Plan nourricier ou Recherches sur les moyens à mettre en usage pour assurer à jamais le pain au peuple français, ainsi qu'à rendre le commerce des blés vraiment légal, et par conséquent libre et indépendant : présenté à l'Assemblée nationale, au roi, à tous les ministres, et envoyé à tous les départements et districts de l'empire ([Reprod.]) / par F. A. Rauch,...

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de l'impr. de Didot jeune (Paris). 1792. Blé -- Industrie et commerce -- France -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1792
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Ay
AVERTISSEMENT.
cet
là révolution, et h'àj
fait qu'augmenté^ ittôti
l'achever. Je M isatis fé 4
1790 au
le
da&ty dès
le KWi iàfe
«lie
vant RbusèiUoft^
encore quelques cbmbinaisons relati-
ves à ce beau paj's; je les ai laissées avec
confiance parce quelles pourront ser-
vir en même têtus de points de corûpa-
raison pour les autres départemens du
royaume.
4 AVERTISSEMENT.
$i l'on trouve îcjue je me repète sou-
vent, je préviens que n'ayant pa e
la vaine prétention d'écrire pour lesi
savans, à qui je ne sais que rendra
hommage,, ni faire un livre de goût, iéj
langue française, n'étant pas m# jr ère
langue., mais rassembler spu& 'une
forme vulgaire et à la portée de tous
mes compatriatès un grand îiotmbre
de. faits et d'observations utiles, j'ai
dû m& replier souvent sur les mêmes
idées, afin
sous tous les rapports de sensibilité
morale, tous lesseiitiméns d'huniftnité
nécessaires pour opérer le grand hiefl
propose.. y
A iïj
PLAN NOURRI C I
Recherches sur les moyens à mettre en
usage pour assurer jamais le pain
au peuple français, ainsi qu'a rendre
le commerce des blésvraiment légal,
et par conséquent libre et indépen-
PREMIER.
A A\ et partisan ûé du bonheur dé mpn sem-
'fe'tfai àséfixet pendant Iobg|tero5
d'an f^àrà ferrtié Hfeniàf«sé indéfinie d'ad-
occupé ënÊà dés inipre88ioq8 pénibles* j^dont
pénHrê si vivement rhomine sensîbîç la
A.
sa cons!-
s'étendre te bonheur
6 El à ît
tçut éfrt çt
rai vu avec douleur que les lois simples qui
gouvernent une horde cfç sauvages, air si que
celles réputées les plus belles les plus i sages
qui organisent lesgouvernemens les pi as po-
existans, n'ont encore con-
tn^we assume (t'une
manière- immuable (i) à tous les imjiyicjua
qçi les composent, la substance
doit conserver leur existence jusqu'au terme
que la nature a elle-même marqué comme
dernier anneau de notre carrière.mais'
j'ai vu souvent la rjclie France, ma. belli^et^'n-
comparable patrie, plongée dans le deu 1 d« la
douleur et du désespoir, faute d'avoir mis
l.'é<;lat qu'une
de. lois *M$eps
la
(1) Eicepté le gouvernement paternel de U Chine,
qui 9 depuis un tem» impiémori^I regardé comme son
devoir le plus sacré, d'assurer la première iubttance,
àax cent million» d'awei gui peupleat ton immense
NOURRI Cl E R. f>
A iy
doux positon It plus
heureuse traversée et arrosée de rivières
de ruisseaux ammeot et fé-
xttndent à l'envie touft le* germes, de végé-
tations salutaires la, France, habitée p r un
de& peuples les plus, industrieux et des plus
laborieux de la été. depuis l'existence
de la monarchie, jusques à tonte
de l'humanité et de ses ancien» adroihistra-
la plu? hor-
récoltes
mens, objet
la nature à qui il a fait
des larmes de
vabriljer de toutes Ie8( vertus qui peuvent
honorer et mente
enBn de
heureuse et, consolante. abondance, :qui porte
avec tant 4'pnction de lrhomme,
tes douces idées d'une patrie sensible et le
encore plu» çublime d'un suprême
auteur de tout bieii. Jr j,vr* -~r
S'ily a un sujet digne
vif intérêt c'est assurément
.-̃' > P L A M
cerne la subsistance de l'homme maïs sur-
tout de; l'homme qui, tous les jours le f rooi:
courbé vers la terre semble lui demander
par ses sueurs sa première et principal^
nourriture, à laquelle seule il ose aspirer pour
prix de «es labeurs» et quesoo indigence con-
damne à renouveler tous les jours à Tàvan>
tage de ses concitoyens plus fortunés.
Cet homme dont tous les pénibles efforts
ont été jusqu'à présent méconnus comme
ceux de tant de pères de familles, qui sup-
portant toutes les charges de l'Etat,' -et pro-
fessant les métiers les plus utites à là société,
sont t ceux cependant ce j jour
ont obtenu .le moindre partage de ses dou-
cours, et qui ont au contraire toujoti rs le
plus souffert l(
pour ces classes d'hommes, justement respec-
q y oiqoe oioD plan soit général et qu'il devra
coiicerner le riche et le^éùvre ,t'aime cèpen-
dant à avouerque rhaYnaniiésouiTrantemins*
pire un intérêt que je n'ai jamais éprouvé pour
quoi que ce soit.
indigent a e«
KOUXRICil E
l'espoir fondé de partager enfin "sans ainerr
tume avec ses concitayens aisés la premier^
et la plus précieuse nourriture que nou ac*
corde abondamment la nature* c'est aujotirr
d'hui, où au milieu de la plus édifiante; réf
génération qui se soit encore opérée dans
les lois morales du genre-humain notre bon
roi qui desire le bonheur du peuple va pair
l'organe des administrations citoyennes, vivi-
fier. tout Pempire., y répandre par la sagesse
de leurs gestions une douce confiance capa-
ble de fixer tous les Vœux de l'humanité.
Les départemens dirigeant aujourd'hu l'in'
térêt général^des/'citoyéns est étant, par les
vœux du chef suprême de |a Nation ,constàm-
nient occupés d'étendre l'hëùreuse influence
de leur consolante administration sur toi s les
abus qui affligent la société j je crois cu'eq
Ieunin3ïqu^nt les. moyens de se charger de ta
consolante tâche
tous les individus de leurs arrbndisâérnehs,
leur premier aliment c'est-à-dire le pain
je crois, dis«je répondre "encore à leurs vîtes
bienfaisantes, et leur offrir de nouveaux thres
à la ^reconnaissance publique. L'accueil
P L h Hfr ̃̃̃̃'
dont celui des Pyrénées orientales a pari ad"
norer les deux mémoires que jft lui ai pré-
sentés sur
vaux publics .concernant aussi le soulagement
du peuple, ne me laisse aucun doute, sttr l'in-
térêt que tous daigneront suremeot acc rdér
à, celui-ci (i).
On a voulu jeter de la -défaveur su* oen deu*:
mémoires qui, dan»' un système simple et de facile'
exécution présentent quarante mille livres d' 'coue-
mies annuelles pour ce département, et huit millions
pour la France. Si l'on avait été guidé par un sincère
amour pour le bien o& aurait senti d'abord' pie je
ptt»po**« uàbif*
syilême pn aurait démontré,. d'après de bpm prin-
rait ddnné un méiBeur en sa place. je ne
me ûrompe, la vraie manière- de me critiquer, tant
mai» on
HOURKlCtE M
Il.
sm les di$erens moulina
qui nous
rençe que méritent ceux qui constituent
la meilleure mouture, et en mémé ems.
la plus économique.
A y AN T de procéder en
pourra,
tout l'avantage qu'il
nous Cet oKjléi t^ intéVessant
sérieuse attention dans son dé-
̃̃̃̃̃]̃'̃
ia Plan
.depuis long-tems en usage aux environs Je
Paris et dans plusieurs villes du royaume, avec
montré, dis-je^ autant par cette précieuse
production que par des essais couronnés
des plus heureux succès ^que la presque to-
talité des mou lias de la France perdent par
leur défectuosité près d'un cinquième en son
et déterriorent par u.n mouvement beaucoup
trop rapide des meules, les quatre autres cin-
nécessité d'attacher à jamais l'abondance au desti-
nées de la France; c'est-, 'qu'inspiré par un es ou-
vrages les plus précieux que la science, diri ée par
une humanité intelligente», ait présenté à la société
(je veux parler de l'ouvrage de M. Parmenti et sur
la mouture économique est des différentes substance*
farineuses propres nourrir l'homme ), i ie me suis
senti appuyé sur les cornés d'abondance que ce
savant respectable a, par les recherches les plus péni-
ble» comme les plus constantes arrachées àla nuit du
teins et de l'ignorance. C'est donc à M. Parmentier
un des plus généreux amis de l'humanité, à qui je
doiàle* p^éihter hommage de mon ouvrage ,qui n'est
rpi'iihè simple émanation de ses principes une théo-
rie vulgaire misé à la portée de tous les français,
NOURRICIER. l3
quièmes destinés à composer nôtre pain ue
Jes moulins économiques (qui lesonten,eff;t)
proposés • pour remplacer tes autres nous j
offrent par leur construction ingénieuse, tout
le vùlume de farine compris dans l'enveloppe
du grain ela- conservation de- tous ses pain-
cipes qui sont distingués; en quatre, ( c ) ie. la
partie muqueuse ,2°. l'amidon 3°. la partie
sucrée, et 4°. la matière glutineuse qui cons-
titue essentiellement la partie savoureuse du
sacré le sien;. ̃ i ̃ Je dois [ajouter M.
1. eu
M. de Sàioi-Sauveur Intendant du ci -devant
fait
dnui dans la salle
la dénomination des quatre' îuWtàncés
t'n;
•Ii4 Pi A N
-pain une grande économie dans
d'oeuvre, paisse lefe mÉthitiès
grain l'épurent dons .tin Ventilateur ie
nettoient encore sur, la râpé
avant d'êatrer dans la trémie, et foût tbutîè
Service du blutage, mais
fectionné', et bien de ceux qui sont
dans les autres indu»
tu res.
La môUttire rustique i tj\« est là pî s îm-
parfeke -de toutes, «st aussi fa phiSTépaïïdïfê
France elle fait perdre depuis un degré
fôrine de plufe
tjae la mbûturè encore
bien connue qu'à douze de
Paris celle à la gro$jsè qui tient le milieu
est adoptée dans
U
et
niais elle profit enedre
il celle de la mouture peu
;:f
Qa peut donc sans crainte
sultat compter en général oo.
NOURRICIER.. t$
externe de farine à gagner par h nouvelle
•monture que je dons
J'empire quoique rigoureusement ob -puisse!
^no»pter sur un quart, en enlevante la partie
corticale du grain tout ce qui y adhère de
i «khi cher et respec-
table maître eo chimie à qui la France do t la
d'un grand nombre de déçout
couveri:«g utiles 4 démontré daos son i îté»
restante a#ajyse
voisine de k partie corti^le
de la plus graode quaa-
ççn^ était feptier
fiftq faite de la de farine
tonjfe mtf&rf
""Ht* prudigieusu quantité tre farine tes-
a'ttiîdpnaïerâ dû >oti par ta V^e
ep faire une poudre de
l6 P L A H
pourrait nourrir au moins deux cent mille
âmes. Il faut espérer que les trois célèbres
peintres, qu s'occupent à nous donner o nou'-
veau costume et qui gavent apprécier mieux
que personne Je plus bel ornement tic notre
têtç, nous ferons renoncer au mauvais goût
que nous avons de charger notre chevelure
d'une poudre blanche; que, en' défigurant en
nous la belle nature, enlevé encore à ta (société
une grande masse de
II se consomme annuellement vingt- juatré
millions de charges (i) ou trente, millions dé
septiers de biés en.France en supposant mêmes
que né mange pas du pain
produirait donc- gratuitement, en se tenant
encore d'un txifa tiers au-dessous de Irréalité,
un
objet de revenu de
Le département -des Pyrénées orientales//
,^i) La à 36o et lé $ept»er
livres. Je ne suppose le prix de la charge qu'à 24 livre»
quoiquepe se paye dans ce moment 36 livrera Paris,
j
consomme
NOURRICIER.
