Pièces sur les grands événements arrivés en France, depuis 1813 jusqu'à l'époque de l'abdication de Napoléon Buonaparte et le retour de la famille des Bourbons...

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Desauges (Paris). 1814. France (1804-1814, Empire). 120 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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PIÈCES
SUR LES GRANDS ÉVÉNEMENS
-
ARRIVES EN FRANCE,
DEPUIS I8I3 JUSQU'À L'ÉPOQUÊ DE L'ABDICATION DE
'NAPOLÉON BUONAPARTE, ET LE RETOUR DE LA
FAMILLE DES BOURBONS.
PIÈCES
S#à-€^S GRANDS ÉVÉNËMENS ,
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- ',- IVES EN FRANCE,
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,j»efihs i8i3 JUSQU'A L'ÉPOQUE DE L'ABDICATION du
*'NAPOLj:Ojr BUONAPARTE, ET LE RETOUR DE LA
„ FAMILLE DES BOURBONS;
CONTENANT:
Lettre amicale du Prince Royal de Suède à Buonaparte. — Déclarations ,
Manifestes et Proclamations des Puissances alliées. — Rappbrt de la
Commission du Corps Législatif, relativement à la communication des
pièces diplomatiques. - Réponse singulière et originale de Buonaparte.
-Proclamations de Louis XVIII, de Monsieur, trère du Roi, du
duc d'AngouIèuie , des Généraux des Puissances alliées. — Proclamation
du Général Moreau. — Lettre sublime de l'Empereur Alexandre à
madame Moreau après la mort de son mari sur le champ de bataille.—-
Proclamation du Maire de Bordeaux entrée dans cette ville du duc
d'Angoulème. — Entrée de l'Armée aHee à Paris. -*— Proclamations de
l'Empereur Alexandre et du Roi de Prusse. -Actes et magnanimités
de ces Souverains en faveur des Français. — Belle conduite de l'Armée
alliée dans la Capitale. - Lettre paternelle de Louis XVIII pour les
prisonniers français. - Nomination par le Sénat d'un Gouvernement
provisoire. — Proclamation éloquente du Conseil général du Département
de Paris contre Buonaparte. — Déchéance de Buonaparte — Adresse du
Gouvernement provisoire au peuple français. - Nouvelle Constitution.
- Abdication de Napoléon aux trônes de France et d'Italie. - Entrée-
victorieuse dans Paris de Monsieur, frère du Roi, etc., etc., etc.
A PARIS,
Au Bureau du Lavater, rue des Marais, faubourg Saint-Germain, n° 18.
Chez
A. G. DEBRAY , Libraire, rue Saint-Nicaise, n° i.
DESAUGES, Libraire, rue Jacob, au coia de celle S.-Benoit-
A'Wi'WWVWl'WV*
i 8 i, 4.
1
AVIS.
LES Pièces qui ont préparé et suivi la
journée du 29 mars jusqu'au moment de
l'abdication de Napoléon sont d'un si
grand intérêt, qu'il importe pour l'histoire
de les recueillir. Plusieurs de ces pièces ont
été publiées ; imprimées séparément et à
la hâte, la plupart d'elles fourmillent de
fautes et d'inexactitudes. Nous nous em-
pressons de les donner dans leur exacte
authenticité, sans aucune espèce d'obser-
vations et de réflexions. Cette première
livraison contient jusqu'au 11 avril, époque
de l'abdication de Buonaparte, les actes
des Souverains alliés , actes remarquables
par la pureté des intentions pacifiques en
faveur des Français, et par la sévère dis-
(6)
cipline qui règne dans leurs armées. Nous
terminons par l'entrée triomphante dans
Paris de Monsieur, frère du Roi, de Sa
Majesté l'Empereur d'Autriche, de S. A.
le Prince Royal de Suède, etc. La deuxième
livraison contiendra les diverses opinions
extraites des journaux, chansons, poésies,
anecdotes, etc.
Ce recueil peut faire suite à celui publié
-
par Frédéric Schoell, qui contient des
Pièces diplomatiques.
PIÈCES
SUR LES GRANDS ÉVÉNEMENS
ARRIVÉS EN FRANCE,
DEPUIS 1 8 1 3 JUS QU'A L'ÉPOQUE DE L'ABDICATION
DE NAPOLÉON BUONAPARTE, ET LE RETOUR DE
LA FAMILLE DES BOURBONS.
Lettre du Prince de Suède à S. M. l'Empereur
Napoléon.
23 mars i8i5.
SIRE-,
Aussi long-temps que V. M- a agi contre moi, soit
(directement, soit indirectement, il ne m'appartenoit pas
de me conduire autrement que par le silence.
Mais aujourd'hui que le duc de Bassano cherche à
mettre la discorde dans la cour de Suède, comme vous
l'avez fait entre le roi d'Espagne et son fils, et que le
projet du duc de Bassano résulta évidemment de l'écrit
qu'il a adressé à M. d'Hosson, je dois m'adresser direc-
tement à vous, et rappeler à votre souvenir la conduite
franche et loyale qu'a tenue la Suède dans les moment
les plus critiques.
Lorsque M. de Signeul se présenta de la part de V. M.,
(8)
le Roi lui fit répondre qu'il ne devoit pas compter sur
votre amitié , attendu que la Suède est certaine que
c'est à vous seul à qui elle doit la perte de la Finlande.
Pour la faire revenir de cette prévention bien fondée,
prêtez lui vos secours pour obtenir la possession de la
Norwège et l'indemniser des pertes que votre politique
lui a fait éprouver. Quant à ce qui est marqué dans l'écrit
du duc de Bassano relativement à la prise de la Pomé-
ranie et la conduite du Cap Français, le fait fait la
réponse; et, d'après le rapprochement de ces époques, on
conclura facilement qui avoit raison, ou Y. M., ou. la
régence suédoise. Cent vaisseaux suédois étoient pris par
les Anglais, et plus de deux mille marins gémissoient
dans les fers , lorsque la régence se vit dans la nécessité de
s'emparer du bâtiment franc, sous pavillon français, qui
pénétra dans nos ports pour s'emparer de nos bâtimens
et se jouer de notre confiance. Le duc de Bassano dit que
V. M. n'a pas occasioné la guerre avec la Russie, et ce -
pendant, Sire, V. M. à la tête de plus de quatre cents
mille hommes a passé le Niémen.
Au moment que V. M. pénétra daus l'intérieur de
l'empire , on ne pouvoit plus douter du résultat.
L'Empereur Alexandre et le Roi virent depuis le mois
d'août l'inconcevable suite de cet événement, et, d'après
tous les calculs militaires, il paroissoit sûr que V. 'M.
seroit faite prisonnière: vous ave? échappé, Sire, à cet
extrême danger ; mais votre armée, la fleur de la France,
de l'Allemagne et de l'Italie a cessé ; là sont restés
les braves, sans les honneurs de la sépulture, ceux qui
ont sauvé la France à la bataille de Fleurus, ces soldats
français qui ont vaincu eu Italie, résisté au ciel brûlant
de l'Egypte, et qui à Marengo , à Austerlitz , à léna , à
( 9 )
Halle, à Lubeck, à Friedland et à tant d'autres endroits
ont enchaîné la victoire à leurs drapeaux.
Puisse vôtre cœur être sensible à ce tableau déchirant !
et de plus, s'il est encore besoin , pour l'émouvoir com-
plètement , de penser à la mort de plus d'un million de
Français, qui sur le champ d'honneur sont tombés vic-
times des guerres que Y. M. a entreprises.
V. M. réclame ses droits sur l'amitié du Roi. Que V. M.
me permette de lui rappeler le peu de cas, le peu de
valeur qu'elle mit à cette amitié, au moment où une
amitié réciproque, pour la Suède lui auroit été si fa-
vorable.
Lorsque le Roi, après la prise de la Finlande, écrivit à
V. M. et la pria de s'intéresser pour que la Suède conser-
vât les îles A. L. A. C. U. N. Dischaen, elle répondit :
Adressez-vous à l'Empereur Alexandre , il est grand et
généreux; et pour compléter la mesure de votre indiffé-
rence, vous imprimez au même départ, dans un journal
du gouvernement, Moniteur 21 septembre 1810, n° 264:
Il se trouve dans ce royaume une anarchie, pendant la-
quelle les Anglais font le commerce impunément.
Le Roi se sépara de la coalition de 1792, parce que la
coalition avoit pour but de partager la France, parce
qu'il ne vouloit pas contribuer au -morcellement d'une
si belle monarchie ; il fut porté à cette détermination
louable de sa politique, tant à cause de son attachement
pour le peuple français, que par le soin de cicatriser les
plaies de ce royaume.
Cette sage et vertueuse conduite basée sur ce que cha-
que nation a le droit de se gouverner d'après ses propres
lois, usages et volontés. Cette conduite est précisément
( 10 )
celle qu'il prend aujourd'hui pour principe, pour Basf.
Votre système, Sire, est d'empêcher Fextension, outéten-
due du droit que les nations ont reçu de la nature, le droit
de commercer, de s'entr'aider} de vivre en paix ensemble.
L'existence de la Suède est cependant attachée à son
commerce du dehors, sans quoi elle ne sauroit se suffire.
Pendant quatre mois V. M. a pu rejeter la faute sur ses
généraux, de ce qu'on a désarmé les troupes suédoises en
Poméranie, de ce qu'on les a conduites prisonnières de
guerre en France ; mais elle ne nous pourroit pas donner
un prétexte aussi facilement de ce que V. M. n'a jamais
voulu prononcer sur les décisions de son conseil des prises,
et qu'elle a fait des exceptions particulières, au détriment
ue la Suède ; au reste, Sire, personne ne se laissera induire
en erreur sur les actions commises par vos généraux.
