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Phùng Quán dans sa « cabaneàcontemplerlesflots » (septembre 1994)
Préface
S uite naturelle du recueilSur le chemin du vrai (L’Harmattan 2009), le présent recueil de récits auto biographiques du poète Phùng Quán touche deux époques de sa vie, séparées par son long exil intérieur – trente ans d’interdiction de publication, assortis de travaux forcés pendant quinze ans. Nous y retrouvons d’abord le jeune soldat naïf et exalté de la « deuxième époque » (l’époque de la paix toute neuve, après la victoire sur les Français àĈiӋn Biên Phӫjeune troufion ahuri débarqué sur le front de la), « littérature », sans autre bagage culturel que sa passion pour les contes chuchotés autrefois au village, ces contes dont les héros étaient les communistes ! Dans Hanoi nouvellement libérée, il nous fait partager l’atmosphère fraternelle du service des Arts et Lettres de l’armée… ; ses angoisses et ses doutes d’écrivain novice… ; sa surprise de voir la fiction née de son imagination devenir, aux yeux de tous, réalité… ; sa joie de jeune homme dont le cœur déborde, et qui voudrait inviter le monde entier à « venir visiter sa patrie ».
Trois décennies plus tard – après la « Perestroika » viêtnamienne – c’est un vieil homme qui nous accueille ; un vieil homme durement marqué par ses trente années de mise au ban de la société… mais toujours aussi amical envers la vie, envers les êtres… Envers ses émotions aussi, qu’il accueille – gaies ou tristes – comme des amies, pour leur faire place dans ses écrits – et tant pis si ceuxci vont dormir dans un coffre !
 SUËIDFH
Ecrire, pour quoi faire ? Je n’en sais rien. Si l’on m’avait posé la question, je me serais dit qu’on me posait là une question stupide, comme si l’on me demandait : « Aimer, pour quoi faire ? » (J’écris, donc je suis)
Cette amitié avec ses émotions est sans doute le secret de l’art de Phùng Quán. Et elle a aidé l’homme à rester luimême à travers tant d’épreuves, continuant à aimer les gens, continuant à préserver en lui ce qu’il y avait de plus précieux dans la foi de sa jeunesse : cette bienveillance envers la vie, envers les êtres… Même lorsqu’il nous conte des histoires, le véritable « sujet » de Phùng Quán ce sont ses émotions, qu’il sait nous faire partager de façon sivraie,par petites touches légères. Toujours à l’affût, elles nous surprennent parfois au détour d’une phrase – comme par exemple le timbre de voix « très familier, mais très étrange » d’une question posée par son vieil ami retrouvé… ; et soudain :
Ça m’est revenu ! Ce timbre de voix, c’était celui d’il y a quarante ans, quand il s’était penché pour me déposer sur la lande de sable de Phong Chѭѫng et avait péniblement déchiré le morceau le moins sale de sa manche de veste, en me demandant : « Estce que ça fait très mal ? » (Fraternité d’armes)
Un simple petit bout de phrase, et nous voilà touchés, comme par l’aiguille d’un acuponcteur appliquée à l’endroit juste – sensibilisés que nous sommes par les pages précédentes du récit.
Le petit bout de phrase peut aussi retentir avec force : voyez les émouvantes pages finales du récitLe poème épique rongé des termites et les dixsept squelettes, où les réflexions amères de l’auteur sont soudain bous culées par l’irruption de voix d’outretombe : Des voix rudes résonnèrent au loin…
 3UËIDFH  rompant avec brusquerie le mode narratif réaliste du récit.
Ou bien tout le texte est un tableau léger d’impressions subtiles, comme le court récitPremière visite de l’An chez le poète T͙ Hͷu – Tӕ Hӳu, grand « poète officiel » du régime communiste viêtnamien (et grand poètetout court). En quelques pages très denses, par petites touches discrètes, Phùng Quán arrive à suggérer, en arrièreplan, tout un paysage politique – un paysage dur et cruel – sur lequel émerge au premier plan un portrait humain d’une infinie délicatesse – en fait, le portrait de ce que Phùng Quánéprouvepour l’homme qu’est Tӕ Hӳu : affection (Tӕ Hӳu est son oncle), un peu de crainte (c’est un homme de pouvoir), admiration et envie (pour le « pouvoir extraordinaire » de sa poésie), sentiment de complicité (entre poètes, on se comprend)… perplexité amusée (devant un mystérieux quatrain de Nouvel An, au ton si différent du ton habituel de TӕHӳu)…
« Du faux qui est comme le vrai, où est le problème ? »
… compassion enfin (pour ce vieil homme qui, parvenu aux plus hautes « charges mandarinales » du pouvoir d’Etat, ne peut espérer réaliser son souhait tout simple de redevenir un « baladin du peuple », allant de village en village « partout où il y a des gens »)… Tout un arcenciel de sentiments, suggérés en quelques pages seulement – avec, en antidote pudique à l’effusion de sentimentalité, cette réflexion affectueuse de son oncle : « Ce sacré Quán, qu’il est bête ! »
« Ami, je veux t’inviter chez moi » – nous dit Phùng Quán dans le poème qui clôt ce recueil. Son « chez moi »,
 SUËIDFH
1 c’est sa « cabaneàcontemplerlesflots » . Mais j’aime comprendre aussi ce vers comme une invitation à visiter le monde affectif de l’auteur, ce monde où toutes les émotions, gaies ou tristes, sont des amies. Et si même dans la tristesse le rire n’est jamais loin, c’est parce qu’avec les amis on aime rire !
F.P., août 2009
1 La petite maison sur pilotis construite par Phùng Quán pour y siroter l’alcool avec des amis, en contemplant le lac de l’Ouest (le grand lac proche de Hanoi).
Un pour Un
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