Place au roi de France

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[chez les principaux libraires]. 1871. France (1870-1940, 3e République). 32 p. ; 23,5 cm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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PLACE AU ROI de france
PLACE AU ROI DE FRANCE.
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O Paris ! jamais libérateur te fut-il plus nécessaire ?
tu es devenu le jouet de quelques aventuriers cosmo-
polites, et ton front pourtant si fier s'est courbé devant
une victoire de bandits.
Le poids de cette honteuse domination t'écrase ; et ce
vent de démence, qui s'est levé sur toi, semblé vouloir
effacer de son souffle brutal tout ce qui resté de ta vieille
gloire.
Qui relèvera tes sanglantes ruines? Qui te remettra
debout ? Qui déliera tes mains garrottées par le crime,
sinon le prédestiné que nous t'annonçons ?
Nous sommes ses hérauts d'armes. Entends ce bruit
magique ; c'est le signal de ta résurrection.
PLACE AU ROI DE FRANCE.
I.
Oui, place au Roi !
Il va venir enfin le noble Fils de France. Il arrive en-
touré des plus beaux souvenirs de l'histoire de la patrie:
la majesté des soixante-douze monarques dont il est le
rejeton lui fait une escorte d'honneur ! Plus d'exil, plus
de barrières infranchissables !
C'est le Roi ! c'est le Roi !
Héroïques restes de nos armées, présentez-lui les
armes.
Tambours, battez aux champs.
II.
- « Le peuple ne le connaît pas, » ont-ils dit. « La
France a oublié cet exilé qui pendant quarante ans n'a
pas su se faire un passage avec son épée de Bourbon ! »
- Et moi j'affirme que le peuple le connaît, car il
n'a jamais oublié la franche, la loyale figure du bon
Henri-, et le Roi qui lui vient, c'est Henri IV second.
Si sa royale épée ne lui a point ouvert la route, c'est
qu'elle ne pouvait se teindre du noble sang français.
N'est-il pas le descendant de nos héros immortels?
Un de ses aïeux fut replacé sur son trône par l'hé-
roïque bergère de Vaucouleurs ! Que la France, comme
une autre Jeanne d'Arc, le prenne par la main et le
ramène dans le palais de ses pères-, et il revivra en
lui ce saint Louis qui se battait en lion ; car parmi
les vertus que nous voulons à nos Rois, une des premiè-
res , la plus populaire de toutes, c'est la bravoure.
Il revivra en lui, ce chevaleresque François Ier qui,
le soir d'une bataille célèbre , écrivait : Tout est perdu
fors l'honneur! Mais lui qui a gardé et qui gardera
toujours, oui toujours, l'honneur de la patrie, n'accep-
tera pas que tout soit perdu, et il nous rendra tout
notre antique éclat.
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Il revivra en lui, cet Henri IV, si terrible à l'ennemi
dans tant de mémorables combats, qui conquit Paris
par sa loyauté, le subjugua par son amour, et dont
la mort violente fut la première cause de nos malheurs,
tant le ciel trouva monstrueux le crime qui frappait
le père et l'ami du peuple.
Il revivra en lui, ce grand monarque, ce Louis XIV
qui après avoir connu tous les enivrements de la vic-
toire , tous les triomphes, écrivait à Villars à la veille
d'une bataille dont l'issue devait décider du sort de la
France :
« Je connais votre zèle et la force de mes troupes;
mais enfin la fortune peut leur être contraire Si ce mal-
heur arrivait, je compte aller à Péronne ou à Saint-
Quentin, y ramasser tout ce que j'aurai de soldats, faire
un dernier effort avec vous et périr ensemble ou sauver
l'Etat. »
Il revivra en lui, ce Roi qui ne fut jamais plus
grand que dans l'adversité, qui ne désespéra jamais de la
France et qui a dû tressaillir d'horreur, quand le Prus-
sien rapace, quand le mystique Guillaume a souillé de
sa présence le palais immense qu'il remplissait de sa
gloire.
Ils revivront en lui, nos preux chevaliers, Duguesclin,
La Trémouille, Dunois, Bayard, ces fiers soutenants de
notre grandeur nationale ; il en suscitera de nouveaux
pour veiller au salut de la patrie . il groupera autour, de
lui tous ceux qui la veulent forte et respectée.
Il la reconstituera cette armée, la première du monde,
dans les rangs de laquelle on comptait presqu'autant de
héros que de soldats ; notre armée que l'homme de Sé-
dan, le Corse maudit, a trahie, a vendue. Oui, il la
reconstituera; il lui donnera des chefs dignes d'elle, et
ces chefs s'appelleront Charette, Cathelineau, Sonis,
Mac-Mahon, c'est-à-dire du nom de ce que le courage a
de plus chevaleresque, l'honneur de plus délicat, le dé-
vouement de plus merveilleux.
Qui pourra jamais oublier les salutaires exemples que
viennent de donner au monde ces intrépides champions
de notre foi religieuse et politique?
Alors que les bataillons reculaient affolés de terreur,
eux marchaient en avant. Ils étaient toujours présents
là où était le danger; aussi leur magnanime conduite
força-t-elle les préventions à disparaître ou tout au moins
à se taire.
Et le brave mutilé de Patay, se tenant debout près
des grands guerriers de la Vendée monarchique, affirme
noblement que les convictions dont nous sommes si fiers
engendrent toujours des héros aussi bien que des mar-
tyrs.
Oui, Henri V la reconstituera cette armée; il lui rap-
pellera les vieux exploits de l'épée française, le renom
du drapeau que chérissait la victoire; premier soldat de
son royaume, il se mettra à la tête de ses vaillants, et
son panache blanc les conduira toujours dans le chemin
de l'honneur.
Ah ! qu'ils tremblent nos ennemis. S'ils rendent la
proie qu'ils dévorent ; s'ils ne jettent plus un regard de
convoitise sur le sol sacré de la France, ils n'ont rien à
craindre de notre loyale épée; mais s'il faut châtier leur
audace, réprimer leurs excès, punir leurs insolences,
rendre à leur patrie ceux qui gémissent d'en avoir été
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violemment séparés, qu'ils le sachent, nous serons
vengés.
Autrefois, dans les malheurs publics, le peuple s'é-
criait : Si le Roi le savait ! Eh bien ! le Roi le sait main-
tenant; confions-lui la cause de notre honneur.
III.
Oui, place au Roi !
C'est bien lui, je le reconnais; c'est bien le Prince au-
guste , qu'il me fut donné de contempler dans son exil
en un jour, qui a laissé dans mon âme et dans l'âme de
ceux qui m'accompagnaient de si délicieux souvenirs.
Le feu de l'intelligence brille dans son regard; ce front
superbe que ne ridèrent jamais ni la haine ni la déloyauté
est vraiment fait pour la couronne, On dirait qu'il a em-
prunté à chacun de ses aïeux le trait caractéristique de
sa physionomie, sans qu'on puisse dire pourtant qu'il
soit le calque d'aucun d'eux. Un sourire aimable et
bienveillant éclaire ce visage et si noble et si beau. Ah !
comme en sa présence il est facile de comprendre la
majesté des Rois!
Quel moment quand il nous fut dit : le voilà!... Nos
coeurs battaient à rompre nos poitrines, le respect en-
chaînait nos-pas, de douces larmes mouillaient nos pau-
pières; mais lui nous tendait les. bras; son oeil pur et
lumineux nous éblouissait, et nous nous écriâmes : O
mon Roi !
Pèlerins obscurs et sans autre mérite qu'une antique
et traditionnelle fidélité de famille à la grande cause

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