L'ordre du ministre des relations extérieures et la ré-
ponse de M. Cabre, 4 janvier 1812, vous prouveront que
S. M. Suédoise avoit prévenu votre demande, en mettant
en liberté tous les hommes pris sur le Câpre, qui avoit été
capturé dans ce temps-la ; déjà la régence avoit été si pré-
voyante, qu'elle a même renvoyé des Portugais, des Algé-
riens et des Nègres qui avoient été pris sur le Câpre, et
qui s'étoient donnés pour des sujets de V. M.; mais rien
alors ne devoit empêcher que V. M. ne donnât l'ordre de
renvoyer les officiers et les soldats suédois, et pourtant ils
gémissoient encore dans vos fers. Quant à ce qui regarde
la menace dans l'écrit du duc de Bassano, relativement
aux quarante mille hommes que V. M. promit de donner
au Roi de Danemarck, je crois qu'il n'est pas nécessaire
d'entrer en explication particulière, d'autant plus que je
doute que le Roi de Danemarck puisse profiter de ce
recours.
( Il )
S'il s'agit de mon ambition, je conçois qu'elle est très-
grande.
J'ai l'ambition de servir la cause de l'humanité, et d'as-
surer l'indépendance des presqu'îles scandinaves.
Pour parvenir à ce but, je m'appuie sur la justice de la
cause que le Roi m'a ordonné de défendre, sur la persé-
vérance de la nation et sur la probité de la coalition.
De quelque manière que vous vous décidiez, pour la
paix ou pour la guerre, je ne cesserai pas de conserver
pour V. M. les sentimens d'un ancien frère d'armes.
Proclamation du Prince RoyaWde Suède avant
d'entrer en Allemagne.
lorsque la nation suédoise, l'une des plus anciennes
et des plus respectables de l'Europe, m'assura l'expecta-
tive immédiate à la gestion de ses affaires publiques et la
succession au trône, je renonçai à une première patrie
pour me vouer de toute mon âme à une patrie nouvelle
que je trouvai sur les bords de la mer Baltique. Je re-
connus dès ce moment et franchement tout Suédois
comme étant de ma famille, et je me convainquis que ce
n'étoit qu'en assurant le bonheur des Suédois que je
pourrois répondre à une si haute vocation.
Ce n'est point par une volonté arbitraire ni pour céder
à des suggestions étrangères que Sa Majesté m'a ordonné
de mettre sur pied de guerre les armées de l'empire
suédois pour combattre , s'il est nécessaire, l'ennemi
commun du nord de l'Europe.
Lorsque je me mets à la tête des braves Suédois pour,
( 12 )
de concert avec la Russie, guérir les plaies qu'une guerre
précédente a causées au bien-être de la Suède, la France
ne peut pas me nommer parjure; car c'est du consente-
ment de son chef que j'embrasse les intérêts d'un peuple
auquel sa situation politique ne permet pas d'être l'ennemi
des grandes puissances maritimes de l'Europe. Bien plus,
une alliance avec les habitans de l'Europe méridionale
n'assureroit pas l'existence politique de la nation suédoise;
car connoissant à fond les projets de l'homme le plus
ambitieux et le plus glorieux de notre temps, je puis
assurer mes compatriotes et lçs habitans du Nord que,
pendant que j'étois à ses côtés et que je combattis sous
ses ordres, j'ai acquis la pleine conviction qu'aucune con-
sidération amicale Il peut mettre des Jiornes à ses pré-
tentions , mais que la force seule peu\ l'y contraindre.
Manifeste de S. M. l'Empereur d'Autriche,
Roi de Hongrie et de Bohême.
LA. monarchie autrichienne se trouva engagée par sa
situation, par ses alliances multipliées avec d'autres puis-
sances, par son importance dans l'alliance des états d'Eu-
rope , dans une grande partie des guerres qui, depuis
vingt ans, ont dévasté cette partie du globe.
Dans tout le cours de ces guerres difficiles, ce fut tou-
jours la même base politique qui régla les pas de
S. M. l'Empereur. Par inclination, par le sentiment
de son devoir, par amour pour ses peuples, toujours
portée à la paix, et n'écoutant aucune idée de s'agran-
dir, S. M. n'a jamais pris les armes que quand la néces-
sité de se défendre immédiatement, ou la conservation
des états voisins, ou le danger de voir s'écrouler tout
(i3)
le système social de l'Europe par des changemens arbi-
traires , ont pu l'y contraindre. S. M. a souhaité do
vivre et de régner pour la justice et pour l'ordre. Pour
la justice et pour l'ordre seul l'Autriche a combattu. Si
dans ces combats, souvent malheureux, la monarchie
reçut de profondes blessures, S. M. eut la consolation
que le sort de son empire ne fut point exposé à des
entreprises inutiles ou haineuses, et que chacune de ses
révolutions est justifiée devant Dieu, devant son peuple,
comme elle l'est par les contemporains, et comme elle le
sera par la postérité.
Ltl guerre de 1809, malgré de bons et de grands prépa-
ratifs, auroit fait périr l'état, si la bravoure extraordi-
naire des armées, si l'esprit de fidélité et d'attachement à
la patrie qui animoit toutes les classes de la monarchie,
ne l'avoient emporté sur une destinée ennemie.
La doctrine nationale et l'ancienne gloire des armes se
soutenoient au milieu des contrariétés de cette guerre ;
mais de précieuses provinces furent perdues, et, par
l'union des côtes de la mer Adriatique, l'Autriche fut
privée de sa part au commerce maritime, l'une des bran-
ches alimentaires de son industrie ; ce coup auroit été
bien plus profondément senti, si en même temps le sys-
tème nuisible qui embrassoit tout le continent, n'eût pas
cerné tous les débouchés du commerce et rompu généra-
lement les communications de peuple à peuple.
La marche et les résultats de cette guerre ont donné à
S. M. la pleine conviction que les tentatives et les effets
partiels des états ne peuvent absolument sauver l'ancien
système politique de l'Europe, si profondément ébranlé, et
que même, loin de porter remède à la misère générale,
ces tentatives, ces efforts l'avoient accéléré , et tendoient
( 14 )
même à l'anéantissement de tout espoir d'un avenir plus
heureux.
Guidée par cette conviction, S. M. reconnut l'avan-
tage essentiel qui résultoit d'une paix certaine pour plu-
sieurs années, en ce que cette paix arrêteront efficacement
les progrès d'un torrent toujours plus dévastateur,
S. M. vit que cette paix seule rendrait à la monarchie le
calme nécessaire pour améliorer ses finances et l'état de
ses armées, qu'en même temps elle dtfnneroit aux état&
voisins un repos, durant lequel leur prudence et leur
activité prépareroient de plus heureux jours.
Une telle paix dans ces temps oragetix ae pouvoit être
atteinte que par une résolution aussi grande que magna-
nime. S. M. le sentit ; elle prit cette résolution pour
l'intérêt de l'humanité, pour servir de rempart contre
les malheurs imprévus ; et pour donnef une garantie d'un
meilleur ordre de choses, 3. M. donna ce qu'elle avoit de
plus cher à son cœur.
Dans ce dessein, s'élefvant au-dessus des préjugés, un
noeud fut formé ; ce nœud y dans les circonstances désas-
treuses d'un combat inégial, donnoit à lâ phrtie la plu9
foible et la plus souffrante un gage de son rétablisse-
ment , il ramenoit le plus fort et le vainqueur aux senti-
mens de modération et de justice ; et de cette manière
-il rétablissoit l'équilibre des forces, sans lequel les états
ne peuvent échapper à une misère généfralé. L'Empereur,
en formant ce nœud, étoit d'autant plus a-utorisé à en
attendre un heureux résultat, que Napoléon étoit lui-
même à ce point de sa carrière oà il pouvoit bien plutôt
désirer de conserver ce qu'il avoit acquis que de faire
de nouvelles conquêtes. Chaque pas au-delà d'une domi-
nation déjà trop étendue fut pour la France , accablée
( 15 )
du poids de ses conquêtes, un- danger imminent de nuire
à ses propres intérêts ; sa sqpirité dimiriuoit en proportion
de son agrandissement.
Aux yeux de l'univers comme à ceux de la nation fran-
çaise , l'alliance de Napoléon à la plus ancienne famille
impériale de la chrétienté çLfferraissoit tellement et
fortifioit le colosse de sa grandeur, que tout plan d'aug-
mentation ne pouvoit que lui devenir nuisible.
Ce que la France, ce que l'Europe, ce que tant de na-
tions subjuguées implorèrent du ciel, une sage politique le
prescrivoit au dominateur couronné de gloire et de triom-
phe, comme une loi pour sa conservation.
Il étoit permis de croire que tant et de si grands motifs
réunis triompheroient de l'avidité d'un seul, et si de si
telles espérances sont déçues, l'Autriche ne peut s'en
faire aucun reproche.
Après nombre d'années en d'inutiles tentatives , après
des sacrifices inconcevables , et de tout genre, il y avoit
assez de motifs pour encourager un essai de confiance
qui ramenoit le bonheur là où les flots de sang et les
pertes ne cessoient de s'accumuler; S. M. ne regretta
jamais d'avoir pris ce moyen.
L'an 1810 étant à peine écoulé, la guerre continuoit à
ravager l'Espagne; les troupes d'Allemagne avoient à
peine le temps de reprendre haleine, que Napoléon réso-
lut, dans une heure malheureuse, de -réunir un circuit
ponsidérable des pays du nord de l'Allemagne à la masse
de pays qui porte le nom d'empire français T et de priver
les anciennes villes anséatiques, Hambourg, Brême et
Lubeck, de leur existence politique, et peu après de leur
commerce, dernier moyen de leur subsistance.
