Physiologie. Essai sur le mécanisme des sensations, des idées et des sentiments, par Ch. Girou de Buzareingues,... et le Dr Louis Girou de Buzareingues

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Vve Bouchard-Huzard (Paris). 1848. In-8° , 100 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1848
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PHYSIOLOGIE.
PHYSIOLOGIE.
ESSAI
SUR
JLE MÉCANISME DES SENSATIONS,
DES IDÉES ET DES SENTIMENTS;
PAR
CM. GSM©U BE B«2ÏAKEIW©IJES,
correspondant de l'Académie nationale des sciences, de la Société nationale et centrale
d'agriculture, de l'Académie de Montpellier, etc.,
ET LE DOCTEUR
XOÏJÏS &ZROV »E BUZAREIKÎGtïEË.
PARIS,
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE D'AGRICULTURE ET D'HORTICULTURE
»K MmB V BOUCUARB-nUZARI),
rue de l'Eperon , 5.
1848
PREMIÈRE PARTIE.
LES NERFS NE SONT CONDUCTEURS QUE DE
L'EXCITATION.
DE L ORGANE DU TACT.
Ce sens est distribué sur toute la peau, tant intérieure
qu'extérieure; il est presque toujours modifié soit par les
corps solides, soit par les liquides, soit par les gaz, soit par
le calorique qui l'environne. Ce dernier est son stimulus
essentiel, et, comme partout il est plus ou moins abon-
dant, il n'a pas besoin de condensateur ou d'organe qui le
concentre, car il agit tant par sa rareté que par son abon-
dance , tant lorsqu'il est dégagé de l'animal par le froid
extérieur, les coups, les blessures, le chatouillement, les
maladies, que lorsqu'il y pénètre par la chaleur de l'atmos-
phère, des liquides ou des corps solides.
Cependant il est principalement à la peau , parce que
c'est à la peau, soit interne, soit externe, que sont les ex-
trémités des nerfs tactiles, et vers elle que se dirige l'atten-
tion; c'est sur la peau que les vaisseaux sanguins le répan-
1
dent; c'est dans elle que l'on sent lorsqu'il nous quitte
comme lorsqu'il nous arrive.
C'est pourquoi, considérant la peau comme étant le
principal organe du tact, nous allons en dire quelques
mots; mais on n'oubliera pas,que, si un nerf est affecté
loin d'elle, le calorique qu'il rencontre ou qui est dégagé
par la constriction ou toute autre cause devient le stimulus
qui en dégage l'attention.
La peau est composée de l'épiderme, du tissu muqueux,
du tissu papillaire et du derme.
L'épiderme est une pellicule superficielle, transparente
et insensible ; on le trouve partout, jusque sur les poils et
les écailles, dans toutes les ouvertures du corps, sur l'oeil,
dans le conduit de l'oreille , les narines , la bouche , etc.
Il est sec et corné dans les animaux qui vivent à l'air ; il est
muqueux et visqueux chez ceux qui habitent dans l'eau.
Plus une partie est exposée au frottement, plus l'épi-
derme en devient épais.
Le tissu muqueux n'est point une couche membraneuse,
mais un enduit d'une certaine mucosité qui détermine la
couleur de l'animal ; c'est à lui qu'on doit rapporter celle
des habitants de l'Asie, de l'Afrique, des nègres, etc., et
des animaux, qui est variable selon les températures et
qui, chez les animaux qui ne se meuvent guère, imite plus
ou moins celle des objets près desquels ils vivent presque
constamment *.
Le tissu papillaire n'est point non plus une couche mem-
braneuse, mais il résulte de l'agrégation et du rapproche-
* Voyez le mémoire sur les poils, par Charles Giron de Buzareingucs ,
répertoire de l'Hôtel-Dieu.
ment de petits tubercules produits par les extrémités des
nerfs cutanés et composés de fibrilles réunies, par leur
base, à peu près comme les poils d'un pinceau ou comme
les fibres des nerfs optique, auditif et olfactif, avant de se
répandre dans les sens.
C'est surtout dans ces papilles, ou plutôt près d'elles, que
se forment les sensations tactiles; elles sont plus nombreu-
ses et bien plus prononcées sur les parties les plus délica-
tes; sur la langue, sur les lèvres, au bout des doigts, sous
la plante des pieds et à la paume de la main. Les mame-
lonsqu'elles produisent se dessinent par ces lignes saillantes
et différemment contournées qu'on y distingue et qui pro-
viennent, sans doute, du nombre et de la force des excita-
tions tactiles dont ces parties sont le théâtre.
Dans la taupe , la musaraigne et le cochon, les mame-
lons nerveux sont très-visibles sur le museau. On les trouve
sur la trompe de l'éléphant, et Cuvier les a très-distincte-
ment observés sur la queue préhensile du sarigue-crabier.
On les voit également sous la plantedes pieds, sous lesdoigts
des oiseaux, et sous la patte des reptiles.
Ainsi le sens du tact, comme les autres, se développe
d'autant plus qu'il devient le théâtre de plus nombreuses
excitations sensitives.
Le cuir ou le derme est un composé de fibres d'une
substance gélatineuse, qui se croisent en tous sens et qui
sont tellement entremêlées, qu'on ne peut les comparer
qu'à une étoffe feutrée ; elles représentent le système mus-
culaire des invertébrés *. Parmi ces fibres on a reconnu les
* Voyez Considérations sur la peau et en particulier sur le derme, par
le docteur L. Girou de Buzarcingues.
(Revue médicale, novembre 184(1.)
ramifications des nerfs et des vaisseaux sanguins et lym-
phatiques.
Plus la main est divisée en doigts distincts et mobiles,
plus l'organe du tact est parfait; il se perfectionne par l'at-
tention.
On a vu des aveugles qui reconnaissaient, par le tact,
les cartes à leur couleur.
Les chauves-souris qu'on a privées de la vue s'envolent,
enfilent les souterrains, sans se heurter contre les murs,
quoique les inflexions en soient très-compliquées, discer-
nent les trous dans lesquels sont leurs nids, et évitent les
cordages, les filets, les obstacles mis sur leur passage.
Spallanzani a cherché à déterminer comment se diri-
geaient , en ce cas, ces animaux, et il a conclu qu' ils
avaient un sixième sens, parce qu'on les avait privés en
même temps, inutilement, de l'ouïe et de l'odorat.
Cuvier a repoussé cette conclusion et a prétendu que
la membrane qui unit leurs doigts allongés présentait à
l'air une surface énorme, et que les nerfs qui s'y distri-
buent, étant nombreux, très-divisés, et formant un fais-
ceau admirable par sa finesse et le nombre de ses anas-
tomoses, il était probable que c'était par le tact de cette
main si sensible à la sensation de chaleur, de froid, de mo-
bilité, de résistance, que l'animal connaissait les obstacles,
et avait la facilité de les éviter et de suivre sa route.
Cuvier peut avoir raison. Les hommes aveugles discer-
nent, comme il dit, avec les mains et même par le visage,
l'approche d'un mur, d'une porte de maison , d'une rue
avant de les toucher.
Cependant ce peut être aussi par l'ouïe, comme l'a pré-
tendu Jurine et comme l'a reconnu Cuvier dans son Règne
animal, et, en outre, par un instinct naturel, qu'elles se
dirigent, car il est bien difficile de priver de l'ouïe un ani-
mal qui a ce sens si parfait que peut l'avoir la chauve-
souris.
Trop de calorique est-il reçu ou dégagé, la sensation est
douloureuse. La privation ou l'excès du calorique est-il
remplacé par celui que l'âme désire, ce remplacement oc-
casionne du plaisir.
DE L'ORGANE DE LA VUE*.
