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Pensées de Blaise Pascal

De
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SOMMAIRE
1. SOURCES ET CONTEXTE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1. AUX ORIGINES D’UNE ŒUVRE . . . . . . . . . . . . . . . . 7 L’influence de saint Augustin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 Le rôle de Port-Royal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Augustinisme ou jansénisme ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 2. UNE ŒUVRE DANS SON TEMPS . . . . . . . . . . . . . . 14 Les forces en présence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Les débuts du conflit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 L’intervention de Pascal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 3. L’ŒUVRE ET SON CRÉATEUR . . . . . . . . . . . . . . . .19 Un « effrayant génie » (Chateaubriand) . . . . . . . . . . . 19 Les années de formation (1623-1639) . . . . . . . . . . . . 21 Premiers combats, premières découvertes (1640-1652) 23 La période mondaine (1653-1654) . . . . . . . . . . . . . . 25 Aux portes de la sainteté (1654-1662) . . . . . . . . . . . . 26 LesPensées: une œuvre en devenir . . . . . . . . . . . . . . . 28 L’édition de Port-Royal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 Les éditions modernes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2. ÉTUDE DU TEXTE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1. LA THÉOLOGIE PASCALIENNE . . . . . . . . . . . . . . . 39 L’image de Dieu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41 Le poids du péché originel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 Le rôle du Christ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 La conception de la foi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49 Un augustinisme évolutif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 2. LES FORMES DU RAISONNEMENT . . . . . . . . . . . . 55 Le raisonnement inductif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57 Le raisonnement analogique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59 Le raisonnement déductif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60 Le raisonnementa fortiori. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65 Le raisonnement par l’absurde . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 Le raisonnement mathématique . . . . . . . . . . . . . . . . . 69 L’obsession des causes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73 La hantise des objections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
REPÈRES5
3. PERSPECTIVES ET PROBLÉMATIQUES . . . . . . . . . . . . . 79
1. L’APOLOGÉTIQUE PASCALIENNE . . . . . . . . . . . . . 79 Limites et apories . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81 Les arguments écartés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84 Prophéties et miracles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86 La lecture figurative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90 « Le génie du christianisme » (Chateaubriand) . . . . . . 95 2. GRANDEUR ET MISÈRE DE L’HOMME . . . . . . . . . 99 La méthode de la conciliation . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 Le prestige de la pensée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 Le divertissement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107 Les puissances trompeuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111 Les trois concupiscences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116 La fugacité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118 Monstruosité de l’homme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120 Le haut et le bas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124 Le plein et le vide . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
4. UNE ŒUVRE POUR NOTRE TEMPS . . . . . . . . . . . . . . 131
ÉCHOS PASCALIENS : DU DIVERTISSEMENT À L’ABSURDE . . . . . . . . . . . 131 Freud : stratégies de la dissimulation . . . . . . . . . . . . . 132 Camus : l’oppression absurde . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135 Giono : les mystères d’une âme . . . . . . . . . . . . . . . . 139 Cioran : de l’art de sourire des choses graves . . . . . . . 141 Beckett : en guerre contre le vide . . . . . . . . . . . . . . . 144 Ionesco : quand se brise le divertissement… . . . . . . . 147
5. ANNEXES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
1. LEXIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151 2. BIBLIOGRAPHIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
6LESMOTS
1
SOURCES ET CONTEXTE
1. AUX ORIGINES D’UNE UVRE
L’influence de saint Augustin