Cet empiètement se fit sans apparence de justice, au
( 16 )
mépris des formes d'usage, sans déclaration ni pour-
parler avec: aucun cabinet, et sous le prétexte arbitraire
et futile de la guerre avec l'Angleterre.
Aussitôt que ce système cruel fut exécuté avec une
sévérité inexorable, au prix de l'indépendance, du bien-
être; des droits et des dignités des propriétés publiques
et privées de tous les états du continent, il dut anéantir
le commerce du monde, par la vaine espérance d'ex-
torquer un résultat qui ne pouvoit être atteint avec suc-
cès , qui auroit plongé pour long-temps l'Europe dans la
pauvreté, la foiblesse et la barbarie.
L'ordre qui érigeoit une nouvelle domination française
sous le titre d'une trente^ deuxième division militaire, sur
les côtes d'Allemagne, étoit en lui-même assez inquiétant
pour tous les états voisins ; il le devint bien plus encore ,
comme présage visible de plus grands périls à l'avenir.
Par cet ordre, -on vit franchir et dépasser le système
des frontières, appelées naturelles, de l'empire français;
et ainsi ce que Napoléon lui-même avoit créé fut anéanti,
sans aucunes justifications, ni déclarations préalables, et
par un acte arbitraire sans exemple.
Ni les princes de la confédération du Rhin, ni le
royaume de Westphalie, ni aucun grand ni petit état
quelconque- qui se trouve sur le chemin ne furent ména-
gés dans cette formidable usurpation.
Les frontières dessinées à l'aveuglette, sans règle et
sans plan, comme sans égard aux anciennes et nouvelles
conditions, coupèrent obliquement la communication
des pays du milieu et du sud de l'Allemagne avec la
mer du nord, dépassèrent l'Elbe, séparèrent le Da-
nemarek de l'Allemagne , occupèrent la mer Baltique,
( i7 )
2
et parurent s'étendre sur la ligne des forteresses prus-
siennes de rOder.
Et pourtant toute cette occupation, qui blessoit par
son injustice les droits, les propriétés, et toutes les dé-
marcations géographiques, politiques et militaires , eut
si peu l'empreinte d'un ensemble complet et déterminé,
que l'on fut obligé de ne la regarder que comme intro-
duction à de plus grandes usurpations. La moitié de
l'Allemagne devenoit par cette usurpation une province
française 7 et Napoléon le seul souverain du continent
par cette extension forcée de l'empire français. La Russie
et la Prusse se sentoient en danger; la monarchie prus-
sienne, environnée de tous côtés, n'avoit plus de mouve-
mens libres ; et privée des moyens de recueillir de nou-
velles forces , elle parut s'approcher à grands pas de sa
dissolution entière. La Russie, par le changement vo-
lontaire de la ville de Dantzick (déclarée libre dans la
paix de Tibiu), la voyant devenir une place d'armes
française, et une bonne partie de la Pologne se changer
en provinpe de l'empire français , ne put se faire illusion
sur le danger .éminent de ses possessions allemandes et
polonaises; dès ce moment. la,rupture fut comme dé-
cidée entre la France et., la jRussie ; ce n'est pas sans
crainte que.l'Autriche observe ces nuages, avant-coureurs
déjà tempête.
Le théâtre des hostilités touchoi^^ toutes ces provin-
ces dont l'état de défense étoit extrêmement imparfait ,
puisque la réforme nécessaire de ses finances et Iréta-
blissement de ses moyens militaires étoient arrêtés. Consi-
déré sous un point de vue , plus sévèrement approfondi,
le choc dont la Russie fut menacée en devint plus alar-
( >8 )
-mant. S. M. offrit -tout ce que l'amitié pouvoit suggérer
pour arrêter cette tempête.
On ne pouvoit prévoir si prochaine l'époque où les pas
xle Napoléon sont devenus plus dangereux pour lui que
pour ses adversaires; mais l'événement étoit déjà décidé
au conseil de la Providence*
Comme l'ouverture de la guerre étoit indubitable,
S. M. fut obligée de penser à des mesures telles -qu'il le
falloit, dans une position si périlleuse , pour unir sa pro-
pre sûreté avec l'intérêt des états voisins. Le système
d'une inaction sans arme, unique manière de neutra-
liser , que Napoléon avoit accordée par ses déclarations,
étoit impraticable , d'après tous les principes d'une saine
politique ; ce, système ne fut enfin qu'un foible essai
d'éluder la difficulté de sa propre solution. Une puissance
aussi prépondérante que celle de l'Autriche n'osoit re-
noncer ii la participation des affaires de l'Europe, ni se
mettre dans une position où elle auroit dû perdre sa
voix et son influence dans les grandes délibérations de
la paix et de la guerre, sans gagner elle-même une ga-
rantie pour la sûreté de ses propres frontières. Se pré-
parer à la guerre contre la France eût été un pas aussi
juste que prudent dans les circonstances d'alors, mais
Napoléon n'avoit donné à S. M. l'empereur d'Autriche
aucun sujet d'hostilités, et la perspective- de pouvoir
atteindre un but ^Phfeisant n'avoit pas tout-a-fait dis-
paru- mais dans ces circonstances une telle résolution
auroit eu pour suite que les pays autrichiens seroient
devenus le principal théâtre d'une guerre qui, par le peu
de moyens de défense de ses localités, auroit en peu de
temps bouleversé la monarchie.
( 19 )
Dans cette pénible situation, il ne resta d'autres rêsa
sources à S. M. que de se porter sur le champ de bataillé
du côté de la France. Quant à la France (à prendre dans
le véritable sens d'un parti), S. M. auroit été en con-
» tradiction, non-seulement avec les devoirs} et les prin-
cipes de l'empereur, mais même avec les déclarations
itératives de son cabinet, qui avoit entièrement improuvé
cette guerre.
S. M., en signant le traité du 14 mars 1812, partit de
deux points de vue fixe ; le premier fut tel que les ter-
mes du traité, àe ne se négliger ou de ne se désister
d'aucun moyen par lequel on pourroit tôt ou tard ef-
fectuer la paix; l'autre fut de gagner une position inté-
rieure et extérieure, telle qu'en cas d'impossibilité de paix
l'Autriche pût agir avec indépendance, conformément
à ce que lui prescrit une sage politique.
Pour cet effet il ne fut destiné qu'une médiocre portion
de l'armée pour coopérer à la guerre. Les autres forces
restèrent séparées de toute communication avec elle ;
et, par une espèce de tacite convenance, les possessions
de l'Autriche furent considérées comme neutres.
L'expédition de 1812 démontra par un exemple frap-
pant comment une entreprise à pas de géant, dans les
mains d'un capitaine du premier mérite, peut échouer,
lorsqu'il veut affronter les obstacles prescrits par la na-
ture comme des limites, et que dans le sentiment de ses
talens militaires il ne tient aucun compte df s difficultés
insurmontables. Une illusion d'avidité de grandeur et de
gloire attira Napoléon dans les profondeurs de l'empire
russe, et une fausse politique le portoit à croire qu'il dic-
teroit la paix dans Moscou, qu'il mutileroit la puissance
russe pour un demi-siècle, et qu'il retourneroit alors
( 20 )
Victorieux. Comme la noble contenance de l'empereur
de Russie, les glorieuses actions de ses guerriers et la
fidélité incorruptible de ses peuples dissipèrent l'illusion
de ce songe, il fut trop tard pour le regretter impuné-
ment ; toute l'arînéè française fut dispersée et anéantie;
en moins de quatre mois on vit le théâtre de la guerre,
auparavant fixé sur le Dnieper et la Dwina, transporté
Sur l'Oder et sur l'Elbe.
Ce rapide échange de bonheur étoit le présage d'une
révolution importante dans la politique générale de l'Eu-
rope ; l'alliance entre la Russie, la Grande-Bretagne et la
Suède, offroit à tous les états voisins un nouveau plan de
ralliement. La Prusse enflammée de la nouvelle résolution
de tout hasarder, même le danger d'une mort politique
immédiate , qu'elle préféroit à son état de langueur dans
de terribles oppressions, saisit l'heureux moment pour
passer du côté des alliés. Plusieurs grands et petits
princes d'Allemagne furent prêts à en faire autant; par-
tout les vœux impatiens des peuples se portèrent vers la
marche régulière de leur régent.
De tous côtés on demanda l'indépendance sous des lois
appropriées à la nation, et le sentiment de l'honneur na-
tional blessé enflamma le courroux d'unç puissance étran-
gère,
S. M. l'Empereur, trop prévoyant sur les excès d'une-
pareille tendance, n'envisagea que de pouvoir détourner t
par des mesures bien, combinées, ce terrible fléau des
limites générales de l'E urope.
Déjà depuis-,le commencement de décembre le cabinet
d'Autriche fit des avances pour porter îfopolçon à une
politique conciliante et pacifique, aussi désirable pour le
biçn (Je l'univers que pour le propre intérêt de la France.
( 21 )
Ces vues furent renouvelées et raffermies de temps en
temps : on se flattoit que l'impression du malheur qu'on
avoit souffert, la pensée du sacrifice infructueux d'une
armée immense , les moyens forcés pour la réparation de
la perte soufferte , la profonde répugnance de la nation
française pour le climat de la Russie , et son sort compro-
mis dans une guerre qui, sans perspective de dédomma-
gement, absorbe ses moyens, qu'enfin une mûre délibé-
ration sur l'incertitude de l'issue de cette nouvelle crise ,
pouvoient engager Napoléon à donner accès aux représen-
tations de l'empereur d'Autriche. Le ton dans lequel ces
représentations furent portées fut soigneusement ana,
logue aux circonstances; on n'y ménagea ni prières, ni
soins ; et partant de source aussi pure, on étoit bien loin
de s'attendre à un refus de sa part: au lieu de parler dans
des termes modérés qui auroient pu apaiser la douleur
générale, il fut annoncé, par les autorités dans toute la
France, que Napoléon ne vouloit écouter aucune propo-
sition de paix qui plÎt entamer l'intégrité de l'empire
français, dans ce sens même de ce mot, ni de détacher
aucune des provinces incorporées audit empire français.
