Au fil de l'eau

De
Publié par

Sans étiquette, dans la quête de l'être, dans l'ethi-quête, Au fil de l'eau nous raconte et murmure à nos oreilles l'amour de l'autre, de l'aimé, de celui qui nous met au monde et nous nomme parmi le genre humain sur la terre de Normandie ou d'ailleurs peu importe à dire vrai ou à vrai dire. La poésie de Jacky Bourillon est comme celle de Jacques Prévert, de Boris Vian, de Bobby Lapointe, de Raymond Queneau et de Georges Perec qui faisaient chanter la langue française comme un hymne à la vie dans un quotidien parfois si burlesque.
Publié le : dimanche 1 juillet 2007
Lecture(s) : 122
Tags :
EAN13 : 9782296176744
Nombre de pages : 211
Prix de location à la page : 0,0107€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Jacky

BOURILLON

Au fil de l'eau
Entre résons et saisons

o
o
o 0

0 /l



~

Éditions L'Harmattan

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan! @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-03617-8 EAN : 9782296036178

À mon père.

Quelques petites notes prises à Jacques Lacan pour égayer mes jours et contre-jours. « Il est bien évident que trop d'analystes ont l'habitude de la fermer, j'ose croire,je veux dire la boucler, de ne pas l'ouvrir, comme on dit,je parle de la bouche, mais j'ose croire, que leur silence n'est pas seulement fait d'une mauvaise habitude, mais d'une suffisante appréhension de la portée d'un dire silencieux. j'ose le croire, maisje n'en suis pas sûr.

À partir du moment où nous entrons dans ce champ, il n'y a pas de preuve, si ce n'est dans ceci, c'est que ça ne réussit pas toujours, un
silence opportun. » J. Lacan, RSI, Séminaire inédit, séance du 11 février 1975.

« L'effet de sens exigible, l'effet de sens exigible du discours analytique n'est pas imaginaire, il n'est pas non plus symbolique, il faut qu'il soit réel. » Ibid. À Jo Attié et à toutes celles et ceux qui m'ont enseigné mon métier.

Entronsdans ['atelier... Àmon établi d'écriture

Au fil de l'eau, la vie...... Entre résons et saisons... Au fondement de la vie, de toute Corps soudé au rocher immobile forme de vie, l'absence du silence... de sens.

Un rien insiste à marquer de son empreinte la fin de toutes nos phrases et de tous nos discours, il en dessine le vide originel. À tombeau ouvert Lamort te dit que tu ne sais pas plus de ta vie que le poisson de sa nage ou l'oiseau de son vol....

Mon père est de ces arbres qui aiment monter aux arbres pour construire des cabanes aux enfants...

Il n'est plus.

Sauf en souvenirs et.

Pour luij'écris.

Te souviens-tu encore de tout ce qui va suivre?

Novembre 2002

Chaque mois de l'année un bouquet, à dessiner les uns après les autres, unique et parfumé... limbes de chairs sans lendemain mais persistantes. le pluriel modifie l'image: « Corps soudés aux rochers immobiles du silence. » Foule de statues... érigées au milieu de déserts immenses, lacs des dunes des mots du sable du silence Impassible le soleil repasse encore devant la beauté froide et nue de la mort... Se fondent en nuit pudique tes lèvres qui s'effacent à leur dernier sourire.... Soudain Chiffres et aiguilles tombent des cadrans d'horloges. les miroirs sombrent et pleurent sans un bruit, sans image, au son d'un vieux clocher ou plus rien ne résonne. Mirage d'un: lundi noir. Trois neuf deux zéro zéro un. 3-09-2001. Seules empreintes. Chair chiffrée, à la merci des mots. Tes sept enfants autour des plis de ta détresse Te portant un à un de toutes leurs caresses Jusqu'à l'instant fatal du son vert et étal De l'onde plate aigue d'une boite noire létale.
Une première fois ce lundi noir ensemble ils ont chanté: « Corps soudé au rocher immobile du silence. »

17

Au fil de l'eau

Espins, dimanche 10 novembre 2002 Il faut la légèreté pour dire, l'insoutenable légèreté de l'être dit Kundera. Surfer sur les vagues du silence où des regards aux creux des mots émergent... Naufrages des silhouettes fragiles passagères du paquebot du temps... Et écrire, le corps détendu, le cœur offert, les bras ouverts, sinon les mots restent tus silences muets fanés du dire, gerbes oubliées sous la pluie dans le champ lointain d'un chant aux paroles disparues, effacées. Et soudain ta voix est venue à manquer... L'ombre est la couleur de toutes les couleurs... Foutus si tus. Les chairs tordues muettes blessées d'une proie perdue. Les désespérés du paradis reviennent en riant... sur terre.

