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Poèmes lyriques

De
311 pages

Commencement et but de la Création,
Lumière qui pour ombre as la clarté du monde,
Voile vivant, tissé d’âmes en fusion
Et tramé de soleils... ô fournaise féconde,
D’où la pensée éclate irradiée et sonde
Les Mutabilités de la Possession !

Sang des veines du Temps ! Flot du flux de la vie !
Ame de toute chair, chair de l’âme ! Divin,
Unique accord parfait d’immanente harmonie !...
Haleine universelle !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Tola Dorian

Poèmes lyriques

PROLOGUE

*
**

LA RUSSIE

 

 

 

J’apporte à ton amour le chant tendre et rêveur
                            De cette Muse slave
Qui de neige vêtue, et du feu plein le cœur,
Est comme un lac d’argent où ruisselle la lave.

 

 

Je viens pour allumer ma lampe, faible encor,
                           A la torche superbe
Qui dès l’aube des temps luit sur le livre d’or
Où de l’humanité s’est illustré le Verbe !

 

 

Je verserai ma sève et tout mon jeune sang
                           Dans tes veines lassées,
Mais que n’a su tarir le combat incessant
Que tu livras, Guerrière, aux erreurs hérissées !

 

 

Fais jaillir hors des deuils, au cri de mes coursiers,
                           L’éclair de ton épée,
Et dans le pur torrent des polaires glaciers
Plonge de ton beau corps la vigueur retrempée !

 

 

Car mon bras patient est prêt à te venger,
                           Mère, dans ta souffrance ;
Mon cœur fort pour ton cœur n’est pas un étranger :
De ton lait, de tes pleurs, je suis nourrie, ô France ! »

 

 

 

LA FRANCE

 

 

« Je guiderai tes pas, dans les temps qui viendront,
                           Vers ce haut sanctuaire,
Où la Clarté rayonne et siège sur le front
De mes fils que brûla tout Idéal austère !

 

 

Et je t’éclairerai du drapeau glorieux
                           Qui protège l’Idée,
Comme une aigle essorante ouvrant son aile aux cieux
Y porte ses aiglons, toute d’aube inondée ! »

I

ADAGIO

L’ESSENCE DE L’AMOUR

Commencement et but de la Création,
Lumière qui pour ombre as la clarté du monde,
Voile vivant, tissé d’âmes en fusion
Et tramé de soleils... ô fournaise féconde,
D’où la pensée éclate irradiée et sonde
Les Mutabilités de la Possession !

 

 

Sang des veines du Temps ! Flot du flux de la vie !
Ame de toute chair, chair de l’âme ! Divin,
Unique accord parfait d’immanente harmonie !...
Haleine universelle !... Intangible chemin,
Artère où roule et bat la rumeur infinie
Du cœur multiplié de l’avatar humain !

LES FAUCHEUSES

A Judith Gautier.

 

 

En Ukraine, au printemps, les seigles sont en fleur :
C’est à perte de vue une campagne rose
Sous un ciel d’un bleu net, sans tache et sans pâleur :
Les steppes-ont alors comme une apothéose.

 

 

Tel qu’un long ruban vert, de prismes étoilé,
Le Dniepr, incendié de cet éclat, recèle
Leurs multiples splendeurs sous son cours déroulé ;
Il reflète la terre et les cieux, et ruisselle.

 

 

Dans les hauteurs se pâme un silence inouï ;
Parfois une cigogne au bec rouge, qui passe
Pour regagner son nid de verveine fleuri,
Semble être un éclair blanc dans le limpide espace.

 

 

L’air lourd et chaud n’est plus qu’un brasier parfumé ;
A l’horizon s’effume un transparent nuage ;
Soudain naît, faible encore, un grand souffle rythmé,
Un murmure confus dans la lande sauvage.

 

 

Dominant la rumeur retentit une voix
Forte, mâle, profonde. Elle entonne un chant grave :
Le chœur lointain répond, s’interrompant parfois :
La brise porte au loin l’harmonieusè octave.

