Plaidoier du comte de Lally-Tolendal, pour Louis XVI ([Reprod.])

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Boffe (Londres). 1792. Louis XVI (roi de France ; 1754-1793) -- Procès -- Ouvrages avant 1800. 3 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1792
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v b U
«Ile lui dit: o mon fil»! c'eftl'éxeï» de «douceur et iîa 7
trop <fe
̃
.:̃#̃
J'AI çonfervé jusqu'au 21 Décembre l'efpoir d'être admis
parmi les confeils qui fêtaient appelles à l'honneur de défendre
Louis XVI. Dès fè 5 Novembre, j'avais adreffle à la Con-
vention Nationale une lettre, fur laquelle on était' '1). à
l'ordre du jour* Auffirtôtqae j'ai fu que 1» vertueux Mr. de
Malefherbes avait couronné par pieux dévouement fa glo-
xieufe carrière, etqu'il s'était trouvé un homme qui avait ofë
réfuter de s'affecier à fes noMes efforts, j'ai écrit de nouveau et
la Convention Nationale, et à la perfonne que j'ai crue le
mieux placée pour préfenter à l'infortuné Louis XVI. mes ofT
fres refpeâueufes. Le choix était fait Mr. de Malelherbes b
avait, dans Mr. de Sèze, un organe digne de lui. Cependant
mon pl^doier était prêt, j'avais contracté l'engagement del'en-
yoier à la Convention Nationale, fi je ne po vais le lui feire
entendre, et c'était ^ujoursjan témoignage déplus en faveur
dt l'innocence et de la vérité., Sur les quatre parties qui le
compoknt, .deux^étaient invariables, et livrées àl'impreffion,
ders le commencement de Décembre. Il faudra fe rappelles
quelquefois, en les lifant, que je devais les
de la Convention,
B
•• 'V C-ITOf|NS,\
'Au milieu diflenfions civiles qui déchi-
raient la République Romaine, affâifféé fous fou
propre poids,; lorfquè fon fénat changeait dé
parti, auffi fouventqi^e la victoire changeait de
drapeaux; Ibrfque le vainqueur, ortant du
champ de bataille, s'établiflait juge ur la place
publique, et frappait du Glaive judiciaire tous
n'avait pas*rnoiffonnés le fer du foldat»
un des chefs du parti vaincu à Pharfale, était dé-
voué à un de ces meurtres juridiques, fans doute
les plus atroces de^tous. Son nom était Lig a-
dans fa toute puiflance, ni fes prétendus Collègues
dans leur aiferviflement et dans leur terreur, n'a-
vaient cru qu'il fût poffible de condamner fans
V entendre. Mais ce fimulachre de Plaidoirie n'é-
tait qu'un vain fpeftacle donné à la curiofîté,
ou une forme hypocrite arrachée par un refte
de pudeur. La mort dé O|arius était arrêtée
avant que fon procès commençât. Ne donnons pas
âdcéron le chagrin de ne pas entendre fa harangue
difait avec une
eft
̃:ït*.l\
et l'arrêt de bigarius à la main, il montait fur le,.
tribunal d'où il allait entendre plaider la caufe de
Liganus. jq J:
Cspendant après; la haine et la vengeance,
la vérité, l'humanit&parlèrent à leur tour. Elles
firent bientôt fentîr que l'on ne parvient pas aifé-
ment à les braver, dès que l'on a confenti à les
entendre. Les Satellites du Tyran s'ehtrerregar-
daient, les uns entrâmes par leur confcience, les
autres étonnés de s'en retrouver une. Un fré-
miflement favorable de la multitude encourageait
leur difpofition fecrette. Tous les yeux étaient
tournés vers Céfar, tous le. folliçitaient d'être ?
jufte, feul il luttait contrè tous:. i L'inftant vient
où il ne lui eft plus pôffible de lutter contre {on
propre cœur; lui-même il fent 'qu'il s'intérefle
au fort de fa viÊtime, il héfite, il s'abandonne,
et fixant un oeil humide fur celui qui la lui arra-
chait, tu as vaincu, s'écrie-t-il, et l'arrêt tombe
des mains de Céfar, eflàgarius eft fauvé.
Citoiens, pourquoi faut-il qu'en entrant dans
cette enceinte, la première idée qui ait frappé mon
efprit, ait été le fouvenir,de cette époque des an-
nales jRomâines? Quelles font donc les dilfen.
fions qui ont déchiré la France ? Quel combats
y ont été livrés? Quel vainqueur ai je à fléchir ?
Quel vaincu ai-je à défendre ? '*&
.QUEL vaincu? Je crains de me l'a-
vpuêr^ J'ofe à-peine -fixer la caufe
pour
̃JV.îy
pour laquelle je fuys^prêt à à'un
Peuple et non à un Individu que je dois parier
c'eft pour un feul homme que je plaide au tribu-
d'un peuple enter et cependant tous les
princesse la terre font inquiets, toutes les na-
tions^de l'univers, font attentives. Les généra-
tions^futures fe lèvent devant moi, et veulent fa-
l voir quel fort les attend. Les générations paf-
fées, tous les Français qui dnt exifté pendant
quatorze c,ents,,ans, tous ries hommes qui ont ex,.
ifté pendantquatre mille,fortent de leurs tombeaux
pour m'énvironnerj et me demandent quelle mé-
moire va relier d'eux déformais parmi les humains?
s'il eft donc vrai qu'ils ayent tous été livrés àl'ig-
norance, à l'aviliffemen,tet au crime ? S'il eff vrai
que la terré n'ait porté jufqu'à ce jour que de«
i tyrans et des efcl^ves, des fcéléfats et desihfeh-
fés ? Du milieu de cette foule, je vois fortir et
pafler en revue fous mes yeux, les ;images de
foixante et cinq Rois. Quelques uns fuient rapi-
dement mes regards, mais le plus grand nombre
s'arrête avec confiance, ils me montrent irifcrjts
fut leurs diadèmes, les fufnoms de faintt d'au-
gw/&, de pieux, de grand, de jujle; j'en vois un
qui eft appelle; £ttmd<e£ bon, comme les Romains
appeljajent 1,Etre fuprêmei un autre fur le front
> duquel eft écrit: JPère du peuple ils me femblent
attefter le ciel, exhorter mon courage, et fe ran-
ger à mes côtés. Tant d'importance eft at-
,\tachée
E 4*.]. Il
tachée à la déej|*on d'une feule qlt«ftion, et e'eft
le jugement d'un feul homme qui a imprimé ce
xjnouvement à la nature entière
Quel eft-il donc cet Etre, que tant de mal-
heures, tant de volontés, tant de forces n'ont pas
pu dépouiller de l'intérêt attaché à fa perfonne par
[la néceffité ? G'eft le defcendaot direa, et l'hé,
rider légitime de ces foixante cinq- Rois, qjii avait
recueilli le fruit de leurs itriompheSjXde leurs
loix et de leurs bienfaits. C'eft celui que les
droits du, fane la- tradition de quatorze fiècïes,
et le confentement unanime des Français avaient
revêtu de cette magiftraturefuprême appellée
Roioàté: Celui doiit le nom avait toujours été
tellement confondu avec la loi, que même quand
il n'en a plus été le créateur, il ep eft demeuré
le dépoiitaire et l'organe dont l'exiftence était
tellement liée à la Souveraineté, que même quand
il ne l'a plus polTédée, ii l'a feul Irepréfentée toute
1 entière. C'eft un,effort de ma raifon que de ne
pas me reprocher une efpèce de facrilége, quand
j'ofe appeller mon Client celui que j'ai fi long-
tems appelle mon Roi. Il-- s'agit de protéger, de
fauver celui auprès duquel j'ai cherché toute ma
vie falut et protection mon coeur aura^fiai de le
défendre, que ma penfée ne fera point encore ac-
j coutumée à l'idée qu'il ait eu befoin d'être dé-
fendu.
'̃£^TvV-
Roi que vous avez icfui il longtemps d^âimèry"
uand\ll était tout puiflant, vous vous êtes ton-
damnés à le haïrons retour, quand il eft malheu-
reux fi ce ,Roi; dont vous avez tous exalté la
probité, tarit1 qu'il à été maître de lui et des autres,
vous êtes réfolus de lut faire un crime de toutes fes
avions depuis qu'il n'a plus eu ni liberté; ni fui-
jets fi l'arrêt eft porté, fi pour vous l'arracher il
faut une vicloire, et pour cette victoire un prodige,
liez mon fojrf au fien; fi vous le voulez, mais n'ajou-
tez pas à une condamnation anticipée la dérifion'
barbarie d'une défende inutile ordonnez que je
u jtne; retire-\ Que celui qui fe fent a ez fort pour "•–
remporter un \tel triomphe, fe préfente à m,a
place. Quant à moi je n'ai pas la témérité d*y
prétendre, et j'ai rangé au contraire parmi les
monts de ma confiance et de mon efpoir quej'é-
̃ tais bien plus fort de ma caufe, que ma caufe n'é-
tait forte de moi.
