Petites scènes familières

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Barbou frères (Limoges). 1873. 1 vol. (63 p.) ; in-16.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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CHRÉTIENNE ET MORALE
approuvée
PARMGR L'EVÊQUE DE LIMOGES
In-<!8,2e Série.
SCÈNES FAMILIERES;
PETITES
SCENES FAMILIÈRES
LIMOGES. " /
IMPRIMERIE DE BARBOU FRÈRES.
SCÈNE PREMIÈRE.
MADAME DUMESN1L, ÉLISA, SA FILLE.
MADAME DDMESNIL.
Elisa, je suis contente de toi : tu as
été docile et appliquée à tes devoirs de-
puis quelques jours ; aussi ai-je résolu de
te récompenser. Voyons, quelle chose dé-
sires-tu que je t'accorde ?
__ 40 —
ÉLISA, embrassant sa mère.
Oh ! maman, tu es bien bonne de
m'aceorder un plaisir sans que je le de-
mande.
MADAME DUWESNIL.
Non, je suis juste; mais tu ne me dis
pas ce que lu souhaites,
ÉLISA.
Ce que je souhaite!... En vérité, ma-
man, je suis bien embarrassée.
MADAME DUMESNIL.
Comment, embarrassée ? Est-ce qu'il
n'y a pas quelque chose que tu désires
plutôt qu'une autre?
ÉLISA.
Oh ! sans doute, je souhaite beaucoup
de choses ; et si cette idée s'était présen-
sentée d'elle-même à mon esprit, je ne
serais pas embarrasbée ; mais, offerte tout-
à-coup, au moment où j'y penscsle moins
et d'une manière si imprévue, j'avoue que
j'en suis tout étourdie.
MADAMC DUMESNIL.
Alors songe à bien faire ton choix, car
ces occasions sont rares un peu par ta
faute. Ainsi arrange-toi pour que la de-
mande que lu feras soit favorable à les
désirs, et ne va pas faire comme les bû-
cherons dans la fable des Trois souhaits.
BLISA, réfléchissant.
Qu'est-ce doue que je pourrais te de-
mander?
MADAME DUMESNIL.
J'attends.
ÉLISA.
C'est drôle ! J'ai une foule de choses,
mais tellement confuses... Ali ! m'y voici
Je te demande la permission de recevoir
mes bonnes amies, de leur offrir un raoùt
comme celui que tu donnes ici tous les
jeudis.
MADAME DUMESNIL.
Je le veux bien.
ÉLISA, sautant de joie.
Oh ! que je suis heureuse! Je m'en vais
faire tout de suite mes invitations, et Ger-
main ira les porter.
MADAME DUMESNIL.
C'est très-bien ; ainsi tu vas faire la
maîtresse de maison. Mais sais-tu qu'il y
a pour cela des conditions importantes à
remplir?
ÉLISA.
Sois tranquille, maman ; je m'y pren-
drai bien,
MADAME DUMESNIL.
Comment agiras-tu? Voyons.
— 43 —
ÉLISA.
D'abord je te demanderai la permission
de commander à ma bonne une jolie pe-
tite collation.
MADAME DUMESNIL.
Cela va sans dire ; il ne faut pas que
tes invités s'en aillent sans rien prendre;
autrement ils auraient mauvaise idée de
toi.
ÉLISA.
Et puis nous jouerons à différents jeux ;
nous conviendrons de cela entre nous.
MADAME DUMESNIL.
C'est encore à merveille, et après.
ÉLISA.
Mais, après... je ne vois pas trop ce
que nous aurons à faire.
MADAME DUMEBKIL.
Ob ! je ne suis pas en peine de ta socié-
té, mais c'est de toi qu'il s'agit : tu as des
devoirs à remplir dont lu ne me parles
pas.
ÉLISA.
Mais quels devoirs, maman? Il me
semble que je t'ai dit tout ce que j'avais à
faire.
MADAME DUMESNIL.
Non, ma fille ; il y a quelque chose de
plus important, et je suis fâchée de voir
que tu n'y penses pas ; mais, puisque cela
ne t'est pas venu à l'esprit, je m'en vais te
le dire :
Une maîtresse de maison, et je veux te
considérer comme telle, puisque tu vas en
prendre le rôle, une maîtresse de maison,
dis-je, doit s'oublier entièrement pour ne
s'occuper que de ceux qu'elle reçoit ; elle
ne doit songer qu'à eux, et se montrer
— 15 —'
gracieuse et prévenante envers tout le
monde ; elle doit veiller à ce que chacun
s'amuse, et surtout à ce que personne ne
s'écarte des convenances ; car, en même
temps qu'elle se dévoue aux plaisirs et à
l'agrément de lous, elle acquiert une au-
torité qu'elle doit faire respecter. Ainsi...
