Butins

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Michel Gelin signe avec Butins un très beau recueil de poèmes illustré dans lequel cinq thèmes se partagent les chapitres : les fables, les sentiments, la nature, la société et le terroir.


Publié le : jeudi 10 avril 2014
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EAN13 : 9782332634238
Nombre de pages : 152
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-63421-4

 

© Edilivre, 2014

Préface

On peut s’attarder longuement à essayer de définir la poésie, il est de loin préférable d’écrire des poèmes. L’aventure n’est pas sans risques, car, au désir ou au besoin de s’exprimer, il faut pouvoir intégrer des exigences de formes qui relèvent d’une subtile alchimie. En offrant au lecteur ce recueil de quatre-vingt-trois poèmes s’échelonnant depuis sa jeunesse, Michel Gelin donne la preuve qu’une grande connaissance des classiques peut s’accommoder d’une sensibilité contemporaine, ce qui est d’ailleurs le privilège autant que la définition du classicisme. Gardant une entière liberté d’inspiration, ce poète – Spadois et heureux de l’être – fait sonner ses vers selon diverses métriques et présentations, allant jusqu’au calligramme, et n’hésite pas à aborder des thèmes éternels tout comme d’autres, proposés par la vie quotidienne de ce XXIe siècle.

Une fréquentation constante de maîtres tels que Victor Hugo, Charles Baudelaire ou Paul Verlaine insuffle dans les vers de Michel Gelin un phrasé musical qui glisse avec souplesse sur un vocabulaire choisi relevé de temps à autre d’un mot rare comme un bijou discret sur le corsage d’une élégante.

L’auteur n’adopte pas ici une progression chronologique, cinq thèmes se partagent ses poèmes, qu’ils soient œuvres de jeunesse ou de maturité. C’est fort bien ainsi, l’éventail proposé montrant la continuité d’une inspiration capable de s’exprimer dans les nuances d’un arc-en-ciel qui rythme le temps au gré des sentiments.

Albert Moxhet

 

I

Fables

La Mulote et le Muscardin

===================

Madame le Mulot, Mulote si l’on veut

Courait, moustache au vent et la truffe fébrile,

Allant, venant, cherchant de son aveu,

L’épi bien engorgé, l’escargot juvénile.

Dans le jour déclinant − l’ombre gagnait les creux−,

Elle n’aperçut pas la démarche sénile

D’un senior muscardin aux gros yeux globuleux

Qui, c’était évident, quittait son domicile

Le choc fut violent, l’accident désastreux.

La mulote y perdit (mais c’était la fautive),

Outre un épi de mil, un limaçon juteux,

Sans compter un grand coup tuméfiant ses gencives.

Le muscardin dodu, rembourré jusqu’aux yeux,

S’étonna sans broncher, dilatant les pupilles :

« Avez-vous bu, Madame, quelque vin liquoreux

Pour débouler ainsi par ronces et myrtilles ?

Depuis six mois, je dors d’un sommeil généreux,

Me réservant les temps des belles éclaircies,

Des nuits peuplées d’étoiles et des jours chaleureux,

Et vous, dès le réveil, vous renversez les quilles !

Moi, j’aurai plus d’années en coupant tout en deux

Moitié mise à Morphée et moitié pour la vie.

Je garde à mon plaisir les moments de ciel bleu

Et conserve mon âge en sage léthargie. »

La mulote souffla : « Quoi, vous êtes de ceux,

Qui pour vivre plus tard, prônez l’anesthésie !

Vous n’avez de ce temps qu’un vide comateux

Quand moi je cours, je sens, je goûte et m’éparpille. »

« Boff, fit le muscardin, d’un ton très onctueux,

Si c’est là votre lot, je n’en ai pas envie.

Vous oubliez, Madame, qu’en refermant les yeux

C’est un champ fabuleux qui pour moi se déplie.

