Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Petit-Pierre

De
258 pages

Petit-Pierre était bien le garçon le plus désobéissant et le plus paresseux qu’on ait jamais vu. Malgré toute la peine qu’il faisait à sa maman qui était très bonne, malgré toutes les punitions que lui infligeait son papa qui avait été forcé de devenir très sévère avec lui, malgré les semonces de son vieux professeur, le vénérable M. Rollut, Petit-Pierre ne connaissait pas de plaisir plus grand que de désobéir ; c’était devenu chez lui une habitude invétérée.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Jean Lamy

Petit-Pierre

Illustration

I

COMMENT ON FAIT SES DEVOIRS

Petit-Pierre était bien le garçon le plus désobéissant et le plus paresseux qu’on ait jamais vu. Malgré toute la peine qu’il faisait à sa maman qui était très bonne, malgré toutes les punitions que lui infligeait son papa qui avait été forcé de devenir très sévère avec lui, malgré les semonces de son vieux professeur, le vénérable M. Rollut, Petit-Pierre ne connaissait pas de plaisir plus grand que de désobéir ; c’était devenu chez lui une habitude invétérée. Quand on lui commandait de faire quelque chose, le premier mouvement de Petit-Pierre était toujours de vouloir faire le contraire. Et quand il s’agissait de travailler, il trouvait toujours mille amusements pour passer son temps sans travailler du tout.

Au moment où commence ce récit, nous trouvons Petit-Pierre dans sa chambre, en train de faire ses devoirs. Car Petit-Pierre, quoiqu’il eût douze ans, n’allait pas au collège. Ses parents, M. et Mme Bonnard, habitaient, en pleine campagne, une jolie maison avec de vieilles tourelles pointues, que tout le monde dans le pays appelait le château. Le château était entouré d’un immense parc plein de grands arbres, au milieu desquels s’étendait un grand lac. On pouvait faire dans ce parc des promenades merveilleuses, car il s’y rencontrait à chaque pas des sites ravissants, mais Petit-Pierre n’en profitait guère : il était presque toujours en pénitence.

Petit-Pierre, disions-nous, était dans sa chambre, en train de faire les devoirs que lui avait donnés M. Rollut. Il avait son dictionnaire latin ouvert a côté de lui, un livre latin ouvert aussi en face de lui, car c’était une version qu’il avait à traduire. Mais la page de son cahier était blanche. Petit-Pierre n’avait pas traduit un mot, pas écrit une ligne. Il avait pourtant les doigts de la main droite tout tachés d’encre. Le devant de sa veste portait aussi une grande balafre noire. On peut remarquer que c’est presque toujours les petits garçons qui ne font rien qui mettent le plus d’encre à leurs doigts et sur leurs habits. Petit-Pierre, cependant, paraissait terriblement occupé. Peut-être sa version était-elle très-difficile et cherchait-il sans pouvoir le trouver le sens des deux premiers mots : Romani fecerunt !...

Illustration

LE CHATEAU

Illustration

Un hanneton, un splendide hanneton bien brillant, les antennes bien frisées, marchait paisiblement sur le cahier blanc. Il allait, s’arrêtait un instant, hésitait s’il tournerait à droite ou à gauche... C’était là ce qui excitait d’une manière si extraordinaire l’attention de Petit-Pierre. Depuis une heure il étudiait son hanneton. Quant à étudier sa version, il n’y avait pas même songé. Allons donc ! est-ce que ce n’est pas bien plus amusant d’attacher un fil à la patte d’un hanneton et de le faire voler en l’air que de faire une version ou un thème ? Oui ; mais Petit-Pierre avait oublié que le temps passait, que son professeur allait venir, qu’il serait grondé, et que son papa ne l’emmènerait pas en voilure à une grande promenade dans la forêt, ainsi qu’il lui avait promis de le faire s’il travaillait bien.