Les dimensions de cet organe sont conformes aux be^
soins de l'animal. Il est grand chez les oiseaux de proie ,
soit diurnes, soit nocturnes; chez les mammifères qui
vivent presque toujours sur les arbres, chez les rongeurs
et les ruminants, chez les poissons, etc., il est fait de
manière à voir les objets de loin et de près ( les oiseaux et
surtout les oiseaux de proie) ; il est petit, à proportion ,
chez les grands mammifères qui ont peu à craindre et dont
les désirs sont très-bornés (les cétacés, les éléphants, les
rhinocéros, les hippopotames ) ; il est très-petit chez les
animaux qui vivent sous la terre (les taupes, les musar
raignes, etc.), ou même chez ceux qui, vivant dans une
faible clarté, peuvent se diriger à l'aide de l'ouïe et du
tact (les chauves-souris).
La sclérotique est fibreuse, opaque, et enveloppe presque
totalement l'oeil.
La cornée transparente et la conjonctive, ou la mem-
* Nous avons emprunté principalement pour cet organe les descriptions
de M. Dugez.
brane préaqueuse qu'elles composent, forment un segment
de sphère d'un rayon plus petit que celui de la scléroti-
que, et proviennent des couches les plus superficielles de la
peau, dont la membrane muqueuse se continue dans la
choroïde et celle-ci dans l'iris, qui sont ornés également
d'un vernis brillant.
La ruischienne, qui est une doublure bien distincte de
la choroïde, se continue avec l'iivée, lame postérieure de
l'iris, et sécrète un vernis opaque et ordinairement noir.
C'est à celle-ci qu'appartiennent les plis nommés procès
ciliaires, lesquels forment autour du cristallin une cou-
ronne simple chez l'homme et se continuant avec les plis
radiés de l'iris du côté intérieur.
Les procès ciliaires adhèrent avec les membranes qui
renferment le cristallin. A l'extérieur, ils sont adhérents
à la choroïde. Leurs extrémités sont tournées les unes vers
la partie antérieure de l'oeil, les autres vers la partie pos-
térieure, et forment le canal triangulaire appelé canal de
Fontana ; contre le cristallin, elles forment un autre canal,
triangulaire aussi, qu'on appelle canal godronné ou canal
de Petit.
Les procès ciliaires sont uniquement vasculaires et n'ont
rien de contractile. On peut croire qu'ils servent à l'ab-
sorption et à l'exhalation de l'humeur vitrée; car ils s'en-
foncent dans le corps hyaloïde, dont la partie membra-
neuse est trop déliée pour cette fonction.
Cette opinion est rendue vraisemblable par la présence,
dans l'oeil des oiseaux, du peigne formé par la ruischienne,
pour suppléer à la faible saillie des procès ciliaires chez ces
animaux.
La prunelle ou la pupille est l'ouverture de l'iris.
Les nerfs nommés ciliaires ou iriens partent, dans
l'homme et les mammifères, du ganglion ophthalmique ,
dépendant du moteur commun et d'une branche de la
cinquième paire. C'est un véritable plexus très-serré et à
filaments très-fins, une sorte de ganglion que ces nerfs .
forment autour de l'iris et des procès ciliaires, en dehors
de la choroïde.
II existe dans l'iris un tissu contractile composé de
fibrilles disposées en rayons et de faisceaux circulaires qui
entourent la pupille et lui forment un sphincter.
On retrouve de ces fibrilles dans le cristallin.
La pupille se dilate lorsqu'elle reçoit peu de lumière et
se rétrécit lorsqu'elle en reçoit beaucoup; ces mouvements
de l'iris , comme plusieurs faits l'attestent, sont volon-
taires , quoique rendus inaperçus par l'habitude : à
la longue, ils deviennent automatiques comme tant
d'autres.
Le cristallin est contenu dans une capsule aussi trans-
parente que lui. Il reçoit des vaisseaux, de i'artère centrale
de la rétine; des nerfs, du nerf optique, et des fibrilles
qui forment à ses deux surfaces seize sutures chez
l'homme; celles d'une surface alternent avec celles de la
surface opposée.
C'est à la facilité d'accommoder l'oeil à la distance des
objets que la contractilité de ces fibrilles paraît être des-
tinée.
Le cristallin est composé de couches dont les plus pro-
fondes sont les plus courbes et les plus épaisses.
Le corps vitré ou hyaloïde est cette substance transpa-
rente qui remplit le fond de l'oeil et lui donne la majeure
partie de son volume ; ce corps est intérieurement cloi-
sonné. Ces cloisons ne seraient-elles pas déterminées par
la continuation du névrilème des fibres du nerf optique ?
Dans l'oeil composé des insectes, il'y a égalité numé-
rique et correspondance parfaite de ces fibres et de ces
cloisons, et il y a aussi des poils superficiels qui séparent
celles-ci et qui sont probablement fournis par du névri-
lème.
Ne peut-on pas supposer des rapports harmoniques
entre l'oeil des vertébrés et l'oeil composé des insectes, et
voir encore, dans le cristallin des premiers, des cloisons
que la soudure efface ou nous dérobe ?
M. Vallée, pour expliquer l'achromatisme de l'oeil, a
supposé et rendu très-vraisemblable que l'humeur du corps
vitré n'était pas homogène.
Selon M. Jules Cloquet, la membrane hyaloïde se réflé-
chit sur elle-même , à partir du point d'insertion du nerf
optique pour former le canal hyaloïdien dirigé de l'arrière
à l'avant du corps vitré.
Le peigne, chez les oiseaux, naît au fond de l'oeil de la
ruischienne. C'est une expansion, plissée et teinte en noirr
de cette membrane qui, de l'insertion du nerf optique ,
s'élève et se dirige vers le centre du cristallin et adhère
fortement au corps vitré.
Le nerf optique dés vertébrés a principalement la fonc-
tion de porter l'attention près le corps vitré; mais, comme
il a des racines multiples dans différents points de l'encé-
phale, on peut, avec vraisemblance, attribuer à quelques-
uns de ces ramuscules des influences motrices qui ne sont
pas plus conciliables avec l'excitation de la lumière que
celles du trijumeau ou de tout autre nerf sorti du prolon-
gement rachidien ; les tubercules quadrijumeaux en sont
les principales sources. Les pédoncules cérébraux ou la
partie du cerveau qui avoisine leur insertion peuvent aussi
leur donner quelques filaments. L'entre-croisement de ces
nerfs n'est point complet dans les vertébrés supérieurs ;
une partie seulement y est soumise.
La rétine se compose des fibres du nerf optique qui
vont directement au corps vitré et y portent l'attention,
et de celles qui l'embrassent et se rendent au cristallin
pour en déterminer les mouvements; elle présente, chez
le lapin et chez le lièvre , une division du nerf en deux
bandelettes d'où partent tous les ramuscules nerveux,
et, chez les oiseaux, des plis larges et multipliés, re-
marquables sur les oiseaux de haut vol.
Au fond de l'oeil, la rétine est percée d'un trou à côté
de l'axe optique et près du nez.
L'oeil obéit, par ses formes, aux affinités de la lumière
avec les besoins de l'animal.
Chez l'homme, le corps vitré, qui occupe plus des deux
tiers de l'organe, est plus grand, à proportion, que chez
aucun animal ; or l'homme dirige plus souvent l'attention
dans ses yeux qu'aucun animal.
L'axe de la partie antérieure de l'oeil est double , chez
la chouette, de celui de la partie postérieure. Dans le vau-
tour, il n'en est que la moitié ; mais la chouette a le besoin
de concentrer le plus possible la lumière rare de la nuit,
et le vautour a celui que la lumière du jour lui serve à de
grandes distances.
Les poissons ont besoin d'un corps plus dense que l'eau,
pour concentrer la lumière ; c'est pourquoi ils sont privés
d'humeur aqueuse, et leur cristallin est dur et globuleux.
Chez les oiseaux qui vivent dans un air raréfié, l'hu-
meur aqueuse peut réfracter beaucoup la lumière ; ils en
ont plus, à proportion, que les mammifères, et leur cris-
tallin est moins convexe que celui des mammifères.
10
DE L ORGANE DE L OUÏE.