NtsUfi, befoin de le croire, Vous
voulez la juftice et cherchez la vérité fi vous
avez fenti qu'à l'inftant même où vous vous fai-
fiez juges, vous celiez d'être ennemi; fi vous )
avez écouté le confeil falutaire -qui vous a été
donné par un de vos membres, d'ofer être jujks
vr pour montrer que vous 4iiez libres, et d'imprimer à
Wtre puiflance ce 'caractère de paix et d'équité^
qui feul diftingue la puiflanca légitime de la*
J puiflance
jpuifTaW.e ufurpée, alors ce qui était fait pour ex-
citer mon découragement, va doubler mes forces.
Dans une telle difpofition d'efprits, j'efpérerais
vaincre, s'il était néceffaire; j'efpérerai bien d'a-^
vantage:j'efpérerai n'avoir pas même à combattre.
Céfar~-Tyran et {es Satellites, fans-doute il
fallait les vaîfocre; mais un peuple libre et fes re-
préfentans, il ne faut que les avertir, ou le titre
qu'ils fe donnent ferait un titre ufurpé.
CitoienSjVous le dirai-je? Je vous parle-*
avec confiance, uniquement parceque je vous
parle. Certes quand vous avez voulu m'en-
tendre, c'eft que vous avez voulu entendre la
vérité. Il n'eft pasjufqu'à l'oppofition qui exifte
entre vos principes de gouvernement et les miens»
qui ne nous rapproche dans cet infant, qui ne "f
devienne pour vous un gage honorable d'impar-
tialité, et pour moi une fource précieufe d'en-
couragemens. A Dieu ne plaife que je prefume
de vous entretenir d'opinions politiques. Tout
me fait un devoir de les écarter. Mais enfin, mes
opinions politiques ont été connues, elles n'ont >
point varié, elles ne varieront jamais. Ainfi jevous
rends un hommage par celafeul que je vous parle,
et vous avez vaincu un préjugé par- cela feul que
vous m'écoutez. Vous les vaincrez tous: j'en
conçois l'heureux preffentimënt.
CITOIENS, on vous a dit fouvent que l'Europe
vous regardait; c'eft maintenant qu'il faut vous
le
t 7
le répéter fans cefïè.
le préfent vous appartient, fa venir en dépend.
Maintenant qu'un^nquvel ordre de chofes s'eft
produit, il ne s'agit plus de calomnier ce qui a
été; il s'agit de tâcher d'honorer ce qui eu: et
parmi les innombrables incertitudes qu'il faut°
abandonner au teïnps, une chofe eft certaipej
c'eft qu'aujourdhui vous ne pou* jz ni être jûftes
fans un grand profil; ni être injures fans un grand
danger.
Sans doute, pourpremier acte de cette juftice, r*
Vous entendrez, fans interruption la défenfe en-
tière dont vous m'avez permis d'être l'organe;
car vous ientirez que fi c'eût été un grand Scan-
dale'de ne vouloir pas m'admettre, c'en ferait
un plus grand de ne vouloir pas m'écouter.
PouR premier acte de cette juftice vous entent-
drez fans impatience les vérités déchirantes, même
les vérités févèies qu'il faut que je révèle atout
*ce-qùe renferme cette enceinte, et qui de cette
enceinte doivent fe répandre dans toute la France
car ces vérités tiennent à ma caufe^Ues font ig-
Vnorées, il faut q^u*on les fâche? je ne fuis ici que
jour K lçs dire, et vous -^n'y êtes que 'pour les
écouter.
i Poux premier afle de cette juftice vous en-
tendrez fans murmure les expreflions du pro-
fond refpecife, dont fans«ceflè je payetai le tribut
le
̃ N '̃̃̃ rendrait
t 8 ]V
moi JResJacraTfàifer et puis-
que j^ai voulu être fon (fefehfeur, apparemment
que je lui crois des vertus. Roi, captif, accufévin-
perifez-vous que doit infpi-
rer la ces caraQères à celui qui y
croit, M* que pejiferiez vous de celui qui, fans y
croire, remplirait les fonctions que je remplis f>
Citoiens, je rougirais d/infifter fur des de-
voirs fi faints. îgue des débats politiques dégé-
nèrent quelquefois en fçénes tumultueulès, ç'eft
djeja un inconvénient, il peut amener de^grands
que la faibfêffede
la raifon, et i'irtipëtuoiité des panions humaines.
Mais un jugé qui fur fon tribunal ne voudrait pasl
juftificâtion d'un acculé.; quand il a
une fi terrible manière de ^.réfuter quand il,
,v ya'ordohner de fllvie ou de fac1i|Drt k Un juge
qui craindrait la Un
juge, qui aurait Jbif du crime h^ui s'indignerait
de ce qu'on ce
fpe&âcle' impie,, quelque- monftrueux
comment appeller, ce ferait
une telle
'̃. qu'on. pourrait à peine|«n trouver un exemple
Çitoiens, de^i'arrcter furiçettj: idée vous vous
fàfait ifes viaimes»
̃. ..x ̃ ̃ ̃ ̃ D AILLEURS,
v.- V.
L 9 :V
c
D'AILLEURS, Çitoiens, Jl eft un point qui doit
Cêtre bien fixé entre nous. Vous n'êtes pas cette
affemblée conftituànte à laquelle tous les partis
reprochent leurs malheurs. Vous n'êtes pas cette
afïemblée lëgiuative à laquelle la poftérité deman-
dera éternellement pourquoi elle ne s*eft pas
tranfportée toute entière aux priions le Sept:
Revêtus d'un nouveau titre, nommés par d'^ù-
très mandataires^nïoiés»par eux pour donner
la France, quand il n'y en
avait plus, pour prononcer fur la fufpenfion de
Louis XVÏ. après qu'il avait été traduit à la tour
du Temple, vous ti'avez été àflemblés que le 20
Septembre. Vous/ vous garderez bien de vou-
loir vous retrouver dans des faits qui vous font
absolument étrangers, vous reconnaître dans les-
tableaux qui en feront traces. Votre refponfa-^
bilité vous parait fureineht afiet grandè^ians que
vous cherchiez a la
les évènemens qui fe jpaflaient quand vous n'exif- A*
tiez pas encore.
Nous avons aboli
<Oui, vous l'avez abolie et cettê queftion
in'eft étrangère. "Mais enfin ce qui regarde la Roiau-
té, et ce qui regarde la perfonne du Roi, f^rit^deux
chofes abfolument dHlinÊtes. Il ri'y a s néceffité
'Vautre. On pourrait vouloir ïa^Roiauté, et fe
t déclarer contre le Roi. On peut s'mteréffer pour

t io ].
e et En «OU,
de la Roiauté appartenir à
le jugement du Roi touche
Qu iL je l'âi
trât originel entre les -peuples et les Rois,
toire chacune des parties ne
l'a pas enfreint; ou bien, le trouve
établi en France, très
tainement ont donné ta couronne, 'la.
quand il je: croie,
les.
parablement plus les Romains d'au-
et que d'autres pensent, avec 'Rouf-
que il
libre: ce font
pardzans
rapport ni ni
celui qui a faire
XVI,
celui qui l'a plongé ns un cachot, celui
lui et tourmens et d'op-
non mais gratuits,
les feront con..
oïera condamnation,
leur dégradation, je Soutiens,
démonftrâtion, qu'entre un
tel homme et un mme de -il ne peut plus
rien de commun.
C » ]
EN deux mots, Clarendon (j'en nommerais
un autre, fi j'en connaiffâis un plus vertueux)
Clarendon pouvait communiquer avec Hambden
well que pour lui percer le' feiri.
PEUPLE Français, qui êtes venu, 'dans cette
audience terrible, affiler au jugement de vo.'
tre Roi, j'efpère obtenir votre intérêt^ je vous
demande votre filence. Ce jotjr fera la plus
grande- époque de votre hiftoire. Français,
penfez y bien, il s'agit de remords fans fin, et
d'une tache éternelle. Les Anglais pleurent de-*
puis un fiècle, et lès fiècles luivans les venant
pleurer encore un ségicidè commis par un biei|
plus petit nombre de leurs pères, avec bien
moins de folemnitê, et, il faut l'avouer, avec des
circonftances bien moins odieuses que celle/ qui
fignaleraient aujourdhui en France le renouvel-
lament du même attentat. On vous a bien ou-
tragés, Fiançais on a bien étrangement compté
ou fur la prévention, ou fur là légèreté, ou fur
l'ignorance, loFfque t'on n'a pas eu honte d'ap-
peler devant vous du nom d'infâme ce Charles I..
que toute une nation, qui apparemment n'a he-
foin de perfonne pour connaître adroits et fentir
fa dignité, appelle religieufement -du nom de
Martyr. Je reviendrai dans un autre- moment
fut l'hiftoire de Charles 1. Vous jugerez la
véracité de ceux qui prétendent vous, in-
t 'îv. ]
bruire, et vous verrez fi cet. exemple a de quoi
tenter. V < ^y
PEUPLE
) Que jemeureà cette baffe^fi le.réfpeÊl de vos
droits, fi lefzèle de votre liberté de votre
gloire, le votre bonheur, ne m'anime, pas au.