B
consomme deux cens mille charges de blé par
an; il perd un huitième en farine ou vingt-
cinq mil le charges, qui à3o livres, prix-moyeu!
de ce pays, constituent une perte annuel! de;
sept cent mille livres
Ce huitième de perte, que fait la moulure
de ce pays, dont le blutage est assez soi né
dans les maison ayant paru à ptusi urs
n habitans de Perpignao, fort exagéré de ma
part, je n'eus besoin pourries convaincre: de
cette triste vérité, que de leur citer des er-
sonnes de leur connaissance, qui se trou ant
dans un tems de rigueur, embarrassées de
nourrir un grand nombre d'ouvriers qu'ils
avaient à leur service achetèrent des se ns
les firent remodure, et firent de la farine qui
en provint, un pain très-savoureux? Il en est
ainsi de toutes les moutures de la Fiance.
Des moulins qui offrent autant d'avantageas
à la société, et qui sur-tout expriment pour la
plus précieuse substance de l'homme, toutes
les particules de farine comprises sous l'écorce
du grain en lui conservant toutes ses qualités
bienfaisantes,semblent mériter, et aujourd'hui
plusque jamais, une préférence exclusive sur
18 P L A N
tous les autres moulins existans dans l'empire ?
Les faibles changemens qu'il y aurait à faire
aux anciens pour les rendre susceptibles dé
la mouture économique, ne peuvent effrayer
le gouvernement 'sur les dépenses ou pertes
apparentes qu'ils exigeraient de la part des
propriétaires de moulins; puisqu'il n' aurait
pour prévenir une perte prodigieus et ef-
frayante qu'ils font en farine ( perte ui sou-
lagerait déja seule l'indigence souffrante s'é-
levant, comme on Ta vu plus haut, a nuèlle-
ment pour toute la France, à plus de quatre
mi l lions décharges de farine capables e nour-
rir gratuitement presque autant de millions
d'ames ) qu'à changer et ajouter quelques
machines dont la dépense peu considérable
serait bientôt compensée.
Frappé des prodigieux avantages ,qui ré*
sulteraient pour la patrie, de l'établissement
decette nouvelle et très-simple mouture, que
la cupidité particulière voudrait, mais qu'elle
ne peut plus contester, je pense que le Gou-
vernement rendrait un grand service à l'hu-
tnanitéet aux propriétaires de moulins, en les
éclairant sur leurs intérêts s et en les obligeant
NOURRICIER. 19
» «i
adopter la nouvelle méthode. Cet objet s-
sentie! qui intéresse l'homme de si près, mérite
bien la peine de quelques efforts, et les la-
meurs de l'ignorance seraient bientôt étouf-
fées par les avantages marqués que proi.ui-
raient ces heureux changement.
Ilyaà peu prèssix mille moulins de blé en
France:il en coûterait tout au plus cind c nts
francs par chacun pour en faire un mo lin
économique; ce serait donc une dépense pré-
liminaire de trois millions à faire, pour fonder
par ces changemens un revenu de 96 million?.
Beaucoup de propriétaires aisés de moul ns,
une fbis bien instruits de tous Jes avantages
que leur offre un pareil changement s'em-
presseraient de l'exécuter à leurs traie il
n'y aurait que les moins fortunés à qui
l'administration serait dans le cas d'accorder
des secours à des conditions équitables et en-
courageantes; ce serait donc sans de grands,
sacrifices qu'on pourrait .établir,facilement en
une année la mouture économique dans toute
la France Je laisse à tout français, ami de
sa patrie, ami de l'humani té, le soin de mé-
diter cet important sujet. et je passe au,
20 PLAN
développement des moyens à mettre neusage
pour en recueillir tous les fruits.
CflAP ITRE III
Formation de greniers d 'abondance et
approvisionnement des grains néces-
suites afin d'aseurerpour toujours' tous
les français le pain à un prix fixe et
au-dessous de celui du courant.
AU o V R D'a u 1 OÙ., par notre nouvelle Cons-
titution, le titre de citoyen revêt le fiançais
du caractère respectable que le sentiment de
la dignité de son être devrait imprimer sur
tous les points de la terre pour ne le jamais
oublier; aujourd'hui, où en appellant enfin
l'âge d'or de la morale, le français va sentir
sa puissance apprécier la vraie richesse de sa
patrie .développer lé1 trésor de ses lumières
pendanjt long-tems enfoui, il osera calculer
de quef degré d'aisance et de bonheur, la force
des volontés tinies', la société, ainsi que d-^s
NOURRI CI E R.
Biij
travaux suivis et concertés, peuvent le rendre
susceptible il peut enfin, dit-je, être raù.on-j
nable de concevoir une amélioration de sortent
sa faveur. Mais la première et la plus instante;
amélioration pour lui, est l'assurance imrrua-
ble de son existence physique son premier
titre en devenant membre de la société, est
dicté par le besoin impérieux de subsister, et
c'est en y fourvoyant que la patrie acquiert le
juste droit de le lier àses loi». v
Jusques à présent la subsistance de la partie
la plus indigent, la plus nombreuse et aussi
la plus laborieuse de la Nation, a constam-
ment suivi le cours fortuit de l'influence des
circonstances heureuses ou malheureuses ou
çelui du jeu combiné des accappareurs, ou
celui de la nature ingrate ou généreuse; au-
cime 01, aucune mesure, n'a encore été consa-
crée pour préserver» d'une manière constante
le peuple de la plus cruelle des calamités, cède
fixer invariablement le prix du pain, dont la
cherté équivaut à une famine, pour le niai-
heureux père de famille dont les moyens ne
s'élèvent pas à un prix plus qu'ordinaire.
Des greniers d'abondance alimeutés par.
Plan
les immenses avantages de la mouture écono-
mique, et distribués dans tous les c
de Cantons des Déhartemens, approvisionnées
annuellement et confis âu soin dé ces
administrations patriotiques m'ont aru des
moyens sûrs, pour mettre le peuple à jamais
à l'abri des cruelles anxiétés auxquelles t'as"
sujeltissent si souvent la pénurie de blés ou
la grande versalité de leurs prix.
Le roi, sentant la haute importance, d'é-
claire le peuple sur ses premiers be oins, fit
imprimer en 1780 et envoyer à toutes les
généralités du royaume, l'excellent ouvrage
de M. Béguillet, sur le commerce et la légis-
lation des grains cet ouvrage honorera à
jamais son vertueux auteur* qui l'avait con-
sacré po\ir la prospérité de sa patrie. Je ne
aurais, je crois, rendre un plus digne hom-
mage à M. Béguillet et mieux appuyer le
plan que je propose qu'en citant un passage
du Chapitre IV, ou il reconnait la nécessite
d'ériger des greniers d'abondance dans toute
la France. Il dit «Je regarde l'établissement
<* desgreniers d'abondance, comme le moyen le
« plus certain, par lequel une nation policée
NOURRICIER. a3
Biv
« et un gouvernement paternel peuvent ]>ié-
« venir les horreurs de la famine et les suites
« des disettes. Les variations du prix des grains,
« et la hausse subite de cette denrée qui on-!
« nent de si terribles secousses au commerce
«et à l'industrie, n'auraient plus lieu darsla
« supposition des greniers publics bien ac mi-
«nistrés, où l'on mettrait le nécessaire en
« réserve pour abandonner le superflu ci la;
« liberté indéfinie de l'exportation mais les
« raisons ne font rien sur l'esprit du peuple, et
« sont Impuissante contre le préjugé; il ey a
« que l'exemple qui puisse influer. On se er-
« suade sur la foi de quelques écrivains que
la manutention et l'approvisionnement des
«greniers publics est impossible dans un
« grand -état invoquons donc l'exemple du
« plus puissant empire du-monde » Là
M. Béguillet rapporte en entier le très-
intéressant mémoire envoyé de la ,Chine)
concernant forganisation des greniers d'a-
bondance, qui préservent à jamais ce grand
peuple de 1a famine.
Il y a cinq sortes de greniers publics érigés
en Chine il. Les greniers attribués à la fa-
M P L A N
mille de l'empereur; 2°. ceux de sa maison
militaire; 30. d'autres pour alimenter l'innom-
brable armée de l'empire; pour assurer
la subsistance à tous les citoyens; 5°. 1 g gre-
nieus de piété, consacrés au soulagement de
tous les hommes privés, ou par des malheurs
ou par l'âge, des facultés physiques nécessaires
pour gagner leur pain.
Tous ces greniers sont construits avec une
étude, des soins, des précautions si recherchés,
qu'ils attestent la haute importance ue le
gouvernement attache à cette intéressante
administration qu'il honore par tout e que
la faveur et l'opinion peuvent rendre jecom-
mandable. Les plus brillans passa es des
mandarins, aux premières dignité de l'e pire,
sont le fruit certain d'une sage et he reuse
gestion de la subsistance du peuple.,
Il est tems de rendre à cette nation sage,
qui se distingue par les plus beaux principes
d'humanité, la justice quelle mérite et de
détruire la ridicule et ôdreuse calomnie dont
quelques voyageurs peu observateurs t'avaient
chargée, en répandant dans toute l'l;urope,
que l'empire de la Chiae était si peuplé
NOURRICIER. a5
que son sol ne pouvant suffire nourrir
tous ses habitans des milliers de pères se
trouvaient réduits à l'affreuse nécessité de.
priver de l'être ceux à qui ils l'avaient;
donné. Ces horribles attentats, qui révol-!
tent'la nature, n'ont été commis que rarement,
et jamais que dans les tems de révolutions,
dont ce pays a quelquefois été le théâtre et
qui relâchant tous les ressorts de l'état, avaient
étendu leurs funestes influences jusque sur
l'administration des subsistances et produit
des famines, clui réduisirent quelques p res
de familles à cette désespérante cruauté.
Mais la France, la fertile France qui n'est
pas encore couverte d'hommes comme la
Chine, ne présente-t-elle pas dans son sein,
des spectacles aussi afiligeans dans ses ti?ms
de famine ?.
La Chine n'est pas le seul état qui ait été
jaloux d'honorer ainsi l'humanité, en la pré-
servant par une sage prévoyance de la plus
funeste des câlamités l'Egypte qui fut, dès
les premiers âges du monde, la ressource de
ses voisins de l'Arabie, de la Syrie etde
la Palestine, mettait déja en usage les mêmes
26 Plan
(i) Le lecteur envisagera cette prédiction de sept
années de disette, non comme un don de la prévision,
mais comme un apologue si mieux lui plaît car il
faudra toujours croire que cette disette à eu lieu
puisque l'histoire l'avère d'une manière incontestable.
précau t ions on sait quelle célébrité Joseph
acquit sous le roi Pharaon ,s qui pourpre-
server ce royaume, déja alors très-florissant,
des sept années de disette dont il p raissait
menacé, fit renfermer pendant sept anscdnaé^
cutifs, la cinquième partie de chaque récolte,
dans les greniers de réserves, qui existaient
long-tems avant lui (i).
Les Perses qui contribuaient en nature de
denrées à l'entretien de la table de 1 urs rois
et des armées, avaient des greniers de conser-
vation dans chacune des cent vingt satrapies
qui composaient ce vaste empire.
Les Thraces et les Carthaginois ui, par
l'étendue et la perfection de leur agriculture,
s'étaient mis en possession du droit de nourrir
les peuples belliqueux et ceux frivoles qui,
comme les Grecs, ne s'attachaient qu'aux arts,
en négligeant le premier et le plus noble de
NOURRICIER. 27
tous avaient aussi comme les Egyptiens et
les Persans leur greniers de réserves.
La seule ville de Byzan.ce, qui conterait!
d'immenses greniers, versait annuellement
quatre cent mille médimnes de blé dan le
fameux Prytané d'Athènes. Ce superbe édifice,
où l'on nourissait tous ceux qui avaient bien
mérité de la république, les vainqueurs ux
jeux, olimpiques, les veuves et orpheliis,
dont les époux et les pères étaient morts au
service de la patrie, n'était autre chose qu'un
grand grenier national qu'on appelait le
trésor des subsistances.