Cet organe se dirige vers les sons qui viennent de l'ex-
térieur; ces sons pénètrent d'abord dans une caisse, qui
va du pavillon de l'oreille à la trompe d'Eustache, située
dans l'intérieur de la bouche, et n'est séparée de ce pavil-
lon que par Une membrane appelée le tympan, à laquelle
correspondent des osselets (le marteau , l'enclume et l'é-
trier), dont l'un (le marteau) y est attaché. Ces osselets
peuvent tendre plus ou moins cette membrane.
A côté de cette caisse, et dans les hautes classes, est le
labyrinthe osseux, dans lequel est le labyrinthe membra-
neux. Le premier est percé de deux fenêtres constamment
fermées par une membrane.
Dans le labyrinthe membraneux, on distingue le vesti-
bule et le limaçon. Le vestibule se compose du sac, sur
lequel s'élève le sinus médian, duquel naissent trois tubes
semi-circulaires, dont deux sont unis vers une de leurs
extrémités; ces tubes, ce sinus, ce sac reçoivent chacun
une branche de la septième paire, qui, en pénétrant dans
une des deux extrémités de chaque tube, y détermine une
ampoule.
Le limaçon est composé de deux rampes séparées l'une
de l'autre par une lame en spirale qui reçoit vers sa base
une branche de la septième paire.
Une de ces rampes (la rampe tympanique) aboutit à la
fenêtre cochléenne, et l'autre (la rampe vestibulaire) au ves-
tibule, qui a aussi sa fenêtre vestibulaire dans le labyrinthe
osseux; mais celle-ci peut être fermée par la platine de
l'étrier, un des trois osselets.
tt
r Le labyrinthe membraneux est séparé du labyrinthe os-
seux par un fluide qu'on a appelé périlymphe (ou humeur
de Colugno), et qui pénètre aussi dans la rampe tympanU
que du limaçon.
Quant à la rampe vestibulaire, elle est, ainsi que le ves-
tibule et ses dépendances, remplie d'une liqueur albuini-
neuse appelée par M. de Blainville vitrine auditive; cepen-
dant ces deux rampes communiquent ensemble vers le
sommet du limaçon.
Sur les points où le nerf auditif s'épanouit, on rencontre
des masses de poudre calcaire (otoconie de M. Brèschet) et
même des osselets pierreux (otolithes) dans les basses classes.
Ces concrétions diminuent par la fréquence des sensations;
elles sont moindres chez l'adulte que chez l'enfant nais-
sant, et chez les vertébrés que chez les poissons.
Dans le labyrinthe membraneux s'opère la sensation de
l'ouïe; l'organe de cette sensation n'est d'abord que le sac
(chez l'écrevisse), puis (chez les poissons et les reptiles) il se
compose du sac, du sinus médian avec quelques annexes et
des trois tubes semi-circulaires, auxquels s'ajoute, chez les
oiseaux, un rudiment du limaçon, et enfin tout le limaçon
chez les mammifères.
Les tubes semi-circulaires sont grands chez les poissons.
Le pavillon et le limaçon sont grands, et les tubes semi-
circulaires sont petits chez les chauves-souris.
Dans les taupes, ce pavillon et ce limaçon sont petits.
Dans les poissons à branchies libres et dans les salaman-
dres, il n'y a aucune communication entre le labyrinthe
membraneux et l'extérieur.
1 De ce qui précède, nous nous croyons autorisés à con-
clure :
1° Que l'organe de l'ouïe se compose de plusieurs orga-
12
nés, puisqu'il est vivifié par différentes branches du nerf
auditif, et que ses diverses parties se développent inégale-
ment dans le même et dans divers individus.
La multiplicité de ces organes nous paraît nécessaire, à
cause des diverses qualités du son , où l'on distingue 1° la
force qui provient de la qualité ou de l'abondance du fluide
qui l'occasionne ; 2° le timbre ou le degré d'ampleur gé-
nérale ou de condensation du fluide sonore émis * ; 3° la
voix ou les divers timbres particuliers ** dont elle se com-
pose sous l'influence d'un timbre dominant et constant ;
4° l'articulation ou la forme de l'émission ***; 5° le ton
ou le degré de l'émission plus ou moins soutenue du fluide
sonore.
2° Que le pavillon et le limaçon sont des instruments de
l'attention, puisqu'ils sont très-grands chez les chauves-
souris, qui ont besoin de beaucoup d'attention, et très-
petits chez la taupe, qui n'en a pas besoin.
A quoi sert, dans l'audition , la clôture de la fenêtre
vestibulaire par la platine de l'étrier? Ne serait-ce pas à
modérer le son?
Le fluide qui agite l'humeur du limaçon à travers la
cloison de la fenêtre cochléenne peut occasionner l'ouver-
ture de la fenêtre vestibulaire, car les vibrations de cette
humeur doivent pousser en dehors l'étrier et permettre au
son de pénétrer dans le vestibule, ce qui expliquerait l'au-
* Le timbre particulier de chaque substance de bois ou de métal ne
viendrait-il pas de l'excès d'intensité à tel ou tel harmonique ?
(M. BIOT, Précis élémentaire de physique.)
** Les voix a, é, i, o, u, eu, ou, etc., représentent plus ou moins exac-
tement les divers timbres.
*" Nous considérons les articulations résultant de l'union des consonnes
aux voyelles comme les formes de l'émission.
13
dition de la parole rendue sensible à certains sourds par le
bruit fait autour d'eux.
DE L ORGANE DE L ODORAT.
Cet organe est saillant chez l'homme, parce que l'homme
se tient debout et porte les aliments de bas en haut vers sa
bouche.
Il se compose, chez les mammifères, de fosses nasales ;
de sinus frontaux, sphénoïdaux et maxillaires ; de lames
saillantes dans l'intérieur de la cavité nasale , qui se divi-
sent en cornets inférieur, supérieur, et en anfractuosités de
l'os ethmoïde; d'une membrane pituitaire et de nerfs qui
se distribuent dans les cavités des narines.
Les sinus peuvent être étrangers à ce sens, puisqu'ils ne
paraissent pas recevoir le nerf olfactif ; cependant, chez les
animaux doués du meilleur odorat, ils sont aussi les plus
grands. Peut-être n'ont-ils d'autre usage que de séparer
une humeur aqueuse propre à lubrifier tout l'intérieur du
nez, et de tenir en réserve l'air imprégné de particules
odorantes.
Les lames saillantes multiplient les surfaces des cornets
et forment des conduits qui aboutissent aux embouchures
des sinus.
La structure des cornets est plus spongieuse que celle des
autres lames osseuses.
La plupart des carnassiers ont une structure très-com-
pliquée du cornet inférieur ; la lame par laquelle il s'attache
se bifurque, chaque branche en fait autant, et, après une
dichotomie très-multipliée, les dernières lames forment,
14
par, leur parallélisme, un nombre quelquefois très-considé-
rable de petits canaux que l'air est obligé de traverser et
qui sont tous revêtus de la membrane pituitaire.
C'est surtout dans les cellules ethmoïdales qu'on remar-
que l'étendue des surfaces que déterminent leurs sinuosités.
Pour s'en faire une idée, il faut se représenter un grand
nombre dejtédicules creux, tous attenants à l'os cribleux;
ilsse portent en avant et en dehors, et, à mesure qu'ils
avancent, les plus voisins s'unissent, et il en naît, des vé-
sicules qui grossissent à mesure qu'elles deviennent moins
nombreuses : toutes sont creuses , et entre elles sont une
infinité de conduits ou de rues toutes communicantes les
unes avec les autres.
Cette structure est surtout très-sensible chez les carnas-
siers. " . .
De la membrane pituitaire, continuation de la peau,
suinte, une humeur visqueuse qui, dans les rhumes, devient
plus, abondante et plus fluide, et finit par devenir épaisse :
lorsque cette humeur manque, il n'y a point de sensation ;
lorsqu'elle est trop claire et trop abondante, elle produit
le même effet. Par cette dernière cause, suite d'une mala-
die, l'un de nous a perdu l'odorat.
Le nerf olfactif traverse les trous de la lame criblée de
l'ethmoïde, qui sont plus nombreux chez les carnassiers
que chez les autres animaux.
La membrane pituitaire, ou plutôt l'humeur qui la ta-
pisse, est destinée,à concentrer et à conduire les fluides
odorants.