 

 

Des femmes à pas lents, fermes et cadencés,
Le front baigné d’azur et les pieds dans les seigles,
Aux obliques rayons par l’Occident versés,
Viennent : leurs larges yeux ont le regard des aigles.

 

 

Leurs bras lisses et bruns portent de hautes faux,
Et les lames d’acier semblent de grandes ailes
Au pennage courbé, d’héraldiques oiseaux,
Dont les chocs ont un fier cliquetis d’étincelles.

 

 

Autour des souples reins s’enroule en noir serpent
Leur ceinture, serrant la dalmatique blanche ;
Plus bas que les genoux leur brune tresse pend ;
Elles vont, appuyant une main sur la hanche.

 

 

Et la placidité d’une étrange douceur
Emplit leurs yeux profonds et dardés dans le vague,
Superbes et voilés comme ceux du penseur
Inconscient, dont l’âme est une obscure vague.

 

 

Celle qui va devant, droite, aux épais sourcils,
A le geste puissant qui rarement s’irrite.
Sa lèvre ardente est triste, avec des plis subtils.
Des torsades de jais, des rangs de malachite

 

 

Et de rouges coraux étreignent son beau col ;
Ils sonnent doucement sur sa forte poitrine,
Emperlent sa cheville et mêlent sur le sol
Au sang des pavots mûrs leur lueur purpurine.

 

 

La marche triomphale est une vision
Qui, lente, traversant la lumière sonore,
Foule avec majesté la terre en fusion,
Au refrain solennel d’un hymne plein d’aurore.

 

 

Il plane libre et tendre au vaste firmament,
Il soulève le sein des femmes de l’Ukraine ;
Echo des siècles morts, il pleure infiniment ;
La patrie est là, toute, en sa force sereine !

 

 

Elles passent : leur ombre onduleuse les suit,
S’allongeant, pas à pas, sur les steppes humides ;
On dirait des lambeaux du voile de la nuit
Que traînent les beaux pieds de ces cariatides.

 

 

Et le choral s’éloigne ; il faiblit, puis se tait.
Les Faucheuses s’en vont, dans une brume blonde
Qui monte à l’horizon où le soir s’attardait,
Et couvre d’or blémi l’apaisement du monde.

 

 

Un grand silenee tombe et les lointains pâlis
S’endorment vacillants sous l’ombre envahissante ;
Le fleuve répond seul aux plaintes des courlis,
Et dans le ciel s’allume une étoile naissante.

CYNTHIA

Claire et large la lune illumine la Nuit ;
Elle trône, aveuglante, au bleu-vert de la voûte :
Et d’éclairs palpitants le givre intense luit,
Enchâssant de joyaux l’argent mat d’une route
Qui ruisselle et s’allonge à travers le bois noir.
Les pins touffus, frangés d’un fouillis d’arabesques,
Profilent sur le sol leurs ténébreuses fresques :
La neige lentement, sans bruit se laisse choir
Sur le lac durci comme une dalle de marbre ;
Les glaçons irisés frissonnent à chaque arbre,
Et la terre se meurt sous le morne regard
De la muette lune au sourire hagard
Comme un grand lys éclos sous les blancheurs lunaires
Ma Dame a le sourire hibernal et vainqueur...
Ses beautés, aux beautés de l’astre congénères,
De leur grâce glacée annihilent mon cœur,
Ses pieds pâles et nus, aux lueurs boréales,
Foulent les glaciers bleus et les hauteurs astrales,
De polaires soleils constellent ses cheveux ;
Son voile immaculé serpente en larges ondes
Enveloppant mon âme en ses clartés profondes,
Mon âme qui se meurt sous le froid de ses yeux.

CEUX QUI VONT MOURIR TE SALUENT

Volupté du Néant, tu m’enivres ! Tes bras
M’écrasent d’une étreinte extatique et tenace
Sur ton sein qui m’attend ! — Je te veux, je suis las,
Et je plonge engourdi sous ta profonde nasse,
Gardant le rêve amer de mon cœur éperdu !
               Brise, suprême amante,
               Ma force véhémente :
Sois l’espoir de celui dont l’âme a tout perdu.

