Plan d'établissemens à former sous la direction de la maison philantropique de Paris, pour élever les enfans trouvés, sans leur donner de nourrices... : discours lu au comité de la maison, le 1er décembre 1789 ([Reprod.]) / par M. le chevalier de Gestas,...

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chez Clousier (Paris). 1789. Enfants trouvés -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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THE FRENCH REVOLUTION
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LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
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\A. FORMER
LA DIRECTION
DE LA
RAISON PHILANTROPIQUE
DE PARIS,
POUR élever les En F ans-Trou r Es
de Nourrices,,
CO UR S lû au Comité de la Mai/on par
M. le Chevalier DE Gestas t Commandant du
Bataillon des Théatins & Membre de la Société.
premier
A PARI S,
Imprimeur du ROI, &
Çpçiété Philantropique rue de Sorbonne.
*z ..«*•̃.
A
DISC OURS
LU AU COMITÉ
DE LA MAISON PHILANTROPIQUE*
PAR M. LE CHEVALIER DE GESTAS4
Messieurs;
Je ne puis parler ici de ma reconnoif-
fance d'une manière digne de l'AiTemblée;
qu'en lui portant l'hommage de vues
deftinées au foulagcment de nos fem-
iA)
blables. Ce tribut ,'Meffieurs eft un $ck~,
yoir que tous les Membres d'une Société
de bienfaifance ne doivent jamais fe
difpenfer de remplir: heureux à-mon de-
but, de pouvoir profiter des circonftances
générales, qui femblent préfenter ( après
votre Santliôn & fous votre conduite )
les moyens de faire réuffir un plan.de la
.plus grande importance pour les progrès
de la population, pour le bonheur &
l'ordre public j'ajouterai même qu'il
doit contribuer à la reftauration des
moeurs.
Il s'agit de fubuituer un ufage & des
moyens nouveaux aux Nourrices des
Efifans-Trouvés. Je fuis, d'avance, cer-
tain de l'intérêt vif & de l'attendriuement
que cette claffe d'infortunés vous infpirc;
un tel dépôt remis à la Nation, fouvent
par les mains du vice mais fouvent
auffi par celles de l'indigence efl en
effet, le plus beau le plus précieux tré-
for que l'humanité puiffe confier à l'hu-
manité. Les loix de la morale, devançant
de beaucoup celles de la politique, pour
prouver, de concert, la vérité d'une f
touchante maxime, vos coeurs, Meilleurs,
(îV,
A t
la connoiffent mieux que ma foible voix
ne peut l'annoncer.
Depuis longtems je fuis frappé dù nom-
bre infini de vidimes que l'inftitution des
Enfans -Trouvés ne peut fouftraire à la
mort pendant le cours de l'allaitement
& je fuis convaincu avec ceux qui con-
noilfent cette inftitution, qu'un effet auffî
meurtrier eft, fur-tout, caufé par les torts
des Nourrices. J'ai cherché comment il
feroit poffible d'atténuer cet effet fans
anéantir fa caufe. Inutiles recherches ja-
mais l'ignorance & la mifere apanage
& véhicule unique de ces femmes, at-
tirées par l'appât d'un gain auffi médiocre
que leurs befoins font preffans ne leur
permettroient de fe plier à un meilleur
régime, a. de fimples changemens d'habi-
tudes. Les loix du devoir ont peu d'in-
fluence fur la plupart des ames de cette
trempe & la religion eft un frein qui
malheureufement, devient de jour en jour,
trop léger, même dans les campagnes.
Je crois donc qu'il cft plus que jamais
démontré impoflible d'améliorer le trai-
tement barbare & fi meurtrier des Nour-
rices, envers les pauvres Enfans de la Pa-
trie/ Je ne voudrois cependant pas, Mcq
fleurs, fatiguer votre attention par de
longs details fur les maux & les dangers,
dont leurs berceaux font auaillis affez
de gens vertueux & éclaires, ont porté
dans cette matière, l'examen d'une pro-
fonde fenfibilité je me bornerai à l'ef-
quiffe rapide de leurs obfervations que
j'ai recueillies & vérifiées moi-même.
