"Arc musical" précédé de "Epitomé"

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Tchicaya U TAM'SI mêle dans une écriture subversive son angoisse existentielle à la passion du Congo, son pays natal. En rupture avec la poésie de la négritude, il propose des poèmes éclatés, à la syntaxe désarticulée, travaillés par des ruptures de tons, de collages baroques, qui juxtaposent le prosaïque et le sublime, provoquant ainsi une tension, qui, à son tour, provoque l'intranquillité du lecteur. "Epitomé" fut initialement publié en 1962, et "Arc musical" en 1968.
Publié le : dimanche 1 avril 2007
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EAN13 : 9782336281766
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Arc musical
précédé de ÉpitoméDu même auteur
Poésie
Le Mauvais sang, Caractères, Paris, 1955.
Feu de brousse, 1957.
A triche -cœur, Hautefeuille, Paris, 1958.
Epitomé, SNED Tunis, 1962, P.J Oswald, 1962.
Le ventre, Présence Africaine, 1964.
Arc musical, précédé d'Epitomé, PJ. Oswald, Paris, 1970.
La veste d'intérieur, suivi de Notes de veille, Nubia, Paris,
1977.
Le pain ou la cendre, précédé du Ventre (réédition) Présence
Africaine, Paris, 1978.
Le Mauvais sang- feu de brousse- À triche,-cœur, réédition, PJ.
Oswald, 1970, puis L'harmattan en 1978, 1988.
Anthologie
Légendes africaines, Seghers, Paris, 1968.
Romans
Les cancrelats, Albin Michel, Paris, 1980.
Les méduses ou les orties de mer, Albin Michel, Paris, 1982.
Les phalènes, Albin Michel, Paris, 1984.
Cesfruits si doux de l'arbre à pain, Seghers, Paris, 1987.
Théâtre
Le Zulu, suivi de Vwène lefondateur- Nubia, Paris, 1977.
Le destin glorieux de Nnikon Nniku, Prince qu'on sort,
Présence Africaine, Paris, 1979.
Le bal de Ndinga, L'atelier imaginaire, animé par Guy
Rouquet, L'Âge d'homme, Tarbes, 1987.
Nouvelles
La main sèche, Robert Laffont, Paris, 1980.
L'eau à contre-jour, inédit.Tchicaya U Tam/si
Arc musical
précéde de
/
EpItome
Introduction de Claire Céa
L'HARMATTAN@ ère1 édition Pierre Jean Oswald, 1970
@
L'HARMATTAN,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03007-7
BAN : 9782296030077Tchicaya U TAM'SI: Notre premier poète moderne*
Gérald-Félix Tchicaya est né le 25 Août 1931 à
Mpili (Congo). Fils d'Elisabeth Boanga et de Jean-Felix
Tchicaya, un ancien instituteur, employé dans
l'administration coloniale en qualité « d'écrivain ». Très
tôt, l'enfant est sevré de sa mère. Elisabeth Boanga n'est
qu'une liaison coutumière de Jean-Félix Tchicaya. TI se
marie avec Cécile Concko, une ancienne élève des
bonnes sœurs du Saint- Esprit. A quatre ans,
GéraldFélix Tchicaya est emmené par son père de Mpili à
Pointe-Noire, qui le confie à sa jeune épouse. Cette
brutale séparation le marquera profondément. En 1945,
son père, Jean-Félix Tchicaya, est élu député du
MoyenCongo à l'Assemblée constituante à Paris. C'est dans ce
contexte que Gérald-Félix Tchicaya arrive en France. On
l'inscrit au lycée Eugène Potier à Orléans. Sa scolarité est
chaotique. Premier handicap: l'âge. Il entreprend ses
études au collège quasiment à l'âge où les autres les
bouclent. TI ne comprend rien au latin n'entend pas le
grec. Dans les cours de récréation, il est seul. Infirme de
la jambe gauche, il est interdit de jeu d'enfance. Les
camarades le surnomment le poète. TIjoue le jeu, endosse
le statut d'Orphée. Mais un poète sans poèmes est-il
encore poète? Harcelé par les copains, qui lui demandent
ses vers, il s'approprie une chanson de Tino Rossi.
