Plagiat

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Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.
Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.
Myriam Thibault est étudiante à Paris. Elle a déjà publié Paris je t’aime (2010) et Orgueil et désir (2011) aux Éditions Léo Scheer.
Publié le : mercredi 16 septembre 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756109640
Nombre de pages : 162
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couverture

Myriam Thibault

Plagiat

 

roman

 

Formant avec sa femme un couple bourgeois empêtré dans la routine, le narrateur de Plagiat, acteur et écrivain sûr de lui quoique légèrement désabusé, ne voit pas la catastrophe arriver : par une sorte de paresse affective, il se laisse surprendre par le départ soudain de sa femme. Désormais seul dans leur maison, il commence à fouiller dans de vieux papiers et découvre la correspondance qu’ils avaient échangée au début de leur relation. Lui qui pensait n’avoir aucune inspiration pour son nouveau livre se décide alors à raconter leur histoire à partir de ces lettres. Mais lorsque le livre paraîtra, et connaîtra le succès, ce geste vengeur se retournera contre lui.

 

Amplifiant ce qu’elle avait ébauché avec ses deux premiers livres, Myriam Thibault pose la question de l’authenticité des sentiments à travers la figure d’un homme qui, en cherchant à tout prix la gloire, précipite sa propre chute.

 

Myriam Thibault est étudiante à Paris. Elle a déjà publié Paris je t’aime (2010) et Orgueil et désir (2011) aux Éditions Léo Scheer.

 

Photo : Myriam Thibault par Samuel Boivin (D. R.)

 

EAN numérique : 978-2-7561-0964-0

 

EAN livre papier : 9782756104010

 

www.leoscheer.com

 
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© Éditions Léo Scheer, 2012

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MYRIAM THIBAULT

 

 

PLAGIAT

 

 

Éditions Léo Scheer

 

À B.B.

 

« Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première, qui d’ailleurs est inconnue. »

Jean Giraudoux, Siegfried

 

« Elle descend, somnambulique, quelques marches, avec des grâces fatiguées et savantes (grâces fatiguées et savantes : ces quatre mots ainsi assemblés, je les ai lus quelque part, ils ont déjà été attribués à quelqu’un d’autre). »

Jean-Jacques Schuhl, Rose poussière

 

« Perversité de femme ! pensa Julien. »

Stendhal, Le Rouge et le Noir

 

La Baule

Solitude volontaire

Septembre, mois paradoxal des jours qui raccourcissent et ralentissent à la fois. La plage est vide. La mer grise s’étend à perte de vue. Les marches qui séparent le remblai du sable arborent fièrement la couleur la plus brute de l’eau. Les descendre donne la sensation de se glisser dans cette eau froide venue tout droit de Bretagne : le vent sec bouscule, les membres se raidissent d’effroi, puis sont parcourus de frissons incontrôlables, tandis que l’esprit ne répond plus de rien. Les pieds nus se noient dans les grains de sable. Sur la plage, le vent sur les marches n’est plus le même. Il est toujours sec, mais attaque moins. Plus rien n’est palpable. Plus rien n’existe. Seul, comme dans un monde parallèle, presque cauchemardesque, le spectacle est déconcertant. La mer crache. Les mouettes hurlent. Le sable poussé par le vent pique la peau, parfois les yeux. Le ciel est sombre. Les nuages cachent entièrement le soleil. Aucune lueur ne réussit à traverser les grosses nuées grises.

Un labrador, à l’air heureux, court – oui, un chien peut avoir l’air heureux. Un joggeur le suit de près. Une joggeuse, à la traîne, avance à son rythme. Ils portent le même jogging. Il est noir, une écriture blanche sur le côté d’une des deux jambes. Ils sont certainement ensemble. En couple. Ou bien mariés. Je ne les envie pas. Je déteste courir. Pas un autre pèlerin ne s’est aventuré ce matin face à ce triste et délicat tableau. Et pourtant. Les photographes feraient de magnifiques clichés. Les écrivains romantiques écriraient quelques mots, sans doute teintés d’une certaine niaiserie. Les poètes pourraient faire de même, s’il en existait encore : je persiste à chercher le Baudelaire de 2012, en vain. Il n’existe tout simplement pas. On ne trouve plus que des Chateaubriand version 2.0 ne sachant plus quoi faire pour cracher, à qui veut l’entendre et à qui ne le veut pas, leur égocentrisme démesuré. Mais il y a les peintres aussi. Eux se battraient avec leur palette et leur pinceau pour recréer la couleur la plus proche de celle de la nature. Mais non, tous ces abrutis sont restés bien au chaud chez eux. Les uns écrivent leur vie trépidante sur le dernier ordinateur doté de nouvelles technologies fantastiques. Les autres peignent, ou tentent de peindre, l’ultime pomme de leur saladier avant de la manger. Ils n’ont plus que ça à se mettre sous la dent, ne vendant plus une malheureuse toile depuis plusieurs mois. « Faute à la crise », disent-ils pour rassurer leur ego déjà attaqué par quelques fêlures.