Ponge dit bien qu'on ne peut écrire clairement que si on est l'objet d'un fort sentiment.
Fort sentiment: La jalousie est-elle une figure de la futilité d'exister à l'amour croyant? L'amour tombe en poussières de jalousies qui ferment les miroirs aux reflets de la nuit comme un vieux meuble troué de vers aboie. Les mots qui n'existent pas sont de cette famille là, celle des vers à bois. Les mots vers aboient. Vertement les mots s'abreuvent de vous. La mort met en relief tous leurs malentendus. La vie est ouverte à la mort de quelle manière? Croire opposé de croître, mais copain des cloîtres.

Ouvert comme une femme prêtée à la vie, à toute parole de qui désire vivre. Toujours un peu à la dérive des raisons Déraisons dit l'écho...
Noir rectangle d'inconnu ouvert sur ?.. Dont très souvent on n'ose... franchir le seuil... La porte de l'appentis du fond du jardin connu bien qu'eUe attire, repousse en même temps. La curiosité se heurte à des limites qui peuvent faire de nous un pauvre « Captif solitaire du seuil» (Mallarmé). Moi qui porte mes désirs avec des bretelles d'amour, Je serai toujours le cheval de trait de ma vie Attelé à mes mots de la terre. (Labours des mots)

L'amourdes

mots de vie.

Et mon désir qui n'est que ce qui porte à ne s'éteindre jamais le chant d'amour à la vie... Donner, donner toujours, et ne pas savoir être ni faire autrement. 18

Au fil de ['eau

Poinçon
Lac Léman

Aimant. Aquatique Regard Magnétique Irradie Pathétique Un hasard L'iris hagard. Y-a-t-il des fleurs tristes? Je n'en connais aucune de cette espèce-là.
Les fleu rs fleu rissent, c'est tout.

Elles s'offrent au soleil qu'elles boivent de toute leur petite force, pétales écartés, tendus à la beauté d'un mot: vivre. Les fruits viendront peut-être après qu'elles aient condensé tant de chaleur entre leurs étamines de velours. Y-a-t-il des malentendus entre le soleil et les fleurs de la terre? Je ne le crois pas. Ce monde sans malentendus n'existe pas chez les humains et ils en souffrent du soir au matin. Imaginons que le bout de nos doigts fleurisse et devienne de petites pâquerettes. Que deviendraient nos caresses sur la peau avec des mains si fleuries? Et si nos paroles fleurissaient aussi, dans quel monde d'amour vivrions-nous? Je n'ose l'imaginer, et pourtant il faut l'oser! C'est sans doute ce qu'Arcimboldo avait deviné, lui qui peignait des visages avec des fruits, des légumes et des fleurs.

Espins, le 18

novembre gris 2002

Silence. Une larme de soie argentée a peint au creux du ciel l'oeil sans cils de la lune et ses paupières... sans fard. Gueule de carpe de la nuit prisonnière d'une perle de lumière. La mort ne clôt jamais le bec des bavards. À peine effleure-t-elle d'esprit. Amor de karaoké leur convient... Leur suffit. leur semblant

Ils sont nombreux ceux qui ne savent pas que les fleurs existent et qu'on femmes, offrir un petit bouquet d'arcs-en-ciel aux instants importants

peut, aux de la vie.

