A l'article de la mort baroque

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Hervé Bauer, pour qui connaît son œuvre, n'est pas un « spécialiste » de l'écriture baroque ou inspirée du baroque. Cette dimension, chez lui, est plutôt nouvelle mais ce qui me requiert particulièrement c'est qu'elle vienne se greffer sur sa manière antérieure et qu'elle le fasse tout au long de ce recueil. C'est que le poète baroque compose en même temps que le poète moderne déconstruit. - M. Falempin
Publié le : mercredi 4 mai 2016
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EAN13 : 9782140008313
Nombre de pages : 106
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que « la beauté de conception et de style me sufIt. »
N°101
Hervé Bauer
À l’article de la mort baroque
Poésie
Préface de Michel Falempin
À L’ARTICLE DE LA MORT BAROQUE
Levée d’ancre Collection dirigée par Michel Cassir Levée d’ancre est une collection privilégiant l’écriture poétique, créée en 2001 par Gérard Augustin et Michel Cassir. Elle se propose d’abord de publier, au-delà de la division des genres, la poésie sous toutes ses formes ; de la précise ciselure du vent aux nouvelles, y compris le « noyau de prose » par lequel l’œuvre exprime ce qu’il y a de plus actuel, dans sa construction d’un sens de la poésie. Ensuite, multiplier les accès à cette poésie, tant par les anthologies critiques, les ouvrages collectifs, que par les échanges entre écrivains et lecteurs, les rencontres entre la poésie, les différents arts et la vie. Dernières parutions 100 – GérardAUGUSTIN,Ariane sur la route du sel, 2016. 99 – AlainROBINET,Ô ! ose tes bras ! Poaimes, 2016. 98 – Éléonore COMA,Fragments d’un exil, 2015 97 – Christian CAVAILLÉ,encontres, 2015. 96 – Tassos KOURAKIS,Le printemps est reporté jusqu’à nouvel ordre, 2015. 95 – Ahmed BENDHIAB,Jamila dit, 2015. 94 – Giancarlo CAVALLO,Spiralothèque / Spiraloteca. Vertiges / Vertigini (édition bilingue, traduction G. Cavallo avec M. Cassir), 2015. 93 – Alain ROBINET,Echographie, 2015. 92 – Haydar ERGÜLEN,Grenade ou Nar, 2015. 91 – Fady NOUN,Dans la nuit de diamant, 2015. 90 – Philippe André RAYNAUD,Assises, éclairs, marches lentes, 2014. 89 – Hervé BAUER,Des astres errants. Récits, 2014. 88 – Michel CASSIR,La fête prenant de vitesse l’obscur, 2014. 87 – Marc DELTA,Nus suivi de Triple saison, 2014. 86 – Paul RODDIE,Le ravisseur du monde. Taking the World by Storm, 2014. 85 – Alain ROBINET,à l’imageDANTE-CI ! ». « qui », « D’EN d’icelui, l’Auteur, rééc(r)it en vis-à-vis... ... pour nos temps d’ici-là, 2014.
Hervé Bauer À L’ARTICLE DE LA MORT BAROQUE Préface de Michel Falempin LEVÉE D’ANCRE L’Harmattan
Du même auteur Sur le versant obscur des lèvres(H.C., 1979) L’image devient hantée(Ed. Michel Chomarat, 1989) L’inflexion(Suite de 9 poèmes mise en musique par JG Bailly, Opéra de Lyon, 1990) Derrière les planches(Jalouse pratique, 1993) En viande saignante(Jalouse pratique, 1994) D’entre les murs(La main courante, 1994) Requiem de Stockholm(La main courante, 1995) Fugue(L’Atelier des Grames, 1996) Tombeau de Meaux(La main courante, 1997) Vers la laideur, l’affolement(Sergent-Fulbert, 1998) Cécité de la lumière(La main courante, 2000). Froidureux(Jean-Pierre Huguet, 2004). Mise en pièces de la Lyre(L’Harmattan, 2005). Piéton(J.P. Huguet Editeur, 2006). Finir(Pour S.Beckett)(J.P. Huguet Editeur, 2006). Aggravation(s)(L’Harmattan, 2008). L’adoration(livre d’artiste, peintures de T. Lambert, 2010). Terre natale des formes(Taïwan, éd. bilingue français-chinois. 2012). Calame(livre d’artiste, sur des dessins de Krochka, 2014). Des astres errants(L’Harmattan, 2014). Traduction :Anthologie de la poésie grecque (1975-2005)Traduit du grec par Kostas Nassikas et Hervé Bauer, L’Harmattan, collection « Levée d’Ancre », 2012.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09217-1 EAN : 9782343092171
BAROQUE VIVANT