Illustration

Petit-Pierre venait de mettre son hanneton sur le dos, ce qui occasionnait chez le pauvre animal des contorsions désespérées : on sait qu’il est très difficile aux hannetons de se remettre sur leurs pattes quand ils sont tombés sur le dos. Aussi le hanneton faisait-il de vains efforts et Petit-Pierre s’amusait beaucoup.....

Tout à coup la porte s’ouvrit et M. Rollut entra.

Petit-Pierre fourra son hanneton dans sa poche et se retournant :

 — Bonjour, m’sieu ! dit-il.

 — Bonjour, Pierre ! répondit M. Rollut en posant son chapeau sur une chaise.

Illustration
Illustration

II

LES MÉFAITS D’UN HANNETON

 — Eh bien, Pierre, avons-nous travaillé aujourd’hui ? reprit M. Rollut en s’asseyant auprès de la table de travail et en donnant une tape amicale sur l’épaule de notre petit paresseux.

 — Oui, m’sieu, répondit Pierre après un moment d’hésitation.

Et sa figure devint toute rouge pendant qu’il mentait aussi effrontément.

M. Rollut était heureusement absorbé par une grave occupation : il nettoyait les verres de ses lunettes avec un coin de son mouchoir à carreaux. Aussi ne vit-il pas le trouble de son élève. L’opération terminée, le vieux professeur prit le cahier ouvert sur la table. Mais... rien. La page était immaculée. Pas le moindre petit mot, pas la moindre petite lettre. M. Rollut tourna les pages : toutes étaient blanches. Le cahier neuf qu’il avait donné la veille à son élève était absolument intact.

 — Et celte version, Pierre ? et celte version ?

Petit-Pierre aurait voulu être à ce moment bien loin de sa table de travail, de son dictionnaire et de son cahier, et surtout de son vieux professeur. C’est bien agréable de ne pas faire ses devoirs, de s’amuser ; mais après...après on reçoit des reproches, on est puni. Petit-Pierre pensait à cela, et vous croyez peut-être qu’il regrettait de n’avoir pas travaillé ? Eh bien, non. En méchant garçon qu’il était, il chercha à se sauver par un mensonge et il balbutia :

 — M’sieu, j’ai pas eu le temps d’écrire ma version... mais je l’ai préparée ; faites-la-moi expliquer... Vous verrez que... je l’ai préparée.

 — Expliquons, dit M. Rollu qui prit le livre latin dans lequel il avait choisi une version pour son élève.

Mais, au même instant, il poussa une exclamation désespérée :

 — Oh ! s’écria-t-il, mon Salluste !

Illustration

Et il regardait, bouche béante, le livre étalé sur ses genoux.

Ce livre était une édition rare que le vieux professeur, grand amateur d’antiquités, avait trouvé à grand’peine et auquel il tenait plus qu’à un trésor.

Or, que venait-il de voir ?

Sur la page ouverte du volume, un sillon noir d’encre, tout frais encore, allait, venait, montait, descendait en zigzags fantaisistes. Et l’encre avait pénétré ; plusieurs feuilles étaient tachées.

Le désastre était affreux, irréparable.

M. Rollut répétait toujours :

 — Mon Salluste ! mon Salluste !

Et la douleur du brave homme était si vraie si profonde, que tout autre que Petit-Pierre eût pleuré d’avoir fait une pareille peine à son professeur. Mais Petit-Pierre avait bien autre chose à faire en ce moment. Il cherchait un bon petit mensonge pour expliquer la catastrophe. Il ne trouvait rien. Et quand M. Rollut, lui tendant le livre, lui demanda comment cet accident s’était produit, il ne trouva à répondre que ceci :

 — C’est pas moi, m’sieu. C’est...

 — C’est peut-être le chat...

 — Non, m’sieu c’est...

 — Oh ! dit M. Rollut, c’est le hanneton.

Le hanneton, en effet, s’échappant de la poche de Petit-Pierre, avait pris son vol. En animal maladroit qu’il était, il avait cogné le nez du professeur et était venu tomber sur le livre même, témoin de ses exploits.