Le très médiocte falaire de 7 liv. pa£
mois, décide des Nourrices habitantes à
& 60 lieues de Paris, à venir y cher-
cher des Enfans Trouvés, que la Maifon
leur livre fans autres informations que
celles provenant des Meneurs payés par
l'-Adminiftration & qui partagent encore
dans le mince profit de ces, pauvres Nour-
rices. Vous jugez, Meilleurs, qu'un pa-
reil traitement & de telles conditions, ne
peuvent convenir qu'à des femmes gémif.
fant dans une profonde indigence &
qu'elles font impérieufement forcées, de
fe partager entre les foins qu'exigé leur
nourriçon & le travail pénible des champs.
Accablées de fatigues & mal nourries,
quel lait peuvent- elles donner? je n'ofe
étendre cette réflexion: y a-t-il parmi
(f)
A 3
Vous, Meflieurs., parmi des Citoyens met
diocrement aifés, un Père qui ne frémi-
roit de favoir fes Enfans livrés à de telles
Nourrices mais parcourons la longue
file des maux qui réfultent du régime
aduel.
Un des plus ordinaires, c'eft que la
Nourrice devenant enceinte, donne à l'en-
fant un lait empoifonné. Cet accident,
dira t -on, eft commun & impoffible à
éviter il arrive aux Nourrices gagées de
toutes les claffes il peut affliger une
époufe eftimable, une mère tendre qui
nourriroit elle-même car il eu: de nature
à avoir produit de funeftes effets avant
qu'elle s'en foit apperçue. En convenant
de la vérité de cette réponfe je crois
infiniment raifonnable d'y répliquer que
lorfqu'avec une furveillanee exacte de la
part des Parents, ce malheur arrive très-
fréquemment, les Nourrices des Enfans-
Trouvés, qui ne font contenues par aucuns
furveillants, y font mille fois plus ex-
pofées. Le nombre des Enfans qu'elles en
rendent vidimes eft effrayant les moins
malheureux, font ceux qui périflent dans
leurs mains, les autres rêvant en proie a.
t n
des rçiaux de toute espèce. Ceci çft faciles
à prouver & j'en appelle à la bonne-foi
des Adminiftrateurs de la maifon.
Maintenant, fi vous portez vos regards
Meilleurs, fur les effets de cette hideufe
maladie, pour la guérifon de laquelle;
deux fiècles de recherches & d'épreuves,
n'ont pu faire trouver à la médecine,
que de bien infuffifans palliatifs, ou une
forte de fpécifique auffi dangereux, peut
être que le mal lui-même, quelle fuite
de malheurs n'envifagerez-vous pas une
villageoife faine, une mère de famille
précieufe, une femme deflinée à donner
encore des enfans à la Patrie, fe trouve
dévorée par cet horrible virus dont elle
ne connoit peut-être ni les fymptômes,
ni le nom; & cela pour avoir reçu,
Paris l'enfant d'une proftituée. Voilà
fouvent plufieurs générations perdues ou
infe&ées malheurèufes ou anéanties. Com-
bien il eft aifé de fe peindre les effets
d'auffi grands maux, & qu'ils font affli-
geans pour les amis de l'humanité Ils
font incalculables fous les rapports de
la politique.
Je fais, Meilleurs, que déjà l'on tra-
i?)
A4
vaille d'une manière efficace, à éviter
de tels malheurs, puifqu'à l'Hofpice de
Vaugirard, on guérit, en même tems, des
mères & des enfans; mais je fais auffi
qu'une foule de nouveaux-nés, n'ayant pas
de fymptômes vénériens apparens, il ar-
rive encore de terribles méprifes & par-
ce qu'un mal deviendroit plus rare, parce
qu'on auroit fçu diminuer le nombre des
vidimes, doit-on ceffer de s'occuper des
moyens de n'en plus apercevoir
Je crois avoir rafierhblé dans ces points
de vue, les principaux dangers qui ré-
fultent du régime de l'allaitement, ainfi
que les caufes premières & effentielles de
la mort des Enfans -Trouvés pendant le
cours de ce même allaitement. JE suis
autorisé à vous affurer Meilleurs, que
le nombre des enfans qui périflfent la pre-
mière année, s'élève aux deux tiers, au
moins des enfans reçus dans la maifon.