.Le nerf olfactif porte sur cette membrane le fluide de
l'attention , qui y détermine la sensation , et, de plus, il
conduit de cette membrane vers les organes cérébraux
l'incitation qui les avertit, par une autre sensation qu'elle
15
y occasionne , de l'effet quMl a produit dans le sens.
Ce sens est moins fin chez l'homme que chez les ani-
maux ; on connaît la capacité de celui des chiens et des vau-
tours.
Lecat signale cependant celui des nègres, qui, comme
des chiens, suivent les hommes à la piste et distinguent
avec le nez celle d'un nègre de celle d'un Français. Si l'on
en croit, dit-il, le chevalier d'Igby, un garçon que ses
parents avaient élevé dans une forêt, où ils s'étaient reti-
rés pour éviter les ravages de la guerre, et qui n'y avait
vécu que de racines, avait un odorat si fin qu'il distinguait
par ce sens l'approche des ennemis et en avertissait ses
parents. Il fut cependant fait prisonnier, et ayant changé
de façon de vivre, il perdit à la longue cette grande finesse
d'odorat; il en conserva néanmoins encore une partie, car,
étant marié, il distinguait fort bien, en flairant, sa femme
d'une autre, et il pouvait la retrouver à la piste.
Le religieux de Prague dont parle le journal des savants
de 4686 connaissait, par l'odorat, les différentes personnes
et distinguait une fille ou une femme chasted'avec celles qui
ne l'étaient point. (Traité des sens, t. II, p. 256 et 257.)
DE L ORGANE DU GOUT.
Cet organe se compose principalement,^ sa surface, de
papilles, les unes coniques, les autres fungifprmes, les
autres à calice; il est doué de mouvement, de sensibilité
tactile et de celle des saveurs.
Il paraît que les papilles fungiformes sont nécessaires au
sens du goût, puisqu'elles reçoivent le rameau lingual du
maxillaire inférieur, dont la ligature, la section ou la com-
16
pression cause l'anéantissement du sens; mais celles à
calice n'y ont-elles aucune part? Il nous semble qu'il est
permis de croire le contraire. Cuvier n'a donné aucune
bonne raison de leur refuser la sensibilité des saveurs. Il
a dit : Les filets du glosso-pharyngien qui vont à ces pa-
pilles ne sont pas, pour sûr, destinés au sens du goût,
puisque nous ignorons si ces papilles en jouissent. Il eût
fallu qu'il pût affirmer qu'elles n'en jouissaient pas. Il a
ajouté ensuite : « Il nous semble cependant que les anas-
tomoses de la cinquième et de la neuvième paire sont si
nombreuses dans toute l'étendue de la langue, qu'il est
difficile de dire laquelle a le plus de part à la formation
des filets qui vont aux papilles. »
Nous accordons aux papilles à calice une part dans les
sensations des saveurs, 1° parce que nous ne voyons pas de
bonne raison de la refuser ; 2° parce que certains physio-
logistes, entre autres Lecat et Mùller, la leur ont accor-
dée; 3° parce que ces papilles sont plus nombreuses chez
l'homme, dont le goût est plus exercé, que chez les ani-
maux.
L'enfant qui tette saisit le mamelon du bout de sa langue,
où sont principalement les papilles fungiformes ; il ne peut
donc sentir la saveur du lait que par les papilles à calice.
Les boissons arrivent plus facilement à la base de la
langue qu'au sommet, et les papilles à calice doivent rete-
nir plus longtemps la sensation que les papilles fungiformes.
Au surplus, on a vu des personnes sans langue douées du
sens du goût. (Lecat, tome II, page 225.)
L'organe du goût est celui des organes dont nous avons
déjà parlé, où une même sensation dure le plus longtemps
après la suppression du stimulus, celui sur lequel le même
stimulus produit les effets le plus variés chez divers indi-
vidas ; celui dont la faculté de sentir s'éteint le plus promp-
tement, lorsqu'elle est soumise sans interruption à un
même stimulus; celui dont les sensations changent le plus
sûrement lorsqu'il est souvent en contact avec un stimulus
qu'il repoussait d'abord et qu'il finit par aimer. ( Lecat,
tome II, page 228); celui dont les sensations nous occa-
sionnent ou le plus de plaisir, ou le plus de douleur.
La salive est nécessaire à la sensation ; elle décompose
l'aliment solide introduit dans la bouche, et l'attention, à
son tour, agit sur le stimulus et produit la sensation.
OBSERVATIONS SUR LES SENS.
« Les sens sont situés sur les points où leurs stimulants
se présentent le plus souvent ou le plus condensés ; ils se
dirigent et se concentrent vers ces stimulants; c'est sur la
partie antérieure du corps la plus élevée, la plus exposée
à la lumière que les yeux sont placés (ce fait est très-
remarquable chez les pleuronectes) ; c'est sur le passage
de la voix, des saveurs, des odeurs que s'organisent les
sens de l'ouïe, du goût, de l'odorat.
« La vue se perfectionne ou acquiert plus de capacité
dans la lumière (les oiseaux en général, l'aigle, les pois-
sons pélasgiens, les insectes à métamorphose parfaite) ;
l'ouïe sur le bord des rivages (le rossignol), ou dans les
climats vaporeux (les habitants d'Italie) ; sous toutes les
circonstances, en un mot, qui ajoutent à l'intensité du
son (les chauves-souris, les oiseaux de nuit, la taupe) ;
l'odorat, dans les odeurs (les carnassiers) ; le goût, par
18
les saveurs (les animaux qui se nourrissent'de substances
acides ou sucrées, les fourmiliers, les torcols, les colibris,
les insectes lépidoptères).
« Les sens s'oblitèrent ou restent imparfaits, en l'ab-
sence de ces mêmes stimulants; celui de la vue, dans
l'obscurité (la taupe, le zemni, le protée); celui de l'ouïe,
sur les hautes montagnes ou dans les climats froids et hu-
mides (le rossignol chante moins bien en Ecosse qu'en
Italie; les habitants des montagnes parlent très-haut et
chantent mal) ; celui de l'odorat, dans les milieux où au-
cune odeur ne s'exhale (les cétacés, dans les mers po-
laires); celui du goût, par les aliments dépourvus de
saveur (les oiseaux granivores, plusieurs poissons ).
« Les facultés sensitives croissent en même proportion
que la quantité de leurs stimulants introduite dans les
viscères thoraciques ou abdominaux.
« L'oxygène abandonne, dans le poumon, une partie
de la lumière à laquelle il est uni à l'état gazeux ( la lu-
mière jaillit du gaz oxygène que l'on comprime ), et l'air
entraîne dans cet organe les odeurs dont il est le véhicule;
l'estomac devient le réservoir des saveurs inhérentes aux
aliments ; dans le foie se rendent les substances qui con-
tiennent le plus d'hydrogène, que je considère comme l'un
des principaux véhicules du son.
« Il y a de grands rapports entre les organes de la vue
et de l'odorat et celui de la respiration ; le développement
des uns accompagne celui de l'autre. Lorsque le poumon
est irrité, l'oeil devient étincelant et le regard perçant ;
lorsqu'il se dégrade, l'oeil devient terne et petit, et la vue
s'affaiblit ; lorsque la membrane pituitaire est affectée, la
muqueuse du poumon ne tarde pas à l'être; il y a forma-
tion d'eau dans le poumon et dans l'oeil. Le mucus nasal
l'J
est de même nature que celui du poumon ; le développe-
ment de la langue et sa sensibilité des saveurs sont en
rapport avec la capacité et les forces digestives de l'esto-
mac , et le désordre de l'estomac se peint à. la surface de
la langue. Le suc gastrique est de même nature que la sa-
live. L'ouïe est en rapport avec le foie (le chien, l'oie, la
taupe) ; l'obtusion de l'audition accompagne les désordres
du foie, et le cérumen tient de la nature de la bile. Si
l'on compare le nerf optique à l'acoustique, on trouve
entre eux des rapports de volume analogues à ceux du
poumon et du foie.