jourdhui dans tout ce que je dis. Reconnaifîèz
celui qui a été votre ami, fans qu'il,en; coûtât
rien ni. à votre innocence ni à la fienne. Re-
connaiffez celui que vous avez appelle votre dé-
fenfeur; loin qui me
fonnel, vous re-
trace, parceque_jtiaî befoin de vôtre cbftfiânce; et
je vous protefte, que-jamais je n en fus plus digne,
que jamais je ne la^ reconnus mieux, qu'enfin
jamais je n'ai mieuSf mente de vous, que par l'en-
peliez vous-.ce 1 75 Juillet 1789 lorfqu'à l'hôtel
de 'villé vous rfip|>ellates pour porter des paroles
de médiation entre Louis XVI et vous; rappeliez
vous ces transports, ces cris affeÊlueux que vous
unifiiez à ma voix, et qui prélageaienfdes évène-
mensplus heureux ;lorfqu'apr^s avoir parlé au
Roi de fes devoirs, rendant hommage à fes droits,
qui, alors, n'étaient pas, plus conteftés que fes
vertus, j^Jùi une émotion que vous
4 partagiez tous.: jVp, Sire, Cette génération de
Franfais tïeft pàtujfez malheureufe, pour qu'il lui ait
été réjervc'ide dé?nenlir quatorze fièdes de fidélité,
1,'S 1
Hélas il ne faut plus âujaurdhui porter H haut
,nos prétentions mais, Peuple bon et fen-
fible, ç'eft à vous que je m'addrefle, quelque part
[que vous foiez; .Peuple étranger à tous les excès
qu'on a revêtus de votre nom tant profané, Peu-
ple honoré paV la franchife^offenfé par la flatte- i
rie, jaloux de la vérités, vous ne me défa vouerez
pas quand je dirai à ce même Louis XVI: Non%
cette génération de Français, riejl pas du moins 'affcz
malheureufe, ajjfez réprouve», pour qu'il lui ait
été réfervé de commettre un attentat dont quatorze
Jîècles n'ont pas offert Y' exempte et de faire couler
foûs le fer d'un bourreau le fang de Si., Louis, de
Louis XII. et de Henri IV.
Ah je n'ai plus qu'un mot à dire avant d'a-
border le fonds du procès; mail il faut que je
le dife il faut que j'attaque votre fenfibilité,
pour parvenir à votre raifon il faut que j'entre [
dans vos cœurs, et que j'aille y chercher la fa-
veur fans laquelle toutes nies paroles ne ferlaient
qu'un vain fon.. Ecoutez-moi. Quels que foient
les divers féniimens qui ont partagé les efprits,
n'en eft-il pas un qui doit les réunir tous, celui
de l'humanité ? Eh qui pourrait s'y refufer,
en contemplant cette chute épouvantable, du faîte
des grandeurs humaiués dans l'abyme de la plus
profonde infortune en voiant ces auguftes vi£H-
mes de la fatalité, -livrées, depuis trois ans, à toute^
l'horreté des tempêtes politiques, allant d'écueil
a «n écueil, et de naufrage en naufrage, vingt fouis
touchant
!*♦<
touchant au port, vingt fois rentcainée» par, la
vague, perdures maintenant fur cet océan furieux»
et Jetant fur la dernière planché de fàlùt qui leur
*efte> fur ;̃ ̃;̃̃•• de qui leur
Ce Roi, <iui n'aguères fut le trpnele
plus éclatant du ^nonde dont les ordres étaient
xefpeélés dasis toutes les parties de l'univers,; dont
le nom était mêlé dans les temples aux invoca,
tions faciles, dans les fêtes aux chants d'allégreflè,
dans les tribunaux aux décrets de la loi/ dans
̃«. l'armée aué 'cris\,de la \iftoire, en Europe aux
béncdiftions de la, paix, en Amérique aux hymnes
de la liberté qui n'avait qu'un mot
à proférer pour qu'une maririerfortît toute en»
tièçë du néant px>ur qu«^les vagues de l'océan
rèc^ulàîïent devant teS ports conftruits dans fort
fein; pour que trois mers fe joigniffent pour
que des. canaux allâffent partout enrichir l'a-r
g ri culture et aggrahdirle commerce; pour que la
fervitude féodale fût abolie,, l'intolérance prof-
crite, les loix pénales adoucies, pour que des
manufactures, des attelicrs, des hofpices s'ou*
griffent de-toute part à rmduftrie, à la
la fouiFraBce le voilà enfeveli dans un cachot,
fournis aux ordres, abandonné aux outrages de. )
^-Hout ce qui l'approche. £»étre faible e^ précaire
que la nature vient de mettre au monde, n'eu: pas
plus dépendant de la volonté d'autrui, et il n'a
pas le et il n'ell pas
environné XVI. pour les pse»
t *y{
foii exigence, pour ceu* «or
de ion la\
fes enfant, vfa femme, fa feur^
eft à la ïnerci des caprices d'une nuée de geio^Q
liers, qui, fe rapidement,
mêmeie^tera^s s de 'contraâer cet kit€Têt iftvolon- r
taire, à toute créature fca- 1-
màine la vue d'un être toujours et toujours foûf-
frant chacun paffe, chacun veut Te fignaiér, et
comment, grand Dieu fe fignak-t-on
XVI. aabolil'éfclavage,et il eft devenu fe-rf d'au-
tant de maîtres qu'Il. a d'hommes qui veulent
t'être Louis XVI. a aboli la torture, et il
pas de torture qu'on ne fe plaife à inventer poar-
lui. Louis X\?|<^voulu que, mètnt
coupables, les priions fûiTervi falubtes et "com*
^^modes, et une .recherche ingénieufe s'attache à
rendre la fienne auffi ténébreuse,
l'être oh lui reproche
on luI' envie j
XVI. e^ venu au ïecôursdeà
Louis XVI. a introduit en
France la tolérance religieufe* et on lui rçfufe
le miniftre que fon culte et fa confcience follU
détails les plus abjects de l'intérieur domefti^
que, et on lui reproche la fierté qui la Soutient
Reine, époufe, mère^ il n'y a pas un (eut de ces
•M.Vicq.d'Aïif.
titres dont on ne faffe pour elle une fource de
douleurs et d'offenfèsï et on la hait de ce qu'elle y
trouve un principe de force et de confolation
On a inventé pour fa foeur un genre de fupplice
nouveau: dans l'impoffibilité de calomnier fa
vertu, on la tourmente par les groflïèretés obfcênes
que fes oreilles pudiques font forcées d'entendre.
2– Et.lesenfaris! que dire'de ces êtres innocent,
qui devraient obtenir grâce pour leur père, même
coupable, et fur lefquels au contraire on étend
fon fupplice. Qu'on ne me parle point ici,,de la,
nation on blafphême le nom de la nation, au-
tant de fois qu'on l'emploie a légitimer de telles
cruautés. L'hiftoire malheureufement offre plus
d'un de ces crimes doublement atroces, commis
envers la faiblelfe et l'enfance mais c'eft un feut
individu qui les commet^ une Marâtre, un Ufur-
pateur compterai, urwChef de parti emporté
par la haine ou l'ambition. Mais qu'on me dite
ce que c'eft que toute une nation tourmentant et
s'acharnant perdre deux enfans. C'eft une
prifon momentanée, vous iaépond-t-ôn. /Et ce-
pendant on a déjà, profère cette phrafe, dont
il n'y a pas, en Europe, un coeur d'hom-
me qui n'ait frémi: Qu'il faudrait balancer
lts dtjlinées du Jils de Louis XV L avec l'intérêt
de la République*. Ce Montefqtfieu qu'on re-
nie fur tout, qu'on n'entend fur rien, on l'a
Rap. de Nlàille, du 7 Noir. 1791,
*7 3
D
été chercher cette fois, on a été ;tr©uÉ[fer Tes
mânes, pour le faire fervir à perdre un en-
fant de fept ans. '119 Ils ne fentent pas leur mal-
heur," vous dit-on encore. Hélas je n'ai vu
que -peu de fois, dans ces derniers temps, toute
cette roiale famille réunie, mais. la dernière fois
je ne l'oublierai jamais. Un Dimanche ma-
tin je la vis à l'églife le fervice allait finir; on
entonna la prière accoutumée pour demander au v
Ciel de fauver le Roi c'était le 9 Août
toute la famille fe profterna, et tout autour d'elle
parut faifi d'un noir prefTemiment. Je vis Ma-
dame roiale, je vis la fille du Roi demander au
ciel de fauver fon père,; je la vis ferrer tes mains
jointes, cacher fon vifage,, et preflèV fon front
contre, Son livre, fur lequel deux ruifleaux de
larmes coulaient de fes yeux à-demi fermés
l'oppreffion de Ion amé, les battemèns de fon
cœur étaient fenfibles à que
celle là fente fon malheur ?– ^Et quant à cette
créature innocente, qui depuis trois ans joue dans
les bras- de l'infortune que depuis trois ans fa
mère ne regardait pas fans fe compofer un fourire,
pour no pas le dérober à l'heureulè ignorance de foti
age; croiez-vous qu'elle ne foif pas diflipée main-
tenant cette ignorance? Il voit bien qu'il éft en
prifon, car il ne fort point, et y cachot ne ref- v
femble pas à un palais; il voit bien que Ton
traité dfffé\emment fon père»~dar des 'outrages ne ̃
tefiemblent pas à des refpeftsi il remarque.
qu'entre
'&.
fes parées et lui toujours quel-
aux
larmes fur fes
joues bras; il a,,
vu leur quand on a voulu les
il fa. mére mourante, quand la.tête d'une
a été portée au bout d'une
pique, Et
combien combien 'en ignore!
