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Passeurs de courage

De
134 pages
Héros de l'ombre ou figures célèbres, ces vingt-deux contemporains sont des passeurs de ce courage devenu plus précieux que jamais. Onze hommes et onze femmes très différents, qui ont tiré leur force de leur fragilité et de leurs vies, souvent commencées dans la douleur et le dénuement. Ils ont su en faire un partage d'espérance. Leur audace rappelle que, si nous ne naissons pas libres, nous pouvons le devenir. Ces Passeurs de courage nous offrent 22 portraits dont les vies témoignent de la beauté du courage, autre beau nom de l'amour.
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Passeurs de courage

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Du même Auteur :
Poésie : Terre Ouverte Soleil et Cendres Die Gänzehüterin Les Ailes du Coeur Les Sources du Feu Le Temps du Miel Mendiants d’étoiles Servante du Soleil Strasbg Symphonie De Zopf Le Chant des Saisons Blessures du vent Romans : La Nef des Vivants Fureur Tranquille Lumière des Vivants Anthologie : Soleil de Prières Ed Chambelland Ed Chambelland Ed Landsfïr Ed Hanau Ed Echoptique Ed Caractères Ed Caractères Ed Laudes Ed Klopp Ed BF Ed Coprur Ed Editinter Ed Stock Ed Rhénanes Ed Dervy Paris Paris Bischwiller Bischwiller Vendée Paris Paris Lyon Thionville Strasbourg Strasbourg Paris Paris Strasbourg Paris 1971 1972 1975 1982 1991 1992 1994 1997 1997 2000 2008 2010 1975 1986 2002 1989 1978 1984 1991 1995 1976 1982 1994 2002 2003 2006 …

Ed Albin Michel Paris

Disques Ŕ CD en français, alsacien, allemand Miederle Ceda Strasbourg Läwesfïr 33 T Ceda Strasbourg Menschelied k7 Emma Strasbourg Sternestrüss CD Emma Liederbr. Strasbourg Distinctions : Prix Société des Ecrivains d’Alsace Bretzel d’Or Arts et Trad. d’Alsace Hebeldankpreis du Hebelbund Prix Alef des Libraires Grand prix de Littérature Best Book of Fiction IWAA Strasbourg Colmar Lörrach RFA Tours Paris Colmar USA

Avant-propos.
Que peut-on admirer dans une société où tout se consomme ? Sportifs, acteurs, et autres icônes cathodiques ont détrôné les bons vieux saints que l'on croyait inusables. Le bien-être a évincé le bien tout court, la souffrance se tourne vers la science plutôt que vers le ciel, tandis que le monde ressemble de plus en plus à une immense famille recomposée, engluée dans le filet médiatique. Et pourtant à quoi continuent de rêver les hommes du nouveau millénaire, sinon de ce meilleur qui ne se laisse pas enclore dans des mots ? La résignation n'a jamais fait rêver. A preuve, depuis toujours nous admirons ceux qui savent recycler le malheur et changer leurs échecs en victoires. Comme les « vingt-deux héros » de ce livre, dont les parcours admirables ouvrent des perspectives infinies. Car ils n'ont pas craint de se laisser inspirer par cette seule aventure du dépassement de soi. Qui sont-ils ? Hommes ou femmes, célèbres ou inconnus, ils ont en commun d'avoir traversé l'épreuve une fleur à la main, et se répondent comme les pétales d'une rosace, les voix d'une symphonie. Ils sont agnostiques, chrétiens, juifs, musulmans, baha'is, mais semblent appartenir à la même religion, celle qui relie l'homme à son semblable. Tous appartiennent à ce siècle, même si certains ont déjà quitté cette vie. Après des épreuves qui auraient pu les briser, ils ont trouvé leur joie à faire celle des autres. Leur exemple nous rappelle qu'il n'est pas de courage sans recommencement, pas de liberté sans amour. Ils vont, vivants comme le vent, partager la terrible merveille de vivre. Leur don de soi s'étend comme une épidémie de courage, leur audace témoigne de quoi nous sommes capables lorsque l'amour nous éveille. Sylvie REFF
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« Les plus belles victoires sont celles que l’on remporte sur soi, par lesquelles on s’arrache à la fatalité d’un destin tout tracé. Rien n’est inéluctable, surtout pas le malheur. »

Nelson Mandela

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SOMMAIRE
Avant- Propos Serge de Beaurecueil, le cœur désarmé. Jeanne Liberman, la jeunesse du feu. Khassan Baiev, le courage entre deux mondes. Marlo Morgan, au cœur de la vie. Tim Guénard, l'arbre jailli de la blessure. Denise Legrix, danse avec la lumière. Léon Leloir, la poésie dans les barbelés. Ernst Wiechert, le pays sans peur. Sœur Salomon, la doc. des Touaregs. Sylvain Tesson, le fiancé de la terre. Evelyne Mischler, la vie malgré tout. Yvonne Kocher, un ange en enfer. Raoul Follereau, aimer jusqu'au bout. Simone Weil, l'amoureuse sur le parvis. Albert Schweitzer, un cœur dans la brousse. Anne Kritter, les ailes du sourire. Martin Gray, témoin de l'extrême. Perrine Gutter, le regard du rêve. André Brugiroux, voyageur d'espoir. Marthe Robin, le voyage vertical. Nelson Mandela, complice de la liberté. Maïti Girtanner, le soleil du pardon. Hommage au Héros inconnu. Bibliographie page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page page 7 11 17 23 31 37 43 49 55 61 67 71 75 81 85 89 95 101 107 111 117 121 125 131 132