ÉLISA.
Oh ! maman, je sais bien tout cela.
MADAME DUMESNIL.
Tu sais tout cela, et tu ne m'en parlais
pas cependant. Je t'avouerai franchement,
au contraire, que j'éprouve un peu la
crainte que tu n'agisses pas tout-à-fait
d'après les règles que je viens de te pres-
crire.
ÉLISA.
Pourquoi, maman? Tu as donc bien
mauvaise opinion de moi ?
— 16 —
MADAME DUMESNIL.
Pas précisément; mais jeté connais un
peu tranchante, un peu absolue, et, avec
ces défauts, tu as bien à faire pour arriver
à l'abnégation dont je te parle.
ÉLISA.
Ohl dans une circonstance comme
celle-là je sais bien qu'il faut que je sois
aimable.
MADAME DUMESNIL.
Et quels sont tes invités ?
ÉLISA.
Ce sont mes meilleurs amis : d'abord les
demoiselles Blinval et leur frère.
MADAME DUMESNIL.
Ah ! tu auras des cavaliers ?
- 17 -
ÉLISA
Mais oui, maman : je veux une soirée
dans toutes les règles.
MADAME DUMESNIL.
Et tes autres convives quels seront-ils ?
ÉLISA.
Eugénie d'Hauteville.
MADAME DUMESNIL.
„ Ah ! celle-là que tu appelais l'autre
jour bécasse devant sa mère, parce qu'elle
ne voulait pas te laisser emporter sou
cahier d'estampes?
ÉLISA.
Oui : j'ai été un peu vive avec elle;
c'est pour réparer cela que je l'invite,
MADAME DUMESNIL
En voilàquatre^J^asu-ke?
/ ÎÉÉTSAV V\
Hortense etjGîiarilèsbujîîfcL
— 18 -
MADAME DUMESNIL.
Ne t'ai-je pas entendu te moquer une
fois du jeune Dulillet parce qu'il a un gros
nez?
-ÉLISA.
C'est vrai ; tu sais tout... Mais aujour-
d'hui c'est différent, je ne ferai pas de
ces sottises-là.
MADAME DUMESNIL.
Je le souhaite. En voilà six, quels sont
les autres ?
ÉLISA.
•Les trois demoiselles Blauchon.
MADAME DUMESNIL.
Mademoiselle Blauchon l'aînée est une
eune personne fort instruite et fort aima-
nta, quoique tu la traites de pédante,
ÉLISA.
Je l'ai dit, c'est vrai; mais c'est qu'ef-
- 19 -
fectivement elle affecte toujours avec nous
un air de supériorité, et que toujours aussi
elle emploie un ton prétentieux qui me
déplaît.
MADAME DUMESNIL.
Ma chère amie, crois-tu que tu n'aies
pas besoin d'indulgence? La première
condition pour remplir convenablement
les devoirs de maîtresse de maison, c'est
d'avoir cette qualité, et je te la recommande
en passant ; d'ailleurs, ma chère enfant,
dans tous les temps de la vie, il faut savoir
tolérer les défauts des autres. Comme il
est de notre nature de n'être pas parfaits,
il faut, pour qu'il y ait bonne harmonie
dans la société, être condescendants les
uns envers les autres.
— 20 —
ÉLISA.
Mais pourtant quand on est tout-à fait
ridicule...
MADAME DUMESNIL.
11 y a des choses sans doute qu'il faut
blâmer dans certaines gens; mais, ma
ehère amie, il faut plaindre ceux qui sont
dans ce cas plutôt que de se moquer
d'eux.
ÉLISA.
On ne se moque du ridicule que parce
qu'il faut rire ; mais sans en vouloir aux
gens.
MADAME DUMESNIL.
Cela n'est pas charitable, et que la rail-
lerie s'emploie d'une façon ou d'une autre,
elle est toujours une mauvaise arme, tan-
dis que l'indulgence est considérée comme
une vertu et produit de meilleurs résul-
tats.
— 21 —
ÉLISA.