Et malgré que les Athéniens n'habitaient
qu'un sol généralement ingrat à la. culture,
ils instituèrent des lois si sages sur la police
des grains, que ta famine ne les atteignit
jamais que danslesgrandsbouleversemensde
la république. Mais l'extrême -sensibilité! de
ce célèbre peuple, qui savait toujours s'élever
aux plus nobles conceptions, et ne rien laisser
imparfait employait les réserves de ses gre-
niers, à des distributions réglées qui se fai-
saient à certains jours, aux familles qu'une
pauvreté sans reproche mettait hors d'état
de pouvoir subsister sans ce secours.
s8 Plan
La Sicile et la Sardaigne appelées les
greniers de Rome par tous les historiens, et
qui approvisionnaient habituellemenl laîca-
pitale du monde, recevaient annue lenient
vingt millions de boisseaux de blé de a seule
Egypte qu'elles conservaient dans leurs
greniers pour cet'te grande cité.
Mais lorsque les romains eurent, p leurs
conquêtes, porté jusques en Asie les limites
de leur empire Rome devint une ville im-
mense par le nombre et par l'opulence de ses
habitans; il fallut songer plus efficacement à
leur subsistance on institua alors une admi-
nistration des vivres; on érigea de superbes
et vastes greniers, et depuis cette époque,
jusqu'à la chute de ce colossal empire, le
peuple ne manqua jamais de pain, et l'avait
très-souvent pour rien, mais constamment à
un prix fort modique.
La Hollande et la Suisse qui composent
les seules républiques ^non-agricoles de l'Eu-
rope, sont cependant celles dont les habitans
ne manquent jamais de pain. Le sol acqueux
delà Hollande qui ne produit pFësqùe que
des pâturages, est, par l'étendue de son coin-
NOURRICIER.
merce et la sagesse de ses lois, le plus riche
entrepôt de grains.
La Suisse, qui est un pays ti'ès-montueu*,
pauvre et sans commerce, qui produit très-
peu de blé, est, par la paternelle prévoyarce
de ses magistrats, à l'abri de toute attei te
de la famine, que les états voisins les plus
agricoles éprouvent presque périodiquement
tous les dix ou douze ans.
Il est tems que le français laborieux, ui
cultive un des plus fertiles sols de la terre
imite l'exemple de première sagesse que lui
ont donné tant de nations Intéressantes, et
qu'il veuille une fois ne plus mourir de faim.
Mais afin des'assurerau juste de la quantité
de blé nécessaire pour approvisionner su ITi-
samment tous les greniers d'abondance il
conviendrai faire faire par toutes les muni-
cipalités et communautés, un recensement
exact de tous les non-propriétaires de grains
qui seuls devront avoir la faculté de puiser à
cette source, à l'exclusion de ceux qui récol-
tant du blé sont naturellement au-dessus de
cebesoin; et afin de connaître en même-tems
l'étendue des ressources en grains, que peu-
3o Plan
vent offrir les propriétaires, il sera fait 4aussi
un recensement de ces derniers, avec ijndi-
cation de la quantité qu'ils récoltent année
commune.
Ces deux recensemens une fois faits avec
une rigoureuse exactitude, on aura, pair ie
premier,1a somme des individussans propriétés
graminaires; et connaissant la quantité de
grains nécessaires, à la consommation d'un
chacun, on aura facilement le total d besoin
général qui devra être reparti avec uie juste
et rigoureuse proportion sur la m sse des
propriétaires, aussi connus par le se ond re-
censement, etqui seront obligés de livrer à un
prix fixé par l'administration de département,
tout le blé nécessaire à la consommation gé-
nérale (i)..
(i) Il sera facile de dresser des tables qui donneront
la proportion à suivre sur la quantité de blé que les
propriétaires devront fournir depuis un arpent jus-
qu'à un nombre indéfini. C'est ici le -lieu d'observer.
qu'un cadastre général des terres serait nécessaire
il y a déjà dix-huit mois que j'ai inutilement proposé
au département des Pyrénées orientales de le faire
ma.» le gouvernement vient en6n d'en consacrer layé-
NOURRICIER. 3i:
Ces connaissances une fois acquises, il sera
dressé un tableau général qui représentera
clairement les besoins et les ressource5 en
grains de chaque ville ou communauté, avec
la quantité que les unes devront fournir, et
que les autres quront à recevoir ce tableau
sera suspendu dans la salle de t'assemblés du
département dont elles ressortent.
Un autre tableau sera fait dans chaque
ville ou communauté, de manière à exprimer
les ressources ou besoins de chaque, ave in-
dication du complément de blé dont elle aura
besoin, ou qu'elle devra fournir ce tableau
particulier sera suspendu dans la maison om-
mune du lieu, afin d'éclairer les admini tra-
teurs ainsi que tous les citoyens.
Un état exact de tous les moulins, avec
leurs positions, les noms des propriétaires
ainsi que celui des lieux auxquels ils broient
cessée par une loi, en chargeant M. de Prouy ingé-
nieur en chef des ponts et chaussées, de diriger celui
de toute la France; les résultats de cette intéressante
opération vont, en répandant de grandes lumières sur
la situation agricole de la France produire plus d'un
grand bien.
32 Plan
le grain leurs distances appréciées; df ces
mêmes moulius afin que le département
puisse définitivement assigner les magasins
auxquels chacun devra servir, doit être com-
pris dans le tableau général et sembla blement
pour les tableaux particuliers.
Lorsqu'on aura le tableau généra de cha-
que département, il sera facile d'( xprïmer
dans un autre la situation agricole le toute
la France, qu'on pourrait suspendre dans la
salle de l'Assemblée Nationale.
Aussitôt la moisson faite est le blé extrait
de l'épi chaque propriétaire sera tenu de
verser au grenier d'abondance indiqué, la
quantité à laquelle il sera imposé;' e d'après
le prix tous les ans fixé par le département
le montant lui sera payé sur le champ £i)-J
(i) H y a peu de communautés en France et sur-
tout de chef-lieux de cantons, qui n'aient une espèce
de halle, destinée à renfermer lés grains des mari
chands, ou ceux des particuliers qui'en veulent ven-
dre ces mêmes bâtimen's pourront donc servir de
greniers d'abondance, et à leur insuffisance les mai-
sons communes. J'ai indiqué aussi dans un mémoire
particulier que le district de Perpignan m'avait de-
Cette
NOURRICIER. 3'
c
Cette manière d'approvisionner les grenier»
publies,qui paraît simple et aisée, tend comme
on va voir au plus grand encouragement d
la culture des blés puisque les propriétaires
rassurés par l'équité du département, sur le
prix qu'il aurait droit de fixer, obtiendraient
pour avantage, i-.d'êtréassurésdu débit d'une
partie de leurs blés, et d'en recevoir le prix
2°. De jouir d'une liberté entière pour e
commerce du reste.