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Serge de BEAURECUEIL, le cœur désarmé
« Au paradis, ceux qui n’ont pas aimé comme des fous sont tenus pour morts. » Anne Singer. « Tout visage est une icône et les pires moments ne servent qu’à décupler notre faculté d’aimer. Seul l’amour crée l’homme, son absence engendre de l’inhumain. » Stan Rougier. « Plus un homme est généreux, plus il est capable. » Proverbe chinois. « A l’amour qui t’emporte, ne demande pas où », conseille un proverbe arabe. Comment ne pas le croire, surtout lorsqu’ on a commencé par « une chienne d’enfance », déchiré par des parents désunis ? Puis ballotté par des successions de gouvernantes entre un château glacé et des internats ? Comment alors ne pas rêver de partir « très haut et très loin ? » Avec au bout une mort réussie, par exemple de martyr en Sibérie ? Tout petit, Serge de Beaurecueil y songeait déjà, avec un flair exercé pour reconnaître aussitôt les gosses paumés, ceux qui doivent se bagarrer avant même de marcher. Agrippé à son rêve, choisissant très vite des engagements libérateurs, il a failli dépasser son but, même si sa Sibérie s’est arrêtée en Afghanistan. Venu dans ce pays imprenable et secret après plus de vingt ans d’études, afin d’y poursuivre ses recherches sur Ansâri, un grand mystique soufi du 11ème siècle, il croit encore, à quarante ans passés, que son existence de Dominicain spécialiste du soufisme sera consacrée toute entière à ces ardentes recherches. N’a-t-il pas appris l’arabe, le persan, étudié longuement au Caire où il a fondé l’Institut des études orientales ?
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C’est oublier qu’au cœur de toute destinée exceptionnelle brûle un rêve d’enfant… Car à peine a-t-il débarqué que sa propre enfance se met à croiser chaque jour son chemin, sous la forme d’enfants abandonnés, éclopés, condamnés à mourir sans soins. Comment hésiter devant tous ses regards levés sur lui ? Serge de Beaurecueil, ce saint atypique aussi humble qu’intrépide n’est pas de ceux qui tergiversent longtemps avant de se laisser dévaliser le cœur : l’un après l’autre il va recueillir ces enfants, les nourrir, les soigner, les éduquer avec son salaire d’enseignant à Kaboul. Adieu doctorats, recherches savantes, liturgies quotidiennes, paix de la solitude monacale. De père dominicain, le voici devenu « padar » d’une joyeuse famille d’ethnies et de langues diverses qui partagent la même nourriture sous le même toit : n’avait-il pas toujours rêvé de simplement partager le pain et le sel avec ses frères de rencontre ? Etrange cadeau d’anniversaire pour les 45 ans du père ! Les visages rieurs des enfants vont sonner le glas des recherches savantes, et marquer le commencement d’une histoire d’amour qui va durer vingt ans, le temps que défilent au dehors sept régimes politiques. Voici que les dix-sept années d’enseignement au Caire, le service militaire dans la Légion, l’enfance grelottante, les longues études ardues révèlent leur vrai visage : ils n’étaient qu’ardents préparatifs de cette aventure. Comment des livres de papier, si beaux soient-ils, pourraient-ils faire le poids face à « cet amour qui fait craquer les limites du cœur pour devenir de l’intérieur le seul guide ? » Comment aussi résister à ce petit mendiant paralysé des deux jambes, ces orphelins de cinq ans à peine qui trottinent pieds nus dans la neige, affamés et couverts de pustules ? Cet électrocuté amputé des deux bras ? Cet autre au tibia nécrosé sortant à nu de la chair ?
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Tous ces gamins souffrant d’ostéomyélites, ces boiteux, ces enfants affligés de becs de lièvre auxquels la nourriture ressort par le nez ? Comment ne pas y voir sa propre souffrance ? Avec l’aide dévouée de ses amis enseignants ou médecins français, le père les fait soigner, opérer, appareiller. Certains vont rester quelques mois, d’autres des années. Le père est servi : lui qui avait choisi la vie dominicaine pour la liturgie et les observances, le voici débordé par le profane comme n’importe quelle mère de famille très nombreuse. Adieu habit, sécurité des rites, paix d’une cellule, espace et temps à soi. C’est la joyeuse ascèse de la vie commune à plein temps, mais le père se sent enfin pleinement heureux. Même si ses quarante cinq années de solitude savante ne l’ont pas préparé à affronter des problèmes de père de famille : comment punir celui qui est parti avec l’argent de la caisse, ou tel autre qui a vendu ses rares objets de valeur ? Il reste l’engueulade, et la fessée qui ne fait mal qu’à celui qui la donne. Mais dans l’ensemble tout se passe bien, dans les cinq maisons de plus en plus spacieuses que le père a occupées à Kaboul. Pourvus du nécessaire mais jamais du superflu, la joyeuse bande d’enfants s’entraide, se répartit spontanément les services. Tous les visiteurs sont frappés par la bonne entente joyeuse qui règne entre ces garçons qui ne parlent pas la même langue. Pas entièrement certain cependant d’avoir fait le bon choix, le père profite d’un pèlerinage pour se recueillir sur la tombe du saint homme qu’il était censé étudier. Avait-il bien fait de l’abandonner pour se consacrer aux petits Afghans du 20**ème siècle ? A peine a-t-il achevé sa prière que deux garçons surgissent dans le crépuscule, pour le remercier d’avoir bien choisi, lui confiant qu’ils sont des descendants du lointain Ansâri… Il n’empêche que le fait reste exceptionnel : un dominicain qui sert de père à soixante musulmans, les instruisant de l’essentiel sans prêcher. Qui oserait parler de conversion ?
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