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Ce livre, fruit d'une enquête menée par l'auteur, retrace les premières années de la vie d'Éric Rondepierre, artiste, né en 1950 à Orléans. ' Placé ' par l'État français à l'âge de 11 ans dans un établissement de la banlieue parisienne. Le narrateur se souvient d'une enfance étrange et solitaire, ballottée entre une maison familiale à Neuilly et des chambres d'hôtel, autour de laquelle se dessine en filigrane un Paris disparu, celui des promenades en fiacre, des jeux d'enfants dans les jardins des Champs-Élysées, des cinémas permanents. Il décrit aussi, sobrement, les années de pensionnat, la pression des éducateurs, les voyages ' organisés ', les amitiés passagères, la résistance passive, les premières lectures. Une vie austère, sans ouverture sur l'extérieur - excepté les salles obscures où l'enfant et sa mère, lors des rares sorties, cherchent un divertissement. Et un jour, à 18 ans, partir.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782021007374
Nombre de pages : 190
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P L A C E M E N T
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du même auteur
La Nuit Cinéma Seuil, 2005
F i c t i o n & C i e
Éric Rondepierre
P L A C E M E N T
r é c i t
Seuil 27, rue Jacob, Paris VIe
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c o l l e c t i o n « F i c t i o n & C i e » f o n d é e p a r D e n i s R o c h e d i r i g é e p a r B e r n a r d C o m m e n t
ISBN9782020965835
© Éditions du Seuil, mai 2008
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Pour Alexis et Raphaël
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Une femme sonne à votre porte. Elle vient vous voir de la part d’un collectionneur parisien pour acquérir une œuvre. Son choix se porte successivement sur plusieurs photographies, une discussion s’engage tandis que la nuit tombe doucement. Vous n’essayez pas de rompre l’obs-curité.Lafemmeestassiseenfacedevous,ledostournéà la verrière, et au moment où elle pose une question simple – une de ces questions sans réponse auxquelles on se dérobe volontiers – vous ne la distinguez plus. Sa voix seule : – Je pense qu’à un certain âge on se connaît, on s’ac-cepte comme on est. – … – Vous n’êtes pas d’accord ? – Je ne sais pas… – Vous ne vous connaissez pas ? – À travers le regard des autres. En ce sens, j’ai encore beaucoup à apprendre.
Cette dernière réplique est venue spontanément sur vos lèvres, vous ne l’attendiez pas. Vous n’en mesurez pas la portée. Ce n’est qu’au moment où vous êtes de nouveau seul, calé sur ce tabouret ergonomique acheté dans une
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brocante en Suisse, face à l’écran de votre ordinateur, les mains sur le clavier, les genoux douloureux à force de sup-porter le poids de votre corps, qu’elle survient de nouveau et que vous l’entendez résonner dans votre tête. Il y a tou-jours, avec celui qui dit « je » et dans le même temps, ceux qui le regardent. Le « je » qui vient en écrivant, ceux qui ne s’y retrouvent pas, tous ceux que « je » oublie et qui l’igno-rent également. Et le temps qui passe. Le temps du « je » passe avec lui, et c’est à partir de ce double mouvement que vous pouvez affirmer être né en 1950, à Orléans, au domi-cile de votre père, Gilbert Grossiord. Votre mère s’appelle Germaine Rondepierre et vous portez son nom. À moins que ce ne soit lui qui vous porte, qui sait ?
Vous pouvez incarner votre position dans le langage et avancer masqué, comme dans toutes les autobiographies du monde. Vous direz alors, avec cette fausse naïveté du direct : « Je suis né en 1950, 20 faubourg Madeleine, à Orléans. Mon père, Gilbert Grossiord, est médecin, ma mère, Germaine Rondepierre, sans profession. » Vous ajouterez : « Au moment de leur rencontre, ils ont la qua-rantaine, chacun une vie familiale derrière eux ; ils se fré-quentent depuis deux ans quand je viens au monde, se séparent deux ans après, hors mariage. Aucun souvenir d’Orléans, de ces deux premières années, aucun de mon père. »
Il vous reste à dire que vous n’avez jamais vu vos parents ensemble. Que vous avez du mal à circonscrire leur milieu d’origine. Même à présent, cela vous semble abstrait, n’ayant eu que très peu de renseignements de première main. La seule chose qui vous semble concrète, la seule famille
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