En même temps il fut fait mention de telles conditions
éventuelles, tantôt avec un accès menaçant, tantôt avec
un méptis dédaigneux, comme si l'on n'avoit pu faire
comprendre assez combien Napoléon étoit résolu de
ne faire aucun sacrifice au repos du monde.
Ces hostiles manifestations avoient pour l'Autriche en-
core l'inconvénient particulier et mortifiant de répandre
un faux jour sur les propositions de paix que ce cabinet
avoit fait passer au sein de la France et à d'autres cours.
Les souverains alliés contre la France opposèrent à la
.Wfl&diption autrichienne, pour toute réponse, la déclara-
( 12 )
tion générale de Napoléon. Lorsqu'au mois de mars S. M.
avoit envoyé un ambassadeur à-Londres pour inviter l'An-
gleterre à participer au traité de paix, le ministre bri-
tannique répondit qu'il ne pouvoit croire que l'Autriche
pût donner entrée à des espérances de paix, puisque dans
cet intervalle Napoléon manifeste des sentimens qui ne
peuvent conduire qu'à éterniser la guerre. -
Cette assertion dut être d'autant plus douloureuse à
S. M., qu'elle étoit juste et bien fondée ; néanmoins l'Au-
triche continua de représenter à Napoléon la nécessité de
la paix, guidée à chaque pas par le principe que l'équilibre
et l'ordre de l'Europe ont été bouleversés par l'accroisse-
ment et l'immensité de la puissance de la France, et que
_cëtte puissance,, si elle n'est contenue, sera un obstacle à
la paix.
En même temps S. M. a pris toutes les mesures exigi-
bles pour rendre son armée formidable et pour la concen-
trer. L'empereur sentoit que l'Autriche devoit être prête
à la guerre, lorsque les propositions de paix pouvoient
n'avoir pas d'effet; au reste, S. M. ne s'étoit pas depuis
long-temps dissimulé que le cas d'une participation im- -
médiate à la guerre pouvoit devenir un objet de son atten-
tion , et que l'état actuel des choses ne pouvoit durer.
L'empereur , convaincu enfin ( et sa conviction fut le
mobile de toutes ses démarches) que chaque essai pour
parvenir à la paix venoit à échoir dans le premier mo-
ment, cette conviction acquéroil de nouvelles forces, et
bientôt l'événement le justifia.
Il fallut opter entre la guerre et des ti ailés.
Napoléon avoit non-seulement prévu les préparatifs de
la guerre, mais il les avoit regardés même comme néces-
(25)
saives, et dans plus d'une occasion il les a expressément
justifiés ; il avoit assez de raisons de croire que S. M. l'Em-
pereur dans un moment si déoisif pour le sort du monde
mettroit toute considératiqp personnelle de côté , et n'au-
roit en vue que le bien de la monarchie autrichienne,
celui dis états environnans, et ne concluroit rien que ce „
dont ces grands motifs lui imposeroient le devoir. Le ca-
binet autrichien ne s'étoit jamais expliqué de manière
qu'on pût prêter un autre sens à ces desseins.
Cependant du côté de la France on ne reconnut pas
moins que la médiation autrichienne ne pourroit être
quJarmée ; on avoit plus d'une fois déclaré que l'Autriche;
dans cette circonstance, ne se tiendroit plus dans un rôle
inactif et séparée, mais qu'elle déploieroit de grandes
forces sur le théâtre de la guerre, afin d'en décider elle-
même l'issue; ce que le gouvernement français put espé-
rer de l'Autriche dans cet aveu, étoit la justification pré-
liminaire de la démarche entière de S. M. autrichienne.
Jusqu'à ce point les circonstances ne s'étoienl point
développées lorsque Napoléon quitta Paris pour mettre
un frein aux progrès des armées alliées , les ennemis
avoient eux-mêmes rendu hommage à la valeur des troupes
russes et prussiennes dans les combats sanglans du mois
de mai; et malgré que l'issue de cette première période -
de la guerre leur fût défavorable, c'est la supériorité du
nombre, c'est le génie du général reconnu par l'univcrs,
et ses combinaisons politiques, qui ont servi de bases à ses
victoires.
C'est pour attendre l'événement que l'armistice .fut ac- -
cordé ; Napoléon avoit fait connoître au commencement
d'avril à la cour d'Autriche qu'il regardoit la dissolution
de l'empire prussien comme une suite naturelle de sa
( 2 Í )
trahison envers la France, et comme un motif de conti-
nuer la guerre; que dans ce moment il ne dépendroit que
de l'Autriche d'unir les plus belles provinces de la Prusse
à ses états. Cette ouverture indiquoit assez clairement
qu'il falloit essayer tous les moyens d'asservir la Prusse ,
puisque ce grand but ne pouvoit être atteint par une paix
juste; la Russie et la Prusse durent alors être soutenues
par une coopération efficace.
Dans ce point de vue qui ne pouvoit plus faire illusion
à la France, l'empereur continua les préparatifs de guerre
avec une activité infatigable, et dans les premiers jours
de juin il abandonna sa résidence pour travailler avec
plus d'efficacité, soit à un traité de paix (objet de tous
ses désirs), soit aux préparatifs de guerre, s'il devenoit
impossible de pacifier.
Peu auparavant l'empereur fit annoncer qu'il avoit pro-
posé un congrès à Prague, dans lequel se réuniroient les
plénipotentiaires de la France, ceux des Etats-Unis d'A-
mérique septentrionale, du Danemarck, du roi d'Espagne,
et en général des princes alliés, de même que ceux de
l'Angleterre, de la Russie, de la Suède, de la Prusse, des
insurgés Espagnols et des alliés de toute la masse belligé-
rante , pour poser les fondemens d'une paix durable.
L'Autriche n'eut connoissance que par la feuille pu-
blique de l'adresse à laquelle ces propositions furent en-
vovées , de la voie de la forme diplomatique, de l'organe
par lequel ellfcs étoient faites. Ce n'étoit donc qu'un jeu
de fantaisie plutôt qu'une invitation sur laquelle on put
régler des mesures politiques.
L'Autriche, qui n'ignoroit pas combien il est difficile
de faire une paix générale, avoit examiné depuis long-
temps si l'on ne pourroit pas peu à peu se rapprocher d'un
( 25 )
but aussi éloigné, et dans ces sentimens elle fit part
d'une paix continentale, tant à la France qu'à la Russie
et à la Prusse. Ce n'étoit pas que la cour d'Autriche mé-
connût un seul moment la nécessité et la grande supério-
rité des avantages d'une paix ratifiée entre toutes les puis-
sances, puisque sans elle l'Europe ne pourroit exister
avec bien-être et sûreté., 1
Si, dans les propositions que l'Autriche avançoit, elle
avoit cessé d'envisager la séparation de l'Angleterre comme
un coup mortel, c'est à l'époque où les déclara lions ef-
frayantes de la France avoient ôté l'espoir de la participa-
tion de l'Angleterre ; et l'on ne devoit considérer ces pro-
positions que comme une partie substantielle d'une grande
et prochaine négociation, et comme une préparation à un
véritable congrès de paix générale.
Si l'Autriche eût eu d'autres desseins en vue, certaine-
ment la Russie et la Prusse , liées par des pactes formels
avec l'Angleterre, ne se seroient pas prêtées à écouter les
invitations de ce cabinet, à l'époque où les cours de
Russie et de Prusse, par l'effet - de leur confiance très-
flatteuse en la médiation de l'Autriche, s'étoient déclarées
prêtes à accéder à un congrès sous cette médiation.
Il s'agissoit de s'assurer du formel acquiescement de
Napoléon, et de convenir avec ce dernier des mesures
qui conduisoient immédiatement à négocier la paix. Dans
ce dessein, S. M. résolut à la fin du mois de juin d'en-
voyer à Dresde son mi nistre des affaires étrangères.
Le résultat de cette mission fut une convention conclue
le 30 juin, par laquelle la médiation offerte par S. M.
l'Empereur d'Autriche, sinon pour une paix générale ,
du moins pour une paix continentale , seroit acceptée par
Napoléon. La ville de Prague fut destinée pour le lieu du
congrès, et le 5 juillet pour le jour de son ouverture.
( 26 )
Il fut arrêté que Napoléon ne dénonceroit point l'ar-
mistiçe avant le 10 août, quoiqu'il eût été fixé au 12
juillet, afin de gagner le temps nécessaire aux négocia-
tions, et l'empereur d'Autriche s'engagea de faire porter
par la Russie et la Prusse les pareilles déclarations.
Ces points ainsi conclus à -Dresde furent communiqués
aux deux susdites cours, qui consentirent à donner à l'em.
pereur d'Autriche une nouvelle preuve de leur confiance
démontrant à l'univers qu'ils ne négligeroient rien pour
arriver à la paix.
S. M., pour faire cesser les maux de l'humanité par
une paix générale, résolut aussi de faire de nouvelles dé-
marches auprès du gouvernement britannique.
Napoléon applaudit à cette résolution , et offrit même
de faire passer, pour diminuer le temps, par la France,
les personnes envoyées à l'Angleterre.
Au moment de l'exécution il se présenta des difficultés
inattendues, la remise des passe-ports fut différée, sous
divers prétextes, d'un jour à l'autre, et enfin entièrement
refusée.
Cette circonstance fit douter de la sincérité de Napo-
léon dans son inclination pour la paix maritime, qu'il
avoit cependant manifestée. -
Dans l'intervalle, LL. MM. de Russie et de Prusse
avoient nommé leurs plénipotentiaires au congrès, et les
avoient munis d'instructions très-précises. Ces plénipo-
tentiaires se trouvèrent à Prague le 12 juillet, avec le mi-
nistre de l'empereur chargé de la médiation autrichienne.