« Les stimulus sont en contact immédiat avec les nerfs
sensitifs dans les organes des sens et semblent s'y con
denser ; l'oeil des chats et des loups est lumineux dans
l'obscurité. Nous voyons des éclairs lorsque nous friction-
nons nos yeux après qu'ils ont été, pendant quelque temps,
exposés à une vive lumière (on trouve, dans Barthez, plu-
sieurs faits sur la phosphorescence des yeux des animaux
et de l'homme) ; nous entendons du bruit lorsque nous
recevons un coup sur une oreille ; le mucus du nez a une
odeur de cuivre ( l'un des métaux qui ont le plus d'affinité
avec l'électrique négatif, que je considère comme l'exci-
tant de l'odorat*); la salive s'élance, pour ainsi dire,
vers les aliments dont elle réunit en elle les principaux
éléments ; les esprits **, en outre, peuvent passer des
nerfs qui naissent à la surface des viscères, où leurs exci-
pients affluent, dans ceux qui prennent leur origine ou
qui se rendent dans les sens. » ( Voyez le livre sur la gé-
nération, par Ch. Girou de Buzareingues.)
* On verra bientôt ce que nous entendons par excitants.
** Nous dirons dans peu ce que c'est que les esprits.
20
DU CERVELET ET DU CERVEAU, ORGANES DU DESIR ET
DE LA VOLONTÉ ET PRINCIPAUX ORGANES DE L'ASSO-
CIATION.
Dans les basses classes des vertébrés, l'association s'o-
père dans autant d'organes qu'il y a de facultés; chaque
faculté a son tubercule. Le cervelet existe avant 1* cerveau.
Ce n'est qu'à mesure que l'animal se perfectionne que le
cerveau paraît et se développe. Ces deux organes sont en
rapport, l'un avec les sensations, l'autre avec les mouve-
ments de la vie extérieure de l'homme, qui désire et veut
souvent; chez qui la parole occasionne une infinité de sen-
sations, demande une infinité de mouvements et produit
un grand nombre d'idées; de l'homme, chez qui les rêves
sont plus fréquents que chez aucun animal et le seul des
mammifères qui soit sujet au somnambulisme.
Que sont devenus en lui ces tubercules qui sont en avant
du cervelet chez l'anguille et ceux de la moelle allongée
de la trygla-lira?
Ils sont confondus par le rapprochement, comme plu-
sieurs ganglions des larves par la coalescence, chez les in-
sectes parfaits; s'ils ne sont pas complètement atrophiés
comme inutiles.
Nous rapportons les circonvolutions du cerveau au déve-
loppement de la voûte ou triangle médullaire , et celles du
cervelet à celui de la valvule de Vieussens *.
M. Serres a prouvé que les organes cérébraux de l'homme
* L'un de nous a observé ce fait et l'a publié dans le journal de phy-
siologie de M. Magendie.
51
passaient, en se développant, par les diverses formes qu'on
remarque dans l'échelle des vertébrés; leur accroissement
est accompagné de la diminution de certains autres, parce
que l'association se concentre particulièrement en eux \
Ainsi, par exemple, les tubercules bijumeaux, qui sont
si développés chez les poissons, vont toujours en diminuant
jusqu'à l'homme, où ils ne sont presque rien.
Par une de leurs extrémités, les nerfs aboutissent dans
l'encéphale, parce que c'est de là que partent, pendant la
veille, les fluides nerveux; c'est là que se font les associa-
tions des sens avec les désirs et celles des mouvements
avec les volontés ; par l'autre, ils aboutissent dans les
sens, ou dans des ganglions, ou sur les muscles.
Nous ne croyons pas que l'on puisse dire qu'ils naissent ni
dans les organes cérébraux ni dans les sens, car ils ne peu-
vent se former sans avoir deux extrémités, et l'une d'elles
ne peut être dans l'encéphale qu'autant que l'autre existe
dans les sens ou dans les ganglions, et réciproquement.
Comment le cerveau, qui est l'organe le dernier formé
chez les vertébrés, donnerait-il naissance aux nerfs mo-
teurs qui, avec les nerfs sensitifs, sont les premiers qui pa-
raissent dans le règne animal?
LES NERFS NE SONT PAS SENSIBLES ET NE PORTENT
POINT DANS L'ENCÉPHALE LES IMAGES DONT ILS
CONTRIBUENT A DÉTERMINER LA SENSATION.
On ne peut supposer que les nerfs aient, trois fonctions
* Les associations comme les sensations n'existent que dans l'âme ; les
nerfs ou les organes cérébraux en sont lés organes.
22
simultanées à remplir, porter l'attention aux sens, avertir
les organes cérébraux des effets qu'elle a produits, sentir
dans les sens et transmettre les sensations dans l'encé-
phale.
La rétine, si elle était douée de sensibilité, serait inca-
pable de sentir ce qu'elle ne pourrait recevoir. Or elle ne"
peut recevoir dans leur grandeur naturelle les images des
scènes que nous voyons. Celle de l'aigle ne peut embrasser
l'étendue naturelle de son immense coup d'oeil. Les expé-
riences qu'on a faites, pour s'assurer si l'image se présentait
renversée, ont prouvé qu'elle ne se peint que sous forme de
très-petit camée.
Celle d'un cheveu n'a que 0m,0005 ; « un objet de 5 lignes
de diamètre, à 3 pouces devant l'oeil d'un lapin, donnait,
sur son fond, une image de 1?2 ligne; à 4 pouces elle était
d'un quart seulement; à 3 ou A pieds, elle n'était plus per-
ceptible si l'objet était opaque, même en la cherchant à la
loupe ; et si c'était un objet lumineux, il ne représentait
plus qu'un point. » (M. Dugez.)
Les formations calcaires qui sont au devant de chaque
branche de nerfs dans l'organe de l'ouïe nuiraient certai-
nement à l'unité et à la clarté de ses sensations.
Lorsque les organes cérébraux sont livrés à des pensées
étrangères à tout ce qui frappe les sens, ils ne sont pas
troublés par les modifications de la vue, de l'ouïe, de l'o-
dorat, du goût et du tact, que nous sentons cependant,
puisque nous voyons à nous conduire dans nos promenades,
nous répondons aux questions que l'on nous fait, etc.; mais
nous ne donnons point alors d'attention aux sensations,
elles ne passent pas dans la mémoire. Si nous voulons nous
rappeler celles qui sont passées, nous ne pouvons nous sou-
venir que du signe que nous leur avons donné, qui secom-
23
pose de mouvements produits par la volonté ; ce qui fait
que nous pouvons à la fois penser et sentir.
Que l'on suppose, au contraire, que les organes céré-
braux sont un miroir dans lequel viennent se peindre les:
modifications des sens, ils ne pourront que sentir quand
les sens seront stimulés, ils ne pourront penser qu'autant
qu'aucune sensation ne viendra s'y peindre; nous aurons
à la fois les sensations présentes par les sens et les sensa-.
tions passées par la mémoire; la pensée sera composée des.
modifications des sens et non de leurs signes, et la sensa-
tion se fera en deux parts, dans son organe et dans un des
organes cérébraux.
Voilà un mystère bien inutile et difficile à concevoir,
la transmission des sensations par des filets nerveux, I ne
sensation vive et douloureuse sera à la fois dans les sens et
dans celui des organes cérébraux qu'elle affectera. Or nous
ne la sentons que dans les sens. II faut cependant que le
signe en parvienne dans un des organes cérébraux; mais
l'attention agit doublement, comme l'électricité d'une pile
voltaïque. Elle incite un des organes cérébraux, en même
temps et en même proportion qu'elle excite les sens.
Nous ne concevons point qu'une modification de l'âme
puisse être ni perçue ni conduite par des filets nerveux, et
nous en voyons encore moins la nécessité. Ne suffit-il point
que l'âme soit modifiée pour qu'elle sente? A quoi bon cette
conductibilité, si sans elle, comme nous le prouverons,
toutes les opérations de l'âme peuvent être faites?