3°. De la, faculté de faire transformer e
même reste dé grain en; farine, dans les mou-
lins gagner le bécéfice de a
perfectidtt de Iâv monture, et rendre ainsi les
étrangers tributaires de leur industrie comme
de leur richesse; et comme l'exportation pa
mandé sur lé parti à tirer des biena Nationaux dont
j'ayais été chargé de lever les plans les bâtiment
qui pouvaient convenir à l'usage dont il s'agit j'ai
touiours Indiqua de préférence les églises condam-
nées, qui, bâties, de murs épais, et présentant Je»
espace» tréi-rastes offrent le double avantage dé
préserver les grains et les farines de l'humidité, ainsi
qu'une manipulation.
34 Plan
déja la moitié de la consommation, en utten-
dant que les six millions d'arpens qui sont
encore à rendre à la culture en Frat ce, fruc-
tifient, le bénéfice de la totalité des proprié"
taires sera toujours de deux millions de char-
ges de farine ou quarante huit millions de
livres tournois par an.
4". Que les particuliers- seraient aussi pour
jamais affranchis de l'embarras de leurs grains
dans leurs greniers, des soins et des dépenses
qu'exige sans cesse l'assurance de leur conser-
vation, contre ies maladies auxquelles ils
sontsujets, et laguçrre que leur fon lesrats,
les souris, les oiseaux, les volailles, insi que
les innombrables insectes destructeur^ qui les
recherchent avec avidité, et qui lîur font
supporter une perte qui s'élbve à plus du
vingtième de leurs blés.
5°. Que les administrations de département
étant composées en majeure partie, de pror
priétaires cultivateurs, seront pbùrfé moins
immenset
avantages qui résulteraient de la culture des
grains pour toute la Fiance moyennant
ï'éreçlioo de la mo.u|ure économique, et 4'one
NOURRICIER. 35
Ci)
administration nationale des subsistances, on
pourrait encourager spécialement cette pré-
cieuse culture, en accordant constamment un
prix plus qu'ordinaire pour les blés.
Il faut observer aussi, que ce ne sera <]u'à
l'époque de l'organisation des greniers na !o-
naux, que l'on pourra mettre peu à peu en
usage les principes, et jouir des savante et
très-intéressantes recherches de M. Duhamel
(dont l'humanité transmettra le nom la
postérité la plus reculée,) sur la manière de
conserver les grains et l'espèce de grenier
qu'il est du plus grand avantage de leur
approprier.
Aces avantages pour les propriétaires culti-
vateurs, peut encore se réunir le plus impor-
tant de tous, l'affranchissement du tier de
l'impôt territorial qqe permettrait d'opérer
facilement le bénéfice certain de ce désirable
régime Je crois qu'à toutes`ces considé-
rations très fondées la volonté de peu <ie pro-
priétaires résisterait, puisque tout le possible
serait en leur faveur.
Mais la simple volonté de quejqueapro*
priétaire3 aveuglément intéressés, doit-elld
36 PLAN
priver toute une nation du premier de les
droits imprescriptibles, celui de subsister, ou
lui cn dicter ^conditions? Où réside la toute-
puissance qui puisse commander a x esto-
macs de se rétrécir à volonté, ou prescrira des
lois à l'appétit ? Le blé qui forme aujourd'hui
le premier et'le plus précieux aliment de
l'homme, depuis que l'habitude et l'éducation
le lui présentent comme indispensable pour
vivre doit il être confondu dans la nasse de
tous les objets ordinaires de commerce, ou
mériter une distinction particulière que sem-
blent lui accorder sa nature et notre plus
impérieux besoin ? Des hommes froids ou
intéressés, yti n'ont jamais senti les rigueurs
des nécessités premières, peuvent seuls avoir
l'aveugle courage de confondre le respect
dû aux propriétés, comme la première loi
qui doit animer une société, avec celui que
leur dicte un intérêt particulier. » lie prin-
cipe est rigoureusement juste, mais leur in.
sensibilité le leur fait mal interpréter car
la première condition, je le répète, à laquelle
l'homme pensant se soumet aux lois de la
société est rassurant immuable de sa sub.
NOURRICIER. 37
C iij
sistance. Voilà la première propriété celle-ci
est sacrée, parce qu'elle est fondée su la
nature et la raison; elle est celle de toute
une société sur les individus qui la composent;
elle ne doit point être abandonnée au hasard
des événemens, ni subordonnée à la cupidité
de quelques particuliers plus jaloux de eur
argent, que de la conservation de leurs frères
en nature; mais elle doit être la première
comme la plus sacrée des lois; elle doit tendre
constamment à verfer par ses cornes d'abon-
dance la joie et le bonheur sur la terre.
Le célèbre M. Linguet.quia été si souvent
l'éloquent défenseur des droits de l'humanité
oubliée, a démontré dans son ouvrage sur le
commerce des grains, avec la supériorité de
logique qui lui est propre le danger de
regarder les cultivateurs comme maître
absolus de la première substance du peuple,
ainsi que le droit imprescriptible de ce dernier.
Je suis donc comme on voit, loin de propo-
ser dés rigueurs arbitraires contre les proprié-
taires je défends au contraire leurs plus
chers intérêts, en les douant d'une existence
agricole si sensiblement avantageuse, qu'ils
38. PLAN
doivent-être par le fait les plus intéressés à
provoquer l'érection du système nourricier
que je propose mais comme le pain est la
nourriture principale de près dé vingt rr illions
dé trançais indigens, j'ose invoquer au nèrh
de la pairie et de l'humanité, une loi nalio-
uâle qui puisse le leur assurer pour nnais,
ainsi qu'à un prix modéré et con8tant.