Ecartons ces tableaux, Citoiens mais je te de-
mande, quel à
fa colère, a donné une telle
de pas vaincue paria
pitié,
cette pitié et de tout ce
qui vous de tout ce qu'ils
ne vous d'écouter
ce que,^ je vais dire pour prouver l'ont
pas mérité..
depuis où il
mont' furie, trône, jufqu'à celui où il a été!
être
Louis
il
Voilà entre lefquelles
partagerai toute du Roi.
1 19^ J
PREMIERE QUESTI^ON.
•« a fait..le .Rqip depuis qu'il ejlmontéjfifye Trônt
V jtfqu'dïinjiantoùïlaâéaccufé? ̃ <
tout à l'heure ce qu'avait été
peignant Ion pouvoir, jejie faifàis autrechcffe que
pei ndre fa bienfaifance. Et moi auffi j e vais
rapiâMde la conduite du Ro^
non feul éifnent depuis le commencement de lajrfoohtimt
je ferà.i/împîet mais
pour le corrompre. Surtout je ,ferai vrai, i J'at-
tefterai votre confcience far ce que je vais ràpr
peller à votre mémoire, et j'interrogerai vos
cœurs fur ce qu'auront, produit en eux de" tels
fouvenirs. f
Tout ce qui ne tient qu'à l'éclat ou à^la gran-
deur, tout ce qui ne flatte que l'orgu^iLdu tfône
e| la fierté nationale, je le pairerai rapidement en
revue, quoiquè laTplendeur. et la dignité foient* l
bien quelque chofe dans la vie politique d'un f
grand empire. Le Roi honnête-homme, Je Roi
ami de l'humanité, ami de la liberté» ami du Xi
peuple,
^oy^z le Rapport de Lindet au nom de la Çommiffion
C 'go 1
AINSI je vous dirai: Il, Quand Louis XVI. eft
monté for Je trône, votre nom était effacé de la
lifte des- puiflances maritimes, Une guerre eft
furvenue, et vous avez eu trente-deux vaiffeaux
de ligne dan s la Manche, cinq dans la Médi-
terranée, douze dans les mers d'Eifie, vingt-neuf
dans celles d'Amérique. Des flottes de cinq et
de Ex cent voiles ont tranfporté dans toutes les
parties du monde vos foldats, vos. magafins, vos
arfenaux. Comblés de gloire par vos combats,
des richeffes par vos prifes,' vainqueurs dans la
plupart des a£tions particulières, vous avez, dans
les actions générales, balancé les triomphes, et
furpafle les conquêtes de vos ennemis. Jufqu'à
l'éclatante victoire de Rodriey a honoré votre
courage. SufFrén a renouvelle à la côte de Corp-
mandelles prodiges ^es Pocock, des Grnàjh et des
Stevens. Le cvmmiffaire étranger que vous re-
gardiez avdc indignation, vous donnant la loi dans
un de vos.ports, enchainant tout à la fois et vo-
tre indépendance, et votre induftrie, et juf-
qu'aux bienfaits de la nature, vous l'avez vu dif-
paraitre fans retour. Tandis qu'un port était
affranchi, d'autres étaient créés. Dans les an-
ciens comme dans les. nouveaux parages, fur toutes
les côtes de, France et d'Alleriiagne*, fur la côte
d'Afriquef, dans toute l'étendue de mers qui
fépare l'ifle* de -France de l'Afie J, des obferva^
v teurs
Borda,' t La Brcwtmière. Oreniret.
[ai 3
teurs éclairés ont été envoies pour explorer
les routes connues, pour en découvrir de nou-
velles, et leur but a été rempli. Ce courageux.
marin, dont aucun Français ne prononce le
nom fans attendriuement, qui a reflemblé i
Cook par fon génie, par fa bravoure, et par fon
malheur, cet infortuné la Peyroufe, c'était de
Louis XVI. qu'il avait reçu directement fa mif-
fion et en fortant du long entretien qu'il avait
eu avec le Roi, au moment de Ion départ, il.
était auffi étonné des connaiflances du Monarque,
qu'attendri du zèle paffionné qu'il avait trouvé
en lui pour le bien public et pour l'honneur du
nom Français.
JE vous dirai: Quand Louis XVI. èl
monté fur le trône, votre intervention pefait à
peine quelques grains dans la balance politi-
que de l'Europe. Louis XVI, par la pureté de
fon arne, par le choix et la difcrétion de fes çon-
feils, par laUoblefle -et le défîntéreflement de fes
vues, vous a remis à' la place qui vous apparie-
nait la France a pacifié la Rutile et la Porte;
elle a pacifié la Prufle et l'Autriche elle a pa-
--̃ cifié 1'Autriche et la Hollande. Votre alliance
a été recherchée, votre appui défiré le Rpi
et la Nation ont l%gal l'un de
l'autre.
t .1, t-z 3
JE vous dirai
té fur lê trône, je ne
les et
guerre de câpres par
Les quatorze années qui
s'étaient de
dégradation. Des intrigues
iniques,: une jigue contre ,(les
de .où
et où opprime 'n'était pas
voilà ce qui nation
pendant cette de foh
quel
particulières avaient
clat mais tout le refte était terni par le malheur,
la et
paru, et il a ranimé ce noúfe qu'ils
regardait comme Peuple
qu'il commandait. j'e ne pas fi jamais Prince
complu d'avantage dans le refpea de la
et dans le
de l'honneur
les
X
ont été
payé^çaV% guerre de,^778! Français! que de
traits d'héroïfme vou*âvez produits pendant ces
cïnq àhn4és î: Mais ne/vous rappeliez-vous
^pas avec quelle fidélité les' récompenfes fuivaient
noblefle elles allaient
quelquefois au-devant, avec quel difcernemenTf
s tous lei moyens d'émulation étaient faifis? Tan-
N tôt c'étaient des aÛio&ssiparticulières, c'était la
"Waleur d'un fimple>Gorfaire V^'était le dévouer
ment du Curtius Français t'que Louis fe
à immortalifer par laplusJvôbledesrécompénfesi
Tantôt «iT] embraffait dans les témoignagés de fa
reconnaiflance tous ceux qui avaient bien mé-
rite de la patrie. Il ordonnait une fuite de ta.
bîe'aux, dans lesquels ,devaient être repréfentés les
actions éclatantes et les combats glorieux de ̃la^
Marine Française. Que n'êtes vous ici, *ô vous
tous qui avez fourni les fujets décente intéréflàrîfe
gallerie! vous nous diriez ce (que vous avez
X éprouvé en 1786, dans ce voyage de Louis^XVI, »
.dont je parlerai bientôt fous un auCFe rapport,
lorfque vous étiez furprispeutêtre, mais furtoiwL_
attendrais de'l'entendre vous appeller tous par vos
uîl~ noms,
Fabre, Capitaine du Phénix, qui s'était battu pendant
trois heures feul, contre cinq .Corfaires ennemis, en avait fait
faix trois et amener deux. Le Roi lui envoya un epee d'of, et
une penfion.
+ LeCheTaUerd'Aflas. ,•
Tp*
noms, vous décrire vos voyages, vous citer voo x
combats, vous compter' le nombre de vos blef-
fufes. ..̃̃
JE vous dirai "Quand Louis XVÏ. eft monté
fur le trône, plufieurs branches de comnîércelan-
*guiffai#nt. L'induftrie demandait vainement qu'on
lut ouvrît de nouveaux atteliers. Les arts dégra-
dés étaient devenus tributaires des vices. Louis
XVI ^a fécondé tout à, la fois le commerce exté-
rieur et interne. Il a créé des manufac-
turcs inconnuesi et il a perfectionné les an-
ciennes. De nouvelles fonderies ont été éta.
blies, de nouvelles Pêches ont été ouvertes*
de nouvelles mines ont été exploitée. Il a
prêté fes vailfeaux aux négociant de l'-Inde. De-
puis fon avènement au trône jufqu'en 1788, les
rétours annuels de St.. Doniingue^fe font accrus
de 50 millions, et la France, par la feule balance
du commerce, a gagné 400 Kullions pendant les
huit premières années déroft règne. Par lut les
arts purifiés ont été rappelles à confaçrer la fou-
venir des .grands talents et des grandes vertus.
Le Burin a pris la même direction que la pein-
ture. Le marbre s'eft animé pour retracer à la
nation Françaife, dans un immenfe et glorieux
Mulée, to t les grands hommes dont elle devait
S'enorgueillir. Là tou: le^ préjugés ont été ef-
facés, to es les ^dafles ont été confondues le
génie la vertu ont feuls donné l'entrée, ont
Mort d'Affas.'rMort de Montai». Siège de Calais, &o.
C ^3
feuls marqué les rangs; et, comme dans l'Elyfëe
de Weftmi»fter, vous avez vu Racine auprès
de Ion Pafcal-iuprës- de Montefquieu, et*
f Jean-JJart fur la mêmejâgne que le grand j
GiTQiENs, c'eft affez parier d'éclat et de gran- s.l
deur, venons à la probité, venons^ à .la bonté.