Comme Pierre Ménard de Borges, qui réécrit Don
Quichotte, Gérald Félix réécrit Tino Rossi. Sa
* Texte paru dans le dernier numéro de Cultures du Sud
(JanvMars 2007).supercherie est vite découverte. Blessé, il donne à lire une
nouvelle version de Horace, dans laquelle, il sauve
Camille. De là date sa passion pour le théâtre. Très vite, il
abandonne l'écriture, s'entiche de la peinture, rêve d'une
carrière d'artiste. Le père s'y oppose. Alors, il sera
architecte. Nouveau refus du père. Le député du
MoyenCongo à l'Assemblée nationale française, nourrit de
grandes ambitions pour son fils. Il l'imagine dans quatre
ans à la faculté de droit d'Assas. Mais Gérald Félix
Tchicaya n'aime que les rimes. Doté d'une mémoire
prodigieuse, il récite Marot, Ronsard, Du Bellay, Villon,
Hugo, découvre les poètes de la résistance, Aragon,
Char, lit l'espagnol Lorca, etc. Les massacres coloniaux
survenus en 1948 à Bobo-Dioulasso en Côte d'Ivoire
l'inspirent. TIécrit son premier poème: Hymne à la RDA
(Rassemblement démocratique Africain), sous le
pseudonyme de Delgoza. Son père le fait lire à Aimé
Césaire. La réaction du martiniquais est immédiate:
« votre fils est poète». L'enthousiasme de Césaire
conforte le jeune poète. Et chaque jour, sa présence au
lycée devient une saison en enfer. TIfugue dans le massif
central, devient garçon de ferme. Son père le fait chercher
par la police. On l'inscrit, au lycée Jeanson- de Sailly.
Mais déjà, Gérald-Félix Tchicaya, est habité par les mots.
Il quitte définitivement les bancs de l'école. Dans la rue
Vanneau où il habite, Gérald-Félix Tchicaya s'aperçoit
qu'André Gide est son voisin. Dans les pages du Figaro
littéraire, des Lettres françaises, des nouvelles littéraires,
etc. il lit régulièrement des articles signés Gide, Camus,
Pierre Emmanuel, Aragon. Lui qui, croyait que l'on avait
écrit une fois pour toutes, et que les autres ne pouvaient
que recopier les chefs-d'œuvre sans se les attribuer,
découvre pour ainsi dire des écrivains vivants. Cette
révélation le libère: il sera lui aussi Poète. En attendant,
il faut gagner sa vie. TIest tour à tour manutentionnaire,
IIlaborantin, portier dans un restaurant de Bois de
Boulogne, puis reproducteur de calques des dessins
industriels à Puteaux où, à la lecture de ses poèmes, un de
ses collègues, Nicolas Guillén, le pousse à imiter Arthur
Rimbaud. Nous sommes en 1953. Chaque Mercredi soir,
il se rend au boulevard Saint-Germain, dans un café Le
Radar. Là, il rencontre Luc Estang, Georges Fombeure,
Jules Supervielle, et surtout Robert Sabatier, avec lequel
il se lie d'amitié. En 1955, il publie son premier recueil
Mauvais Sang. D'emblée cette poésie vitaliste placé sous
le sceau de Rimbaud tourne le dos à l'esthétique de la
négritude. Celle-ci se veut une réaction à une blessure
collective, celle de Gérald Félix- Tchicaya est
individuelle, existentielle. Chez lui l'existence précède
l'essence. Le Mauvais Sang pose une question simple et
complexe: Comment vivre?: «Pousse ta chanson -
Mauvais sang- comment vivre / l'ordure àfleur de l'âme,
être chair regret/». Dès le premier vers, le poète crie sa
solitude. Il montre pour reprendre une expression d'Henri
Lopès sa veste d'intérieur sur la place publique, évoque
son pied bot, décrit sa tristesse dans un jeu de miroir où le
spleen répond en écho à la pluie, qui tombe sur la ville.
