Au-delà des mots

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A la suite de ses trois recueils, Marbres et Fontaines, Et le sable... et le vent, Opus 222, René Varennes nous présente Au-delà des mots. Il s'agit, dans la continuité, du conflit entre la fureur de vivre et l'obsession de la mort. L'auteur s'exprime le plus souvent en alexandrins. D'autres ont mis des notes sur ses "mots", tels que le sculpteur-compositeur italien Anita Tullio, le bourbonnais Yves Vessière, le pianiste Thomas Wojak, excellent interprète de Chopin, Maria Valéria qui, en Wallonie, a donné leur sonorité à de si nombreux poèmes.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296934504
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 Ecrire, comme on le sait, c’est toujours se lancer dans un exercice plutôt périlleux que celui de la parole, laquelle se libère aussitôt de vous, avant d’être érodée par le temps et disparaître des mémoires. C’est surtout vrai pour le poète, quand il a abandonné le culte des natures mortes pour se pencher sur l’humain : celui en soi et celui autour de soi. Il ouvre alors son cœur pour en tirer ses sentiments les plus secrets, qu’il dévoile et révèle comme dans une intention d’échange, s’exposant ainsi à l’interprétation qui en sera faite par un monde qui n’aime pas la simple vérité. Pourtant, c’est bien ce qu’a fait l’auteur de ce recueil. Or si le poète favorise ici l’alexandrin rimé et en respecte la césure, il se libère d’une contrainte absolue du classicisme, laquelle altérerait et alourdirait une expression spontanée qui, çà et là, prend le ton de la conversation et de la mise en accusation. Ayant ainsi fait son choix, il use donc des licences modernes de la rime et de l’ordre des couples de celle+ci d’une strophe à l’autre. De même, il pratique l’inversion et l’ellipse dans une syntaxe qui, cependant, n’a rien de l’hermétisme. C’est que la poésie est d’abord un cri du cœur, qui dit la vie heureuse et malheureuse, les amours et la solitude, le plaisir et la souffrance, l’espoir et le désespoir, et veut les faire comprendre ainsi au lecteur. Et l’on se rend compte que le poète a dû suivre le torrent impétueux de l’inspiration imposée par une muse qui ne sait pas attendre. Car c’est un jaillissement
prodigieux d’images génératrices d’émotion, qui sont la reconstitution d’un riche parcours humain, dont il n’est pas possible de donner ici un aperçu en si peu de mots. Ce qui frappe dès l’abord, c’est une angoisse, diffuse dans tout l’ouvrage, devant le caractère inexorable du temps, celui passé et celui à venir, lequel menace la quête non terminée d’une vie. Il pense qu’il n’aura pas le temps de dire à ceux qu’il aime tout l’amour qu’il a dans son cœur, pas le temps d’attendre la réponse aux questions qu’il pose. Et il partira par un jour de brouillard en ayant l’impression d’avoir perdu son temps, un temps avec lequel nos vies s’en vont. Puis, le dimanche arrivé, il sait que la semaine a passé vainement, en se rappelant ce qu’il aurait voulu, pu et dû faire quelque chose. Il porte alors le fardeau du temps qu’il a ainsi perdu. Il se tourne avec nostalgie vers son enfance, qu’il dit avoir perdue à la vouloir plus belle, et cherche en vain l’enfant qu’il n’a pas été. Et sachant que l’enfance est le temps de la pure innocence du cœur, il demande qu’on lui rende la sienne, pour retrouver cet état premier et revivre une vie où il aurait beaucoup d’amour. Il a aussi la hantise de l’absence, du départ et de la cloche qui l’annonce, celle de partir sans laisser d’adresse et de n’être plus personne. Il dit la solitude du poète, resté seul dans un monde absent tout au long de sa vie. Or cela, c’est le destin de ceux qui entreprennent de réaliser de grands rêves, que le monde considère comme utopiques. Il imagine souvent sa mort, attendue tandis que le temps manque et passe, et son enterrement, parfois sur
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un ton de plaisanterie. Il a vu l’horrible mort, qui s’approche de lui à pas comptés et, bientôt, il descendra au fond des ténèbres. Déjà, il marche vers son tombeau et se rend en ville, où l’attend son cercueil. Mais comme la mort paraît banale, lorsque la pierre est retombée et que le vent a dispersé les tristes fleurs ! Mais, dit+il, « Ne pleurez pas ma mort, déjà sans importance ; je n’étais qu’un fantôme éloigné d’existence ». Il espère parfois se libérer de son destin et avoir quelques amis, qui lui apprendraient comment on devient un voleur. Il habiterait une humble et paisible maison verte oubliée par les hommes : le facteur y viendrait une fois par semaine et tous deux boiraient un coup sans amour et sans haine. Cela rappelle Verlaine dans une célèbre poésie : « …sans amour et sans haine, / mon cœur a tant de peine. » Et déjà, il a fermé sa porte et n’a plus répondu au téléphone, incendiant son courrier aux feux de la Saint+Jean et balayant haine, folles ambitions, tentations, regrets, remords, rayons de la lune et, sans témoins, est devenu poussière. Or ces feux qu’on allumait, selon la plus antique tradition sur les hauteurs, pour fêter le jour le plus long et la nuit la plus courte de l’année, sont en fait une tromperie. Car ils annoncent le déclin progressif de la lumière jusqu’aux jours sombres de l’hiver. Le poète sait cela et dit qu’il déteste les mois gris du triste automne, antichambre de mort, qui assassine les feuilles. Cet automne est donc dans son cœur comme une plaie ouverte et, l’hiver venu, il se retournera sans plus voir derrière lui les chemins de novembre et la joie de l’été. Il tire cette conclusion mélancolique de cette alternance des
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saisons, qui marquent la fugacité du temps : « C’est ainsi que l’on meurt peu à peu ». Mais il a tort de refuser les rayons de la lune. Car l’apparition de celle+ci, dans la nuit, libérait les populations antiques de la terreur et des dangers inconnus que l’ombre recélait. Cela est si vrai que, dans la civilisation suméro+babylonienne d’il y a cinq millénaires, le dieu+lune Sîn occupait la quatrième place du panthéon, après la triade suprême, et avant le soleil Shamash son fils. Les romains eux+mêmes avaient gardé le souvenir de temps légendaires inquiétants. Le soir de la nouvelle lune, à l’entrée de la nuit noire, le pontife d’une Curie l’annonçait du haut du Capitole et appelait la lune à renaître : c’était la « luna calanda », la lune à appeler – du latin « calare » appeler, d’où nous est venu ce terme de calendes. Or le poète a tout autant besoin de la lune, dans la nuit d’un désert qu’il doit traverser seul. Car il a la hantise du soir, tandis qu’il s’en va, avec le jour, dans le pays d’ailleurs. Pour échapper à des jours angoissants, le poète s’invente d’autres vies : il a combattu contre un Maure à Grenade, été chef de rebelles, tzigane au pays des Balkans ; ou bien il se réfugie sur l’Himalaya, attendant qu’apparaissent les terres irisées, avec le soleil sur la mer apaisée. Cependant la tristesse ne s’en va jamais. Il parle également souvent de l’amour, lequel, dit+ il, n’est qu’un moment où le destin nous plonge, en des termes émouvants. Il a d’abord le cher souvenir de sa mère qui, au paradis préfère sa maison, parce que, dit+ elle, « les dieux sont décevants, le ciel est trop grand pour
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