uniforme semblait toujours mal repassé. Mais c’était l’homme le plus intelligent des Catamounts, pensa Mackenzie ; et le nombre de livres qu’il pouvait lire ! Officiellement, il était officier d’état-major ; en pratique, il était le conseiller du colonel. « Eh bien ? » dit Mackenzie. L’alcool ne semblait pas amoindrir ses facultés, bien au contraire, il exacerbait ses perceptions : l’odeur chaude dégagée par les lanternes (quand disposeraient-ils d’un groupe électrogène assez puissant pour alimenter les lampes électriques ?), la dureté du sol sous ses pieds, la fissure dans le revêtement de plâtre sur le mur nord, la faible chaleur dispensée par le poêle. Il affecta une attitude désinvolte, passa les pouces dans son ceinturon et se balança sur ses talons. « Eh bien, Phil, qu’est-ce qui ne va pas encore ? – Une dépêche de San Francisco », dit Speyer. Il lui tendit une feuille de papier qu’il pliait et dépliait entre ses doigts. « Hein ? Pourquoi pas un appel radio ?
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