Le Mauvais sang, c'est certes Rimbaud, c'est aussi
Verlaine. Si sa forme est encore scolaire (le poète écrit en
alexandrin), le ton est déjà très personnel. Mais l'accueil
est tiède. René Maran, le considère comme un épigone de
Mallarmé Senghor, recommande l'achat d'un
dictionnaire de rimes. Quant au père, il supporte mal cette
confusion entre lui et son fils. Car à l'Assemblée
nationale, certains collègues, qui toléraient déjà à peine la
double ascension littéraire politique de Senghor, Césaire
et Damas, commencent à faire la fine bouche en
confondant le député et le poète. Dans les rues, certains
passants s'extasient devant le père « Monsieur le Député
vous avez du talent. Ce qui l'agace prodigieusement,
IIId'autant plus qu'il s'agit d'un fils rebelle; d'autres à leur
tour, s'étonnent de la jeunesse du député quand ils
rencontrent le poète. Pour mettre un terme à cette
ambiguïté, le fils opte pour un pseudonyme, Tchicaya U
Tarn Si. C'est sous ce nom qu'il signe son second recueil
Feu de Brousse (1957). Un texte, qui institue une rupture
avec le précédent. Le mauvais sang, est un recueil
intimiste. Ici, le poète chante le Congo, s'identifie au
pays natal, se veut voyant. Le recueil s'ouvre par des vers
qui se conjuguent au futur: « Un jour il faudra se
prendre/ Marcher haut le venti comme les feuilles des
arbres/ pour un fumier pour un feu/Qu 'importe/D'autres
âges feront de nos âmes / des silex/... ». Le ton ici est
celui du poète mage. Du point de vue formel, le recueil
innove. Présenté comme un long «poème en dix
versions », Feu de brousse expérimente plusieurs
procédés: le collage, la réécriture des légendes, l'ellipse,
les ruptures de tons, l'interview imaginaire, qui sera
repris dans Epitomé. Il s'agit surtout d'un recueil où le
poète prend véritablement ses distances avec la négritude
à travers des vers ironiques. Trois ans plus tard, il publie
A triche-Cœur (1960), un livre de compromis, où il
concilie la quête de l'absolu du poète et le réalisme de la
vie quotidienne. C'est un recueil où le mal du pays et le
spleen du poète se confondent. Dans une certaine mesure,
il est la synthèse entre Le Mauvais sang et Feu de
brousse.
Sur le plan social, cette période renvoie aux débuts
de Tchicaya U Tarn Si dans le journalisme à la
SORAFOM (Société radiophonique de le France
d'Outre-Mer). TI propose des missions littéraires
audacieuses: le poète-journaliste réécrit plusieurs contes
africains sous forme de feuilletons, adapte vingt quatre
épisodes de Chaka de Thomas Mofolo, qui deviendra une
pièce de Théâtre, Le Zulu (1977). Quant aux contes, il les
IVregroupe dans un volume, Légendes africaines (1968). En
1960, il retrouve l'Afrique au moment de l'indépendance
du Congo Démocratique. TI est pendant trois mois le
rédacteur du journal Congo publié par le Mouvement
national congolais de Patrice Lumumba. De retour à
Paris, il intègre l'UNESCO. En 1962 il publie Epitomé.