 

Enfin, « pas un autre pèlerin ne s’est aventuré ». Si, moi. Je suis inspiré. La beauté m’inspire : parfois de la tristesse, ou bien de la joie. Tout dépend de ma femme : si elle m’a énervé avant de partir, ou non. La beauté naturelle, la beauté des choses qui m’entourent, me permet d’écrire encore, et encore, sans jamais connaître le syndrome de la feuille blanche. D’ailleurs je n’ai jamais compris cette histoire de faux écrivains : la feuille blanche. Un beau mensonge pour avoir la pitié de ses lecteurs ça encore. Je n’ai jamais compris parce que je n’ai jamais été confronté à ce syndrome en vingt ans d’écriture et de succès, alors je considère qu’il ne doit pas vraiment exister. Oui, mes livres se vendent bien. Je suis traduit dans une dizaine de langues. J’ai plus de lectrices que de lecteurs. Je les fais pleurer et rire en même temps. Elles adorent ça. Une femme est plus facilement séduite par un écrivain qui lui donne des émotions que par un boucher qui lui vend de la viande, aussi tendre soit-elle, alors j’en profite. Et je fais en sorte que chacun de mes livres les plonge dans ce double sentiment de joie et de tristesse mêlées.

Un peu plus tard, au hasard de soirées mondaines, j’ai fait quelques rencontres, et le cinéma est également entré dans ma vie. Il est venu à moi par l’intermédiaire d’un ami réalisateur. Vous devez sans doute vous souvenir de ce film qui mettait en scène des femmes burlesques. Elles voyageaient avec leur producteur de ville en ville. Si ma mémoire est bonne, ce film avait reçu quelques prix. Eh bien, il m’a fait rencontrer du monde et, depuis, je joue pas mal de rôles dans des téléfilms. Mais je ne doute pas une seconde que ma carrière évoluera vers le cinéma.

Je vis plutôt bien, et suis autant connu en tant qu’acteur qu’en tant qu’auteur. Cela n’a fait qu’augmenter le quota de mes lectrices et admiratrices.

Cela dit, séducteur à mes heures de faiblesse sentimentale, je fais attention. Ma femme est jalouse. Jalouse et naïve. Je peux donc tout de même m’amuser de temps en temps avec quelque jeunette qui passe par là. Celles-ci ont en général une photo de moi accrochée sur le mur de leur chambre. Elles ne sont, d’ordinaire, pas très intéressantes, et d’une subjectivité excessive à mon égard : je deviens le plus beau, l’acteur le plus charmant, l’auteur qu’elles préfèrent parce que je les fais pleurer.

Un jour, dans un salon du livre, l’attente pour une dédicace avait atteint les deux heures. Il n’y avait que des femmes et des jeunes filles, toutes avec un ou plusieurs de mes livres sous le bras. Une vraie communauté s’était formée autour de mes romans. Je n’y croyais pas vraiment avant de le voir. Et ce jour-là, une femme est arrivée devant moi en pleurs. Elle m’a dit qu’elle avait lu mes livres à un moment où elle était au fond du trou, à une période où elle se levait en pensant constamment au suicide. Elle a découvert mes livres, et ça lui donné une nouvelle raison de vivre. J’en aurais presque chialé. Mais de rire ou de tristesse, je ne savais pas trop. On aurait dit une mauvaise scène de drame dans un mauvais film de série B. C’était grotesque, ridiculement joué. Et pourtant, je crois qu’elle ne jouait pas. J’étais son sauveur. À ce mot, je lui ai vite signé son livre, et l’ai remerciée d’un sourire forcé pour passer à la personne suivante avant que ce ne soit moi qui me suicide.

Ces femmes ont généralement un autre défaut de taille, elles sont d’une naïveté sans égale. Je crois n’avoir jamais rencontré une femme sachant faire preuve d’objectivité à mon égard, à part ma propre femme peut-être, qui, à trop apprendre à me connaître, s’est rendu compte que, sorti de chez nous, je n’étais qu’un acteur. Ce qui, je l’avoue, n’est pas complètement faux. La naïveté, quel vilain défaut. Chez certaines femmes, c’est attendrissant. Mais pas chez la mienne. Ou plutôt plus chez la mienne. Avec elle, c’est irritant. Pourtant je l’aime encore. Enfin, je crois. Souvent, je ne sais plus. Je doute. Sachant pertinemment que je serais bien incapable de rompre. Lâche comme je suis. Je ne pourrais pas quitter mon train de vie quotidien. Je ne veux pas que quelqu’un d’autre repasse mes chemises, que quelqu’un d’autre me fasse à manger, me gueule dessus quand j’ai laissé le rabat de la cuvette des chiottes ouvert, me demande de sortir les poubelles avec agacement, râle quand je lui donne une chemise blanche tachée de vin rouge, me demande de sortir le chien parce qu’elle l’a déjà fait hier, ou m’embrasse avec lassitude le matin. Je ne pourrais pas ne plus supporter tout ça.

Il faut dire que, même à quarante ans passés, elle est toujours aussi belle, mince et élégante. Je sais qu’elle ne prend plus soin d’elle pour moi. Elle le fait pour elle, et pour espérer plaire. Je crois que j’ai peur qu’elle me quitte. Je pense qu’elle en serait capable, contrairement à moi.

Mais elle m’aime encore. Je me dis cette phrase régulièrement, pour reprendre confiance en moi. Finalement, je me rends compte que je ne vis que par elle. J’aime parfois aller voir ailleurs, mais je ne peux pas me passer d’elle. Comme le mois de septembre, je suis un être paradoxal.

C’est compliqué dans ta tête, mon amour. C’est ce qu’elle me dit souvent. Ou qu’elle me disait, plutôt. Depuis quelques années, elle me dit simplement que c’est compliqué dans ma tête.

Nous faisons encore l’amour. Mais il n’y a plus d’affection entre nous, et il est rare que nous nous embrassions avec passion. Or faire l’amour sans passion est inesthétique. Alors j’évite toute tentation, et refuse toute avance de sa part – qu’elle ne me fait plus, d’ailleurs.

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