Mes longs songes d’hiver s’enchantent de tels lieux,

Merveilles, découvertes, aventures inouïes,

Qu’ils valent en beaucoup plus vos ébats dispendieux

Et m’en coûtent bien moins de perte d’énergie ! »

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Chaperon-Rouge

=============

Et si Chaperon-Rouge avait mis sur sa tête,

Mieux qu’un pourpre bonnet, une charlotte… honnête,

Si sa mère avait su, de prévention sage,

D’un châle large et noir entourer son corsage,

Si d’un coutil bien gris, fût fait son tablier,

Si d’un osier rugueux, fût tressé son panier,

Et si ses petits pieds trottinant par les bois

Fussent de bouse brune aspergés de surcroît,

Le loup n’ayant pas vu cette tache écarlate

Eût sans un vain regret regagné ses pénates…

Eh quoi ! Ce rouge éclat traversant la forêt

Qui, perçant le hallier, par instant, apparaît,

Ne pouvait qu’aguicher cet instinct d’une race

Dont le sang fit toujours l’irrépressible audace !

L’homme est bien peu constant dans tous ses jugements,

Ce qu’il honnit ici, là-bas trouve argument…

Il parait qu’en un art qu’on célèbre à Séville

On peut beugler « ollé » de manière civile

Quand la muleta volte en face du taureau…

Sur l’un, crier « ollé » et sur l’autre « haro »

Quand c’est le même instinct que le rouge taquine

Et que, le crime en cours, la même mort chemine,

Il faut que la morale ait un fâcheux défaut !

Y avez-vous pensé, Monsieur Charles Perrault ?

Car le peuple commet une injustice énorme,

Pèse en bon son plaisir, en délit l’incident,

S’horripile au forfait… là dénonce une dent,

Mais s’ébaudit ailleurs quand s’enfonce une corne !

Le monde est bien partial, ci, blâme la faim d’un loup,

Mais prise un meurtre vain au théâtre andalou !

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Le fraisier, la citrouille et le nain de jardin

========================

Dans un jardin discret, par un nain protégé,

vivotait gentiment un petit potager.

Y croissaient, séparés par une bordurette,

des fraisiers, sauvageons venus à la sauvette

et l’espoir avéré d’un plant de potiron.

La fraise, on le sait bien, projette des stolons

lancés par-dessus bord, accrochant des racines

au moindre espace ombreux que son instinct devine.

La bordure franchie, le lieu vite investi,

le fraisier se propage en ce terrain conquis.

Tant de grappins fourchus… et sa racine… unique !

Le jeune potiron, dans le moment, panique ;

car c’est vrai, peu à peu s’installe autour de lui

un gazon de feuillage en vigoureux treillis.

Au fraisier conquérant, tout d’abord il expose

qu’en légitime droit, c’est lui seul qui dispose

du quartier cadastré entouré de béton.

Là-dessus le rampant, piqué, hausse le ton :

« Quel droit ? Mais c’est celui de l’opiniâtre race

dont l’ardeur et la foi colonisent la place !

Un seul pied vous suffit ; il m’en faut cent bientôt ! »

Le bébé potiron n’a pas droit de véto :

« J’étouffe » implore-t-il, « votre avide verdure

se plait à recouvrir mon assiette et sature

d’un filandreux tissu mon espace vital !

Un tel encerclement, risque d’être fatal ! »

Consulté, lenabot, en veine de prudence,

console, temporise et prône patience…

– Attendez donc l’été, la fraise a sa saison.

– Oui mais, passés les fruits, reste leur garnison !

– Laissez, laissez passer… à tout qui sait attendre

la nature pourvoit… s’ingénie à défendre…

– Oui da, en attendant, grandit, s’épanouit,

se constellant de fleurset mignotant ses fruits,

ce vil envahisseur qu’une ivresse gourmande

excite à déborder sa propre plate-bande !!

Tant va le fil des jours en fertile façon,

que s’enfle, potelé, le petit potiron.

Il s’accroît, s’arrondit, au dépit n’en déplaise

de l’impudent tapis où se répand la fraise.

Le printemps accompli, passée la Trinité,

les fraises ont vécu, les gourmands dépités

gisent exténués de tiges trop nombreuses.

Et… la citrouille étend ses formes généreuses…

Dès lors, c’est le fraisier qui proteste et gémit :

« On peut grossir un peu, là, ce n’est plus permis.