Louis XVI. vous a été dénoncé par votre com-
miflion des vingt eï^vn'> comme un Tyran qui
r? èejl conflamment appliqué à empêcher, à retarder,
puis à anéantir votre liberté.* Louis XVI vous eft
annoncé par moi, comme un Roi débonnaire, qui èjl^x
à créér
votre liberté. V^pus avez entendu le récit de vo-
tre Commiffion. Vous allez entendre le mien.
Faite le Ciel que la poftérité n'ait qu'à confirmer
votre jugement t hélas ce^n'eft pas pour la me-
moire de Louis XVI. que je conceverai jamais
une inquiétude. Elle eft Sacrée de ce moment.
Mais il vit fon falut, et celui de la France, voilà
fur quoi vous allez prononcer. 'Ab difçernez-
donc le bien entre le menfonge et la vérité,
Louis XVI. monte fur le trône à l'âge de 2o
ans. L'yvreffe de la grandeur eut peutêtre été
pardonnée à l'yvreflè de l'âge/et fan premier
mouvement eft celui d'une terreur rejigieufe,
Il -eft effrayé du fardeau impose àfajeuneffe..
f Lindct Rapport du 10 Debcmt>rc.
C -•« 3
il l'avoue avec C*.deur, il longe à appéller au-
près de lui tout ce que l'expérience lui promet
de lumières, tout ce que la vertu lui promet
^Tappuis. La première fois qu'il parle aux peu-
,'ples, c'eft pour les décharger d'un impôt, pour
prendre fur lui la longue dette de fes pères, et
jamais il n'a violé cet engagement; pour mettre
fous fa fauve-garde toutes jes propriétés, et jamais
il n'a porté atteinte^ aucune pour annoncer aux
Français qu' aucun facrifice ne lui couterait-pour eux:
Hélas il eft arrivé au dernier enfin, pour ap-
peller les laveurs du Ciel fur fes bienfaifantes
intentions. 4û^s> leur dit-il, fur le trône pu il a
plu à Dieu de Àous élever, Nous efpérons que fa
honié foutiendra Noire jeunet,. et Nous guidera dans
les moiens qwi pourront rendre Nos peuples heu-
teux.* Qui de nous put alors lire ces paro-
les relire
fans douleur/?
CE h'eft pas dans les intrigues de la Cotir ou
dans les fuggeftions. de la/flatierie, c,eft au fein
de l'eftime publique, c'éff dans les recommen-
dations de fd^ vertueux père (i), au milieu des
bénédi&ions de toute une province (2), dans la
réfidence lointaine d'un homme laborieux (3), au
fond d'un jufte et glorieux exil (4), que le jeune
Roi
•Editdunjoisdejuinr (i)%.DeMoy. <2)Mr.T«rgot#
(3) Mr. de Vergennet* (4) Mr. de MiromefnU.
Roi va chercher les premier? dépositaires de (on
pouvoir.
LE pain du ï|puple> voilà ce dont il veut s'oc-
cuper avant tout. L'ame de Turgot répond à la
fienne. Il appelle Turgot fon ami, parcequ'il
voit en lui l'homme du Peuple autant que Pnom-
me du Roi et cet Edit mémorable parait, qui
fixant les principes fur la liberté du commercer
des grains, affranchiffant leur circulation1 in-
térieàre, devait rendre et la denrée meilleure,
et la fubfîftance plus facile.*
La juftice eft le fécond befoin des peuples.
A elle s'attachent tous les liens de la fociété. Sans
doute elle eft plus précicufe encore aux çlaflès
les moins fortunées, puifqu'elle eft l'arme du faible
contre le fort, et le fegl niveau qui rétabliffe parmi
les hommes la véritable égalité|qui leur appartient.
La magiftrature entière était dans l'exil. Vous
croyez bien qu'il fe trouva plus d'un homme
pour dire à Louis XVI. qu'en la rappeliant il
allait fe donner des maîtres, qu'il allait remettre
fon autorité fous un joug dont on l'avait dé-
gagé qu'au contraire, il devait fe trouver heu-
reux de recueillir les fruits d'une opération dont
d'autres avaient fupporté l'odieux. 'Hélas
cette politique n'était que trop-plaufible, et les
événemens l'ont trop juftifiée.1 Mais c'était Yp-
pinion publique, que Louis XVI. interrogeait
c'était
Editdu«)NoveaJjre, 1774,
E a* 3
Jetait Te vœu de fon peuple, et non l'intérêt de
fon autorité, que Louis JfcVI. voulait féconder
Le vœu du peuple était pour les Parlements,
puifqu'à leur retour le peuple les a portés en
triomphe. 'Louis XVI. $ donc feinftallé tous les
Parlements.
LE peuplé avait dix pain et des juges. Mais
le poids des impôts était écrafant furtout pour les
campagnes. Unemefure s'était introduite dans
la perception^ dont la rigueur était voifine de la
cruauté. Si, dans une village, quelque pauvre
habitant n'avait pu fournir fa contribution, fi
quelque homme de mauvaife foi avait dirpar^K
fans y avoir fatisfait, leurs portions étaient rêver-
fées fur la communauté entière qui était folidai-
rement contrainte. Louis XVI. fe hâte d'abolir,
par une véritable loi, l'aâe barbare* qui avait
ufurpé ce nom facré, et il n'y eut plus de con-^
trainte folidaire.
VERS le même temps un fléau vint affliger l'a-
griculteur. Une maladie épizootique exerçait
fes ravages dans pWieurs provinces; les cam-
pagnes fe dépeuplairent de bétail. Louis aida de «
fa follicitude, de fes foin-s direfts, et de fe« fecours
abondants, quiconque fut menacé ou frappé de ce
malheur.
Affreuse et défolante vérité? que je dy
avec déchirement, mais que je ne puis diffimuler.
• Déclaration dij 3 Janvtor, 1775.
r 29 3
Louis était deftiné à être puni de fes vertus, et.
fouffrir pour avoir voulu le bien. Un Roi fi po-
pulairé, un miniftre fi incorruptible, allarment de-
toute part ceux qui s'engraiuaient des abus, ceux
qui fe raflafiaient d^la fiibftan.ee du pauvre et des
larnies du malheureux. Des ce temps là on
s'arme contre Loms^7 de fes bienfaits. On fou-
lève le peuple contre la loi qui dpit le nourrir.
On crée une difette factice au fein deT'abon-
dance. La révolte eIt dans la 'Capitale et dans
,les provinces environnantes. Les magafins font
enfoncés, les bleds et les farines femés fur les
chemins, où jettés dans les rivières, toutes les
boulangeries font pillées, et l'on parle à Paris d'al-
ler à Verfailles. Cette fois le peuple ouvrit
promptement les yeux. La clémence du Roi
voulut taire te nom des inftigateurs. Ses procla-
mations affecltueùfes, fes inftru&iorts aux minidres
d'un Dieu, qui pour lui était bien véritablement
un Dieu de paix, portèrent partout le calme avec
le repentir, et Louis fut heureux de pardonner.
O! combien furent alors répétées les paroles
qu'il proféra le jour où la fédition était la plus
vive! il venait de travailler avec Mr. Turgot
il l'avait invefti de tout fon pouvoir. Au mo-
ment où il le voit partir pour Paris, il l'em-
braffe avec eflPufion, et lui ferrant la main,
*Uezt mon amit lui dit-il, quand on a comme vous et
moi la confcience'pure, on ne. craint rien des hommes.
/̃ Qui
I 30 ]-
Qui eut dit que dix-fept ans après, le 20JUUH792,
4 JLouisjadreflèràit le, même difcôurs non plus à un
"y ami, mais à une troupe d'ennemis comblés de fes
bienfaits^et altérés de Ton Yang ?
PARMI les différents départements
quels le mihlftère était partagé, il en était un
jugement rédouté, celui duquel émanaient ces
ordres terribles -connus' fous le nom de Lettres-
de-cachets, qui quelquefois ont prévenu; plus
îoiivent ont fuppofé, et toujours ont encouragé le
crime. Ce miniftèrè vient à vaquer. A qui
croyez'-vdus qu'il va être confié ? apparemment
a un de ces éfclaves orgueilleux qukne connais
fent de loi que la volonté du maître et la leur,
qui puniffent la parole et la nenfee, qu'aucun
malheur 'iréT;ouche et qu'aucune injufti,çe n'eÊ.
fraie ? Non Louis appelle à cette place un des
magiftrats, les plus intègres, un des philosophes
les plus libres, un des hommes les plus humains
que l'Europe révère un magiftrat qui avait
paffé fa vie à oppofer dea barrières aux entre-
prifés arbitraires de la 'Cour. C'eft que Louis
XV L a horreurs des Lettres-de-cachets, c'eft
qu'il veut que les Français foient libres. A peine
Mr. de Malefherbes a-t-il fanftifîé ce miniftèrè,
que par ordre du Roi il entre dans les prifons et
defcend dans les cachots. Il brife lès, fers de ceux
t, qui ont été txtp ou trop longtemps punis. Il
allège la captivité de ceux qu'il eft impomble de
rendre
C 31
rendre à la Jbciété. Il drefîe fous les yeux du
Roi un règlement qui commence par détruire Pa-
bus, et qui doit finir par opérer l'anéantiffement.
des Lettres-de-cachets.