19

Au fil de ['eau

Mardi

19 novembre

2002, Espins

La lumière grisailleuse et monotone de ce matin, le linceul de mes souvenirs d'hier. Elle enveloppe mes deux dernières mortes. C'est une lumière lente et tristounette qui efface la vie... pâle ombre de la nuit. L'âme palombe de la nuit des mots. Comme la mort fait disparaÎtre? Non, car le soleil ne se lasse jamais de réapparaÎtre à un moment ou à un autre de la journée ou de la semaine. Le soleil est persistant, même à l'affût derrière ces millions de tonnes de vapeurs grises qu'on appelle des nuages. Sa lumière n'est pas soluble dans les nuages de pluies comme notre existence l'est dans la vie. Nous ne sommes donc pas des soleils. À peine sommes-nous des fleurs ou des fruits, trop souvent des ronces ou des orties. Il fait toujours gris, la lumière du jour a décidé de se reposer, les yeux mi-clos... toute la journée?

20 novembre 2002, Espins Il faut endormir le violon, lui laisser le temps de retrouver sa sonorité, Respirer par ses esses, comme un poisson par ses ouies..... Laisser passer la nuit trame des jours. Dame noire tisse l'Après... du jour né.

21 novembre, Le gris de la lumière est marié au crachin

matin Ce matin annonce

d'ici, fin dru, insistant.

l'hiver. Un couple de grèbes picore dans les graviers du chemin devant mes yeux, près de l'étang. Le vent persiste à déshabiller les arbres des feuilles qui résistent encore à l'arrêt de la sève. '

J'ai entendu, hier, des paroles tragiques chair, aux fleurs violettes- noirçissantes.

qui ont planté un rosier grimpant

en ma

Je dois être un peu bête face à la beauté, rendu muet ne sachant plus dire... Comme c'est beau et pourquoi. Que dire Que les arbres à Toulouse perdent leur feuilles comme en Normandie, que... que la beauté fait partie des événements qui rendent muets les sensibles pendant un temps plus ou moins long... qui aboutit à leur manière de la créer en mots Saint-Sernin merveille hors du temps. Roses calcaires cueillent la lumière... Et crèmes la chaleur...

20

Au fil de l'eau 26 novembre

2002, Espins, 21 h SO

Toujours des trouvailles:

Mes mains ébouriffées de baisers, titubants dans le vide (de ton) (d'un) corps absent. La voix ne suit (creuse) pas le chemin des mots dits. Un regard absent qui fait (laisse se) faner les fleurs. La surdité fait se dresser, d'horreur, les cheveux sur la tête de l'amour. Un Cupidon sourd n'a plus ni arc ni flèches. La liberté de dire et bien dire est l'art d'aimer. La parole est bien lourde et lente, qui porte et la vie et la mort et la sexualité. La voix. Il faut que j'écrive sur la voix. Elle est le seul nœud entre le sujet et son corps. Mon désir, qui ne peut que porter les chants d'amour à ne jamais s'éteindre. Nouvelle insulte: plat de la bourse, va ! Et si des pâquerettes fleurissaient le (au) bout de mes doigts quand je te caresse..... Ta peau deviendrait l'allée infinie des cris d'amour des violettes. Ton Xe, cette orchidée avide de la vis (vie, vit) sans fin.... Vous qui en avez, vous pouvez bien m'en donner un petit peu? Non? Disait-elle....

J'aime, par-dessus tout, mettre du vivant en mes dires, je pense toujours après. Les gens imaginent qu'il faut d'abord penser, réfléchir, avant de dire, ils se trompent absolument. Je ne suis qu'un ventre muet de violon, que seules les paroles de mes semblables font résonner, archets de ma sensibilité au vivant. Ils l'ignorent, ne peuvent pas le penser, le concevoir, l'imaginer.
On pense et on n'entend qu'avec son corps... J'attrape les mots comme le pêcheur attrape ses gardons (la vie en vie). Les hameçons de ma sensibilité C'est de la part d'un buvard extraordinaire...... Mais qui sait aujourd'hui ce qu'est un buvard? Il faut écrire sur les buvards de l'école élémentaire, dans les années 1950. Sur le plaisir des signes tracés à l'envers de l'écriture sur le cahier, en miroir, en violet ou en noir, imbibés, indélébiles, dans une sorte de feutrine douce, rouge foncé, ou vert. Les buvards contre les baveuses traces d'encre, intercalés entre les pages de cahiers de lignes d'écriture avec leurs pleins et leurs déliés, au porte plume et à l'encre violette qui sentait l'aigre et le lys de son encrier blanc.

Qu'est-ce que le temps? Question philosophique? NON! Letemps c'est le goutte à goutte desjours.

