7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Vous aimerez aussi

suivant


EAN : 9782335035063

©Ligaran 2015Définition
Qu’est-ce qu’un Contribuable ?
Question fondamentale de cette Physiologie, et que nous allons faire en sorte de débrouiller.
Un Contribuable : – c’est un industriel, c’est un propriétaire, c’est un rentier, c’est un
négociant, un artiste, un écrivain, un magistrat, un militaire, un laboureur ; – c’est enfin un mari
qui est tout au petit soin pour sa femme, et qui par conséquent contribue à son bonheur. Mais
ce n’est pas de ce dernier par exemple que nous voulons parler : – c’est de celui qui contribue
à faire supporter les charges de l’État. – Or, tout homme qui boit, mange et fume, y participe,
mais ce n’est pas encore de celui-là que nous voulons vous entretenir, – car que pourrions
nous dire d’un portefaix qui tempeste contre un débitant de tabac, parce que ce dernier lui a
vendu des cigares ou du tabac de contrebande, le pauvre homme n’a qu’un seul moyen à
prendre, c’est d’en aller acheter à un autre ; idem si un marchand lui a vendu des aliments ou
des boissons falsifiées. – Ou, un procureur qui tonnera sur le haut prix du papier timbré qu’il se
fera bien et dûment rembourser par son client, et dont ce dernier se récriera plutôt sur le prix
exhorbitant du griffonnage que l’avoué y aura étendu dessus, que sur celui du papier.
Vous le savez, Molière a dit quelque part : « Il y fagots et fagots il y a ; » pourquoi cette
Physiologie, sans vouloir se comparer à Molière, ne pourrait-elle pas dire : « Il y a Contribuable
et Contribuable il y a ?
Celui sur lequel cette Physiologie (si nous pouvons nous exprimer ainsi) va taper dur, – est
l’individu qui possède des vignes, celui qui possède des immeubles, celui qui a un état qui
l’oblige à avoir une patente, celui enfin qui possède un mobilier plus ou moins magnifique, et
qui paie un loyer de 150 francs et au-dessus, pour se mettre à l’abri de l’intempérie des
saisons.
Or, cet individu là est obligé de payer une contribution que l’on appelle impôt direct, à l’État,
lequel en échange, lui donne des hommes pour lui faire rendre justice quand il en a besoin ; –
une police, des gendarmes et des soldats, pour le préserver des attaques des malfaiteurs ; et
des feux d’artifice, mâts de cocagne, tourniquets et autres amusements, pour le distraire de ses
longs travaux.
Eh ! bien, c’est le Contribuable qui est en révolte ouverte et concentrée contre cet état de
choses, que cette Physiologie va éplucher.
I
Certes, si parmi tous les Contribuables récalcitrants, il en est sur lesquels cette Physiologie
aurait beaucoup à gloser, – c’est, sans contredit, sur ceux qui possèdent des vignes. – Il n’est
pas en effet de moyens qu’ils n’emploient depuis quelque temps pour ne point payer ce genre
d’impôt, du moins en espèces métalliques. Ils voudraient le payer en nature, – comme si le
gouvernement n’avait pas autre chose à faire, qu’à aller se charger d’une quantité de tonneaux
de boissons, pour, en définitive, se poser en concurrent contre les marchands de vin ; – car, si
au lieu de qui bus, l’État recevait des vins, il faudrait nécessairement qu’il payât ses employés
avec des boissons, ou qu’il les gardât renfermées dans des chais pour en faire des reliques ;
donc ce serait au tour des marchands de vin à adresser, et non sans quelque raison, des
reproches et des plaintes au gouvernement, sur un si cruel état de choses qui ne tendrait pas
moins qu’à devancer leur ruine. – Et encore, il ne manquerait plus que les propriétaires
cultivant la prune, et même les pommes de terre et les carottes, vinssent pareillement
demander à payer leur impôt en nature.… ce serait leur droit, on ne pourrait pas le leur refuser
si on l’accordait aux autres, ou il faudrait admettre que dans notre beau pays de France il y
aurait deux poids et deux mesures.
Et pourtant cette Physiologie ne croit pas devoir attaquer ces Contribuables, quoiqu’elle lescroit, nous le répétons, bien plus récalcitrants que ceux dont elle va s’occuper, – puisqu’il est
vrai que des hommes sérieux crient de toutes parts que la culture de la vigne est en état de
dépérissement, et que de grands économistes français ont prouvé, par des chiffres, que jadis la
culture de la vigne occupait 1 573 000 hectares, et qu’aujourd’hui elle en occupe 2 269 607. –
Mais ce n’est pas tout : l’hectare qui, en 1788, rapportait 2 130 litres, en rapporte aujourd’hui
2 770. – Ainsi c’est donc ce grand accroissement qui, au lieu d’être une source de richesse
pour les vinicoles, ne cause que leur malheur. – Parce que, dira-t-on, un tel, autrefois, au lieu
de récolter, supposons, 100 hectolitres de vin, n’en récoltait que 80 qu’il vendait
immédiatement, tandis qu’aujourd’hui il en récolte 20 de plus qu’il est obligé de loger, ce qui par
conséquent l’entraîne à faire un cinquième de frais de plus, et en outre, il n’en vend que la
moitié.
C’est donc cette moitié de récolte qui vous reste, qui vous met tant en peine, qui est la cause
de votre détresse ; eh ! bien, qu’à cela ne tienne, nous allons essayer en peu de mots et par
des chiffres, de vous donner un moyen de vous en débarrasser. – Non, en l’envoyant à