Cet abrégé d'une double passion pour le Congo et
Lumumba, bien qu'introduite par Senghor, consacre la
rupture avec la poésie de la négritude initiée dès Feu de
brousse. «Mots de tête pour maux de tête », cette
formule qui ouvre le recueil résume cette poésie
cérébrale. Inconsolable sur la mort de Lumumba, dont le
sacrifice lui rappelle à certains égards, celui du Christ, il
lui consacre en 1964, un second recueil incandescent, Le
Ventre. Conçu comme un théâtre anti-théâtre selon la
formule de Claire Céa, Le ventre est la version poétique
d'Une saison au Congo d'Aimé Césaire. Plusieurs signes
invitent d'ailleurs à une telle lecture. Le clin d'œil
intertextuel à Et les Chiens se taisaient, sa langue
volcanique, ce jeu permanent poésie/ théâtre etc. Si Le
ventre se présente comme un texte du refus dans lequel
éclate la révolte du poète, Arc musical publié quatre ans
plus tard est harmonieux, alternant humour et lyrisme;
c'est le recueil dans lequel le poète célèbre la fraternité:
« Après I 'homme rouge/ après I 'homme jaune/ après
I 'homme noir/ après I 'homme blanc/ il y a déjà I 'homme
de bronze ». La veste d'intérieur publié en 1977 renoue
avec la veine intimiste du Mauvais sang. A le lire entre
les lignes, on s'aperçoit combien le dernier recueil de
Tchicaya U Tarn Si répond en écho au premier. Le
Mauvais Sang était un poème sur la vie, La veste
d'intérieur est traversée par la mort. En réalité, depuis Le
Mauvais Sang Tchicaya U Tarn Si n'a jamais cessé de
méditer sur la mort. Car poser la question de savoir
comment vivre c'est d'emblée se demander, comment
vmourir? En fait La veste d'intérieur est un livre-bilan.
C'est aussi le moment que choisit le poète pour faire ses
adieux officiels à la poésie comme genre littéraire.
En 1980, il publie un recueil de nouvelles: La main
sèche; puis une tétralogie romanesque, Les phalènes
(1980), Les méduses (1982), Les phalènes (1984), Ces
fruits si doux à l'arbre à pain (1987) qui est une
« réécriture » de l'histoire du Moyen-Congo de la
colonisation à nos jours. Parallèlement au roman,
Tchicaya U Tam'si investit l'écriture théâtrale. Reprenant
pour le théâtre, une série radiophonique, Le Zulu -
tragédie du pouvoir et réflexion sur la modernisation de
l'Afrique-, s'inspire de l'histoire de Chaka, fondateur de
l'Etat Zulu au début du XIXeme siècle. En 1979, il écrit
une farce: Le destin glorieux du MarchaI Nnikon Nniku
Prince qu'on sort (1979). Sa dernière pièce Le Bal de
Ndinga (1988), qui est une mise en scène d'une de ses
nouvelles connaît un grand succès posthume.
Poète de la blessure et de la souffrance, Tchicaya U
Tarn Si a cultivé trois genres. Cette distinction est
toutefois arbitraire. Sa poésie est théâtralisée. Son théâtre
est lyrique. Ses romans des poèmes en prose. Toute ceci
montre combien il reste essentiellement poète.
Marqué par le décès de Lumumba, influencé par
Rimbaud, viscéralement attaché à sa terre natale,
Tchicaya Utam Si mêle dans une écriture subversive son
angoisse existentielle à la passion du Congo.
Dans une vie traversée de ruptures, de deuils et de
rêves inaboutis, il incarne le symbole du poète
baudelairien exilé sur la terre, incapable de vivre en
symbiose avec l'Autre. Refusant de réécrire la poésie de
la Négritude senghorienne, Tchicaya U Tarn Si innove en
proposant des poèmes éclatés, à la syntaxe désarticulée,
travaillés par des ruptures de tons, de collages baroques,
qui juxtaposent le prosaïque et le sublime, provoquant
VIainsi une tension, qui à son tour, provoque l'intranquillité
du lecteur. En cela, il est notre premier poète moderne.
Boniface Mongo-Mboussa
VIIIntroduction
DE LA NEGRITUDE
« Le mot nègre
dru savez-vous
du tonnerre d'un été
que s'arrogent
des libertés incrédules. »
(Aimé Césaire, CORPSPERDU).
