Anna Magdelena X

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L'auteure se met en scène pour exprimer dans une trilogie "la mort d'une soeur " , un cri d'alarme contre toutes les formes d'hégémonie. De ce désastre de l'Homme, Anna Magdelena X est une rescapée qui s'insurge là où la parole s'inscrit. De cette révolte "les intuitives" enveloppent le corps de végétal et l'esprit de sensitif pour continuer de vivre.
"Seules les plantations reprennent sens
Au mensonge"
Publié le : mercredi 1 octobre 2003
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EAN13 : 9782296338555
Nombre de pages : 73
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Anna Magdalena X

Collection Poètes des Cinq Continents dirigée par Geneviève Clancy, Emmanuelle Moysan, Mithridad Pourmir
La collection Poètes des Cinq Continents non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an.
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Dernières parutions 344 - David BIJOU~ Le gîte des poêtes~ 2002. 345 - Imad SALEH, Terre promise terre maudite, 2003. 346 - Michel DUNAND~ Ailleurs, toujours, est au soleil, 2003. 347 - Anne de COMMINES, La parole pour épure, 2003. 348 - Isild DARRAS, Poètes chinois d'aujourd'hui, 2003. 349 - Sylvie Garcia, Cabanon' s blues, 2003. 350 - Eva DIAMANTSTEIN~ Matière de miroir, 2003. 351 - Velimir KHLEBNIKOV~ Créations 1,2003. 352 - Velimir KHLEBNIKOV~ Créations II,2003. 353 - RodicaDRAGHINCESCU,La lune n'est pas un simple mouchoir~2003. 354 - Cristina MONTESCU, Larmes cadenassées, 2003. 355 - Umar TIMOL, Chimie, 2003. 356 - Gian Carlo PIZZI, L'autre rive, 2003. 358 - Daniel LEDUC, Partage de la parole suivi de Partage de la lumière, 2003. 359 - Patrick RAVEAU, Dans la brûlure des jours, 2003. 360 - Pierre GOLDIN, Chants de la porte et du passage, 2003. Série Espace expérimental
1 - Isabelle LAGNY, Journal derrière le givre, 2002.

2 - Mathieu BLOND, Exode, 2002. 3 - Pierre MINOT~ Fine l'âme~ 2002. 4 - Hanna MIRNA, Nouvelles du néant inverse, 2003. 5 - Aymen HACEN, Dans le creux de ma main, 2003. 6 -Nicolas SERVISSOLLE, à la lice, 2003. 7 - Paul RODDIE, Terrains vagues, terrains précis, 2003. 8 - Michel DUCOBU, L'Ivresse traversière, 2003.

Rebecca GRUEL

Anna Magdalena

X

Liminaire de Jean-Claude Rossignol

L'Harmattan

@ L'Harmattan

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5309-4

LIMINAIRE Rébecca Gruel, la mort d'une sœur.

Rébecca tire l'écriture de ses derniers textes de la matière vive d'un vécu proche, celui de la perte douloureuse d'une sœur, victime d'un accident suspect autour duquel plane l'ombre d'une possible préméditation. Inutile de dire la véhémence du ton, la douleur intime de l'auteure dont les nerfs, le corps à vif, craquent de souffrance contenue et de mal être, sur fond de malaise social à une époque - rupture de siècle- de monolithisme économique mondial insolent où le profit non redistribué demeure dans les mains d'une minorité, aggravant les conditions de vie au quotidien. C'est une poésie de l'implication sororale et de l'imprécation élégiaque contre ce qui (individu ou société) détruit être, femme, mère, enfant. La vie -comme la ville- indifférente emporte dans son tourbillon incessant, morts, vivants, passé, présent, riches et pauvres, ce n'était pas <damémoire silex» aux aguets, tendue comme un fll électrique à découper <dàoù le doute ronge l'os », et <demot solitude pouvoir », qui se souviennent. L'écriture comme une symphonie cristallise en un requiem amer et fragile l'événement instant pour le transmuer en souvenir révolté sur <da toile mémoire », là où «chavire le navtre vie ». Huit espaces d'écriture se partagent ces stances d'amertume et d'amour blessé pour une défunte. Le premier, «regard inavoué », évoque un cadre de vie amène, ingrat aux plus faibles, interdits de s'exprimer, de peser sur leur destin, celui de la vie de tous les jours. Rébecca dit l'être en hypersensibilité, la chair et l'âme à vif, à ne plus oser se voir dans un miroir à l'œil nu, la lumière trop crue éblouissant le regard. Oser pourtant dire la vérité tue, fardée, à mots pesés, 7