Citoiëns, on vous parlé des lits de jujlice que
tenait Louis au milieu de quelques magijlrats, poury
diBefJes ordres abfolus -=On vous a dit que ces
féances, fuivies du deuil et dèHa con/lernation, ajou-
taient 'toujours aux calamités publiques t. On n'a
point cité de faits: en voici un. Le 12 Mars
1776, Louis convoque à Verfailles le Parlement
de Paris. Iltient en effet un U4 de jujlice. Il eft,
en effet, environné de magiflrati pour leur diSer jet
ordres abfolus. Ilrepôuffe leurs remontranc es, il
force leur foumiffion, et de fa volonté fuprême il
fait enrégiftrer la fuppreuton de ces corvées qui
?vexaient et accablaient le peuple; l'abolition de'
ces jurandes qui enchaînaient fes facultés et fon
induÀrie; la répartition égale entre toutes les
fedion des grandes routes. Vbilà les lits dejuf-
tice de Louis XVI. Celui là du moins n'a pas
étéjùïvi du deuil et de là confiermtioni celui là n'a.
pas ajouté aux calamités publiques.
JE me trompe, Citoiens, un grand deuil a fuivi
ce jour fi fortuné. Une grande calamité publique
en a été le dernier rëfultat. On a reconnu que
par la conftitution Françaife d'alors, la vertu du
Roi
"Rapport de Lindet da 10 Decembre, 1 791. t ibid.
C- 32 1
$
Roi était Jmpuiffante pour le bien, toutes les
fois que de grands corps avaient intérêt de'
maintenir le mal: Maîtrile par ces Cours qu'il
Néant, Louis a été obligé de
de renoncer à fes
̃ v cdïts bicii&Tfafïits, et d'attendre du temps, et de
nouvelles mefures, .l'exéc-dii-on de fës projets po-
pulaires.;
A peine Louis XVI. a-t-il fait cette première
perte, qu'il eft obligé, de fe. jréfigner à une fé-
conde. L'ami de Mr. Turgot, Mr. de Malef-
berbés, veut lé fuivre dans {à retraite. Uri Tyran
eut faifi avec tranfport dette occafion d être de-
livré de l'importune furveiilance d'un- miniftre fi
févère pour l'autorité, et fi propice au peuple.^
Deux fois Louis fefufe la démiffion de Mr. de
f IWalefherbes, deux fois il le conjure de ne pas' le
quitter et quand le philofophe, perfiftant dans
fa rcfolution, décrie avec vivacité Sire)' il ejl
impojibk de faire le bien. Al ut donc, lui répond
A Louis, que je quitte nai..
3 vetéBqui dépofera éternellement de la pureté de
fon ame! Telie^eft l'idéç que Louis fefait de la
puiflance fuprême. Ce fondes devoirs et non
des droits quelle lui préfente. Etre Roi et faire
fon. coeur définit la RoyautéWomme la loi l'a
Louis
Cn i
Louis a toujours été religieux; ta
Nation gouvernée par un Roi impie, par un ckeï
impie qüélqu'il JpiH Mais jamais, fa, piété n'a
été fuperftitieufe. Ainu\>tand4s-qu'iL fondait des
fièges épifeopaux pour c,6nferver le dépôt de
l'inftruftion publique, et pour créer une lèfiburce
de plus à l'indigence, jl fongeait à délivre'r le
Royaume du fardeau d^ toutes ces maifons pré-
tendues religieufesy» dojrtt l'oifivété était le mon-
dre fcandale. Il réunifiait les unes, il aboliffait
les autres. Il obtenait de la puitfance eccléfiafti-
que une dimiflution/dahs .le nombre des fêtes, et
il fe félicitait de rendre tous ces jours au travail
et à la fubfiftance du peuple 1'.
Là légiflation des -colonies, trop longtemps
negl igée, fixé fes regards avant tout, il fongè à y
établir fur des fondemens inébranlables, ce dVoit
facré de propriété, fans lequel s'écroule toute la
fabrique des fociétésj.
Nous fommes^paryenus à l'époque de l'unique
guerre que Louis ait entreprife. Je n'ai plus à
vous entretenir ni du fuccès,* ni de la gloire de
cette guerre, mais je dois vous fixer un inftant fur
fon principe. Chaque jour votre orgueil fe com-
plait dans l'idée que vous avez fait croître la
liberté pour les Américains, et que c'eft du mi-
lieu d'eux que vous en avez apporté les femences,
F dans
t + Lettres patente*, 1778-
E 34 ]
dans votre propre pays. Mais cette guerre qui
vous plait tant, dont vous vdus^croiez tant honorés,
pouviez vous la faire alors, ff Louis ne l*eût dé-
clarée? Cefîez doue, ou d'appeller cette caufe la
caufe des hommes libres, ou' d'appel 1 er Tyran le Roi qui
s'eft armé pour elle le Roi qui, llpngternps preffé
de s'engager dans cette querelle, longtemps incer-
tain s'il s'y engagerait, n'a pas été arrêté un feul
inftantpar le danger que pouvait courir fon au-
torité, mais avait? befoin d'être entrainé par le
vœu général de^fa nation, pour vaincre un jatte
fcrupule envers une nation étrangère.
Ordinairement les combats abforbènt toute
autre idée. Lever des hommes, et lever des im-
pôts, voilà, en temps de guerre, les occupations
prefqu'excl u fives de tous les gouvernements. La
guerre d'Amérique a duré cinq ans et ces
cinq années oi)£ vu plus de réformes, plus
~V de foulagemens, plus^d'inftitutions, que vous
jp^eûffiez ofé, en attendre d'une longue paix.
Parcoure^ fuccenivement toutes les* parties
de'1'adminiftration, et voiez s'il en eft aucune,
qui ne fe foit jreflentie du mouvemeniucégé'néra-
que Louis XVI. avait déjà imprimé à toute
laFranpe.
Depuis longtemps, il gémifrait fur la barbarie
des lbix criminelles. Déjà il avait aboli dans fes
armées la peine dé mort dont on frappait les dé-
ferteurs. Parmi les loix qui fouillaient le plus
.̃'̃̃ '̃̃ ̃»̃)"̃' votre
I 35 3
votre code, il en j&tait une, qui, en dernière anà- w
lyfe, fe réduifait a cette propofition Savoir com-
bien, dans un temps donné, il en,coutera d'efforts r
la férocité d'un homme pour forcer^kinnocence d'un
autre â [e calomnier elle-même Louis XVI. anné-
antit cette loi", et les mots de queftïon pré paratoire
difpararffent enfin de la languê^d?un peuple civi-
lifé! Une commiffion eft inftituée pour ré-
former le code entier, pour rendre les juges plus
jufles, les. procédures plus franches, et les puni-
tions plus douces. De grandes vi0imes dès er-
réurs, ou des prévaricati ns judiciaires, folie
rendues fi non à la vie, du mpins à l'honneuf, et
le Roi (Âh! qui le f t mieuk que moi?)
applariit lui-même les routes de la juftice
fous les pas des infortunés qui vont l'invoquer
dans fon dernier fanftuairé. D'horribles et d'·in-
feaes prifons confondaient l'innocent et le cou-
j pableaufein d'un fupplice anticipé; Louis les
fait rafert. L'humanité préfide à la conftruftiop
de celles qui les remplacent. Le débiteur mal-
heureux n'eft plus mêlé avec l'infâme aflaffin.
L'innocent, qui fort d'une épreuve momentanée,
n'a eûà regretter que quelques jours de liberté
le coupable ne meurt au moins qu'une fois.,
DEJ A préférântle foulagement de fes peuples-au
de fa cour, le Roi avait fupprimé une moitié
̃ de
• Déclaradon^Su f ejrteiribre, 178c.
t Déclaration portant r»ppreffion du fort l'Erêque et du petit
Chatéîêt, Oftobre 178J.
^e fa mlïfon militaire. II fupprime encore plus
de quatre cents charges dans fa maifon Hbmefti-
que. Il fait que lajufïice efHa bonté des Rois,
et tantôt fixant à une feule époque la demande
dès graces pécuniaires!.) tantôt faifant réunir dans
un feul titre toute belles qui étaient accor-
dées au mêrrie individu^, il fe met engarde con-
tre les, furprifes, etparvient ày vérifier les abus.
-Partout s'établit une comptabilité févère. Par-
tout la juftice commence à s'introduire dans la
répartition. Le clergé augmente fes dons gra-
tuitsf les financiers prêtent à l'état faïis inté-
rêt||; les feignéurs engagiftes font aftreints à une
jufte redevance* et la contribution du'peuple
eft diminuée. La taille fur tout, la taille devient
fixe et immuable, d'arbitraire quelle était. De tout
coté s'ouvrent des écoles gratuites ici c'eftpour
préparer la nourriture du peuple, tt là c'eft pour
préférver le bétail de l'agriculteur %X* Pour là
rigueur des,- faifons, pour les malheurs imprévus,
pour la fubfiftance, pourrie vêtement, pour le
Ordonnance du -15 Decemlire, 1 775.
+ Ordonnance du 20 Août,i78o.
J Règlement du 23 Décembre, >
4 Déclaration du
Don extraordinaire de 16 millions 178a.