La négritude représente un mouvement historique
de revendication, une tentative de libération
(culturelle, politique) et une manière commune à beaucoup
de poètes noirs d'expression française.
Certains n'en finissent pas de la revendiquer, de la
brandir. D'autres s'en servent, moins explicitement,
comme d'un tremplin vers une conquête plus
universelle.
Elle a soulevé des problèmes, parfois même des
dilemmes, surtout pour ceux de la génération de la
IInégritude debout" (Aimé' Césaire et Léopold Sédar
Senghor, entre autres).
La génération suivante, dite des néo-africains, groupe
ceux qui connurent leurs premières expériences
littéraires sous la tutelle de cette négritude. Ils pe'uvent y
avoir découvert leur vocation d'écrivain. Ils peuvent
aussi prendre à son insu - ou au leur - un chemin
plus personnel.
Dans le cas des œuvres les plus valables - et pas
seulement des œuvres poétiques - c'est souvent dans
la mesure où leur africanité est moins fracassante et
plus viscérale, qu'elle sert mieux l'aventure poétique
moderne universelle. Telle est l'œuvre de Tchicaya
U Tam'si.1
1. Dans la suite de cette étude nous ne mentionnerons, lorsque
les citations se réfèreront à l'œuvre de Tchicaya U Tam'si, que
le titre des ouvrages, soit LE MAUVAIS SANG,FEU DE BROUSSE,A
TRICHE-CœUR,EPITOMÉ,LE VENTREet ARC MUSICAL.
5PETITE MARCHE HISTORIQUE DE LA NÉGRITUDE
« C'est le Blanc qui crée le Nègre. »
(Frantz Fanon, 1959).
Au début du XXe siècle
En Amérique, (après les écrits du blanc lusophone
Castro Alves fustigeant l'asservissement imposé
aux noirs brésiliens, et ceux du noir Cruz e
Sousa), des noirs anglophones lancent le
mouvement de la Negro-Renascence. Le premier
promoteur du mouvement proclame: «J e suis
nègre et je me glorifie de ce nom; je suis fier
du sang noir qui coule dans mes veines ».
1926: Langston Hughes écrit dans The Nation: « Nous,
créateurs de la nouvelle génération nègre, nous
voulons exprimer notre personnalité noire. Si
cela plaît aux blancs, nous en sommes fort
heureux. Si cela ne leur plaît pas, peu importe;
[u.] et nous nous tenons dressés au sommet de
la montagne, libres en nous-mêmes.»
En France (1931-1950) :
Parution d'une petite revue: Légitime défense,
publiée par des étudiants antillais (conlmunistes
et surréalistes).
Fondation d'un journal: l'Etudiant noir
(groupant Senghor, Césaire, Damas, David Diop, etc.,
tous étudiants) qui rallie les étudiants dispersés.
1939 : Césaire publie, avec difficulté, CAHIER D'UN
RETOURAUPAYSNATAL (La 2e édition, de 1946, est
préfacée par A. Breton). C'est l'acte de baptême
de la négritude.
1949 : J.-P. Sartre préface une ANTHOLOGIE DE LA
NOUVELLE POÉSIE NÈGRE ET MALGACHEDE
LANGUEFRANÇAISE.
1949 : L.S. Senghor regroupe les
ELÉMENTSCONSTRUCTIFS D'UNE CIVILISATION D'INSPIRATION
NÉGRO-AFRICAINE.
Un visage aux expressions diverses
«0 ma généalogie improbable!
De quel arbre descendre?»
(EPITOMÉ).
6LA NÉGRITUDE DOULOUREUSE,
qui est Passion, sens douloureux de l'affrontement,
angoisse:
«Ils savent en ses moindres recoins
le pays de souffrance. »
(Aimé Césaire).
« La souffrance devint mon lot ,. celle de la poitrine
et de l'esprit.» (L.S. Senghor).