Il y avait, naguère, à Paris, rue du Faubourg Saint^Antoine ainsi que dans les ruelles adjacentes, entre le métro Faidherbe et la place de la Bastille, un commerce de meubles florissant. Là, on pouvait trouver aussi bien les célèbres mais déjà démodées salles à manger Henri II que des fauteuils Régence, des bureaux Empire, des chambres romantiques et du rustique de toutes les régions possibles. À l'image de ce commerce, l'art et la littérature modernes sont hantés par cette fabrique du «néo». Néo^classique ou romantique, souvent la consommation voire la création culturelles confinent au faubourg Saint^ Antoine. De cette longue vogue nostalgique, il serait naïf de nous croire sortis : il suffit de feuilleter, sur les tables des libraires, les dernières parutions romanesques pour rencontrer la littérature la plus vieillotte qui soit, passât^elle pour moderne de traiter des sujets d'actualité, qu'ils soient politiques ou de mœurs, son style fût^ il plus relâché que celui de ses modèles et fût^elle surtout parsemée de scènes qui n'auraient pas pu s'y trouver jadis sans courir le risque du tribunal. En cela seul réside la touche «moderne».
Alors pourquoi, dans le titre d'une œuvre de poésie, aujourd'hui, la présence de l'adjectif «baroque», c'est^à^dire d'un qualificatif désignant
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tout ensemble un style particulier et une époque qui n'est plus la nôtre ? Ce mot, on le sait, a connu longtemps dans le langage courant le triste sort qui échoit aujourd'hui au mot «surréaliste» : toute situation sortant un peu de l'ordinaire, paradoxale voire absurde ou extravagante s'en trouvait qualifiée. C'est que le baroque eut longtemps mauvaise presse et que s'en réclamer consisterait à revendiquer quelque appartenance à une tendance unanimement flétrie, à un moment donné, pour son mauvais goût comme des révolutionnaires ont pu le faire hautement de la leur à la canaille. Disons que l'accoupler à la mort n'arrange rien, comme si à une première revendication douteuse, une autre ajoutait sa touche d'incongruité. Il y aurait enfin une sorte d'insolence à ne pas prendre la mort avec le sérieux médical qui de nos jours lui sied. Ce serait là une mort sur instruments anciens, en quelque sorte. Si peu réjouissant qu'en soit le sujet, le fait que le baroquisme s'y applique, contribuerait à le mettre à distance (au moins temporelle), à l'esthétiser. Mais tout compte fait, ne vaut^il pas mieux «le burin volubile de l'épouvante» que l'écoulement du sérum dans une chambre devant quelques inepties télévisuelles ? Pour bénéfique que puisse être cette analgésie poétique, il se pourrait que l'intention d'Hervé Bauer dans ce recueil ait été, en se tournant vers un ancien appareil funèbre de rendre à cette épreuve
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quelque chose d'une dignité perdue dans son traitement technique.
C'est que faire choix du baroque, au moins littérairement parlant, c'est aller contre les normes esthétiques édictées par l'époque et, je serais tenté d'ajouter, toutes les époques — même, paradoxalement, celle que l'histoire lui attribue. Parce qu'elle recourt volontiers à la métaphore, à la périphrase, à l'hyperbole, à l'allégorie, à la pointe ou au mot d'esprit, parce qu'elle répugne souvent à appeler les choses par leur nom, qu'elle ferait sienne volontiers (si désagréable socialement qu'en sonnent les termes) la formule d'Oscar Wilde affirmant que tout homme qui appelle «une pioche une pioche» mérite d'avoir à s'en servir toute sa vie (loi que Wilde lui^même fut assez loin de respecter !), l'écriture baroque constitue un empêchement majeur à un certain type simple de communication tel qu'ainsi désigné par Stéphane Mallarmé : «Narrer, enseigner, même décrire, cela va et encore qu'à chacun suffirait peut^être pour échanger la pensée humaine, de prendre ou de mettre dans la main d'autrui en silence une pièce de monnaie». C'est à cet «universel reportage», qu'une telle écriture contrevient. Autrement dit, obscure, artificielle, complexe, savante, devise dont la valeur est flottante, elle demande à qui s'en approche son concours intellectuel. «Obscure» de la sorte, ne signifie d'ailleurs pas dépourvue de sens (de tel 9
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