Nous avons dit que, si les nerfs étaient conducteurs des
sensations, ils auraient trois fonctions simultanées à rem-
plir. Nous aurions dû dire que certains nerfs en auraient six :
le maxillaire inférieur et d'autres nerfs ,. qui excitent les
sensations du goût et les sensations tactiles de la bouche,
24
seraient à la fois conducteurs de ces deux modifications
différentes et des excitations et des incitations qui s'y rap-
portent.
Ce qui distingue surtout les oiseaux de haut vol, c'est
une rétine dont l'épaisseur est au moins triplée par les plis
imbriqués qu'on y remarque (M. Dugez). Comment une
rétine plissée peut-elle recevoir les images de la vue et les
transmettre, et, si elle doit les recevoir, à quoi bon qu'elle
soit plissée?
« Si les états des particules de la rétine n'arrivent à la
sensation, dit Mùller, que dans le cerveau, il faut que le
nerf optique les transmette à cet organe dans le même
ordre que les particules de la membrane observent les
unes par rapport aux autres. A chaque parcelle de la ré-
tine doit correspondre une fibrille des nerfs. L'expérience
ne s'accorde nullement avec celte hypothèse. Si l'on com-
pare l'épaisseur du nerf optique avec l'expansion de la ré-
tine, il paraît y avoir peu d'espoir d'arriver à un semblable
accord, car le nombre des fibres du nerf semble beaucoup
plus petit que celui des papilles de la membrane. »Et, après
plusieurs suppositions, il finit par dire : « Dans l'état pré-
sent de la science, il est totalement impossible de résoudre
cette énigme. »
Plusieurs animaux qu'on a décapités ont donné,par leurs
mouvements, des preuves de sensibilité tactile.
Les nerfs optiques se rendent directement dans les tu-
bercules quadrijumeaux. C'est donc là qu'ils devraient
porter toutes les sensations de la vue. Or, dans ces tuber-
cules, si petits chez l'homme, se rendent encore en partie
le faisceau olivaire* et le processus qui va au corps fes-
* Peut-être la pariie moiricc de la svplièmi' paire.
26
tonné du cervelet. Comment concevoir que ces organes re-
çoivent toutes ces sensations?
Les expériences de MM. Magendie et Desmoulins prou-
vent que la région du quatrième ventricule reçoit les sen-
sations acoustiques, etc., lors même que le cervelet et le
cerveau sont détruits. Ne doit-on pas en conclure qu'aucun
de ces organes ne reçoit ces sensations?
Les nerfs optique, auditif, olfactif et gustatif communi-
quent à la fois avec le cerveau et le cervelet, puisque nous
voyons, entendons, odorons et goûtons plus ou moins dans
le rêve et dans le somnambulisme.,11 faudrait donc qu'ils
eussent la double fonction de transmettre les sensations à
chacun de ces organes.
Il faudrait encore, probablement, que leur nature ne fût
pas la même, puisque leurs fonctions seraient différentes.
Mais l'identité des natures nerveuses est bien vraisem-
blable; car le nerf olfactif deviendra tactile , en tout ou'
en partie, dans l'antenne du crustacé et de l'insecte. Le
nerf optique jouera presque le même rôle chez l'escargot,
la cinquième paire des batraciens servira à la respiration en
se rendant aux organes dévolus, chez eux, à cette fonction
et en s'assimilant très-probablement les éléments de la hui-
tième paire, ou nerf pneumogastrique, qui leur manque en
apparence. Ce dernier nerf est gustatif chez certajns pois-
sons, les cyprins (Desmoulins); il est électromoteur avec la
cinquième paire chez certains autres, la torpille (M. Dugez).
D'où il suivrait que ce serait par l'ensemble des organes,
et non par la spécialité des nerfs, que la lumière détermi-
nerait les sensations de la vue dans l'oeil, le son celles de
l'ouïe dans l'oreille, l'odeur celles de l'odorat dans le nez,
la saveur celles du goût dans la bouche.
Mais ces organes diffèrent l'un de l'autre par la forme
20
qui condense les stimulus, par l'esprit particulier qui les
vivifie et qui n'est, pour ainsi dire, qu'une modification
du stimulus, par les humeurs propres qui contribuent à la
condensation , et peut-être à la dissolution des stimulus
et des esprits, et par le principe d'excitation des stimulus
qui, si nous ne nous trompons, est identique avec le moteur
dans l'oeil et dans la bouche, et avec le tactile dans l'oreille
et dans le nez,
Les images que reçoit l'oeil se peignent, d'après M. Val-
lée, sur la choroïde ou sur le pigment noir et non "sur la
rétine. On sait, dit-il, que les objets dont l'image corres-
pond au trou de la choroïde ne sont pas sentis; or la ré-
tine ne présente pas de lacune en avant de ce trou. [Théo-
rie de l'oeil, 1" livraison, pages 39 et 40.)
Le poli et la régularité de la choroïde sont aussi proba-
blement des motifs de croire que cette membrane est le lieu
des images reçues par le fond de l'oeil. (2e livr., p. 140.)
Donc, d'après cet écrivain » la sensation n'existe pas dans
la rétine.
Enfin il y a des animaux privés d'organes cérébraux qui
cependant ont des sensations. Si nous ne pouvons sentir
longtemps sans ces organes, c'est parce qu'ils disposent de
l'attention.
DEUXIÈME PARTIE.
MECANISME DE LA SENSATION.
DES FACTEURS DE LA SENSATION.
Les sensations ordinaires de la veille demandent le con-
cours des stimulus, des esprits, des fluides nerveux prin-
cipes de l'attention-et des souvenirs, et d'une âme ou prin-
cipe sentant; et celles du sommeil ou de l'aliénation, toutes
celles enfin qui sont privées de stimulus demandent le
concours des esprits, de l'attention et de l'âme.
Pendant la vie, l'âme seule n'a jamais la conscience ni de
sensations, ni d'idées, ni de sentiment, ni de désir, ni de
crainte, ni de volonté, ne sent rien enfin sans le concours
des organes. Toute sensation déjà reçue est plus ou moins
en elle, mais n'y est qu'à l'état latent.
DU STIMULUS.
Le calorique est celui du tact, la lumière celui de la vue,
28
le son celui de l'ouïe, l'odeur celui de l'odorat et la saveur
celui du goût.
Nous devons dire pourquoi nous substituons le calorique
à la résistance : 1° sa trop grande diminution est suivie du
sommeil ou de la mort chez tous les êtres sensibles ; 2° sa
présence à certains degrés donne la vie à toute la nature et
occasionne du plaisir à tous les êtres organisés; 3° sa con-
densation sur la peau y produit de la douleur ; 4° son ab-
sence d'une partie seulement est suivie du même effet : si
l'on manie du mercure gelé, si on applique la langue sur
du fer très-froid, le résultat est le même que si l'on avait
touché, ou avec les doigts ou avec la langue, des charbons
ardents ; en se dégageant précipitamment de ces parties le
calorique y produit le même effet que s'il y était introduit;
5° tous les phénomènes sensitifs qu'occasionne la résistance
peuvent s'expliquer par les mouvements, par les déplace-
ments du calorique qui en proviennent : les maux de dents
sont produits par le froid ou le chaud des aliments ou des
boissons qui en touchent les nerfs ; 6° l'insensibilité tac-
tile est produite par la vaporisation de l'éther sulfurique
qui enlève une grande quantité de calorique aux nerfs sur
lesquels elle s'opère, et qui, par conséquent, les prive de
leur stimulus et, par suite, comme on va le voir, de leur
esprit.
DE L'ESPRIT.
Nous admettons la présence d'un esprit dans les sens,
parce que 1° la sensibilité s'épuise dans un organe, quoique
le stimulus, le fluide nerveux de l'attention ou de l'excitation
propre et le principe sentant n'y soient pas en défaut; on
2Î)
voit celui de la vue briller dans les yeux des animaux qui
voient dans l'obscurité *. 2° Ce remplaçant du stimulus
est manifeste dans les organes de la vue et de l'ouïe, par
la lumière ou par le son, lorsqu'on les frappe ; il se montre
aussi dans les yeux de l'enfant, qui continuent de voir,
pendant quelque temps après qu'ils sont fermés, ce qu'ils
voyaient auparavant, et dans ceux des personnes qui, au
sortir d'un rêve, bien qu'elles soient éveillées, en voient
les images flottant encore devant leurs yeux éclairés, seu-
lement d'une lumière pâle (Mùller) : les sensations que l'é-
lectricité occasionne dans tous les organes des sens y mon-
trent encore la présence des esprits, etc., etc. 3° Les sensa-
tions sont plus vives le matin que le soir, lorsque les organes
sont reposés et ont recouvré les esprits que lorsqu'ils sont
fatigués. On dégage plus facilement la lumière de l'oeil par
la percussion, après qu'immédiatement avant le sommeil ;
les animaux carnassiers, dont les yeux brillent pendant la
nuit, dorment plus le jour que la nuit. 4° Nous comprenons
que l'attention puisseproduireunesensation, si, en l'absence
d'un stimulus, il y a un esprit; mais, s'il n'y a rien, nous
cessons de le comprendre : sans l'esprit, nous ne pouvons
expliquer les sensations des songes ni celles de l'aliénation.
Nous supposons que le calorique, esprit du tact, vienne
du sang, et qu'il en est do même de l'esprit des autres sens ;
celui de chaque sens est de même nature que son stimulus,
mais nous ne les croyons point identiques : l'organisation
change tous les fluides. Enfin nous considérons l'esprit comme
le terme moyen entre le stimulus et l'âme, comme pouvant
* M. Dugez s'est trompé en disant que ce n'était qu'une réflexion de la <
lumière. L'un de nous a vu, dans une nuit obscure, briller les yeux d'un
loup qu'il ne pouvait voir lui-même.
30
recevoir ses formes de l'un ou de l'autre, comme pouvant
s'¬
agir sur l'attention quelquefois plus vivement que le sti-
mulus et malgré le stimulus.
DES PRINCIPES D EXCITATION.
Nous avons deux fluides nerveux , l'un pour les mouve-
ments et, probablement, pour les sens de la vue et du
goût ; l'autre pour les sens du tact et, probablement, pour
ceux de l'ouïe et de l'odorat. Nous supposons que le premier
est analogue au fluide électrique positif et le second au né-
gatif. Nous disons analogue, car ils ne sont pas identiques
(voyez Mùller et M. Dugez). Ces fluides se dirigent vers les
organes cérébraux, vers la peau soit externe, soit interne,
ou vers les sens, et vers les muscles, et nous les appelons
alors principes d'excitation. Ils se dirigent encore des sens
ou des muscles vers les organes cérébraux, pour y détermi
ner des idées de sensation ou de mouvement, qui sont sen-
ties fort légèrement et qui instruisent ces organes des effets
que les premiers ont produits dans les sens ou sur les mus-
cles. Nous appelons ceux-ci fluides d'incitation, pour les
distinguer des autres. Les mouvements de ces fluides sont
simultanés et croisés comme ceux de l'électricité sur les con-
ducteurs d'une pile voltaïque.
La concentration de ces fluides soit par les stimulus,
soit par l'association, soit par le désir, soit par la volonté,
soit par toute autre cause reçoit le nom à'attention.
Au cervelet se rendent les nerfs qui portent l'excitation
tactile dans les organes de la vie extérieure , et ceux qui
portent l'excitation motrice dans les organes de la vie iiifé-
:ll
rieure, ceux, en un mot, qui servent au désir ou au senti-
ment.
Dans le cerveau se rendent les nerfs moteurs de la vo-
lonté.
Cependant nous sommes instruits plus expressément de
nos mouvements de la vie extérieure, ou volontaires, par
les nerfs tactiles que par les nerfs moteurs, parce que nous
ne pouvons mouvoir un membre sans y éprouver des sen-
sations tactiles.
L'excitation des organes des sens vient de ganglions par-
ticuliers; mais elle n'est étrangère ni au cervelet ni au cer-
veau, qui peuvent la déterminer dans les songes et dans
le somnambulisme.
Celle des organes étrangers à tout désir et à toute vo-
lonté provient de ganglions ou de lobes spéciaux ; car le
cervelet et le cerveau sont des organes l'un du désir,
l'autre de la volonté : en sorte qu'un animal qui ne pour-
rait ni désirer ni vouloir serait privé de l'un et de l'autre.
DU PRINCIPE SENTANT OU DE L'AME.
C'est de tous les sujets celui sur lequel il est le plus
facile de s'égarer et qui a déterminé les plus nombreuses
erreurs. On n'a été d'accord ni sur la nature de l'âme : les
uns l'ont crue simple, les autres matérielle; ni sur le
nombre qu'en possède chaque individu : les uns n'en veu-
lent qu'une, d'autres deux, d'autres trois; ni sur le lieu
qu'elle occupe durant la vie : les uns la logent dans la
glande pinéale, d'autres dans le corps calleux , d'autres
dans les organes cérébraux, d'autres dans le coeur, d'autres
32
dans tout le corps, d'autres dans et hors le corps; ni sur
sa durée : les uns la croient immortelle, d'autres pensent
qu'elle peut survivre quelque tempsau corps, d'autres la font
mourir en même temps que le corps ; ni sur son origine : les
uns croient qu'elle a la même que le corps, d'autres que
Dieu la crée lorsque la femme conçoit, d'autres qu'il en a
créé une immense provision et que chaque être organisé
en naissant en reçoit une ; ni sur sa distribution : les uns
ne l'accordent qu'à l'homme, d'autres à l'homme et à la
femme, d'autres à tout le règne animal, d'autres à tous les
corps organisés ; ni sur sa destination : les uns admettent
la métempsycose, d'autres un avenir de bonheur ou de
malheur, etc. Devons-nous espérer de ne pas nous tromper,
et pouvons-nous croire que quelqu'un adoptera notre opi-
nion, si elle diffère de la sienne?
L'un de nous a prouvé ailleurs qu'il ne peut y avoir
qu'une substancegénérale et continue*, que l'espace qu'elle
occupe ne peut être occupé que par elle, et que, puisqu'elle
le prend tout, on doit en conclure qu'elle est tout, et que
ce qui semble étranger à elle n'en est qu'une modalité;
que celte substance est un être simple doué de sensibilité,
d'attraction et de répulsion **, et que la matière n'en était
qu' une modification produite par celte attraction, qui peut,
en la condensant, la rendre capable de résistance et par
* Essai sur la nature des êtres. Cette proposition a été émise avant
lui par un écrivain célèbre ; mais il ne s'en doutait pas, lorsqu'il y a
été amené, malgré lui, par le raisonnement : il ne dit ceci que pour en-
gager le lecteur à ne pas la repousser sans examen.
*" On peut supprimer la répulsion, si l'on suppose que la dilatation
soit naturelle à l'âme, et qu'elle se dilate lorsqu'elle n'en est pas em-
pêchée par l'attraction.
33
laquelle elle peut être combinée avec d'autres condensa-
tions ou moindres ou plus grandes.
D'où il est facile de conclure que, si l'âme, ou une frac-
tion de cette substance à l'état simple, peut, par la conden-
sation et par la composition, se changer en matière , celle-
ci peut, par la décomposition et la dilatation , se changer
en âme, laquelle peut être plus ou moins composée, con-
densée et divisée, sans cesser d'être simple.
L'âme peut perdre plus ou moins de ses qualités en de-
venant composée, ou plutôt ses qualités essentielles peu-
vent devenir latentes en elle par la composition ; mais elle
les recouvre d'autant plus qu'elle devient plus simple :
d'où la possibilité et même la vraisemblance d'une grande
variété parmi les âmes qui sont plus ou moins sensibles,
plus ou moins parfaites.