Dans le cas où les négociations seroient infructueuses,
elles devoient cesser le 10 août. La médiation autrichienne
fut aussi prolongée à ce temps.
La situation politique et militaire des puissances, la
p osilion et les besoins de l'armée, l'état des pays qu'elle
( 27 )
occupaient, le vœu argent des souverains jde mettre fin
au tourment des incertitudes ne permettoient pas de pro-
longation.
Napoléon connut toutes ces circonstances; il savoit qur
la durée des négociations étoit fixée par celle de l'armis-
tice, il connoissoit en outre à quel point le succès dépen-
doit de sa résolution.
L'empereur vit avec un véritable chagrin que, du côté
de la France, on ne faisoit aucun pas pour accélérer la
grande affaire; il reconnut alors que la France n'avoit
pas d'autre objet que de le détourner.
Un ministre français étoil bien au congrès , mais son
ordre portoit de ne rien entreprendre avant l'arrivée dé
son collègue, premier plénipotentiaire.
L'arrivée de celui-ci fut inutilement attendue : ce ne
fut que le 21 juillet qu'on apprit qu'une formalité impor-
tante excuseroit ce retard.
Le premier plénipotentiaire arriva enfin à Prague le 28
juillet, seize jours après l'ouverture du congrès; il s'ouvrit
de suite des discussions de forme que le médiateur autri-
chien ne put terminer.
Le manque d'instructions dans les mains des plénipo-
tentiaires, français fit perdre plusieurs jours.
Ce ne fut que le 6 août qu'ils présentèrent une nouvelle
déclaration qui n'aboutit à rien. Le 10 août fut atteint
par un échange infructueux de notes sur les demandes
préliminaires.
Les plénipotentiaires russes et prussiens n'osèrent pas
dépasser ce terme ; le congrès fut terminé, et la marche
décida d'avance la résolution qu'avoit à prendre l'Autri-
che , puisqu'elle s'étoit enLièrement convaincue de l'im-
possibilité de la paix 7 dans.le point de vue sous lequel la
( 28 )
grande questïon-se présentait à S. M., par les principes et.
les desseins des alliés dans lesquels S. M. a reconnu les
siens ; enfin par les déclarations antérieuremènt déter-
minées qui ne donnôient lieu à aucunes méprises.
Cè n'est pas sans une tristesse profonde que S. M. l'em-
pereur d'Autriche s'dst vu forcée à la guerre ; mais son
unique consolation est d'avoir épuisé tous les moyens de
l'éviter. 1
Depuis trois ans, S. M. s'eiforcoit avec une constance
infatigable, par les voies de la douceur et de la concilia-
tion , d'atteindre à la possibilité d'une paix sincère et du-
rable.
Ces peines prises en vain, il n'y eut plus de remède,
plus de recours qu'aux armes. L'empereur les saisit ces
armes, sans récrimination personnelle, par une doulou-
reuse nécessité, par les considérations que lui dictent ses
devoirs les plus importans, enfin par des principes et des
raisons que chaque fidèle citoyen de ses états , que le
monde entier, que Napoléon lui-même , dans une heure
de calme et de justice, reconnoîtra et approuvera.
La justification de cette guerre est écrite en grosses
lettres dans le cœur des Autricliièils 'et des Européens,
sous quelque domination qu'il se trouve, et il n'y a nul
besoin d'art pour les faire connoître.
La nation et l'armée feront leur devoir.
Une alliance, formée par la nécessité et par l'intérêt
commun que toutes les puissances armées ont à conserver
leur indépendance, donnera plein succès à nos efforts j et,
sous les auspices du ciel, la fin de cette guerre sera con-
forme aux vœux de tous les amis de l'ordre et de la paix.
( Gazette de la Cour de Vienne, du KJ août 1815.)
( £ 9 )
Proclamation du général Moreau.
FRANÇAIS,
1 • ■ 1
Dans ce moment terrible où l'univers est conjuré contre
son oppresseur, on toutes les nations indignées secouent
le joug odieux qui les accable, je crois remplir le devoir
d'un véritable citoyen en me rangeant au milieu des dé-
fenseurs de l'indépendance de tous les peuples pour briser
les fers de ma patrie. Ce n'est pas Vambition, ce n'est
pas le désir d'une juste vengeance gui me mettent au-
jourd'hui les armes à la main, le ciel m'en est témoin.
J'avois su l'étouffer dans mon çoeur , et j'ai trouvé plus de
bonheur depuis mon exil, dans l'intérieur de ma famille,
que dans le tumulte des camps, et au milieu des rêves les
plus brillans de la gloire et dçs grandeurs. Mais tout
homme se doit à sa patrie. Je n'ai pu, sans frémir, la voir
languir tant d'années dans qn esclavage plus aifreux mille
fois que celui des nègres.
Que de vœux inutiles je fis alors pour sa délivrance !
l'Europe entière étoit aux pieds du tyran qui l'opprimoit.
Les temps sont bien changés aujourd'hui : poussé par
une ambition insatiable, il attaqua tour-à-tour toutes les
puissances, et pénétra jusq ue dans les déserts de la
Russie. Sept cent mille hommes détruits, la cavalerie
française anéantie, voilà le fruit de son entreprise témé-
raire; les nations reprennent leur énergie; les peuples
accablés , épuisés, renoncent à une alliance destructive.
En vain des souverains magnanimes , avares du sang de
l'humanité, présentent généreusement la paix à Napoléon :
il méconnoît sa situation. Le ciel, las de ses forfaits, lui
r âo )
met un bandeau épais devant les yeux ; son heure fatals?
est marquée, lui-même se plait à creuser l'abyme qui va
l'engloutir. C'est à nous, mes concitoyens, c'est à nous
surtout à l'y précipiter. Le salut de la France, voilà quel
sera le but de mes efforts. Oui, j'aime la France avec
idolâtrie : elle a tout fait pour moi, je ferai tout pour
elle.
0 mon infortunée patrie ! combien Les fers se sont ap-
pesantis depuis que j'ai quitté l'Europe ! sous quel infor-
tuné joug languis-tu! à qui immoles-tu ta gloire, tes
richesses, tes enfans? Vous le savez tous, F rançais, ce
n'est que par le crime , par la perfidie, par tous les res-
sorts d'une politique machiavélique, qu'un Corse s'éleva
à votre tête. Son enfance fut le premier degré de sa
grandeur, le sang des Parisiens son premier titre à la
gloire. Vous le peindrai-je rampant devant les directeurs,
flattant et trompant tour-à-tour tous les partis, banni de
la France, trahissant son armée, faisant assassiner son
confrère d'armes? Bientôt un lâche fugitif s'empara du
souverain pouvoir ; serpent réchauffé dans le sein de
Barras, il renverse l'instrument de sa grandeur. Jaloux de
la gloire de Pichegrii, de l'estime que le peuple français
daignoit m'accorder, il employa pour nous perdre les ma-
chinations les plus viles, les complots les plus odieux;
promesses solennelles, déclaration signée de sa propre
main, rien n'est épargné pour nous faire tomber dans le
piège qu'il nous tend : non , je ne croyois pas que sa du-
pliciié, sa perversité pussent aller jusqu'à ce point.
1 0 mon ami Pichegru ! nom cher à la France , à l'hu-
manité, tu en fus la déplorable victime. Tu allois dé-
voiler sa perfidie aux yeux des juges : ses satellites t'élran-
glèrènt. Et toi aussi, unique et précieux rejeton du sang
( 31 )
des Condé, toi enlevé dans un pays libre, au mépris du
droit des gens, exécuté sans interrogatoire, sans juge-
ment! le cœur se serre en se rappelant tant d'horreurs.
Non, les cannibales du 2 septembre , les assassins de
Louis XVI, ne commirent jamais de crime plus atroce
et plus réfléchi. La postérité connoïtra ce long tissu d'ini-
quités; et bientôt toutes les pièces en seront publiées.
Vous frémissez, Français, d'élonnement et d'horreur.
Mais que dis-je? de nouveaux forfaits peuvent-ils étonner
de la part de Buonaparte, ennemi de son propre sang ,
armé contre le sein qui l'a nourri? Profondément ingrat,
féroce par tempérament, l'inceste , l'assassinat, tous lelt
crimes que réprouvent les hommes lui sont familiers : il
fait le malheur de l'univers entier. J'en appelle à toutes
les nations dont il est le fléau , l'Espagne , l'Italie , l'Al-
lemagne. la Pologne, la Prusse, la Hollande : qu'elles
élèvent la voix, et qu'elles jugent.
L'Europe connoît son infàme conduite envers l'Es-
pagne. Elle voit languir dans un cachot le pape qui
posa la couronne sur sa tête ; elle voit l'auguste prin-
cesse qui s'immola sans fruit pour son père et sa pa-
trie, traitée comme une vile esclave , réduite. mais
je me tais : le temps dévoilera ce qu'on ne soupçonne pas
encore.
Ne portons les yeux que sur les malheurs publics qui
affligent la France. 'L'industrie anéantie, les champs sans
culture, toutes les ressources épuisées, toutes les fa-
mill es plongées dans le deuil, les jeunes gens des pre-
mières maisons enlevés à l'état qu'ils ont embrassé, en-
levés à leurs parens. dont ils sont l'appui, aucune liberté,
tous les actes du pouvoir le plus arbitraire , une terreur
universelle ; voilà, oui voilà le déchirant tableau qu'offre
( 32 )
ma patrie. Il est temps enfin qu'elle se réveille du som-
meil léthargique où elle est plongée ; il est temps qu'elle
imite l'exemple des Russes, des Allemands, des Suédois.