Les derniers relevés que M. le Cardinal' de
Loménie a fait faire avec une scrupuleuse
exactitude de la population de la France^ la
font monter à trente millions d'ames, au lieu
de vingt-cinq que l'on compte depuis e lon-
gues années c'est donc, je crois être modéré
qne uè ne calculer que sur les y d'indigens
comme sur une consommation annuelle de
trente-dèux millions de septiers de blé seule-
ment. Plus j'examine la nature du sujet
que je traite plus je me persuade intimement,
qu'en donnant au plan que je proposé toute
l'extension dont il est susceptible, il produirait
le double des avantages que je présente avec
une circonspectiou que» m'a seule inspirée la
crainte de l'exagération.
II pourra paraître naturel de chercher
NOURRICIER.
Civ
d'abord dans la transformation de l'ia pôt
territorial en celui d'un autre payé en nature»
les mêmes ressources que je ne parais voir!
que dans des contributions exigibles moyen-
nant un prix fixé par les corps administratifs.
La première idée en est, il faut' l'avouer, sé-
duisante elle a fixé tous les voeux de on
cœur jusqu'au moment où, en l'analysint,
j'ai eu la peine de trouver des conséquences
bien différentes
Car le total de l'impôt territorial, tel u'il
existe aujourd'hui, étant porté deux cent
quarante millions, on ne peut de toutes les
terres imposées composant des bois prés
vignes, jardins, vergers, étangs, et fonds
rapportant sept espèces de grains différons,
que compter tout au plus sur un tiers rappor-
tant des blés. Ce seraitdonc pour la somme
de quatre-vingt millions de blé, que le gou-
vernement recevrait annuellement, en forme
d'impôt et dont les fonds ne rentreraient
qu'un an après dans le trésor public.
Cette mesure serait assurément encore celle
qui mériterait la préférence sur toutes les
autres, si elle pouvait suffire au besoin gé-
40 P LA K
néral mais l'approvisionnement
grains nécessaires à la consommation d'une
année pour toute la France, & 'élevant de sept
à huit cent-miliiops la transformation de
l'impôt en question, nous laisserait par sa
tris-grande insuffisance encore pour long-
tems la douleur de désirer vainement 'éréc-
tion de la plus ferme base de la prospérité
publique, si l'on n'adoptait d'autres moyens,
tout aussi justes, mais plus efficaces pour y
parvenir.
L'on m'objectera peut-être encore, ue 1a
méthode que je propose, pour effectuer l'ap-
provisionnement des greniers d'abondance»
tend à priver les petits propriétaires, la ptû-
part 'pressés par le besoin, de l'avantage de
trouver des ressources assez promptes pour se-
défaire de leurs blés, et qu'en çhoissisant le
moment -le plus favorable pour faire les ap-
proyisionnemens pn obtiendrait sans imposer
aux propriétaires aucune obligation, égale-
ment à un prix modéré, la quantité de blé
nécessaire Je réponds à cette double mais
spécieuse objection, qu'en suivant ce raison.
nemçnt on tomberait précisément dans u,n.
NOURRICIER.
des extrêmes que je cherche soigneuse eut
k éviter puisque de cette manière d'ap pro-
visionner les greniers publics, il arriverait
çomme par le passé, que le cultiyatei r le
moins fortuné, toujours occupé des besoins
du moment, serait aussi le premier à apporter
ses blés; et cela dans le tems qu'il pourrait en
(tirer le moins d'avantages, tandis que le iche
propriétaire serait seul favorisé comm par
le passé, en conservant la faculté de le garder
dans son grenier jusqu'au moment où il serait
le maître d'en faire lui-même le, prix; au lieu
que par les mesurés que je propose, ces der-
niers seraient principalement chargés d'assu-
rer la sécurité publique sur la première sub-
sistance, à laquelle les petits propriétaires
contribueraient proportionnellement et par
conséquent pour fort peu; et qu'après l'ap-
provisionnement général une fois effectué, les
blés restans devront nécessairement augmen-
ter de prix à raison de leur rareté, être
recherchés avec plus de concurrence et d'em·
pressement par les voisins et offrir enfin aux
petits cultivateurs, des avantages dont ils ont
été jusqu'à présent privés. Les bénéfices des
4S Plan
riches propriétaires suivront la même propor-
tion mais comme îls obt été jusqu'à ce jour
exclusivement en leur faveur il sera oifia
juste de les rendre communs tous les culti-
Je suis d'ailleurs persuadê que si l'on ne
rend pas la livraison d'une portion de blé
obligatoire à chaque propriétaire, et pour un
tems préfix, il sera impossible d'en trouver a
ur. prix modéré, une assez grande L uantité
pourassurer invariablement le pain à tous les
individus non-propriétaires. Le soulagement
de nos semblables souffïans sera sûrement
dans tous les tems un beau titre au ares des
âmes sensibles et généreuses; mais le œuvres
surérogatoires sont si rares. q 'il peut
être permis de ne pas compter sur n assez
> grand nombre d'exemples
Enfin le premier aliment une fois â jamais
assuré à tous les habitans de l'empire, les plus
terribles fléaux de l'humanité les défauts
de récoltes, et l'esprit d'accaparement, seront
réduits à l'impuissance de nous affliger doré-
navant, Le commerce du restant des blés alors
reconnu pour nous inutile pourra, appuyé
NOURRICIER.
de la confiance publique, se faire avec tout
l'encouragement et toute la liberté qu'il sera
juste d'accorder aux cultivateurs. Et cette
fameuse question érigée en loi pendant 1 an-;
cien gouvernement, sur la libre exportation
des grains qui a si souvent occupé et m me!
ébranlé les ministres des finances; qui si'
long-tems divisé l'opinion des grands admi-
nistrateurs qui a donné lieu à tant de solu-
tions différentes, toujours mauvaises et plus
ou moins dangereuses pour le malheureux
peuple; question enfin, qui a constamment
agité l'esprit et l'insatiable voracité des grands
monopoleurs, à qui les richesses ou le cr dit
assuraient toujours un succès d'opinion tracé
en caractères de sang, qui était ordinairement
le précurseur de la famine, et qui métamor-
phosait les années les plus abondantes eu des
années de disette, en réduisant des province
et quelquefois le royaume entier à la plus
afllageante pénurie de grains; ce fameux pro-
blème dont une mauvaise solution produisit
la plus désastreuse des lois, sera enfin résolu
de la seule inanière dont il pouvait et devait
l'être pour-le bonheur de la patrie et l'honneur
de l'humanité..