De même que la chimie prouve que la répulsion peut
être latente dans les corps les plus solides, et l'attraction
dans les fluides les plus subtils, de même la nature montre
que la sensibilité peut l'être dans la matière. L'immatérialité
n'est pas inconciliable avec la forme, l'étendue, la pluralité,
la division, la composition, dès l'instant qu'on suppose la
continuité de tout ce qui est ; mais il serait absurde de dire
que l'âme est simple, qu'elle est limitée et qu'il.y en a
plusieurs, si la matière en était indépendante et isolée, car
l'unité et une étendue infinie sont essentielles à l'être
simple.
L'âme du zoosperme ne peut être aussi grande que celle
de l'adulte; celle du sauvage ne peut avoir la même capa-
cité que celle du plus illustre savant.
Nous ne savons point quel degré de dilatation et de sim-
plicité doit avoir l'âme pour conserver un peu de sensibi-
lité. Celle de l'homme et celle de l'animal n'en ont point
3
Si
assez pour sentir sans stimulation, sans excitation , sans
organes. Peut-être n'y a-t-il que l'âme du monde qui soit
parfaitement simple et point condensée ni composée.
L'âme est-elle plus grande que le corps ? La continuité
de tout ce qui existe et l'invisibilité de l'âme permettent
sur elle toutes les suppositions de faits possibles , et qui
sont nécessaires à l'explication de tous les phénomènes.
Nous ne connaissons pas l'étendue de l'âme. Plusieurs
faits dont les uns ont été observés par nous-mêmes et dont
les autres ont été attestés par des hommes dignes de toute
confiance prouvent qu'elle existe au delà du corps *.
Si l'on n'a su d'où venait l'âme, c'est parce qu'on n'en
a pas eu une idée assez exacte. On s'est arrêté aux fluides
impondérables connus, parce qu'on n'en a pas soupçonné
d'autres moins pondérables encore desquels ils pussent
provenir.
Lezoospermen'a qu'un rudiment d'âme provenant d'une
fusion extraite des âmes de son père et de sa mère et qui se
" Voyez l'Essai sur la nature des êtres.
On peut déduire du passage suivant que M. Cuvier l'a crue plus
grande que le corps. « Il faut avouer qu'il est très-difficile, dans les ex-
périences, , de distinguer l'effet de l'imagination de la personne mise en
expérience d'avec l'effet physique produit par la personne qui agit sur
elle, et le problème se trouve souvent compliqué. Cependant les effets
obtenus sur des personnes dites sans connaissance avant que l'opération
commençât, ceux qui ont eu lieu sur les autres personnes après que l'o-
pération même leur a fait perdre connaissance, et ceux que présentent
les animaux, ne permettent guère de douter que la proximité de deux
corps animés dans certaines positions et avec certains mouvements n'ait
un effet réel, indépendant de toute participation de l'imagination d'un
des deux. Il parait assez clairement aussi que ces effets sont dus à une
communication quelconque qui s'établit entre leurs systèmes nerveux. »
(Cuvier. Anal, comp., tome 3, pages 117 et 118.)
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manifeste dans les sensations qui précèdent, accompagnent
et suivent sa production ; ce rudiment se perfectionne et
grandit par celles qu'il reçoit en se développant.
Il est invraisemblable et même impossible que l'être qui
se continue dans tous les êtres soit séparé de ses premières
productions avec lesquelles il a le plus d'affinité. La com-
munication des âmes avec l'âme du monde est la consé-
quence la plus immédiate de cette théorie ; mais leur forme,
leur étendue, leur nature peuvent être déterminées par
leurs relations avec les esprits et les divers stimulus, par
l'organisation du corps auquel elles sont unies, par le
nombre et la qualité des sensations auxquelles elles sont
soumises, par l'attention qu'elles y donnent, par les asso-
ciations, etc. Enfin une foule de circonstances peuvent dé-
terminer leur étendue, dont le corps ne peut être la limite
pas plus que le soleil n'est celle de la lumière, pas plus
que l'aimant ou la matière n'est celle de l'attraction, et à
laquelle on ne peut opposer un défaut d'espace, car les
âmes, quoique très-grandes, peuvent coexister, dans un
très-petit espace, plus facilement encore que les rayons de
lumière, qui nous donnent la sensation d'un immense
tableau, peuvent coexister dans l'oeil au point de leur en-
tre-croisement. Elles peuvent encore éviter naturellement
la confusion, si elles ne se condensent point, comme l'évite
la lumière qui, partie de points divers, s'entre-croise et
nous porte fidèlement les images des corps qu'elle a ren-
contrés , lors même que ces images ont des directions dia-
métralement opposées.
Il faut que l'image reçue sur l'oeil se dilate par la dé-
composition de la lumière pour produire dans l'âme une
sensation beaucoup plus grande que cette image. Cette di-
latation n'est pas impossible, puisqu'une image bien plus
3(i
grande encore, si nous en croyons le microscope, peut se
condenser dans l'oeil. Mais comment l'âme, si elle n'est
pas plus grande que l'oeil, peut-elle recevoir cette sensa-
tion? C'est assez difficile à comprendre, et l'on est, malgré
soi, induit à conclure qu'elle est aussi grande que l'exige
la sensation qu'elle reçoit.
Supposera-t-on 1° que dans la sensation la lumière se
change en âme et devient sensible comme elle, après quoi
elle se dissipe en partie, tandis que l'autre partie s'unit à
l'âme? Mais alors comment pourra-t-on avoir la mémoire
de toute la sensation ? C'est évidemment impossible. 2° Que
l'âme est susceptible de recevoir des sensations beaucoup
plus grandes qu'elle? C'est encore impossible, car le conte-
nant doit être plus grand que le contenu.
Les parties d'une âme qui a éprouvé une division sont
réellement séparées : l'une ne sent plus les modifications
de l'autre (les polypes, etc.); mais elles se continuent avec
l'être parfaitement simple, dont rien ne peut être séparé.
Celles qui, dans la génération , s'unissent entre elles et
passent dans les zoospermes ont plus ou moins les qualités
des âmes dont elles proviennent.
L'âme, nous le répétons, et nous prions le lecteur de ne
pas l'oublier, peut être considérée, sans de graves erreurs,
comme le plus subtil des fluides, doué de sensibilité, d'at-
traction et de répulsion, pouvant recevoir toutes les formes,
prendre toutes les dimensions, s'assimiler les stimulus arri-
vés à peu près, par la décomposition, à l'état simple,suscep-
tible, par cette assimilation, d'accroissement, de diminution,
de saturation, de changement, et presque analogue, par sa
simplicité, à l'espace quin'est que la mesure de l'étendue
de l'âme du monde.
3T
LES STIMULUS ET LES ESPRITS SONT DECOMPOSES PAR
L'EXCITATION.
L'odeur dont le nez a été frappé ne reste pas dans sa
mucosité. Cependant les odeurs s'attachent à tous les corps
qu'elles touchent.
Le même homme n'est pas toujours modifié de la même
manière par les divers stimulus. Nous ne sentons pas tous
également ni les couleurs, ni les tons, ni les odeurs, ni les
saveurs. Le rouge fait peu d'impression sur l'un de nous. Il
y a des hommes qui distinguent à peine les couleurs. «Nos
plus touchantes musiques ne sont qu'un vain bruit à l'o-
reille d'un Caraïbe. » (J. J. Rousseau.) Tel animal fait ses
délices des odeurs les plus désagréables à l'homme ; telle
saveur déplaît beaucoup à l'un qui plaît à l'autre, etc. Les
anciens recherchaient l'assa foetida dont nous redoutons et
la saveur et l'odeur.
Les sensations comparées chez les hommes et chez les
animaux offrent encore de grandes différences ; d'où nous
concluons que le stimulus est décomposé et quelquefois
inégalement par l'excitation ou l'attention. On a remarqué
que l'électricité exerçait une action particulière sur tous
les sens (Muller).
Nous exceptons cependant de cette décomposition le ca-
lorique, que nous ne pouvons confondre avec la lumière,
parce qu'il y a beaucoup de lumière sans chaleur et beau-
coup de chaleur sans lumière, parce que la lumière se pro-
page bien plus promptement que la chaleur, parce que le
calorique traverse tous les corps et que la lumière ne passe
qu'au travers des corps transparents, parce que le calorique

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