 — Pierre, continua M. Rollut, c’est ainsi que vous avez fait votre version ? Vous avez trempé les pattes de ce hanneton dans l’encre et vous lui avez fait tracer des hiéroglyphes sur... si ç’avait été, au moins, sur une feuille de papier blanc, mais sur mon Salluste, sur un Salluste imprimé par les Estienne ! malheureux !

Petit-Pierre baissait la tête.

Que dire ? que répondre ?

Comme il n’était pas au fond un méchant garçon, il regrettait bien d’avoir causé une pareille peine au bon M. Rollut. Mais pense-t-on à tout, quand on s’amuse ?

Il était si drôle, le hanneton, les pattes pleines d’encre dessinant à sa façon sur une feuille de papier blanc, que Petit-Pierre ne l’avait pas arrêté, quand, de la feuille de papier, il était passé sur le Salluste du professeur... Non, on ne pense pas à tout.

 — Voyons, Pierre, continua M. Rollut, vous regrettez ce que vous avez fait ?

 — Oui, m’sieu, je vous en donnerai un autre.

 — Hélas ! si l’on pouvait en trouver un autre !... Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Puisque vous regrettez la peine que vous m’avez faite, je ne dirai rien à votre papa, aujourd’hui. De cette façon, vous ne resterez pas ici en punition pendant que tout le monde ira se promener et s’amuser dans la forêt. Je crois qu’on fera une promenade bien agréable aujourd’hui. Il fait si beau temps ! Et je vois justement là-bas dans le jardin votre grande sœur Mlle Lucie déjà toute prête à partir. Elle regarde vers la fenêtre en cueillant des roses.

Croyez-vous qu’elle serait contente, votre sœur Lucie, si elle savait comment vous vous êtes conduit ce matin ? Elle qui est si triste lorsque vous êtes puni ?... Enfin, je ne dirai rien pour cette fois. Seulement, écoutez-moi, il faut me promettre une chose. C’est que vous serez plus travailleur à l’avenir.

Illustration

VOTRE GRANDE SŒUR QUI CUEILLE DES ROSES

 — Oui, m’sieu, répondit Pierre, la tète toujours baissée.

 — Regardez-moi pour me promettre cela, reprit M. Rollut. Vous

Mais Petit-Pierre venait d’éclater de rire, en regardant son professeur.

M. Rollut s’arrêta interdit.

 — Ah ! c’est comme cela que vous regrettez d’avoir été paresseux, d’avoir abîmé mon livre ! Vous riez !

 — M’sieu, c’est le hanneton, dit Petit-Pierre riant toujours.

Voici ce qui était arrivé. Le hanneton, en cognant le nez de M. Rollut, y avait imprimé l’encre qui restait à ses pattes. M. Rollut avait le bout du nez tout noir ; et cela lui donnait vraiment une bien drôle de figure. Petit-Pierre, en levant la tête, avait vu le nez de son professeur et il n’avait pas pu s’empêcher de rire... et il riait encore.

 — Ah ! dit M. Rollut vexé et qui ne pouvait pas savoir la cause du rire de son élève. C’est comme cola que vous prenez mos remontrances ! Nous allons voir, môssieu, comment vous prendrez celles de votre père. Je vais le trouver de ce pas. Rira bien, môssieu, qui rira le dernier !

Et M. Rollut partit, son Salluste sous le bras, l’air majestueux et le nez toujours noir.

Illustration
Illustration

III

QUAND ON EST EN PÉNITENCE

Petit-Pierre était seul dans sa chambre ; seul, et il avait deux cents lignes à copier. Tout le monde était parti à la promenade. Il avait vu la voiture emportant son papa, sa maman, sa sœur et quelques invités, disparaître derrière les arbres.

Je vous affirme que Petit-Pierre était fort triste.

Il faisait un temps splendide. Le soleil inondait la campagne d’une lumière gaie et douce. De-ci, de-là, de petits nuages, formés par un brouillard léger, s’élevaient des prairies et s’accrochaient aux branches des peupliers.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin