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Passage à l'acte

De
202 pages
À travers différentes époques de la littérature de langue
allemande, de Hans Sachs à Elfriede Jelinek, à travers
différents actants et activités de création, un même phénomène
fondamental nous intéresse – que nous avons appelé « passage
à l'acte ». Il s'agit de l'acte de traduire, soit un vécu, un mythe,
un fait historique en écriture, soit un texte dans une autre langue
ou un autre genre, soit un écrit en spectacle.
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PASSAGES À L’ACTE :
interprétation, traduction, (ré-)écriture
PASSAGES À L’ACTE : interprétation, traduction, (ré-)écriture
sous la direction de Corona SCHMIELE
avec le concours d’Éric LEROY DU CARDONNOY
INDIGO
AVERTISSEMENT
Si le présent volume a pu voir le jour, c’est grâce au concours d’ ERLIS, je remercie donc tout d’abord Anne Marie Gresser de son soutien généreux. Je tiens par ailleurs à exprimer mes plus vifs remerciements aux collègues et amis qui ont eu la grande gentillesse d’accepter de traduire les contributions dont la langue originale était l’allemand : à Éric Leroy du Cardonnoy, Hélène Feydy et Ingrid Lacheny. Ma gratitude ira tout particulièrement aussi à tous ceux qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour la relecture des articles, notamment à Eric Leroy du Cardonnoy, Hélène Feydy, Marc Lacheny et Frédéric Teinturier. Mais surtout un très grand merci à Louis Lecomte pour m’avoir soutenu et conseillé de façon si précieuse et m’avoir fait profiter tout au long du travail de sa large expérience d’éditeur.
En application des articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction à usage collectif par photocopie, intégralement ou partiellement, du présent ouvrage est interdite sans autorisation du Centre français d'exploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris). Toute autre forme de reproduction, intégrale ou partielle, est également interdite sans autorisation de l'éditeur.
© INDIGO & côté-femmes éditions 55 rue des Petites Écuries 75010 Paris http://www.indigo-cf.com
ème Dépôt légal, 4 trimestre 2009 ISBN 2-35260-058-8 EAN 9782352600589
SOMMAIRE
INTRODUCTION...................................................................................
1)
TEXTE ET MISE EN SCÈNE
Ute Nyssen, (Université de ???) Á propos d’une spécialité allemande : le théâtre de mise en scène........... Marc Lacheny,(Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) Le magicien confus (1832)de Johann Nestroy mis en scène par Peter Gruber ....................................................................................... Joachim Schultz, (Université de Bayreuth)) Lessing pour tous. La représentation d’un auteur classique dans les calendriers littéraires, les programmes de théâtre et autres textes secondaires ................
2)
ORIGINAL ET TRADUCTION
Elisabeth Kargl, (Université de Nantes) Le théâtre d’Elfriede Jelinek en France : passages à l’acte altérés........ Frank Günther, (Université de ???) L’atelier du traducteur: A propos de la traduction allemande deMesure pour mesure .............................................................................................. Eric Leroy du Cardonnoy, (Université de Caen) ème Les traductions françaises deL’Aïeulede Franz Grillparzer au 19 siècle : une forme particulière du passage à l’acte ..............................................
3)
LE RÉCIT SE FAIT DRAME
Frédéric Teinturier, (Université Paris IV/Sorbonne) Heinrich Mann nouvelliste : entre récit et drame. Eléments de réflexion sur un phénomène de passage entre les genres ........................................ Corona Schmiele, (Université de Caen) La Marquise d’O de Kleist, lu par Lukas Hemleb et Éric Rohmer ou Comment mettre en scène des points de suspension .................................
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4)
PASSAGES À L’ACTE : REPRISES DE THÈMES CLASSIQUES
Eric Leroy du Cardonnoy,(Université de Caen) La trilogie de laToison d’orde Franz Grillparzer : la tradition revisitée.. Corona Schmiele, (Université de Caen) Kaspar Hauser ou L’Édifice poreux de la langue ................................
5)
L’ÉCRIVAIN ET L’ACTE D’ÉCRIRE
Corona Schmiele, (Université de Caen) Kafka ou L’Écriture pénitentiaire :Le Verdict et son exécution .......... Hélène Feydy, (Université de Paris Sorbonne, Paris IV) Hans Sachs ou L’Écriture carnavalesque :le Docteur au grand nez ...
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INTRODUCTION
Ce n’est pas un même thème littéraire chez différents auteurs qui fait l’unité du présent volume, encore moins une époque, un genre littéraire ou un auteur. Mais de Hans Sachs à Elfriede Jelinek, en passant par Shakespeare (et sa traduction allemande), Lessing, Grillparzer, Nestroy, Kleist, Kafka, Jakob Wassermannn, Heinrich Mann et Peter Handke, un même phénomène nous a intéressé, que nous allons examiner sous différents angles, une donnée fondamentale de la création littéraire que nous avons appelée «passage à l’acte». Cinq perspectives y sont présentes: le passage du texte théâtral à sa mise en scène, le passage du texte à sa traduction dans une autre langue, le passage d’un texte narratif à sa théâtralisation, le passage d’un thème ancien à sa relecture et enfin le passage à l’acte d’écrire chez un auteur. Trois acteurs essentiellement entrent en jeu: l’auteur, le metteur en scène et le traducteur. Mais à différentes époques de la littérature de langue allemande, à travers ces perspectives, ces différents actants et activités de création, nous retrouvons toujours le même acte, considéré tantôt comme acte d’amour, tantôt comme acte de violence (chez Kafka notamment), tantôt subversif (tel est le cas de Hans Sachs), tantôt conservateur, soucieux de préserver. Comment le nommer au juste ? Qu’un auteur mette en mots ce qu’il vit, qu’un metteur en scène mette en scène ce qu’un autre a mis en mots, — qu’il s’agisse d’une pièce de théâtre (Nestroy par Grüber, Emilia Galotti par Thalheimer et Breth) ou d’une transposition d’un texte narratif (Kleist par Hemleb) —, qu’un auteur transforme lui-même une nouvelle en texte scénique (Heinrich Mann), qu’il s’attaque à un personnage mythique ou historique et/ou aux hypotextes qui le perpétuent pour le faire sien (Grillparzer pour Médée ou Wassermann et tant d’autres pour Kaspar Hauser), ou qu’un traducteur traduise : ce n’est au fond toujours que de la traduction. L’acte dont il s’agit, pourrait-on dire, est d’une façon générale l’acte de traduction. Car si au commencement était le verbe, au commencement était la traduction. «Toute langue est au départ traduction. […] Toute traduction est la tentative, toujours échouée, de faire qu’un texte soit le même dans l’autre langue. Cela ne marche jamais jusqu’au bout, il y a toujours quelque chose qui ne passe 1 pas et tout est toujours à recommencer», écrit Georges-Arthur Goldschmidt. C’est de cela que parle le présent volume, «traduction» pris au sens le plus large, désignant toute tentative de rendre un vécu, une pensée, c’est-à-dire un «texte», tentative toujours—vouée à l’échec en dernier lieu, qui pourtant connaît des réussites sur son chemin vers cet échec.