LA NEGRITUDE AGRESSIVE
qui n'est pas sans rappeler les premières positions
surréalistes, met au pilori les valeurs européennes
(Raison, Dieu, Remords, entre autres), exalte le
cannibalisme, est exorcisme, réaction à une aliénation.
« ...mon nom: offensé ,. mon prénom: humilié,. mon
état: révolte ,. mon âge: l'âge de la pierre. »
(Aimé Césaire).
LA NEGRITUDE SEREINE
dont le plus bel exemple est L.S. Senghor, qui eut une
jeunesse heureuse, la conviction d'accomplir une
mission (lui, descendant des conducteurs de tribus) et
reste profondément marqué par la culture française,
avec la volonté de transcendance aux portes de
l'Universel.
LA NEGRITUDE TRIOMPHANTE
telle celle de Cheikh Anta Diop, revendiquant, contre
l'Occident, la paternité des œuvres de civilisation
(l'Afrique noire a construit la culture égyptienne qui
s'est répandue ensuite dans le monde méditerranéen).
Elle est fierté, catalyseur, gage pour l'avenir,
mythologie :
»2« Nous sommes le centre énergétique du monde.
FADT-IL DONCEN REVENIR A SARTRE?
Tantôt c'est l'innocence perdue qui n'eut d'existence
qu'en un lointain passé, et tantôt un espoir qui ne se
réalisera qu'au sein de la Cité future [...] tantôt c'est
une attitude existentielle et tantôt l'ensemble objectif
des traditions négro-africaines. Est-ce qu'on la
découvre? Est-ce qu'on la crée? [...] Est-elle nécessité ou
2. Présence Africaine, 9, 1956.n°
7liberté? [...] Est-ce une conquête de la réflexion? Ou
si la réflexion l'empoisonne? [...] La négritude est
un chatoiement d'être et de devoir-être; elle vous fait
et vous la faites: serment et passion à la fois. »
(Jean-Paul Sartre 3).
Flashes sur un singulier douteux
(ou: de quelques définitions de la négritude)
« La croix, la bannière
de négritude en salopette qui s'y perd?»
(EPITOMÉ).
CHEZ DES ÉCRIVAINS:
«...le désir des poètes noirs de renvoyer le mot,
épanoui, en plein visage de leurs détracteurs, investi
d'une signification renouvelée.»
(W.-A. Jeanpierre 4).
« Un ensemble de valeurs de civilisation. »
(Lamine Diakhaté 5).
«...pas un style mais un rapport: le passage concret
dans les faits de cette évidence en elle-même si banale,
que tout artiste donne le meilleur de lui-même lorsqu'il
s'enracine dans sa propre tradition.»
(Janheinz Jahn 6).
« L'être-dans-Ie-monde-du-Nègre. »
(J.-P. Sartre 7).
«La volonté active de cultiver des valeurs de
civilisation pour les apporter [...] à l'édification de la
Civilisation de l'Universel. »
(L.S. Sel1ghor 8).
« ...le génie nègre et en même temps la volonté d'en
révéler la dignité.»
(Alioune Diop 9).
D'APRÈS UNE ENQU:ÊTE MENÉEEN 19601°, quelques types
de réponses:
3. "Orphée noir", préface à ANTHOLOGIE DE LA NOUVELLE pOÉsm NÈGRE
ET MALGACHE DE LANGUE FRANÇAISE, P.U.F., 1948.
4. Présence Africaine, 1961.
5. Revue Française, 145, 1962.n°
6. MUNTU,Editions du Seuil, 1961.
7. Op. cit.
8. Présence Africaine, 24, 1949.n°
9. Présence Africaine, 8, 1956.n°
10. Auprès d'étudiants, de fonctionnaires, etc., de Haute-Volta, du
Dahomey, du Sénégal et du Togo, par le sociologue L.-V. Thomas.
8- De la poésie noire en français.
- Une attitude littéraire qui revendique à la face du
monde cette négritude subie hier comme une injure.
- La culture léguée par les ancêtres.