comptés, filtrant en rayons infrarouges. Dire, «ne pas dire la solitude du temps », «vivre de ne pas mourir.. .au revers de l'écriture ». Elle suggère la pudeur de l'écriture, de s'inscrire, de ne pas «inscrire sa main ». Rébecca se lance à la «course des mots », l'essentiel de la vie est inutile, trop fugace, virtuel dans son éclat quand il passe, les mots sont à leur tour inutiles. En cela, est la malédiction d'être et de créer, mais la beauté, sa poésie ne résident-elles pas dans «l'œuf du vertige », éclat sans durée. L'essentiel n'est-il pas de «boire la musique et tomber d'épuisement»? Tout cela ne prend paradoxalement sens «sans le sens du verbe» et de la mémoire des corps sans visage, entassés dans un coin du cerveau, «posés au coin d'un neurone », et ne s'éclaire qu'à <d'identité des réverbères ». Ce travail de mémoire n'est-il pas lui aussi vain car «inutile est le mot », <da musique revient d'elle-même », le désespoir n'est-il pas la forme usuelle de l'être symphonique? « Verticales ». Le poème dit la tension de l'être comme dans un poème d'Antonin Artaud, l'être mis à nu, «faciès liquéfié l'on avale sa salive /. . .Emiettement de la moelle/L'espace foudroie le corps ». L'espace blanc de la page transcrit la douleur de vivre, une souffrance chauffée à blanc. Le point du jour qui s'entrouvre ne laisse rien augurer de bon. «Les ouvriers creusent/l'espace de la mort », <da plage nue se retire du f1lm/Lambeaux d'une robe baignée ». «Ce sont de grands cimetières ». La mort de sa sœur est l'objet, l'âme de ses textes. Toutes les implications qui ont présidé à l'accident de la circulation survenu à sa sœur, ses conséquences, le dit, le non-dit, hantent cette méditation sur la mort. Et l'enfance frappée en la personne d'un innocent, son neveu, orphelin inconsolable. Rébecca y utilise en leitmotiv une image frappante d'écrivaine parlant du « corps mutilé telle une coupure de page ». elle demeure devant cette « vie perdue », la Poète/Fortune « aux yeux bandés », Pythie muette face à l'inéluctable, s'exprimant en paraboles. 8

«La morgue ». Poème aux notations rapides, sèches, implacables. «L'ange défunt» est le constat glacé, morbide de l'accident dans sa brutalité, de son environnement clinique, et du jaillissement d'un passé de rires enfantins et complices entre elle et sa sœur, venu s'installer en « flash-back» dans le texte. «Le blanc» est une méditation sur la soudaineté de la disparition, son irréfragabilité et la juxtaposition en pensée d'une pellicule de cinéma super 8 «brûlée de mots ». La fm du poème connote la figuration allégorique du peintre Malaval dans sa série «Aliment blanc ». Rébecca y médite sur le blanc, « coquille d'œuf cassée.. .Et puis le blanc et puis le blanc telle blanc. .. ». Le crime - telle une arme blanche « demeure réel ». « Nuit », «ce sont des cris de nuit », de solitude nocturne, cris «qui chevauchent la mort », «à la recherche d'un mot disparu », de solitude comme enfermée dans une coquille «sur un banc d'huîtres mansardé de silence », le dit joliment la poète. Nuit où <d'os semble douleur» dans le cadre cloisonné «d'une HLM pour naufragés ». Le corps d'une jeune femme que l'on extermine chaque nuit, cauchemardesque, se surajoute lancinante à l'existentiel émétique des reliquats de vies nocturnes et au souvenir des tortionnaires masqués qui harcèlent l'auteure par ces nuits, «paysages gris» insalubres, «à l'ennui des trottoirs, des dortoirs ». L'ensemble se clôt sur un très beau texte sur l'éphémérité du temps, la précarité de la vie, où l'affairement intrépide de la ville (paris) est la métaphore de l'alternance de la vie et de la mort, de la vie reprenant ses droits. «Paris momifie la douleur». . .la poète «rescapée », la tête bandée tel le combattant Apollinaire, trépassé de la Grande Guerre, réapprend à vivre et reprend la Verticale, après trois années de silence.

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