Cette bafe affligeante de calcul fume pour
déterminer l'apperçu pins affligeant en-
core, -du très-petit nombre de ceux qui
parviennent à être élevés d'une manière
utile pour eux &: pour la Société. D'après
les pertes qu'éprouvent ? ordinairement,
flesParens foighpux de kur^cnfans fains}
allaités pat leurs mères ou par des Nour-
rices choifies Se continuellement furveil-
lécs, l'inftitution des Enfans -Trouvés
peut-elle fe flatter de conduire à l'âge de
fept ans plus d'un enfant fur i qu'elle
aura reçu Cette perte feroit précifément
le double de celle admife par les calculs
de mortalité, les moins contestés, pour
tous les enfans en général; mais je crois
raifonnable de la porter ici plus haut.
Cependant, des relevés très-faciles à faire,
confirmeraient bientôt', ou détruiroient,
à cet égard, mon opinion.
Je ne ferai que rappeler Meffieurs
d'autres maux, de moindre importance,
que le régime actuel entraîne, & qui
même en font une fuite inévitable. Des
Nourrices qui ont peut de lait, continuant
d'allaiter leur propre enfant au détriment
de celui qui leur eft confié d'autres, en
proie à des paffions violentes, telles que la
colère & la jaloùfie, donnant un lait plus
ou moins vicié, mais qui jamais ne peut
être fain plufieurs d'entr'elles logées
dans des fouterrains humides, faifant con-
tracter à leurs nourriçons le germe de
Ï9l
mille incommodités prefque toutes les
portant aux travaux des champs, expofés
aux injures de l'air & leur préfentant le
fein dans les momens où elles-mêmes font
accablées de -fttigue &. baignées de tueurs
celles-ci, fourdes aux cris de leurs infor-
tunés nourriçons, les fiafpendant à une
porte, durant des demi journées cellcs-
là^manquant abfolument de lait & y
fuppléant par une bouillie vifqucufc, grof-
fière & indigette ces abus, ccs inconvé-
niens dangereux & d'autres, que j'omets,
fe voient chez toutes les Nourrice fala-
riées mais ils pèfent d'une manière plus
affligeante fur les Enfans- Trouvés, en rai-
fon de l'extrême modicité des falaires Se
du manque abfolu de furveillans. Il eft,
Meffieurs, des influences morales, tenant
à la polirique, fous le rapport funefte de
la dépopulation, & fous celui non moins
important, des moeurs publiques, qui mé
ritent, de votre part, une considération
plus efiTentielIe.
Chaque année fournit de 6 a 7 mille
Enfans Troiivés à la Maifon de Paris
chacun d'eux ayant- une Nourrice
il eft évident que toutes celles qui
(IO>
feront un peu attachées à leur devoir;
priveront la fociété d'un Enfant, que
fuivant toute apparence, elles lui auroient
donné. Plufieurs dé ces Nourrices, allaitent
jufques à dix-huit mois d'autres, repren-
nent auffi-tôr un fecond Enfant, & c'eft
ainfî que l'augmention des familles, cette
première fource de la richefle nationale,
du bonheur & de l'aifance des ménages,
dans les campagnes, eft arrêtée par une
fpéculation du plus foible intérêt, d'un
intérêt mal conçu pour les Nourrices
elles-mêmes. Elles négligent leurs ménages,
épuifent leurs fantés, diminuent des forces
fi néceflaires aux précieux travaux des cam-
pagnes, & fe croient dédommagées par
un revenu de trois louis & demi ( i )
J'ai vu, j'ai obfervé, Meffieurs, que des
maris de ces mêmes Nourrices, fâchés de
la détermination de leurs époufes, s'éloi-
gnoient d'elles, & pérdoient en débauches
de vin, ou avec d'autres femmes, une
fomme égale ou plus forte que celle
(i) Ce revenu s'élève un peu plus haut, à caufe de quel'
ques légères gratifications & des mois d'hiver & de
moiffon,qui font payés de il à 16 liv.

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