44 Plan.
Le pbilosophe Mercier, qui a si consta m-r
ment -combattu les abus qui ont pend nt tant
de siècles affligé la patrie s'exprime aitjii à
ce sujet « Cette fameuse loi, qui devrait être
« le signal de la félicité publique a été le
« signal de la famine elle s'est assise sur' les
« gerbes des récoltes les plus fortunées elle
« a dévoré le pauvre à la porte des greniers
«qui croulaient sous l'abondance des grains.
« Un fléau moral jusqu'alors inconnu .la na-
« tion lui a rendu son propre sol étranger
« et a montré dans le jour le plus horrible Ja
« dépravation humaine. L'homme s'e mon-
tré le plus cruel ennemi de l'homme Epou.
« vantable exemple, aussi dangereux que le
H mal même. La loi enfin a consacré elle -même
<r l'inhumanité particulière. Je crois beaucoup
« à la profonde humanité des écrivains qui
« ont été les fauteurs de cette loi; elle fera
«peut-être du bien un jour; mais ils doivent
« éternellement se rçprocher d'avoir causé
« sans le vouloir, la mort de plusieurs milliers
« d'hommes, et les souffrances de ceux que la
« mort.a épargnés. Ils. ont été trop précipités;
ils ont tout vu, excepté la cupidité humaine
NOURRICIER. \5
« puissamment excitée par cette amof ce daoge-
« reuse. C'est un siphon, diténergiquement
« M. Linguel, qu'ils ont mis dans-la main lu
« commerce* et avec lequel il a sucé la su
« tance du peuple. La clameur publique d it j
« l'emporter sur les éphémérides.: Que le al
« parte d'une cause locale, n'importe il fall nt
« la deviner la prévoir la prévenir, sen il'
« qu'un besoin de première nécessité ne dev it
« pas être abandonné au cours fortuit es
« événeméns qu'une nouveauté aussi étran e
dans un vaste'royaume, ïui donnerait une i>e-
« course qui opprimerait certainement la par ie
« la plus faible. C'était cependant le contraire
que les économistes se promettaient. Us doi-
« vent avouer qu'ils ont été égarés par le de iir
« même du bien public qu'ils n'ont pas assez
muri. leur projet; qu'ils tandis
« que tout se touche dans l'ordre politique.
» Ce n'est pas assez que d'être calculateur s i|
« faut être homme d'état il faut estimer ce
« que les passions détruisent altèrent ou chah-
«gent it faut peser ce que l'action des riches
«peut opérer sur la partie pauvre. On n'a voulu,
« apercevoir l'objet que sous trois faces, et
P LA
« l'on a oublié la partie la plus importante
« celle des manœuvres qui compose elle
« seule les trois quarts de la nation, le prix de
< « leur journée n'a point haussé, et l'avidjefèr-
mier les a tenus dans une plus étroite dépen-
« dance ils n'ont pu'appaiser les cris de leurs
« enfans par un travail redoub!ë, la cherté du
« pain a été le thermomètre des autres alimens,
« et le particulier s'est trouvé moins riche de
« moitié. Cette loi donc n'a été qu'on voile
« décevant pour exercer légalement les plus
«horribles monopoles. On l'a tournée contre
« la patrie, dont elle devait faire la splendeur.
« Gémissez. écrivains, et quoique. ?ous ayez
« suivi les mouvemens généreux d'an coeur
« vraiment patriotique sentez com ien il a
« été dangereux de ne pas connaître votre
« siècle et les hommes, et de leur avoir pré-
« senté un bienfait qu'ils ont changé en poi-
«son. C'est à vous présentement de soulager
« le malade dans la cure qui le tue de lui
« indiquer 1e remède et de le sauver s'it vous
« est encore possible Cette intéressante
note tst tirée toute entière du majestueux
rêve de Van deux mille quatre cen quarante y
par M. Mercier.
N b U R Rl-àCl E R. •
Comme une constitution toute sensible \i-
vifie aujourd'hui la France quelle a réveil lé
dans le coeur français cet
et le bonheur des i-
tre tout le genre-humain; il conviendra aux
départemens de s'accorder pour
nement des greniers public* une déférén ce
absolue sur les étrangers dans nos marchés
de grains; et supposant qu'il» suivissent la
méthode que Je propose pour les approvision-
nemens H seront èWême de. connaître à la
fin de chaque œoisçon > Je superflu ou le l«*
soin qu'ils
à leurs voisins auxquels:. il. en feront t
dans un et qui à leur taur
cordialité.
C'est ainsi; que je conçois que pourrait se
faire annuellement aveci fruit et sans danger»
l'approvisionnement de lotit Je ,royaume',1 et
qu'on repousserait à jam^s jwques au-delà
des frontières de ce bel empîre l'hydre de
publique.
4$ P t a ïl
On sent bien que les subsistances, (fiant par
les mesures que je proposé, une fois imtnua-»
Élement assurées à toute la natioa, le 5 armées
employées à la défense de la patrie seront
comme toutes les autres classes de citoyens
alimentées par les greniers nationaux. Et puis-
que malgré la sensibilité de notre nature, il
faudra encore pendant quelque teins se faire
la guerre et s'égorger entre frères, nous au-*
rons au moins l'avantage inappréciable sur
nos ennemis d'avoir constamment, et sans
de grands et ruineux efforts, nos légions abon-
damment approvisionnées des choses les plus
impérieusement nécessaires pour la faire avec
succès, et dont le défaut occas!onne souvent
seul des malheurs irréparables
L'Assemblée Nationale vient déjà défaire
un grand pas, en déclarant que les approvi-
sionaemens des fourrages de l'armée seront
régis par une administration nationale.11
ne s'agit donc plus que d'embrasser par une
heureuse extension de cette sage .mesure, le
plus important de cet objet.
Ces grands changemens ne seront ni diffi-
ci les ni dispendieux la France les adminis-
trations

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