Maman, je crois que tu as raison, et à
commencer d'aujourd'hui, je veux suivre
tes avis.
MADAME DUMESNIL.
C'est une belle résolution... Ah ça ! je
vais sortir, et comme je ne veux pas trou-
bler ta petite fête, et que je te laisse en-
tièrement libre de faire tes honneurs
comme tu l'entendras, la seule recomman-
dation quejete fasse, pour résumer toutes
celles que je viens de te prescrire, c'est
d'être raisonnable et de etiercher à plaire
et à être agréable à tous tes petits invités.
ÉLISA.
Maman, tu peux être tranquille.
MADAME DUMESNIL.
C'est bien ; je sors en toute sécurité.
— 22 —
ÉLISA, ïembrassant.
Adieu, ma bonne mère ; moi, je cours
faire tous mes préparatifs,
SCÈNE IL
ÉLISA ET MARGUERITE, SA BONNE.
{Elles font les apprêts du salon.)
ÉLISA.
Mon Dieu ! ma bonne, que tu es en-
nuyeuse ! tu es d'une lenteurI... On va
venir, et rien ne sera prêt.
— 23 -
MARGUERITE
Ah ça ! si vous êtes aussi impatiente, je
vous préviens que je m'en vais, et vous
vous arrangerez comme vous l'entendrez.
ÉLISA.
Je t'en défie : maman m'a laissée la
maîtresse, et j'ai le droit de te comman-
der.
MARGUERITE.
Votre maman n'entend pas que je sois
assujettie aux volontés capricieuses d'un
enfant de votre âge, ni que vous ayez avec
moi un air qu'elle même ne prend pas.
Je ne demande pas mieux que de faire
tout pour vous être agréable ; mais je
veux, avant tout, que vous soyez polie à
mon égard.
ÉLISA.
Oh I que tu fais ta renchéric parce que
je ne suis qu'une petite fille! mais, pa-
tience, je saurai bien me faire servir un
jour.
MARGUERITE.
Croyez-moi, le meilleur moyen pour se
faire bien servir, c'est de se faire aimer
d'abord.
ÉLISA.
Voyons, avec toute ta morale, nous
n'avançons pas. {Elle regarde la pendule.)
Marguerite ! déjà sept heures et demie.
MARGUERITE.
Mais si au lieu de jacasser et de faire
votre petite importante, vous m'aidiez un
peu, le salon se rangerait plus vite,
— 25 —
ÉLISA.
Il faut bien, je le'vois, que je m'en
mêle ; sans cela, tu serais encore ici de-
main.
MARGUERITE.
Allons! travaillez, allumez toujours les
bougies; ça n'est pas difficile.
ÉtisA, avec humeur.
Mademoiselle, je n'ai pas d'ordre à re-
cevoir de vous... En vérité, il est bien ri-
dicule de payer des gens et d'être obligé de
faire leur besogne.
MARGUERITE.
Vous voilà bien malade ! Eh ! votre
maman m'aide bien, elle, sans faire la
grimace, quand il y a du monde. Elle ne
m'a jamais dit la moitié des paroles que
vous venez de prononcer ; au contraire,
elle y va de tout coeur : il me semble que,
vous qui êtes beaucoup moins qu'elle ici,
- 26 —
et surtout à mes yeux, vous devez vous
donner moins d'importance.
ÉLISA.
C'est ce qui vous trompe : je suis pour
aujourd'hui maîtresse de maison ; c'est
maman qui l'a dit ; et elle m'a donné tous
ses droits ; ainsi je vous recommande de
faire, sans répliquer, tout ce que je vous
ordonne.
MARGUERITE.
En vérité 1 Eh bien ! pour vous donner
la preuve que je ne fais pas un grand cas
de vos ordres, c'est que je ne ferai plus
rien, à moins que vous ne m'en priez po-
liment.
ÉLISA-
Vous prier! Allons donc! voulez-vous
bien vous dépêcher, mademoiselle, autre-
ment je vous fais chasser 1
— 27 -
MARGUERITE.
C'est bien. En attendant je m'en vais, et
vous pouvez vous arranger comme vous
l'entendrez.
ÉLISA.
Comment! vous me laissez là sans ache-
ver votre besogne ?
{Marguerite sort sans répondre.)
SCÈNE III.
ÉLISA seule.
Quel trait abominable! me laisser là
avec ce salon à moitié arrangé,-et tout mon

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