Venez, Français, venez, mes compagnons d'armes ; ve-
nez, vous tous qui sentez encore votre cœur palpiter pour
la patrie ; joignez-vous à moi; faisons un dernier effort
pour délivrer nos concitoyens. Songez que, lorsque Mo-
reau étoit à votre tête, vous ne suiviez d'autre bannière
que celle de l'honneur ; et si nous périssons les armes à la
main pour la plus belle des causes, n'oubliez pas que la
mort est plus glorieuse qu'une vie mille fois passée dans
l'opprobre et l'esclavage.
Etoit signé MORÉAU , adjudant-général de S. M. l' Em-
pereur de toutes les Russies.
Lettre de l'Empereur Alexandre a la veuve du
général More au.
(( MADAME,
« Après le coup funeste qui vint frapper à mes côtés
le général Mor.eau, et me priver des lumières et de l'ex-
périence de ce grand homme, je me flattois encore, ma-
dame,. que les soins que je lui ai fait prodiguer pourroient
le conserver à; sa famille et à mon amitié. Le ciel en a
autrement ordonné. Il est mort comme il a vécu, avec
toute la fermeté d'une âme forte.
« Dans les grands malheurs de la vie il n'y a qu'une
consolation : celle de voir les autres y prendre part. Tel
est le sentiment, madame , que vous trouverez en Russie
dans tous les cœurs. S'il vous convenoit d'y demeurer,
( 53 )
3
jé chercberois tous les moyens d'embellir là vie d'une
personne que -je dois soutenir et consoler. C'est un de-
voir sacré pour moi. Je vous prie, madame, de me
faire connoître toutes les occasions où je pourrois vous
être utile, et de m'écrire directement. Il me sera doux
de prévenir vos désirs. L'amitié que j'avois vouée à votre
époux s'étend au-delà du tombeau, et je n'ai aucun autre
moyen de remplir au moins en partie mes obligations
envers lui, que de faire quelque bien à sa famille.
« Recevez , madame , dans une circonstance aussi
triste et aussi cruelle, ces témoignages d'amitié et l'assu-
rance de la part bien sincère que je prends à ce qui vous
concerne.
« Signé ALEXANDRE. »
Acceptation de madame Moreau pour passer en
Russie.
La veuve du général Moreau, acceptant les offres de
l'Empereur Alexandre, quitte l'Angleterre pour se fixer
en Russie. S. M. lui donne cent mille roubles pour son
voyage, un très-beau palais dans les environs de Péters-
bourg, et lui fait annuellement une pension considérable.
Second manifeste de l'Empereur d'Autriche..
L'indépendance de notre empire, le bien-être de nos
peuples et la protection que nous leur devons nous a fait
résister depuis vingt ans aux agressions de la France, et
à son système soutenu d'attaquer et d'engloutir ies états
sans défense, d'accabler les puissances du premierordre,
( 34)
de les diviser; de les affoiblir les unes après les autres, tTer
les paralyser, de les détruire toutes pour s'élever sur leurs
désastres. Ce pouvoir colossal et monstrueux s'arroge la
monarchie universelle, s'asseoit sur des ruines au milieu
des flots de sang et de larmes, et prétend dicter des lois
à l'Eurppe, entière j.qu'il.çonvoite et qu'il désole.
toujours provoqué, et épuisant chaque fois les moyens
de conciliation; nous avoms gémi, dans l'amertume de
notre cœur-, de ne pcmveSr détourner les calamités qu'en-
traîne une guerre doubles; motifs toujours renaissans ne
laissent plus de repos a l'Europe..
La force des choses pesa sur nous comme sur les autres
puissances. La Providence, dont nous adorons les décrets,
ne permit point de succès à nos armées. Nous souscrivîmes
successivement à des sacrifices, dont le dernier surtout a -
convaincu nos peuples à quel prix nous avons voulu les
racheter de la servitude et de la destruction. Nous n'y
pensons qu'en sanglotant.
Aspirant sans cesse à un ordre de choses qui pût s'ac-
corder avec la sécurité de nos états et celle de l'Europe
en général, nous espérions que la raison succèderoit un
jour à la fougue des passions et à la fausse gloire des
conquêtes ; nous espérions toutdu temps et des événemens.
Le désastre de Moscou survint. Mais quelque terrible,
quelque humiliant qu'il fût, il ne put attendrir le prince,.
dont tes cqnseillerç perfides, hommes de sang et de boue,
abusent si cruellement, en le poussant aveuglément et sans
relâche à la dévastation et au carnage des malheureux
humains, pour le maintien et l'agrandissement d'un em-
p?re que le temps et les convenances politiques et une
pente invineible doivent entraîner et morceler comme
ceux d'Alexandre, de Jules César et de Charlemagne.
( 35 )
Tandis que le chef d'un vaste empire tient entre ses
mains la paix et le bonheur des nations, les perfides le
font l'instrument de la cruauté. Ils le rendent responsable
devant Dieu et devant les hommes du sang qu'il verse et
des malheurs dans lesquels il plonge la génération actuelle -,
ils le vouent à l'exécration de l'infortunée France elle-
même, digne d'un chef plus Tiumain, de la France épuisée,
désolée et couverte d'un crêpe funèbre par le désir des
conquêtes.
Après les désastres de Moscou, nous pouvions écraser
les restes épars d'une armée innombrable, désespérée,
fugitive; mais des considérations particulières, cette
humanité qui fait notre bonheur, tenant à la loyauté de
notre politique et à la droiture de notre cœur, séduit par
des paroles doucereusement insidieuses , nous restâmes
dans l'inaction , lorsque nous pouvions fixer le sort de
l'Europe contre celui qui, après tant d'agressions in-
justes , nous avoit péniblement humilié en rançonnant
et épuisant nos peuples, et en morcelant l'héritage de nos
ancêtres.
La convocation du congrès de Prague eut lieu, nous
eûmes la consolation de provoquer cette mesure de paix ,
nous la commandâmes, pour ainsi dire et l'espérance
nous ranima. Illusion de nos sentimens trop confians.
La France envoya au congrès un homme qui par une
action atroce dut être abhorré de tous les partis. Or-
gueilleuse et misérable , la France ne voulut revenir sur
aucun des traités antérieurs, quoiqu'ils ne fussent tous
que des actes subversifs de l'ordre politique, animés par
l'astuce et dictés par la violence.
Au mépris de toutes convenances, la France ne van-
ta que sa modération, tandis que toutes les puissances,
-e
( 36 )
dépouillées et avilies, ne faisoient que se plaindre de ses
rigueurs : en un mot, elle porta ses prétentions plus ha ut
que jamais, lorsque , par une longue suite de désastre&,
elle avoit perdu l'Espagne et le Portugal, dont les peuples,
soulevés d'indignation et de désespoir, manaçoient déjà
ses frontières j lorsque l'invincible Russie avec des nom-
breuses armées est par toute l'Allemagne ; lorsque le roi
de Prusse reconquiert tout son royaume ; lorsque l'An-
gieterre rétablit ses relations avec le continent ; lorsque
la Suède vient appuyer la confédération du Nord, et que
la .Porte- Ottomane se déclare pour elle; lorsqu'enfin
l'Europe entière, soulevée contre le système d'envahis-
sement et de dépendance, n'aspire qu'après le moment
de la détruire, ainsi que ses fauteurs; nos remontrances
et notre interyention restent infructueuses pour provoquer
l'esprit de paix et de modération dont nous venons de
donner un exemple si rare et si récent. La manie du
pouvoir, la furibonde passion de vouloir maîtriser l'Eu-
rope aveuglent encore, contre son bonheur et ses véritables
intérêts, celui qui, naguère sujet, et sujet inconnu, pou-
voit tranquillement s'asseoir sur un trône, faire le bonheur
d'une brillante monarchie, et mêler son sang à celui des
rois.
Dans ce déplorable étatdeschoses, laraisonetl'honneur
ne laissent que le choix des armes, la résistance au système
destructeur, l'appel de toutes nos forces, et l'alliance la
plus intime avec l'empereur de Russie, le prince régent
d'Angleterre, la Prusse, la Suède et la Junte d'Espagne,
au nom du roi Ferdinand III.
Quel que soit le résultat de cette nouvelle lutte, à la-
quelle l'orgueil et l'ingratitude nous provoquent et nous
forcent, nous préférons l'incertitude à l'infamie et à la
( 3 7 )
servitude ; nous nous soumettons aux décrets du Dieu des
armées, qui tôt ou tard frappe l'oppresseur et venge
l'opprimé.
Autrichiens! nous confions tout l'héritage de Marie-
Thérèse à votre bravoure , à votre fidélité , à votre cons-
tance. Fort de vous, nous allons encore courir les hasards
et la chance des combats ; notre reconnoissance dépassera
notre attente.
Manifeste de l'Empereur de Russie.
Au moment où les temples de notre empire retentissent
des chants d'actions de grâces et de victoires, où nos braves
soldats, profitant des succès qu'ils ne doivent qu'à leur
courage, s'élancent à la poursuite des fiers brigands qui
naguère comptoient de partager les champs des val eu-
reux Esclavons, nous avons trouvé convenable d'instruire
l'empire de nos proj ets.
La divine Providence , conservant la plus juste des
causes, a sonné elle-même le tocsin qui appelle toutes
les nations à défendre l'honneur de la patrie : c'est aux
peuples, comme aux rois, que nous rappelons leurs de-
voirs et leurs intérêts.