21

Au fil de ['eau

27 novembre

2002, à Espins, chez nous

Ponge, mon cher ami de lecture et de vie, écrivait en décembre 1967 (date de la rencontre avec ML)dans LaTable, p. 18 « Lesilence est le sable des bruits» dans la marge « La parole ne se refuse qu'à une chose, à faire aussi peu de bruit que le silence.» Ilajoutait, à la fin de ce texte: « Lecteur accolé à ce texte je n'écris que pour mes pairs et il n'yen a pas beaucoup (mais il y en aura toujours quelques-uns) Sensibles... (Et il n'yen a pas beaucoup.) Je me fous de toute autre chose» Cet homme est un génie du vivant, je le sais. Lui,il avait découvert que la vie ne passait qu'au moyen du bien dire en notre langue. L'amour et le désir aussi.
Il faut se laisser porter par le savoir de la langue pour découvrir, après, qu'on savait. C'est ainsi la vie, c'est comme vous vous donnez à eUe en disant et écrivant qu'eUe se donne à vous, en retour. C'est comme une femme, la vie. Je me jette à sa rencontre sans savoir comment eUe résonne, eUe répond ou me rejette, c'est risquer des plumes, mais si légères, qu'eUes repousseront de toute façon. Lapeur n'est plus de mise quand l'amour et le désir sont tissés au point de rose et ne se quittent plus.

Je ne suis qu'un humble pépiniériste, un horticulteur, un cuisinier des mots et du dire en ce monde qui transforme la parole des humains en formules administratives.
Jeu de mots: Je veux tes dés à dire pour enjouer ma vie de ton rire à mes bêtises, à mes je de mots. Où suis-je? Dans chacun de ces mots que je t'adresse avec l'adresse de mon désir: je suis là, à cet endroit de ton plaisir de vivre cet instant avec toi. Quel jour ai-je eu à vivre, aujourd'hui, qui me condamne à ne pas trouver les mots pour dire la beauté, la vie, ce soir? A n'être que l'âne de ma parole. Lecocu de mes

mots..... Ne serais-je qu'intermittent de ma vie?
Les paroles sont- eUes des termites de notre vie? Comme celles qui creusent des galeries dans les charpentes? Celles qui portent à faire tout s'effondrer Paroles chignoles, vers à bois?

Lecorps et les bras des mots, le corps toujours nu du dire et de l'écrire été... 22

Hiver et

Au fil de ['eau

Toujours adressé au vif de qui m'entend, me lit à son lit de vivre.... Me lie à son lit de vivre, en corps, et encore...... Point à la ligne. C'ouverture...

28 novembre

2002

Le lit de vie dure quelques années, le lit de mort est pour l'éternité. Les livres que nous aimons sont déjà à notre chevet. Se cret... Dans les forets de livres et de paroles que je visite en y promenant ma vie, je rencontre des trésors du vivant et de vivants trésors. Mais ils sont cachés, invisibles et introuvables pour ceux qui ont perdu leur sensibilité d'enfant. Sensibilité Quand est donc né ce mot? Il faut que je regarde mes dictionnaires ce soir. Ce mot s'offre comme un grand et vieil arbre pour nous porter toujours plus haut dans notre vie à la délicatesse d'être. Ce doit être un mot à femmes Il me tient affamé.

29 novembre

2002

Novembre ce jour est habillé de gris sombre, ce gris qui raplatit les reliefs et aplatit les ombres. À quoi bon faire autre chose de cette vie que des jardins d'aimer à la Lenotre? Et, pourtant, les humains passent leur temps à entretenir leur vie en friches. Ils la mettent en jachère et se plaignent de n'y pas voir des fleurs pousser. Ils y ajoutent des gravas de souffrance au lieu du terreau riche des m'eaux de vie. (L'aime, haut de vie, comme on dit haut en couleurs.) Ils ressemblent à des hérissons toujours hérissés, à des rouleaux de fil de fer barbelés. Ils passent dans la vie en griffant, en écrasant les fleurs de la sensibilité. Ils ne le savent même pas. Ils sont aveugles et sourds. Ignorants. Grossiers avec la vie et

les enfants.
Aimer est-il sans adresse? Ou bien ne vise-t-il qu'un insensible miroir aux alouettes? Appeau des pas... A pas des peaux Juste à l'affût qui toujours biaise....

