Perfecto

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Au moment où ils se rencontrent, ils ont vingt ans ou à peu près. Ils s'aiment, se séparent, se retrouvent, autrement. Et puis l'un meurt et l'autre se tait, interdit, dix ans. Un jour, il essaie de dire, d'écrire, et découvre que, justement, on ne peut pas tout dire mais juste essayer d'être au plus près du souvenir, pour que ça existe, pour que la mort ne soit pas vaine, pour faire savoir aux autres et trouver en soi ce qui a manqué à ce moment-là. Dix ans après on peut faire ça : écrire le pire et le plus doux pour assembler, pour construire, sans le savoir avant, ce mausolée : se souvenir.
Publié le : lundi 14 mars 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818007136
Nombre de pages : 59
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Perfecto
Thierry Fourreau
Perfecto
Ce mausolée : se souvenir
Récit
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2004 ISBN : 2846820007 www.polediteur.fr
Un tel texte ne peut avoir de dédicataires. Néanmoins je voudrais remer cier, ici, F.B. pour l’impulsion, et surtout A.F. pour l’espace qu’elle m’a offert et sa compréhension.
Ce que je voudrais dire se tient entre deux dates : en 1986 je rencontrai un garçon de vingt ans, en 1994 une plaque de marbre au PèreLachaise disait qu’il avait été. Entre ces deux dates, dans cet entretemps, nous nous étions aimés, séparés, retrouvés. Entre ces deux dates, dans cet entretemps, il y eut la maladie et il y eut la mort.
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Il était très beau et il me faisait rire…
Je l’avais rencontré dans une boîte. J’avais enregistré sa présence. Sans doute, déjà, la manière dont il prenait la lumière. Retiré dans l’ombre, j’observais, intrigué et séduit, ce garçon adossé au mur qui jetait autour de lui des regards furibonds et tirait, d’un air excédé, sur sa cigarette avec une brusquerie de mâle que tout dans son apparence, sa stature, ses traits, démentait. J’allai vers lui et lui glissai :
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« Fa u d r a i t p e u t  ê t r e s o u r i r e aussi, parfois… » Il parut décontenancé, surpris, puis son visage s’illumina. Je le ramenai chez moi. Ce fut notre première nuit ensemble. Écrivant cela, dixsept ans après, je réalise avec surprise combien le souvenir est encore parfaitement net, parfaitement vif dans ma mémoire. Je pourrais dire : « Je le revois encore », et… je n’ai rien oublié de sa peau. J ’ ava i s l ’ h a b i t u d e , i n fl u e n c é p a r R.C., d’écrire quelques mots sur chacun d e m e s p a r t e n a i r e s , c h a c u n d e m e s tr icks… et je me souviens très bien : « J.J., roux, très doux, beaucoup ri… ne m’a pas laissé son tel… mais le revoir ! » Étaitce à cause de ce « beaucoup ri » ? en tout cas je n’eus de cesse de le retrouver, le cherchant presque toutes les nuits dans les bars et les boîtes. Au bout de quelques mois, dans un escalier, je tombai, presque
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