Depuis long-temps nous nous étions facilement aperçu
que l'effervescence de tout le continent étoit le but où
tendoient toutes les intrigues et tous les forfaits de la
puissance française. Nous reposant sur la bravoure de nos
soldats, nous étions sans inquiétude sur l'intégrité de
notre empire , renfermant en nous-même notre indigna-
tion. Nous voyons avec douleur et sans crainte l'asservis-
sement de tant de peuples qui ne répandoient que des
( 38 )
larmes sur la tyrannie sous laquelle ils gémissoient. La
guerre de 1806, où nous fûmes abandonnés en Italie
par nos alliés, nous interdisoit toute espèce de rapport
avec les princes esclaves qui livroient leurs malheureux
sujets à l'insatiable ambition d'un homme que le Tout-
Puissant avoit sans doute déchaîné pour châtier les mo-
narques vassaux. Uniquement occupé du bonheur de nos
fidèles peuples, nous ne voulions pas troubler leur tran-
quillité pour des causes qui leur sont étrangères. Trompé
, par notre apparente oisiveté , notre ennemi a cru pouvoir
nous dicter des lois ; il a rassemblé des .troupes innom-
brables , et il les a dirigées sur nos frontières. Le Russe a
volé aux armes. Tout homme vouloit être soldat pour dé-
fendre sa religion et ses foyers.
Nous avons arrêté cet élan généreux, et sans s'étonner
de l'immense supériorité numérique de l'ennemi, nos
braves, par des manœuvres habiles, l'ont attiré au centre
de l'empire qu'il vouloit anéantir. Sa marche a été si-
gnalée par des actes de la plus atroce férocité. Il s'est
vengé, en brûlant nos villes, de ce que leurs habitans
avoient livré aux flammes les magasins qui auroient pu
leur être utiles. Nos divisions se sont réunies, et ont
montré aux yeux de l'univers étonné les soldats de la
TréJjia et d'Elau.
Profitant de la victoire , nous tendons une main secojj-
rable aux peuples opprimés; le moment est venu , jamais
occasion si belle ne se présenta à la malheureuse Allé,
magne ; l'ennemi fuit, sans courage et sans espoir; il
étonne par son effroi les, nations accoutumées à n'être
étonnées que de son orgueil et de sa barbarie. C'est avec
la franchise qui convient à la force que nous parlons
aujourd'hui. La Russie et la Pr-usse, son intrépide alliée ,
( 5g )
qui depuis vingt ans ébranle le colosse désarmé qui
menace mine,. ne pense point à s'agrandir; c'est nos
bienfaits, et non les limites de notre empire, que nous
voulons étendre chez les nations les plus reculées. Les
destinées du Vésuve et de la Guadkma ont été décidées
sur les bords du Borysthène ; c'est de là que l'Espagne
trouvera sa liberté qu'elle défend avec tant d'héroïsme
et d'énergie dans un siècle de foiblesse et de lâcheté.
Nous adressons aux peuples, par ce manifeste, ce que
nous avons chargé nos envoyés de dire aux rois, et si
ceux-ci, par un reste de pusillanimité, persistent encore
dans leur funeste système de soumission , il faut que la
voix de leurs sujets se fasse entendre , et que les princes
qui plongeront leurs sujets dans l'opprobre et le malheur
soient traînés par eux à la vengeance et à la gloire, et
que la Germanie rappelle son antique courage, et son
tyran n'existe plus.
Autrichiens, qu'espérez-vous de l'alliance des Fran-
çais? Vous payez de vos plus belles provinces la perspec-
tive d'aller quelque jour perdre la vie sous le fer des
Espagnols, comme tant d'autres, pour une cause injuste
et sacrilège. Votre commerce détruit, votre honneur
souillé , vos drapeaux , jadis décorés par la victoire , s'a-
baissent devant l'aigle française! Voilà les trophées de
cette alliance à jamais honteuse. L'adulation et l'intrigue
sont les crimes de la foiblesse ; aussi dédaignons-nous de
les employer. C'est en rappelant aux souverains leurs
fautes, aux sujets leur pusillanimité, que nous voulons
ramener les uns et les autres à un système qui rende à
l'Europe la gloire et la tranquillité.
Rappellerons,.nous à la Prusse les horribles infortunes
qui l'ont accablée ! Ce souvenir pourroit accroître sa
( 4o )
fureur , mais non son courage. De toutes parts on vote
aux armes ; les villes et les campagnes de la monarchie
de Frédéric II semblent ranimées par son génie, et pro-
mettre des succès dignes de son dévouement.
Hessois, vous vous rappelez encore le prince qui fut
votre père; la campagne de 1809, où' l'entreprise du
duc de Brunswick suffit pour vous arracher à vos familles,
et vous entraîner à la suite de ce nouvel Arménien t
prouve avec quelle impatience vous portez vos fers.
Saxons, Hollandais, Belges, Bavarrois, nous vous
adressons les mêmes paroles. Réfléchissez, et bientôt vos
phalanges vont s'accroître de tous ceux qui, au milieu
de la corruption qui vous dégrade , ont conservé quelque
ombre d'honneur et de vertu. La crainte peut encore
enchaîner vos souverains; qu'une funeste obéissance ne
vous retienne pas ; aussi malheureux que vous êtes,
abhorrant la puissance qu'ils redoutent, ils applaudiront
ensuite aux généreux efforts qui doivent couronner votre
bonheur et leur liberté. Nos troupes victorieuses vont
poursuivre leur marche jusque sur les frontières de
l'ennemi; là , si vous vous montrez dignes de marcher à
côté des héros de la Russie, si les malheurs de votre
patrie vous touchent, si le Nord imite le sublime exemple
qu'offrent ces fiers Castillans, le deuil du monde est fini.
Nos généreux bataillons pénètrent dans cet empire
dont une seule victoire a écrasé la puissance et l'orgueil ; si
même cette nation dégénérée puisoit dans des événemens
aussi extraordinaires quelques sentimens généreux, jetoit
des yeux baignés de larmes et de regrets vers le bonheur
et la gloire dont elle jouissoit sous ses rois, nous lui ten-
drions une main secourable; et cette Europe, sur le
point de devenir la proie d'un monstre, recouvreroit à la
(41 )
fin son indépendance et sa tranquillité, et de ce colosse
sanglant qui menace le continent de sa criminelle témé-
rité il ne resteroit qu'un éternel souvenir d'horreur et
de pitiés
Rapport fait au Corps Législatif, au nom de la
commission extraordinaire nommée en vertu
du décretdePEmpereurdu 20 décembre J 8 i 3,
COMITÉ GÉNÉRAL SECRET.
Séance du 28 décembre 1813.
PRESIDENCE DE SON EXCELLENCE MONSEIGNEUR LE DUC
- DE MASSA.
Sur la proposition de M. le Président, le Corps légis-
latif s'est formé en comité général à deux heures et demie.
M. le Président a dit au Corps législatif;
MESSIEURS, t
La commission extraordinaire que vous avez nommée
en vertu du décret de l'empereur du 20 décembre 1815
vient vous présenter le rapport que vous attendez en ces
graves circonstances.
Ce n'est pas à la commission seulement, c'est au corps
législatif en entier à exprimer les sentimens qu'inspire la
communication ordonnée par S. M. des pièces originales
du portefeuille des affaires étrangères.
Cette communication a eu lieu , messieurs, sous la
présidence de S. A. S. l'archi-chancelier de l'empire.
Les pièces qu'on a mises sous nos yeux sont au nombre
( 42 )
de neaf; parmi ces pièces se trouvent des notes du mi-
nistre de France et du ministre d'Autriche, qui remontent
aux 18 et 21 août.
On y trouve le discours prononcé au parlement d'An-
gleterre le 5 novembre par le régent ; il y disoit : « Il n'est
ni dans les intentions de S. M., ni dans celles des puis-
sances alliées de demander à la France aucun sacrifice
qui puisse être incompatible avec son honneur et ses justes
droits. »
La négociation actuelle pour la paix commence au
10 novembre dernier; elle s'engagea par l'entremise d'un
ministre de France en Allemagne. Témoin d'un entretien
entre les ministres d'Autriche, de Russie et d'Angleterre,
il fut chargé de rapporter en France des paroles de paix,
et de faire connoitre les bases générales et sommaires sur
lesquelles la paix pouvoit se négocier.
Le ministre des relations extérieures, monseigneur le
duc de Bassano, a répondu le 16 à cette communication
du ministre d'Autriche. Il a déclaré qu'une paix fondée
sur la base de l'indépendance générale des nations, tant
sur terre que sur mer, étoit l'objet des désirs et de la po-
litique de l'empereur; en conséquence, il proposoit la
réunion d'un congrès à Manheim.
Le ministre d'Autriche répondit, le 25 novembre, que
leurs M. I. et le roi de Prusse étoient prêts à négocier
dès qu'ils auroient la certitude que l'empereur .des Fran-
çois admettroit les bases générales et sommaires précé-
demment communiquées. Les puissances trouvoient que
les principes contenus dans la lettre du 16, quoique géné-
ralement partagés par tous les gouvernemens de l' Europe,
ne pouvoient tenir lieu dé base.
Dès le 2 décembre le ministre des relations extérieures,
(43 )
monseigneur le duc de V iccnce , donna la certitude
désirée ; en rappelant les principes généraux de la lettre
du 16, il annonce avec une vive satisfaction que S. M.
l'empereur a adhéré aux bases proposées, qu'elles entraî-
neroient de grande sacrifices de la part de la France, mais
qu'elle les feroit sans regret, pour donner la paix à
l'Europe.
A cette lettre le ministre d'Autriche répondit, le 10
décembre; que leurs majestésavoient reconnu avec satis-
faction que l'empereur avoit adopté des bases essentielles
au rétablissement de l'équilibre et de.la tranquillité de
l'Europe ; qu'elles avoient voulu que cette pièce fut com-
muniquée sans délai à leurs alliés, et qu'elles ne doutoient
pas que les négociations ne pussent s'ouvrir immédiate-
ment après leurs réponses.
C'est à cette dernière pièce que, d'après les communi-
cations qui nous ont été faites, s'arrête la négociation.