Il Prêt gratuit de 30 millions par les 'fermiers généraux,
14 Juin 1 781. x
•• Arrêt du confeil, 14' Janvier 1781.
++ Ecole de boulangerie, 8 Juin 1780.
Ecole vétérinaire, 1,780.
travail du pauvre, il f> des reflburces\ toujonrs
prête*, et des fecours toujours abondants. On
avait douté quelquefois fi les hôpitaux n'étaient
pas plus barbares que raiféricordieuxj fi tous ces
malheureux entâffés l'un fur l'autre, et s'infec-
tant réciproquement du venin de leurs diverses
maladies, n'étaient pas des viftimes dévouées par
lateifère, plutôt que des êtres foufFrantreceùïllis
par l'humanité. La charité roiale defcend a4
milieu d'eux, et le doute eft levé*. L'Hotel-
Dieu devient un afj^e honorable et falutaire.
Chaque maladie a fes fanes, chaque-malade a foa
lit. Dans toutes les paroifles de la Capitale s'é-
lèvent des hofpices particuliers deftïnes à fécourir
l'hofpice général. Une douce et compatifïànte
rivalité s'établit dans toutes les parties du Roiaume.
Les particuliers luttent avec l'adminiflration et
comme fous uni Roi belliqueux tdut prend un <*
afpecl militaire, fous un Roi efTentiellement
biepfaifant, tout le fuit dans 1 es voies de la bien-
faifance, avec la différence, que cette dernière
paillon n'admet aucun danger, pas même celui de
l'hipocrifie, car le bien en: toujours fait, et tel
eft lecharme de le faire, que celui qui a com-
mencé par feindre la bonté finit par la fentir.
Ainfi le riche devient meilleur, en même temps
que l'indigent devient moins infortuné. Jamais^
non jamais la peuple n'avait été tant compté, ni
le pauvre. tant fe courus
C 38 ]
L'AGRICU LTURE, le premierbefoinde l'homme,
fa première propriété, la bafe, et l'objet de
fes premières lpix*, eft auffi pour Louis l'objet
d'une attention première. Sous fes aufpices
des fociétés fe forment dans les différentes pro-
vinces, et correfpôndén/aveç fes commilfaires.
Eclairer, fecourir^ honorer le laboureur, inven-
ter de nouveaux inftruments, propager de nou-
velles femences, iécompenfer des hommes labo-
rieux, féconder des. terres ftériles, approprier à
un lieu les- richeffes d'un autre, et rendre la
France entière participante de l'inftruclion, et
des moiens que recueille chaque Canton; tel
eft le but que fe propofent, et que remplirent
ces fociétés bienfaisantes Les projets qui de-
mandent de trop grands efforts, le Roi s'en
charge. Ainfi les marais ftagnans et morbifiques
du Vexin t avaient réfifté toutes les entreprîtes
formées pour les deflecher. Le Roi veut y réuf-
fir. Trente mille toifes de canaux font ouvertes,
cinquante ponts-font conftruits, quatre chauffées
font élevées; 150b arpens font rendus à la, çul..
ture, et une province, entière eft rendue à la fa4
lubrité. Henry IV. avait conçu le projeta,
Louis XVI, l'exécute. §
ClTOIËNS,
*• Legifera Cereri.
+ Depuis Chaumontjufqu 'à Marqueront,
J En 1599. il avait appellé'^io^r cet objet le célèbre Hol-
landais Humfrfy Bradlty. Kj~
$ En 1779, Parles foin$' de M. M. Ccurvoîfier et Bonicerf.
t 39' ]
Citoiens, ferea-vous furpris, qu'alors la re-
connaifla>nce"des peuples éclatât de toute part?
Pendant que les habitans du Rouflillon élevaient
un obélifque à^Louis pour leur avoir rendu un
port, ceux de Bourgogne lui confacraient une
^médaille, pour l'ouverture du canal qui devait
joindre trois mers. n. r
Louis n'ajamais été ni philofophe aux dépens
de la morale, ni philantrope aux dépens de fa
patrie.. Mais il chérit le principe autant qu'il
abhorre l'abus. Son aine douce et pure eft faite
pour ce fentiment que Çicéron appellait la charité
du genre humain..t IL ne formait que des vœux de
paix dans le tems même où il s'était cru obligé
de foutenir une guerre. Il renverfaif fuçceifive-
ment les barrières placées dans des tems de bar-
barie entre les diverfes nations de l'Europe et la
Tienne et vous vîtes à cette époque, à l'égard de
la Pologne, £ 'de l'Amérique, § du Portugal, ï
la France renonçant à exercer, et ne devant plus
rapporter ce roit d'Aébainet qui n'était qu'un
droit de fpoliation.
Mais je touche aux grands traits du tableau
que je dois vous tracer. Dénonciateurs de Louis
Seize,
"̃* • Port de Vendre*.
Novembre, 1778.
C4O.1
Seize, vous qui prétendez le juger, vous qui l*a«
V vçz entendu accufer.; recueillez toute vo|re at-
tention, Je vais offrir à vos régards un ipeâa-
cle qu'ils n'ont point encore vu, à votre raifon
un prodige qu'elle aura peine à concevoir. Vous
allez voir un tyran qui, au lieu de forger des fers
pour des hommes libres, affranchit ceux que des
loix immémoriales faifaient naître dans l'état de
fervitude; Un tyran 'qui, au lieu de, conquérir de
nouvelles prérogatives à fa couronne, facriEeles
anciens droits de fon patrimoine; un tyran qui,
au lieu d'ufurpfï tous les genres de pouvoir, et
d'envahir toute efpèce d'admiaiftration, fe dé-
pouille lui-même, et tranfporte à des affemblées
populaires ce qui jufques-là avait légalement ap-
partenu aies officiers un tyran qui, au lieu de
couvrir fon adminiftration d'un voile impénétra-
ble, appelle fur lui la lumière du grand jour
qui, au lieu de fe regarder comme le proprié-
taire de la fortune publique, ne croit en être
que l'économe, et veut en compter avec la na-
tion.
Dénonciateurs, juges, perfécuteurs de Louis,
XVI, voici ce qu'il n'eft pas en votre pouvoir de
détruire, voici ce que la France a vu, ce que
l'univers fçait, et ce que la postérité répétera
éternellement.
I. Le 10 Août 1779. Loujs XVI, par un
édit folemnel, a fupprifoié, irrévocablement la fer-
i vitudé\
r 41 1
G
Vitude et le' droit de main morte dans les domaines
roi aux et les domaines engagés; a irrévoca-
blement aboli "fë droit de fuite fur les ferfs et
main-mortables, a folemnellement invité tous les
propriétaires à fuivre l'exemple de leur Roi.
Il. A compter du mois de Juillet 17781, Louis
XVI. a fuclceffivement établi, des affemblées pro-
Vinciajesl chargées de la répartition, de la per-
ception et du verfement, des impôts; .des dépen-
fes locales, des routes, des canaux, des édifices
publics; et le commiflaire du Roi, qui précédem-
ment prononçait prefque fouvérainemént fur tous
ces objets, n'a plus eu qu'un f fimple droit de con-
cours, et fouvent qu'une voix confultative.
III. Enfîn, au mois de Janvier 1781, Louis
XVI. a voulu que l'état des finances devint pu-
blic, et le compte rendu, par le Directeur Général
de ce département, a été imprimé par ordre du
Roi.4,
Et c'ëft au faîte de la toute puiffahce au mi-
lieu des victoires et environné d'hommages
c'eft fans en être follicité; c'eft, au contraire,
lorfqu'à la réferV&d'un très petit nombre' d'hoiri-
mes privilégiés, tous les agents immédiats de l'au-
torité l'aiment mieux redoutable 'que bienfai-
fante; c'eft alors que Louis conçoitlet exécute
cette immenfe révolution. ^Malheur a. moi fi
j'ajoutais un feul mot au finiplerécitde ces grands
événemens. xv
CîTOIENS,
i 4* ]
.• CiTQi-s>s, voil à la féconde époque à laquelle
Louis- a furpaffe^refpoir même' qu'il avait fait
naître. Je vois /es bienfaits, je cherche fa ré-
'compenfe hèlas 1 je4 retrouve fa deftinée.
Louis ces corvées, ces, contri-
butions onéreufes qu'inutilement il avait voulu^
détruire avec fon mininre, il les détruifait avec
les affemblées provinciales. Le peuple était con-
tent et béniffait fon Roi. Les deux premiers or-
dres fe portaient avec zèle dans la nouvelle car-
rière qui venait de leur être ouverte. Les com-
munes d'alors, élevées à une égale influence,
jouiffaient de la juftice qui leur avait été rendue,
et ne longeaient pas plus à en abufer qu'on ne
fongeait à la leur envier. Là exilait réellement un
efpjjt' public. Là régnait l'union avec l'efpé–
rance. Après trois ans de guerre, la recette ff
trouvait excéder la dépenfe un immenfe crédit,
une paix prochaine, une adminiftration égale.
meiu pure et attentive, promettaient l'amortifle*
dette. Les affemblées pro-
vinciales facilitaient tous les moyens d'ordre et
de zéle; et chaque province attendait, avec une
respectueuse confiance, l'inftant, où le Roi, dans
fa marche Sagement graduée, devait faire arriver
jufqu'à elle le bienfait dont jouiflait déjà la Pro-
vince voifine.