l’extérieur, car l’étranger n’en veut pas, et voulez-vous que nous vous donnions la preuve de ce
que nous avançons ?.… La voici : en 1742, il y a cent ans, Bordeaux expédia 482 744
hectolitres de vins, pour tous les pays du monde entier. – En 1766 il en expédia 859 302 ; – en
1780, – 733 239, et en 1842, examinez la différence, 467 299 hectolitres 65 litres, – mais, bien
pour l’intérieur, ou pour mieux dire pour la capitale de la Gironde. – Nous savons d’avance que
vous regarderez cette idée comme une utopie, peu nous importe, nous aurons au moins
l’avantage de nous y être attendu.
Bordeaux consomme par jour, au minimum, plus de 640 hectolitres, pris chez les débitans de
vins au détail. – Tout le monde se plaint, et avec raison, de ne boire que des boissons
sophistiquées, fraudées, frelatées, droguées, falsifiées et pernicieuses à la santé, – sous le
pseudonyme de VIN.– D’un tonneau de vin naturel, si les débitants n’en font pas d’avantage, ils
en fabriquent au moins deux ; – or, la moitié de 80, fait, dans tous les pays du monde civilisé,
40, – à multiplier par 365, ce qui fait bien 131 400 hectolitres par an qui seraient sortis de vos
celliers si cette fraude n’existait pas. – Et, mettons ces 131 400 hectolitres, l’un dans l’autre, de
6 à 7 francs l’hectolitre, et vous auriez 900 000 francs environ de plus dans vos poches, que
vous n’avez pas. – Et les cinq sous-préfectures du département !
Ainsi, si, au lieu de criailler, – de monter l’esprit des paysans, de les engager, ou de leur
donner l’exemple de se révolter contre l’exécution des lois (chose à laquelle vous n’avez
sûrement jamais réfléchi), de lancer tous ces imprimés, d’adresser toutes ces pétitions au
gouvernement, ayant pour objet de demander une chose toute aussi impossible à accorder,
qu’à vous d’attraper la lune avec les dents, – Vous lui adressiez une supplique qui tendrait à
nommer douze inspecteurs qui n’auraient qu’une seule occupation, celle d’aller tous les jours et
à plusieurs reprises vérifier toutes les barriques qui se trouveraient chez les débitants de vin, et
de faire jeter à la rivière tous les vins qui seraient reconnus sophistiqués ; – et cela sous la
haute surveillance de Monsieur le Maire, ou de telle autre personne désignée par ce magistrat,
– croyez-vous alors que toute la peine que vous vous donnez ne serait pas mieux employée, –
et de plus vous seriez canonisé par tous vos compatriotes, lesquels, sans demander
l’approbation des apothicaires, vous érigeraient une statue… car, en ayant été utiles à
vousmêmes, vous leur auriez rendu la chose la plus sublime et la plus nécessaire du monde… La
santé !I I
Il existe quatre espèces de contributions directes, qui sont : les contributions foncières,
personnelles et mobilières, et celles des portes et fenêtres et des patentes. – Les trois
premières forment l’impôt de répartition, et l’autre l’impôt de quotité. – Tout homme qui, comme
nous l’ayons dit précédemment, possède un immeuble, paye un loyer au – dessus de 150
francs, ou, qui a un état qui l’oblige à avoir une patente, est contraint de payer des contributions
pour subvenir aux charges de l’État. Lequel, avec cet argent, entretient une armée considérable
et utile pour maintenir l’ordre public, une justice pour punir le coupable et protéger l’innocent,
une police pour prévenir la destruction du bien d’autrui, ou si vous préférez, pour prévenir et
empêcher le vol et l’assassinat ; – un clergé pour propager la foi chez le peuple, des
établissements de toutes sortes, – des écoles polytechnique, normales et autres, pour instruire
gratis les enfants des contribuables ; et enfin, plus d’un million d’employés pour régir les
affaires du royaume ! – Et c’est contre une pareille institution qu’on trouve des gens pour la
critiquer, et pour l’abolir si tel était leur pouvoir. – Et ces hommes là, ce sont ceux qui, par leur
position devraient employer tous leurs moyens à la soutenir. Car que deviendraient-ils, les
insensés, si par malheur les lois qui régissent la France venaient à être détruites. Ils ne
pensent donc pas que deux millions d’hommes en contiennent une masse qui ne possèdent
que ce qu’ils ont sur eux ; – et, ils ne savent donc pas qu’aujourd’hui le nombre d’hommes qui,
pour l’instruction, sont au même point que ceux qui commirent tant d’horreurs en 93, est dix fois
plus élevé qu’il ne l’était à cette époque, et que dans une émeute il suffirait d’un seul pamphlet
lancé par un ogre avide de sang et du bien d’autrui, pour porter cette multitude à des excès
inouïs ! Oh ! alors, vous qui auriez donné l’élan, le point de départ pour ainsi dire, à cet infâme
état de choses, vous appelleriez à grands cris les hommes, les institutions que vous auriez
détruites. – Et ces hommes, par la même raison que vous, vous ne voudriez pas loger une
famille qui ne vous paierait pas, – ne vous répondraient pas, ou, s’ils vous répondaient, – parce
qu’en France il se trouve des citoyens courageux qui sont toujours prêts à mettre leur vie en
péril quand il s’agit de sauver leur patrie de l’anarchie, – il ne serait peut-être plus temps, leurs
efforts seraient impuissants et ne serviraient qu’à aggraver le mal en excitant les insurgés.