- C'est de là qu'il est permis d'espérer qu'elle reprendra son
cours naturel, lorsque le retard exigé pour une commu >
nication plus éloignée aura cessé. C'est donc sur ces deux
pièces que peuvent reposer nos espérances.
Pendant que cette correspondance avoit lieu entre les
ministres respectifs , on a imprimé dans la gazette de
Francfort mise sous les yeux de votre commission, en
vertu de la lettre close de S. M., une déclaration des
puissances coalisées, en date du ier décembre, où l'on
remarque entre autres choses le passage suivant:
« Les souverains alliés désirent que la France soit grande,
forte et heureuse, parce que la puissance française ,
grande et forte, est une des bases fondamentales de l'édi-
fice social. Ils désirent que la France soit heureuse, que le
commerce français renaisse, que les arts, les bienfaits de la
( 44 )
paix refleurissent, parce qu'un grand peuple ne sauroit
être tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances
confirment à l'Empire français une étendue de territoire
que n'a jamais connue kl France sous ses rois, parce qu'une
nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour,
éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante,
où elle a combattu avec son intrépidité accoutumée.
Il résulte de ces pièces que toutes les puissances belli-
gérantes ont exprimé hautement le désir de la paix.
Vous avez remarqué surtout que l'empereur a mani-
festé la résolution de faire de grands sacrifices, qu'il a
accédé aux bases générales et sommaires proposées par
les puissances coalisées elles-mêmes.
L'anxiété la plus patriotique n'a-pas besoin de connoître
encore ces bases générales et sommaires. Sans chercher à
pénétrer le secret des cabinets lorsqu'il est inutile de le
connaître; pour le but qu'on veut atteindre, ne suffit-il
pas de savoir que ces bases ne sont que les conditions
désirées pour l'ouverture des con grés ? Ne suffit-il pas de
remarquer que ces conditions ont été proposées par les
puissances coalisées elles-mêmes, et d'être convaincu que
S. M, a pleinement adhéré aux bases nécessaires à l'ou-
verture d'un congrès dans lequel se discutent ensuite tous
les d{oltil, tous les intérêts."
Le ministre d'Autriche a d'ailleurs reconnu lui-même
que l'iemperêùr avoit adopté des bases essentielles au réta-
blissement de Véquilibre et de la tranquillité de l'Europe;
par conséquent l'adhésion de S. M. à ces bases a été un
grand pas vers la pacification du monde.
Tel est, messieurs, le résultat de la communication
qui nous a été faite. D'après les dispositions constitution-
nelles, c'est au corps législatif qu'il appartient d'exprimer
( 45 )
les senthnens qu'elle fait naître; car l'art. 3o dusénatuS*
consulte du 28 frimaire an 12 porte : « Le corps législatif,
toutes les fois que le gouvernement lui aura fait une
communication qui aura un autre objet que le vote delà
loi, se formera en comité général pour délibérer sa
réponse. »
Comme le corps législatif attend de sa commission des
réflexions propres à préparer une réponse digne de la na-
tion française et de l'empereur,mous nous permettons de
vous exprimer quelques-uns de nos sentimens. Le premier
est celui de la reconnoissance pour une communication
qui appelle en ce moment le corps législatif à prendre
connoissance des intérêts politiques de l'état.
On éprouve ensuite un sentiment d'espérance au mi-
lieu des désastres de la guerre, en voyant les rois et les
nations prononcer à l'envi le nom de la paix. Les décla-
rations solennelles et réitérées des puissances belligé-
rantes s'accordent en effet, messieurs, avec le vœu uni-
versel de l'Europe pour la paix, avec le vœu si générale-
ment exprimé autour de chacun de nous dans son
département, et dont le corps législatif est l'organe
naturel.
D'après les bases générales contenues dans les décla-
rations, les vœux de l'humanité pour une paix honorable
et solide sembleroient pouvoir bientôt se réaliser. Elle
seroit honorable , car pour les nations comme pour les
individus, l'honneur est dans le maintien de ses droits et
le respect de ceux des autres. Cette paix seroit solide ,
car la véritable garantie de la paix est dans l'intérêt
qu'ont toutes les puissances contractantes d'y rester
fidèles.
Qui donc peut en retarder les bienfaits ? Les puissances
( 46 )
coalisées rendent à l'empereur l'éclatant témoignage qu'il
a adopté des fyarses essentielles t. U rétablissement de'f équi-
libre et de 'la tranquillité de l'Europe. Nous avons pour
premiers garans de ses desseins pacifiques, et cette adver-
sité, véridrque conseil des rois, et le besoin des peuples
hautement exprimé, et l'intérêt même de la couronne.
A ces garanties, peut-être croirez-vous utile de sup-
plier S. M. d'ajouter une garantie plus solennelle encore?
Si les déclarations des puissances étrangères étoi-ent
fallacieuses, si elles vouloient nous asservir, si elles médi-
toient le déchirement du territoire sacré de la France, il
faudroit,-pQur empêcher notrte patrie d'être la proie de
l'étranger, rendre la guerre nationale ; mais, pour opérer
plus sûrement ce beau mouvement qui sauve les empires,
n'est-il pas désirable d'unir étroitement et la nation et
son monarque ? C'est un besoin d'im poser silence aux
ennemis sur leurs accusations d'agrandissement y de
conquête, de prépondérance alarmante. Puisque les
puissances coalisées ont cru devoir ras-surer les nations
par des protestations publiquement prkjclaïuées, n'esl-
il pas digne de S. M. de les éclairer par des déclara-
tions solennelles sur les desseins de la France f et de
l'empereur?
Lorsque ce prince, à qui l'histoire a conservé le nom
de .grand, vowlijt rendre de l'énergie à ses peuples,. il leur
révéla tout ce qJJ'il avoit fait pour la paix, et-ses hautes
confidences ne furent pas sans effet.
Afin d'empêcher les puissances coalisées d'accuser la
France et l'empereur de vouloir conserver un territoire
trop étendu, dont, elles semblent craindre la prépondé-
rance, n'y auroit-il pas une véritable grandeur à les désa-
buser par une- déclaration formelle?
( 47 )
Il ne nous appartient pas sans, doute d'inspirer les
paroi's qui rctentiroient dans l'univers; mais pour que
cette déclaration eût une influence utile sur les-puissances
étrangères, pour qu'elle fît sur la France l'impression
espérée, ne seroit-il pas à désirer qu'elle proclamât à
l'Europe et à la France la promesse de ne continuer la
guerre que pour l'indépendance du peuple français et
l'intégrité de son territoire? Cette déc'aralion n'auroit-elle
pas dans l'Europe une irrécusable autorité? Lorsque S. M.
auroit ainsi, en son non-Y et en* celui de la France, répondu
à la déclaration des alliés, on verroit, d'une part, des puis-
sances qui protestent qu'elles ne veulent pas s'approprier
un territoire par elles reconnu nécessaire à l'équilibre de
l'Europe , et de l'autre , un monarque qui se déclareroit
animé de la seule volonté de défendre ce même territoire.
Que si l'empire français restoit seul fidèle à ces prin-
cipes libéraux que les chefs dey nations de l'Europe au-
roient pourtant tous proclamés, la France alors, forcée
par l'obstination de ses ennemis à une guerre de na-
tion et d'indépendance, à une guerre reconnue juste et
nécessaire, sauroit déployer, pour le maintien de ses
(Iroi ts, l'énergie, l'union et la persévérance dont elle a déjà
donné d'assez éclatans exemples; nnanime dans son vœu
pour obtenir la paix, elle le' sera dans ses efforts pour la
conquérir , et elle montrera encore au monde qu'une
grande nation peut tout ce qu'elle veut, lorsqu'elle ne
veut que ce qu'exigent son honneur et ses justes droits.
La déclaration que nous osons espérer captiveroit l'at-
tention des puissances qui rendent hommage à la nation
française. Mais ce n'est pas assez pour ranimer le peuple
lui-même et le mettre en état de défense', c'est, d'après
les lois, au gouvernement à proposer les moyens qu'il
( 48 )
croira les plus prompts et les plus sûrs pour repousser
l'ennemi, et asseoir la paix sur des bases durables; Ces
moyens seront efficaces, si les Français sont persuadés que
le gouvernement n'aspire plus qu'à la gloire de la paix ; ils
le seront, si les Français sont convaincus que leur sang ne
sera versé que pour défendre une patrie et les lois pro-
tectrices; mais ces mots consolateurs de paix et de patrie
retentiroient en vain, si l'on ne garantit les institutions
qui promettent les bienfaits de l'une et de l'autre.
Il paroît donc indispensable à vIDtre commission qu'en
même temps que le gouvernement proposera les mesures
les plus promptes pour la sûreté de l'état, S. M. soit sup-
pliée de maintenir l'entière et constante exécution des
lois qui garanlissent aux Français les droits de la liberté,
de la sûreté , de la propriété, et à la nation le libre exer-
cice de ses droits politiques.
Cette garantie a paru à votre commission le plus efficace
moyen de rendre aux Français l'énergie nécessaire à leur
propre défense. Ces idées ont été suggérées à votre com-
mission par le désir et le besoin de lier intimement le
trône et la nation , afin de réunir leurs efforts contre
l'anarchie , l'arbitraire et les ennemis de notre patrie.
Votre commission a dû se borner à vous présenter ces
reflexions qui lui ont paru propres à préparer la réponse
que les constitutions vous appellent à faire.
Comment la manifesterez-voiis ? La disposition consti-
tutionnelle en détermine le mode, c'est en délibérant
votre réponse en comité général ; et puisque le corps
législatif est appelé tous les ans à présenter une adresse à
l'empereur, vous croirez peut-être convenable d'expri-
mer par cette voie votre réponse à la communication qui
vous a été faite.

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