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PASSAGES À L’ACTE : Traduire, c’est rechercher la fidélité et trahir toujours, traduire, dans ce sens large aussi, implique la conscience la plus aiguë de la précarité de ce que l’on appelle réussite, car fidélité à l’un est peut-être trahison de l’autre. Quoi qu’il en soit et au-delà de toute considération esthétique, traduire s’avère être un acte éthique. D’un article à l’autre revient le même questionnement : comment rendre, comment faire passer un «texte» : ou bien ce que je lis noir sur blanc en lettres noires ou bien ce que je lis en moi, selon l’expression de Gottfried Benn, la «substance anthropologique», c’est-à-dire quelque chose d’avant le verbe. L’acte en question pourrait donc être appelé aussi «lecture», la création humaine (l’écriture) n’étant qu’une sorte de lecture de quelque chose qui est là, car la créationex nihilon’est l’affaire que des dieux. S’il y a lecture, cela implique qu’il y ait lectures : plusieurs lectures différentes sont toujours possibles : nos créations portent fatalement la marque de l’imperfection, de l’approximation ; et c’est cela, peut-être, qui fait leur beauté, c’est pour cela qu’elles nous touchent. La perfection serait, une fois encore, l’affaire des dieux, s’ils existaient : les dieux, eux, n’ont pas besoin de lire ni de traduire.
Plus concrètement : un premier groupe d’articles du présent volume est consacré la traduction proprement dite. Ils mettent en évidence la manière dont dans sa microstructure et dans son ensemble une traduction dépend de la lecture que le traducteur a faite au préalable de l’œuvre à traduire, dans quelle mesure sa traduction est conditionnée par cette interprétation et la communique par ses choix les plus infimes (Frank Günther) ; ils considèrent certains procédés microscopiques et macroscopiques de la traduction comme un acte de médiation 2 entre les cultures, comme l’acte même qui façonne ces cultures et comme une 3 «éducation à l’étrangeté», selon la formule d’Antoine Berman ; ils regardent de près comment le traducteur navigue entre le désir – le danger - de rendre familier ce qui est étranger et celui de laisser vivre toute son étrangeté à ce qui est étranger, au risque que son texte ne «passe» pas dans l’autre univers culturel (Elisabeth Kargl pour la traduction d’Elfriede Jelinek) et comment les choix opérés reflètent aussi les particularités d’un environnement culturel et d’un contexte historique donnés (Eric Leroy du Cardonnoy pour la traduction de Grillparzer). On retrouve un questionnement semblable dans les contributions qui tournent autour de la mise en scène théâtrale ou cinématographique : comment «traduire» une pièce d’une autre époque pour le public d’aujourd’hui (que ce soit Lessing ou Nestroy), comment la transposer dans le contexte de notre époque et surtout à quel degré la transposer et avec quels moyens (M. Lacheny) ? La réponse n’est ni purement esthétique, ni purement éthique, elle peut être conditionnée jusqu’à un certain point même par les structures économiques du théâtre (Ute Nyssen). Et que se passe-t-il, lorsqu’un texte narratif est transposé en texte dramatique (Heinrich Mann) ou adapté — fidèlement ou pas — pour le théâtre ou le cinéma (La Marquise d’O.Kleist) ? Ce dernier genre de «traduction» qui rend de 8
INTERPRÉTATION, TRADUCTION, (RÉ-)ÉCRITURE perméables les limites entre les genres et les élargit ainsi pour libérer toute l’expressivité d’un texte nous fait comprendre aussi qu’à partir d’un même texte – en utilisant les mêmes mots – simplement en les «disant» (imaginant) autrement, on peut en arriver à des résultats opposés. Toute «traduction» dans les sens que nous avons donnés à ce mot, est peut-être un acte de violence, tout interprétation une atteinte, chaque mot un verdict et déjà son exécution (Kafka), mais le «texte» ne vit que par sa traduction, sa lecture, ses lectures : il faut bien passer à l’acte, pour citer un autre fin traducteur 4 et traductologue, il faut bien traduire.
NOTES 1 Georges- Arthur Goldschmidt,A l’insu de Babel, CNRS Editions, Paris 2009, p. 15. 2 Voir Antoine Berman,Pour une critique des traductions : John Donne, Paris, Gallimard, 1995, p. 58/59. 3 Ibid. p. 73. 4 Philippe Forget,Il faut bien traduire. Marches et démarches de la traduction. Paris (Masson) 1994.
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