Évêque d’Hippone, en Numidie (l’actuelle Algérie), saint Augustin (354-430) est l’auteur d’une longue série de traités théologiques (notammentDe la Doctrine chrétienneetLa Cité de Dieu) et d’un témoi-gnage intime sur son parcours spirituel (Les Confessions), qui devaient fonder historiquement le genre de l’autobiographie, et qui décrit avec la même étonnante franchise le redoutable pouvoir d’attraction du péché et la délectation infinie de la foi. L’influence de ce prestigieux Père de l’Église sur les mentalités e duXVIIsiècle est considérable, au point que l’on parle volontiers du « siècle de saint Augustin ». Cette emprise déborde largement les murs de Port-Royal : de l’avis unanime, saint Augustin fait figure de référent
SOURCES ET CONTEXTE7
ultime et permanent en matière de doctrine. Parmi les clercs, Bossuet, dans ses sermons, ne cesse de mentionner les écrits de ce Père, qui nourrit profondé-ment sa pensée. Parmi les auteurs laïques, Racine, me La Rochefoucauld (dans lesMaximesde) ou M Lafayette (dansLa Princesse de Clèves) se montrent intimement imprégnés de pessimisme augustinien. Plus généralement, par opposition au Dieu de douceur que décrit saint François de Sales (1567-1622) et à l’esprit quelque peu bonhomme qui l’anime, de nom-breux chrétiens de ce siècle, baignés d’augustinisme jusqu’à l’innutrition* inconsciente, parlent d’un Dieu « terrible » et véhiculent une conception noire, sévère et angoissante de la religion. Saint Augustin, en effet, construit toute sa théologie autour du péché originel, où il voit le germe de la corruption irréversible du genre humain. C’est un sort authentiquement tragique* que le nôtre : la Chute, quoi que nous fassions, a déjà eu lieu. Seuls de rares élus, prédestinés, c’est-à-dire choisis de toute éternité par la grâce divine, échappent au lourd fardeau de la malédiction collective. Il convient de toujours se disposer intérieurement à recevoir cette grâce exceptionnelle, sans jamais être assuré de l’obte-nir : « C’est pourquoi, mon Dieu, toute mon espérance n’est fondée que sur la grandeur de votre miséricorde. Donnez-moi la grâce d’accomplir ce que vous me com-mandez ; et commandez-moi ce que vous voudrez. » (Les Confessions, X, 29)
À l’opposé de la Cité idéale, incarnée par l’Église, et fondée sur l’amour de Dieu jusqu’à l’oubli de soi, se répand partout la Cité des hommes, où règne l’amour de soi jusqu’à l’oubli de Dieu : c’est l’origine de toute la réflexion de l’âge classique sur « l’amour-propre », que Pascal amorce dans lesPenséeset qui trouve son point d’aboutissement sous la plume de La Rochefoucauld. Gangrené par la corruption du péché, souillé en son
8PENSÉES
essence même, l’homme est le pantin manipulé par les trois puissantes « concupiscences » qui règnent en son âme : lalibido sciendi;(désir de savoir), ou curiosité lalibido dominandi;(désir de dominer), ou orgueil lalibido sentiendi(désir de ressentir), ou luxure. Observons incidemment que l’usage linguistique moderne, fortement influencé par les vues plus restric-tives de la psychanalyse freudienne, n’a retenu que ce dernier sens pour le motlibido. On lit ainsi, dans les Confessions(X, 30) : « Vous me défendez, mon Dieu, de me laisser emporter aux désirs de la chair, à la convoitise des yeux et à l’ambition du siècle. » La morale augusti-nienne est donc toute d’abnégation sévère : il faut oppo-ser aux vanités de la science le seul souci de Dieu, aux tentations du pouvoir l’humilité profonde, aux troubles du corps l’abstinence absolue. La vraie certitude n’est pas affaire de science ou de compréhension rationnelle, mais de foi : Pascal ne dira pas autre chose. De fait, l’expé-rience la plus quotidienne montre que la certitude n’a pas toujours un caractère de démonstration géométrique, d’évidence scientifique ou de rigueur formellement indis-cutable, mais se fonde volontiers sur de simples témoi-gnages : « Votre main favorable ayant ensuite, mon Dieu, touché et amolli peu à peu mon cœur, vous me fîtes considérer combien je croyais de choses que je n’avais jamais vues, et sans que j’eusse été présent lorsqu’elles s’étaient passées, comme tant d’événements que j’avais lus dans les histoires profanes ; tant de lieux et tant de villes où je n’ai jamais été ; tant de choses que j’avais entendu dire à mes amis, à des médecins et à plusieurs autres personnes, auxquelles si l’on n’ajoutait point de foi, il faudrait bannir tout le commerce de la vie humaine : et enfin avec quelle certitude indubitable je me tenais assuré d’être le fils de Patrice et de Monique, encore que je ne le pusse savoir que par la créance que j’avais ajoutée à ce qu’on m’en avait dit. » (VI, 5)
SOURCES ET CONTEXTE9