Cet énorme séant, de son volume, écrase

ma végétation de cinq mois sur sa base ! »

Le ton monte d’un cran dans le petit jardin.

Et l’on entend bientôt des propos assassins :

« Tire-toi patapouf, cramoisi, plein de soupe,

de chair molle farci du poitrail à la croupe ! »

– « Ferme la, vert serpent, tentacule visqueux,

minable envahisseur… prédateur par les queues… »

Si bien, qu’horrifié de tant d’impertinence,

le nabot, suffoqué, perd l’habit de faïence :

« Du calme, intervient-il, modérez vos réflexes.

La nature est partout différente et complexe.

L’essor des uns se plait d’étendre sous le ciel

un précaire rideau de biens superficiels.

D’autres dans le profond, font germer sous la terre

la fécondevigueur de géants centenaires…

De racine, il n’est point qui ne fasse surface

maisc’est la profondeur qui révèle la race. »

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Bel canto

=======

Jamais juin n’avait vu de si vive allégresse

Autour de l’étang vert où s’éclatait gaiment,

Des grenouilles en rut, la printanière ivresse.

Le jour ensoleillé s’éteignait lentement,

Et la nuit s’avançait scintillante et ravie.

Une jeune grenouille, en excitation,

Lança le contre-ut de cet hymne à la vie

Qui cambre le poitrail de sa condition.

Et s’enfla sous la lune une rengaine telle

Que nul ne put dormir, aspirant qu’au matin

Cessât de ce refrain la vaine ritournelle.

Ce fut silence enfin. Mais un fourbe lutin

Souffla dans le tympan de la jeune grenouille

Que son chant valait bien la lumière du jour,

Que Chantecler lui-même, en son patois, bafouille

Et que vocaliser dans un autre séjour

Ferait d’elle une reine au lieu d’une rainette.

Aussitôt, elle saute au sommet d’un rocher

Et, le torse bandé, du haut de sa dunette,

Elle coasse au vent des trilles de cocher.

Si bien que sire Héron, passant dans les parages,

La gobe d’un seul coup… sans chercher davantage.

Tels aux autres attraits, les charmes de la voix

Ont d’audience leur temps, leur public et leurs lois.

La carte à puce

=============

Si Phèdre ou Florian, Ésope ou La Fontaine

Avaient, de leurs yeux vu,débaucher l’artisan

Le précieux acteur à sautante dégaine

Qu’ils figuraient parfois ; mais quitoujours présent,

Excitait, bien caché, tous leurs protagonistes,

Ils auraient déploré de perdre cet artiste…

Mais aujourd’hui, c’est àSilicone Valley,

Que l’oracle prétend modifier le décret

Et chambouler ainsi ce que Mère Nature

Enjoignit à la puce en son investiture.

Car les temps ne sont plus à squatter les toisons

Et les puces ont pris territoire et maison

Sur le glabre glacé du titre attributaire ;

L’insecte est devenu la puce identitaire.

J’eusse aimé mieuxl’état,asthénique, létal,

Où la métamorphose eût laissé l’animal,

Mais je crains fort hélas qu’un gène redoutable

Transfusant au mutant un instinct détestable,

Se jouant des calculs des électroniciens,

Attente à mes avoirs… en épargnant les chiens.

Je me méfie un peu des facteursgénétiques,

La puce a pu garder ses accès frénétiques

Et feindre une torpeur pour me tranquilliser.

On peut être benoîte… et puis vampiriser.

Et, buveuse de sang, manquant d’hémoglobine,

À sucer mes euros, préparer ses babines !

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L’Eau et le Feu

=========

Moi, dit le Feu, je purifie

Je purifie aussi, dit l’Eau.

Moi, dit le Feu, je sacrifie

Je sanctifie plutôt, dit l’Eau.

L’Eau défiant le Feu, se prenant de querelle,

L’utilité de lui fut contestée par elle ;

L’affaire fut portée par devant Salomon.

« Madame l’Eau, fit-il, dites-moi pour de bon

En quoi vous affirmez votre suprématie ? »

– J’emplis les océans, les étangs, les...

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