Un instrument de lutte qui a contribué à
l'indé-pendance.
- Le rêve inconsistant d'un poète.
- Une divagation prophétique.
- Un slogan électoral.
- Du dilettantisme littéraire.
- Ça ne veut rien dire.
- La négritude favorise la compréhension du noir
par le blanc.
- Elle supprime tout complexe d'infériorité.
- Elle ankylose le noir dans un passé dépassé.
- Elle aboutit à un contentement de soi néfaste.
- C'est une mystification.
- Elle n'a aucune valeur.
De la tigritude, ou: Une anecdote à méditer.
L.S. Senghor déclara, au cours de la conférence qu'il
prononça le 17 janvier 1969, à la Maison du Parti de
Kinshasa:
«Le concept de négritude, sinon son existence, est
violemment contesté par les Négro-Africains de langue
anglaise [n.] Monsieur Samuel-W. Allen, dans une
communication faite à l'Université d'Indiana, en
Iloctobre 1966, déclare: L'accent que l'on fait
porter'sur le concept de négritude dans les écrits africains
de langue française a inspiré une force contraire, de
même intensité [...]. Cette réaction a été résumée par
Wole Soyinka:
Le tigre ne se pavane pas partout
en criant sa tigritude
Il n'y a donc aucune raison, pour le nègre, de
proclamer sa négritude".
Selon certains de nos confrères nigérians et ghanéens,
poursuivit Senghor, nous nous contenterions de
proclamer la négritude dans nos œuvres, sans réaliser
des œuvres réellement nègres. »
et... sur le ton de l'humour rédempteur, comme le dit
Tchicaya U Tam'si:
« Je vends ma négritude
cent sous le quatrain
9Et vogue la galère
pour des I ndes soldées.»
Travelling final ou: A la prochaine escale... ?
- Le voyage est-il fini ? Le nègre libéré, la négritude
demeure..t-elle? La génération néo-africaine jouit-elle
de la même audience que celle de la première
négritude?
- De plus il y a eu évolution. Les IItuteurs" eux-mêmes
ont évolué. Le silence de Senghor (silence poétique
s'entend) est-il celui d'un homme politique prudent?
Ne poétisant plus, il se fait théoricien. Césaire, s'étant
tourné vers le théâtre, a élargi son sens fraternel:
« ...la négritude ne comporte ni racisme, ni reniement
de l'Europe, ni exclusivité, mais au contraire une
fraternité avec tous les hommes. »
Pourtant, une grande partie du succès de Césaire, dans
le monde noir, réside encore dans l'agressivité de ses
premières œuvres.
- Il Y a de plus en plus un déplacement des thèmes,
des formes, des moyens d'action, vers la participation,
avec une couleur locale nouvelle (fond national). On
remarquera à cette occasion que les thèmes soulevés
amènent souvent vers les thèmes plus généraux du
Tiers Monde, ce qui explique, par exemple, l'essor tout
récent du théâtre africain. On en prendra pour preuve
les sept titres parus dans la collection "Théâtre
africain",l1 dont L'EXIL D'ALBOURI, qui parcourt les scènes
d'Afrique noire en ce moment.
- Les jeunes poètes actuels, ou bien écrivent une
poésie personnelle, sorte d'art pour l'art, ou bien font
un retour aux sources africaines, à travers soit les
œuvres de Césaire, soit celles de leurs aînés
immédiats, Tchicaya U Tam'si particulièrement.
Tels Edouard-J. Maunick, très intéressant jeune poète
12)mauricien (LES MANÈGES DE LA MER ou Assane Y.
Diallo (LEYD'AM 13). Tels aussi, mais de moins grande
envergure, ces poètes étudiants, lauréats du prix de
poésie Sébastien Ngonso (Kinshasa, 1968) qui, selon
11. P.J. Oswald, éditeur. On en trouvera la liste à la fin de ce
volume.
12. Editions Présence Africaine.
13. P.J. Oswald, éditeur.
10

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