30 novembre, à la suite....

Le silence traÎne toujours à la queue des mots Illes appesantit de malaises, méconnaissant leur prix et leur poids de vie. Comme un petit cercueil du sens qu'ils 23

Au fil de l'eau feignent de porter à la rencontre, qu'ils ne font jamais, des choses qu'ils évoquent. Comme une ombre tenace sur le meurtre qu'ils commettent... les mots ne se séparent jamais de la traÎne de velours noir de leur épousée Comme d'un voile sur les choses disparues dès nommées... Chaque mot est enchâssé dans le silence des choses. le mot, une vibration adressée au mutisme têtu des objets, son d'un songe éter-

nel....
Silences qui ratent autant leur cible que mes maudits... mots d'amour inaudibles.....

Des mots rendus muets par tes oreilles... C'est ça l'horreur d'aimer! la surdité est le violeur De l'amour. la surdité et son complice, le malentendu sont les violeurs de l'amour. Novembre vient juste de trépasser dans ses manteaux gris et gris. Pendant des années j'ai connu ce mois en vadrouilles, des jours entiers dans les champs, à la chasse, aux côtés de celui qui a rejoint la grande prairie. Ce n'était pas un mois triste, malgré la garde robe des lumières qui l'habillent après la fête des morts et la Toussaint. les crises en t'aime... les fleurs de toutes les amours mortes... je n'entends plus tes pas depuis des jours et des jours, ni le bruit du fusil que tu cassais avant de le ranger... les choses bien rangées. Quelque chose grince, mal huilée d'une absence Ton nouveau silence fait si mal aux oreilles...

Septembre
Novembre... Décembre Mois
D'ambres effacés Poussières de larmes Qui ne désarment Jamais l'oubli

24

Décembre

2002

Dimanche

1er décembre 2002, sur la route de NoëL....

Chaque mois de l'année, un poème je t'écris, un bouquet te dessine et puis vais les planter aux pieds de ton ombre... Traces invisibles de chairs sans lendemain. Le pluriel modifie le vers: « Corps soudés aux rochers immobiles des silences. » Désert de statues... érigées au milieu des dunes immenses lacs des mots de sable du silence Le soleil immobile s'est dressé impavide à ton ultime beauté. Chiffres et aiguilles s'effacent du cadran de l'horloge Les miroirs glacés de la nuit pleurent sans un bruit, graves du rythme de nul son qui résonne... au lointain. Lundi noir.

Du premier cri au dernier souffle invisible Les aiguilles du temps tissent en blanc et noir L'horizon infini de l'horrible miroir Tracé de ton sourire devenu illisible.
Lundi noir où l'écho gronde encore sévère: « Corps soudé au rocher immobile du silence. »
Le feu a regagné l'âtre depuis quelques jours. Lit des dimanche qui contraste avec le jour sale, venteux, noirci de pluie, là, dehors, le froid s'agrippant, avec acharnement et décharnant les arbres déplumés. Illes

25

Au fil de ['eau

enserre de ses tenailles invisibles, jusqu'à ce qu'il montre son gel blanc, bien visible. Toutes les années finissent par descendre du calendrier en décembre. Les mois en robes de jours comme de jeunes femmes quittant la calèche les unes après le autres... Les buvards sont bavards, ils racontent, si vous êtes capables d'attention et de curiosité, toutes nos erreurs d'écriture. On peut dire: il y a des erreurs de la rature! Des écrivaillons, des rimailleurs....

Mes premiers vieux buvards rouge sombre tenaient chaud à mon cœur et à mes mains d'enfant de 6 ans. J'y appuyais mes paumes, ils remplaçaient les mains douces de celle qui ne serait plus jamais présence à toujours me rassurer. Certains, déjà idiots, les déchiraient et en faisaient des boulettes denses en les mâchouillant de leur salive épaisse. Ils les envoyaient avec, pour fronde, des élastiques récupérés sur des pots de confiture, violemment sur la joue de ceux qu'ils n'aimaient pas. Déjà haineux, déjà imbéciles, futurs hippopotames de la grossièreté commune, héraut de la bêtise et de toutes les méchancetés qu'on peut infliger à toutes les formes de vie.
Mes buvards buvaient déjà ['encre de mes petits soucis d'écolier de mes pensées d'enfant. et [a fumée violette