Mais il était des hommes qui ne voulaient ni
d'un Roi vertueux, ni d'un peuple libre. Il
était
L 43 1
était d'antiques corporations, rivales bien plus
qu'ennemies du pouvoir arbitraire; qui voulaient
que le Roi le poffédât, àfin de le lui ravir, et dé
l'exercer en fon nom contre lui-même. Elles
voyaient la longue fuite de leurs ufurpations
anéantie en un inftant, par la feule apparition des
affemblées provinciales. Le miniftre qui, ainfi
que Mr. Turgot, avait répondu aux intentions
du Roi, ainfi que lui fe vit perfécuté; lui-même
il fit 1 a faute de défefpérer trop promptement du
bien; il céda Vop tôt à l'orage, et le Roi put lui
reprocher de le laifîer feul au milieu d'un ouvrage*
qui demandait à ;être fuivi par l'homme avec lél
quel il l'avait commencé.
Funeste époque! depuis laquelle tout a dé-
cliné. Sans doute les vertus du Roi font reftées
toutes entières. Son -defir d'établir la liberté
publique s'eft manifefté de plus en plus. Sa bien-
faifance n'a pas tari, et Paris, furtout eft plein
des traces qu'elle y à laiffées.* Sa popûlarité
s'eft encore accrue, et jamais Trajan, au milieu
\des Romains, n'offrit un fpe&acle pH\ at-
tendriffant que celui de Louis XVI. au milieu
du peuple de Normandie en 1786. Cent fois au--
milieu de la pompe de Verfailles on l'a entendu
regretter la foule qui fe prédit autour de lui fur
le rivage de Cherbourg j et cent fois furement, »
depuis qu'il eft fi malheureux, il i'ëft demandé ce,
".̃ qu'ils
Anciennes et nouvelles halles, ponts, quais, hôpitaux, Sec.
E 44 ]
qu'il avait donc fait, pour qu'à tant d'amour fuc-
cédât tant de cruauté. < .JL>-
Mais
tient à la partie des finances. "Il éft des circon-
flanc où le feul changement de fyftême eft un
fignal de ruine et Louis XVI.
ne connaiflant plus-^d'autre moyen de fléchir
cette oppofition implacable qui arrêtait tous fes
defleins, alla chercher au fein du
parlement, fit deux et fut obligé cty re-
noncer. L'oppofitipn reparut; ces mêmes cours
qui avaient eu leurs pré ten fions à défendre contre
lelminiftre de 1781, avaient une injure à venger
dernier n'était pas
même défendu par l'opinion publique contre les
haines"pl£rtîculières. Entre la prolongation de
guerre, l'accroiflement de la dette, deux ans de
lacune dans l'adminidration, le .défaut de con- /?
\fiance e&Xa perfëvérance d'obftacles#*il pe^eftàît^
au mots de Janvier 1787, que
dans
Un exemple fut propole au Roi, cet exemple
avait été Louis XVI. le
faifit avec transport, et il ordonna une convoca.
tion des Notables -,de foh roiaume. Aiofi à
chaque pas il s'acheminait davantage vers une
i^epréfentation nationale qui devait être le dernier
term^ de fës travaux, et qui était celui de fes dê-
\t 45 ]
fon peuple, délibérant avec lui fur leur intérêts
communs. Perfonne n'a Ignore ce qu'il écrivit
à ion miniftre le lendemain du jour où il avait
défi nitivemerit arrêté cette première convocation
je nefçais comment, pqffe la nuit;
ON a trop bublié^çé que propofa Louis XVI.
aux Notables; c'eft là cependant que l'aflemblée
conftkuante a été chercher tous fes plans; eUe n'a
changé que les moiçns, et n'a ajouté que lei-ex-
cès. voies pouces et légales,
fans commettre une feule injuftice, fans faire un
""feul malheureux, fans' rien déforganifer, propo-
fait 4'impôt Hérritorial, en nature ou
un impôt fur le timbre, la vente d'upe partie des J
tous/féX droits honori-
fiques la réduction de c1â .'taille et de la gabelle
l'aliénation des domaines, ennuie réfervant que
la fouveraineté; la liberté du commerce des
grains des affembléés de provinces, de diftrifts,
de paroines. Le Roi raduifait de quinze millions fit,
dëpenfe perfonnelle, |l diminuait celle de chaque
département; il fvïpprWit tous les privilèges por- 1
tant exemption de charges publiques, il impofait
un cinquième fur toutes les pehfions, il promettait
la publicité annuelle du compte des finances.
JAMAIS aflemblée ne rempHt moins les efpé-*
rances qu'on en àVlit conçues, Individuellement
ojvappercevait des lumières et du patriotifme
.colkaive-
V 46 X
collectivement elle n'offrait ni ensemble, ni
efprit public. Oir^aftaqûa la 'perfonne du mi-
niftre, au lieu "de juger les projets il irritâ\fes
t aggrefièurs par une défenfe imprudente; il fit
un appel au peuple) contre les ordres privilégiés,
il fe trouva feul contre tous. Le Roi preffé en-
tre tous ces débats, navré d'amertume à la vue,
lies obitacles que rencontraient toujours fes intenr
tions les plus pures, cri public en
armant un nouveau qui pouvait fe
fervir des Notables, et qui le, hâta* de les con-
gédier. ̃̃> -i-
je- ne fuis^plus féparé, que par un
intervalle de quinze mois, du minière que
rappella pour vous donner les états
^généraux; mais ces quinze mois il faut les tra-
'•̃'vèrfer, etje ne meSpiffiniule pas que c'eft ici que
du ~Roif^~Cependan!,
combien il eMacile de le défendre contre leurs
reproches! combien leur propre conduite four-
nit d'arguments'contre leurs imputations En
fuivant dans ces malheu-
reiifes cireoriftances, combien, au milieu de tout ce
? qui excite, nous trouvcrons encore tout ce qui\
fait plaindre, et tout ce qui fait aimer
que je porte
un défi à tous ces.détraftcurs. Je demande qui
ofera me nier que le minière, placé par, le
R.oi à la tête des affaires au mois d'Avrir^S?,
̃/̃ ;;• ̃ *f
[ 47 >I,
n'y eut été appelle depuis des années par la voix
générale. Jamais adminiftration fut-elle accueils
lie par plus de confiance ? jamais tant de mal-
heurs furent-ils précédés de tant d'efpérances ?
Ainfi le choix que fit Louis à cette époque, était
^encore un hommage rendu à l'opinion publi-
que, encore une preuve de fa déférence pour le
voeu, de peuple. En vérité ceux qui, depuis
deux ans, _ont donné, ont retiré leur confiance
à tant de généraux, à tant de minières, à tant d'o-
rateurs, doivent concevoir combien l'homme <jut
gouverne eft alternent trompé dans fes choix, et
peut-être n'ont-ils pas eu, ainfi que Louis XVI
l'erreur de la Fiance pour excufe de leur
erreur.
Secondement. Qu'elle était, à cette époque,
la pqfition de Louis XVI? il marchait à un nou-
vel ordre de chofes. Il rencontrait à chaque pas
la Ijgue des vieux préjugés et des intérêts perron-
nels. On lui enlevait tous ceux qui avaient fa
confiance, et qui travaillaient felon fon coeur.
On fufpendait l'action du gouvernement. L'état
périclitait. De nouveaux confeillers arrivent.
Ils difent au Roi,J que "l'empire eft attaqué mor-
tellement qu'une çrife peut encore le fauver;
mais que dans ce palfage de la mort à la vie,
des remèdes extrêmes font néceflaires; que
̃'•* fon but eft la liberté, mais que fon moyen eft
la puiflance; qu'il faut faire un dernier emploi
de
1
^5
de l'autorité abfôlué, pour lui fubfhter une
autorité légale et qu'enfin la rigueur fervira
ceux là même qu'elle frappera, parce qu'elle
« les. empêchera de périr:" Combien de fois
n'a-t-on pas dit à cette tribune, depuis trois ans,
combien' de fois les accufateùrs de Louis
n'y ont-ils pas répété-" qu'il était des circon-
ftànces qui s'élevaient au deffus des règlés ôrdi-
que ce qui ferait injufte et dangereux
cbmme..mefure habituelle, devenait falutaire et
« jufle comme mefure ïévolutkjànaire, &c. ?**
Comparez les différentes applications qui ont été
faites de ces principes, et, par les confeillers de
Louis XVI. en 1788, et depuis trois ans par fe»
détracteurs. Comparez, puifque le malheur l'a
condamné à fubir un tel parallèle, les ades de Té-
vérité. que les uns ont excuré, les actes de féro-
cité que les autres prétendant juiüfier par ces
mêmes principes et voyez comment vos ora-
teurs s'y 'prendront poux reconnaître dans leurs
chefs révolutionnaires des hommes juftes, et pour
ne pas reconnaître, en même téms, dans 'Louis
XVI. les plus clément des Souverains, même pen«.
dant ces quinze mois qui ont tant coûté à font
« coeur. V
Troisièmement enfin, qui font ceux fur
qui frappaient alors les rigueurs miniftérielles ?
Des parlements qui tous s'étaient conftitués en
"guerre avec le gouvernement et dont plusieurs
foule-

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