Pierre Des Roches, trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, évêque de Winchester. Discours d'ouverture de la séance publique de la Société des antiquaires de l'Ouest, du 5 janvier 1868 ; par M. Lecointre-Dupont,...

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impr. de A. Dupré (Poitiers). 1868. Des Roches. In-8° , 16 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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PIERRE
DES ROCHES
Trésorier de Sainl-Hilaire de Poitiers, évêque de Winchester.
DÎSjbuRS D'OUVERTURE
"ge-là séance publique de la Société des antiquaires de l'Ouest
du 5 janvier 1868
Plll
M. LECOINTRE-DUPONT,
Vice-Président.
-– nimagia.
POITIERS
IMPRIMERIE DE A. DUPRÉ
RUE IMPÉRIALE, <13.
-1868
PIERRE
DES ROCHES
TRÉSORIER DE' SAtNT-mAtRE DE POITIERS,
Évêque de Winchester.
- DISCOURS.
Par M. LECOIlWTRE-DITPONT, Vice-Président.
MESSIEURS,
Bien souvent déjà, dans ses séances publiques, la Société
des antiquaires de l'Ouest s'est trouvée veuve de ses prési-
dents. Sans parler du bon, du savant, du modeste Faye, qui,
pendant sa présidence, fut appelé à siéger à la cour d'appel
d'Angers, et qui ne revint parmi nous que pour nous être
peu après à jamais enlevé, MM. de la Mariouze, Jeannel, de
la Saussaye et François Saint-Maur ne nous ont-ils pas
aussi quittés, ators qu'ils présidaient la Société, pour aller
continuer ailleurs d'honorables carrières dans les postes
plus élevés où la confiance. du gouvernement les appelait?
Tous ils ont laissé à Poitiers les meilleurs et les plus sym-
pathiques souvenirs.
Aujourd'hui, c'est M. Beaussire qui nous manque, bien
4 -
digne successeur de pareils devanciers. Il nous a été enlevé
au moment où l'Académie Française venait de couronner son
beau livre de la Liberté dans l'ordre moral et intellectuel.
Appelé au périlleux honneur de le suppléer devant un audi-
toire composé en grande partie de ses collègues, de ses
élèves, de ses amis, je suis heureux de pouvoir annoncer
qu'il ne manquera pas tout entier à cette solennité littéraire,
où, à défaut de sa personne, nous aurons de lui un remar-
quable travail. Enfant du Poitou, M. Beaussirefait honneur
à notre province, et son livre, fruit de ses méditations pen-
dant son séjour à Poitiers, honore particulièrement notre
ville. Ce livre restera comme un des beaux monuments de la
philosophie spiritualiste de notre époque. Puisse un jour le
respect de soi-même et d'autrui, le respect de tout ce qui
est bon, de tout ce qui est juste, de tout ce qui est divin, ce
respect si bien pratiqué par M. Beaussire, descendre dans
les mœurs publiques assez profondément pour permetlre
cette large expansion de la liberté que notre président de-
mande pour toutes les convictions 1 Pardonnez-moi, Messieurs,
d'anticiper par ce vœu sur l'avenir ; le passé est le domaine
de notre Société, je dois m'y renfermer.
Un fait bien remarquable de l'histoire du XIIIe siècle est la
résignation avec laquelle la Normandie , une fois conquise
par Philippe-Auguste après la résistance la plus opiniâtre ,
accepta sa réunion à la couronne de France , pendant que ,
plus loin de l'Angleterre, le Poitou, qui avait, presque sans
coup férir, ouvert au roi vainqueur les portes de ses villes
et de ses châteaux, resta pendant trente-huit années le
théâtre de soulèvements continuels en faveur du fils et du
petit-fils d'Eléonore d'Aquitaine.
Augustin Thierry a cherché avec bonheur à expliquer ce
5
contraste dans l'attitude des Normands et des Poitevins (1).