Mes oreilles brûlaient d'otites à répétition, il y avait des mots comme des coups de fusil qui explosaient mes tympans. J'avais déjà compris que toute la souffrance du monde passait par les mots et que les mots mouraient de n'être pas entendus. À 7 ans j'avais décidé que, quand je serai grand, je ferai un métier de paroles, pour ouvrir les oreilles des gens. Je ne concevais pas qu'il puisse y avoir d'autre chemin pour atteindre leur cœur. Le monde sourd des grandes personnes qui m'entouraient de solitude, je le quittais, dès lors, pour entrer dans celui des livres à vivre, mes nouvelles vivres du royaume

des mots....
Mon corps est devenu un buvard avide de paroles de vie. Malheureusement ce buvard, sans défenses, est imbibé, quelquefois, de paroles délétères. De celles-là qui donnent envie de mourir, qui tarissent les sources d'aimer et grillent, comme un lance-flammes, les fleurs à peine nées offertes dénudées au regard de Lumière.
Ébloui par l'éclair d'un jet d'encre transformé en beau dire par la plume sur le blanc de la feuille. Feuille devenue boÎte à lettres... Est-ce que toutes les lettres boitent? Tous les facteurs bOÎtent les lettres factrices des mots ou factice des dires L'être à mot... letramot... Lettres

26

Au fil de ['eau

Objets pour les besoins, objets de plaisirs, objets d'amour, objets abandonnés. Objets de désir. Et les objets auxquels personne ne porte plus attention. (Comme à une femme laide.)
Le livre de la vie est infini.

Les objets, la main, le regard. Comment créer ces objets à partir de nos sens, avec la parole seule, la musique, les rythmes, les formes et les couleurs, autant dire les odeurs, les parfums des mots. Comment cuisiner, avec les mots, des festins de vivre et d'aimer? y a-t il un cœur des mots qui bat? Tous les mots ont-ils un cœur? Et les mots cœurs (moqueurs) ne sont-ils que la moquette (mot quête) des mots?
Parmi les épices de la vie, (ce qui donne son goût à : vivre) il yale rire, la douceur, les frissonnements frisés du désir, les regards brillants d'envie, les mots d'esprit et leur tendresse, parfois mordante, le tact, la rigueur et la délicatesse de la surprise du trait qui atteint sa cible: dire au vif du sujet. Souvent, de cela, il vous hait en un premier mouvement de sa chair qui se libère des crocs des mots de sa mère, après, quelquefois bien longtemps, il ne vous en aime que plus...... Mais revenons à ces objets qui sont entrain de me glisser des mots. À la sensibilité, mot à femmes à femmes et d'amour. ( !) Une femme toujours déjà ailleurs. À faire ailleurs...

Tiens, enquêter sur les mots qui portent la mort, ça peut mener quelque part. Au coupable? À faire mijoter mes courts brouillons d'écrits....
Sur les m'eaux de vie je risque de rencontrer les douaniers aux carrefours de mes ivresses de rires. Et leurs képis vont tomber sur mes mots... les mettre au garde-àvous H! Je préfère mes odeurs de campagne, celles qui donnent des hauts le cœur aux nez des citadins aseptisés aux déodorants de la vie. La boue d'hiver, bien grasse, où la botte s'enfonce en glissant dix centimètres de plus que prévu, même si le pas est précautionneux; la bouse, bien fraÎche et herbeuse, acre au nez; le fumier fumant au premier gel, et son relent insistant et suret velouté, écoeurant d'insistance, promesse de récolte foisonnante. Comment ces chants des parfums de la vie ont-ils pu devenir les parias de millions d'insensibles, désensibilisés à coup de tonnes de béton dans le nez? (NaÎt). Je veux que chacun de mes mots, comme une fleur, porte un fruit de vie.

Les mots de notre langue française sont joueurs et menteurs, mais menteurs pour ouvrir à la vie pas pour la tuer, joueurs pour donner envie d'aimer plus, toujours plus Comme un coquelicot Mesdames... 27

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.