 

 

O crépuscule immense, ô funèbre chlamyde !
Eteins ce coeur brûlant, rebelle et dévasté ;
Détruis cette pensée où s’élargit le vide,
Calme ces nerfs tordus sous un joug détesté ;
Et revis éternel dans la fin de mon être !
               Sombre sphinx apaisant,
               Bois mes larmes, mon sang !
Ta morsure m’est chère : elle vaincra peut-être
Ce long désir qui fut mon martyre incessant.

 

 

A cette heure je viens dans tes silences graves
T’apporter mes passés, ces fleurs au parfum mort,
Ces débris orgueilleux d’un cœur meurtri d’entraves,
Comme un vaisseau sans mâts qui rentre dans le port.
               Pour la longue nuitée
               Ton ancre est apprêtée :
La terre va pâlir dans un instant pour moi...
L’enfer est sans démons, le ciel est sans victoire,
Mais tu remplis, Néant, la tombe où gît leur gloire,
Et la, création se perpétue en toi.

LA VOILE

Imité de Lermonloff.

 

 

 

Au loin blanchit la voile solitaire
Dans les brouillards irradiés des cieux :
Que cherche-t-elle aux confins de la terre ?
Que laissa-t-elle aux pays des aïeux ?

 

 

Le vent se lève au cri de la tempête,
Le mât tordu craque et plie à l’avant :
Nulle terreur, nul espoir ne l’arrête ;
Blanche, elle passe et fuit avec le vent.

 

 

La vague verte écume et rit sous elle,
Un soleil d’or fait flamboyer les flots ;
Mais c’est l’orage et la nuit qu’elle appelle.
Espère-t-elle y trouver le repos ?

*
**

Sur sa lèvre d’enfant croisant deux chalumeaux,
Éros souffle, en riant, des bulles irisées,
Qui montent comme un vol d’amoureuses pensées
Plongeant au ciel profond de la joie et des maux,

 

 

Gonflés d’azur et d’or, ces prismes sont jumeaux,
Des perles de l’Ophir larmes cristallisées,
Par de pâles clartés lunaires caressées,
Que leur conque nacrée emporte au gré des eaux.

 

 

Ces globes s’enfuyant sous l’éther qui s’ébroue
Vers l’onde frissonnante et vers l’aurore en feu,
Retombént du vertige adorable du bleu...

 

 

D’où la bulle ou la perle aux rocs rugueux échoue !
 — Et sur ton cœur se brise ainsi l’amour, ce Dieu,
Qui naît dans le soleil et qui meurt dans la boue.

*
**

Comme un souffle léger, comme un léger murmure,
Dans la vallée en fleurs une cloche sonnait ;
Je voyais le soleil suspendre son armure
Aux tentes du couchant, que sa mort couronnait.
Et j’écoutais jaillir du fond de la ramure
Les trilles éperdus du railleur sansonnet,
Poète du printemps, qui sur la fraise mûre
Et l’amoureux jasmin gazouille son sonnet.

 

 

Mais l’hiver conquérant vient revêtir le monde
D’un drap de diamant, et jadis où trônait
L’iris impérial dans la gorge profonde,
Le tonnerre en courroux rauque, roule et renaît,
Sur les pics acérés son char bondit et gronde,
Et l’écho du glacier répète son sonnet.

IDYLLE DU NORD

Mon amour habitait une plage du Nord
Où la verte forêt ceignait une tour grise :
La feuillée odorante interceptait l’effort
Du roulis frénétique où s’engouffrait la brise ;
Durant les tièdes soirs de ce rapide été
Le soleil lentement se mourait sur la plage,
A l’heure où les grands cerfs au long poil argenté
Passaient dans la ramure embaumée et sauvage :

 

 

Ils fuyaient avant l’aube ainsi que des Esprits...

 

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