Cependant une des principales causes de l'immobilité de la
Normandie et des agitations du Poitou me paraît lui avoir -
échappé. Accoutumée à recevoir l'impulsion-d'un gouverne-
ment fortement constitué, la Normandie, quoiqu'elle ait, dit
Guillaume le Breton, longtemps porté avec indignation le joug
léger du roi de France, ne trouva ni chefs, ni points d'appui
pour une rébellion. En Poitou, au contraire, les puissantes
familles de Mauléon, de Thouars et de Lusignan fournirent à
la fois, dans leurs formidables châteaux forts, des centres d'in-
surrection, et, dans leurs turbulents seigneurs, des hommes
tout prêts à commander les insurgés. Puis à la cour et dans
les conseils des rois Plantagenets, notre province, ou du
moins le pays compris entre la Loire et la Dordogne, et qui
portait alors en Angleterre le nom générique de Poitou,, fut
représenté par un homme d'un talent supérieur, Pierre des
Roches , évêque de Winchester, successivement chancelier
et grand justicier d'Angleterre, et gouverneur du jeune roi
Henri III. Permettez-moi, Messieurs, d'esquisser ici, avec les
principaux traits de sa vie politique, les faits qui rattachent
plus particulièrement Pierre des Roches à notre province.
Le savant M. Thomas Wrigt (2) n'hésite pas à faire Pierre
des Roches natif de Poitiers, mais sans donner la preuve de
cette origine. Ce qui est positif, c'est qu'en Angleterre, il fut
considéré comme Poitevin, qu'il s'y montra toujours le
protecteur des Poitevins, et que le premier bénéfice ecclé-
siastique qu'il obtint fut le prieuré de Loches , auquel Jean
Sans-Terre ajouta, le 30 juillet 4199, tous les droits de col-
(1) Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, conclusion,
cli. i et y.
(2) The political songs of England, edited and translated by Thomas
Wrigt, notes, p. 349.
6
lation des prébendes du chapitre de Loches, que lui et ses
prédécesseurs, les comtes de Touraine et d'Anjou, avaient pu
posséder (1 ). Il avait suivi d'abord la carrière des armes,
était devenu chevalier au service de Richard Cœur-de-Lion,
et avait appris à son école à mieux se battre qu'à semer la
parole de l'Evangile (2). Le 30 juin 1198, nous le trouvons at-
taché à la chambre de Richard, et à ce titre, il figure comme
témoin dans la charte où ce prince confirme à l'abbaye du
Pin le don du minage de Poitiers (3). La faveur de Pierre
des Roches s'accrut sous Jean Sans-Terre, qui fit de lui un
de ses clercs ou secrétaires. Beaucoup de lettres patentes de
ce prince ont été délivrées et certifiées par lui (4). La tréso-
rerie de Saint-Hilaire de Poitiers vint bientôt à vaquer.
C'était un bénéfice à la nomination du comte de Poitou, qui
était abbé titulaire de Saint-Hilaire ; il fut donné à Pierre
des Roches (5), et Jean y ajouta le décanat de Saint-Martin
d'Angers (6).
Après la conquête du Poitou, Philippe-Auguste voulut
pourvoir la trésorerie de Saint-Hilaire d'un dignitaire de son
choix, et il y nomma Godefroy, fils d'Aimery, vicomte de
Thouars, mais Pierre des Roches fut promptement dédom-
magé de la perte de ce bénéfice. Dès le 25 avril 4205, il
était sacré évêque de Winchester ; la faveur du roi l'avait
fait élire à cette haute dignité. Dans la même année, Jean lui
faisait délivrer la terre de Tudingdon, confisquée sur la
(1) Rotuli chartarum Johannis regis in turri Londinensi asservati, p. 10.
(2; MATHIEU PARIS, années 1205 et 1235.
(3) Mss. de dom Fonteneau. t. XXII, p. 58.
(4) Rotuli litterarum patentium Johannis rogis, passim.
(5) Nous ignorons si ce fut Eléonoro ou Jean Sans-Terre qui nomma Pierre
des Roches trésorier de Saint-Hilaire. Le premier acte que j'aie trouvé où il
porte ce titre est du 19 décembre 1200.–Rotuli Normannùe.
(6) Rot. litt. patent., p. 22. )

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