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Ces langues que nous ne parlons pas

De
120 pages
L'oeuvre-poème de Michel Cassir effectue en chacune de ses lignes un recommencement surprenant : les mots de cette poésie se précèdent et se suivent en fomentant depuis les antécédences déjà inouïes des suites en avant où l'inépuisé se découvre comme certains de ses titres l'annoncent : L'Infini rapproché par les cornes, précédé de Théorème, dieux des dieux des dieux, suivi de Chronique d'ici-bas et aujourd'hui, Ces langues que nous ne parlons pas, suivi de l'Invisible pèlerin. C'est peu dire qu'à chacun de ses moments le texte excède ces promesses : Juste un plongeon à l'intérieur d'une emeraude fluide comme l'été au creuset d'une main...
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L’Inîni rapproché par les cornes Théorème, dieux des dieux des dieux Chronique d’ici-bas Ces langues que nous ne parlons pas Invisible pèlerin
Juste un plongeon à l’intérieur d’une émeraude uide comme l’été au creuset d’une main.
Chants de Maldoror
Poésies multipliant les sentiers de liberté
le génie des accidents de parcours pour une promenade unique.
Poète, éditeur et scientiîque, , né à Alexandrie en Égypte, a vécu au Liban et au Mexique avant de s’installer en France en 1986. Auteur d’une œuvre poétique exigeante et empreinte de surréalisme, il explore les formes et résonances de la liberté. Au monde dans son vertige et son ascèse.
N°104
Michel Cassir
Ces langues que nous ne parlons pas
Poésie
suivi de Invisible pèlerin
Préface de Christian Cavaillé
Ces langues que nous ne parlons pas
suivi de Invisible pèlerin
Levée d’ancre Collection dirigée par Michel Cassir Levée d’ancre est une collection privilégiant l’écriture poétique, créée en 2001 par Gérard Augustin et Michel Cassir. Elle se propose d’abord de publier, au-delà de la division des genres, la poésie sous toutes ses formes ; de la précise ciselure du vent aux nouvelles, y compris le « noyau de prose » par lequel l’œuvre exprime ce qu’il y a de plus actuel, dans sa construction d’un sens de la poésie. Ensuite, multiplier les accès à cette poésie, tant par les anthologies critiques, les ouvrages collectifs, que par les échanges entre écrivains et lecteurs, les rencontres entre la poésie, les différents arts et la vie. Dernières parutions 103 – Christian CAVAILLÉ,angles de pluie, 2016. 102 – Armando ROMERO,L’arbre digital. El arbol digital (édition bilingue), 2016. 101 – Hervé BAUER,À l’article de la mort baroque, 2016. 100 – Gérard AUGUSTIN,Ariane sur la route du sel, 2016. 99 – Alain ROBINET,Ô ! ose tes bras ! Poaimes, 2016. 98 – Éléonore COMA,Fragments d’un exil, 2015 97 – Christian CAVAILLÉ,encontres, 2015. 96 – Tassos KOURAKIS,Le printemps est reporté jusqu’à nouvel ordre, 2015. 95 – Ahmed BENDHIAB,Jamila dit, 2015. 94 – Giancarlo CAVALLO,Spiralothèque / Spiraloteca. Vertiges / Vertigini (édition bilingue, traduction G. Cavallo avec M. Cassir), 2015. 93 – Alain ROBINET,Echographie, 2015. 92 – Haydar ERGÜLEN,Grenade ou Nar, 2015. 91 – Fady NOUN,Dans la nuit de diamant, 2015. 90 – Philippe André RAYNAUD,Assises, éclairs, marches lentes, 2014. 89 – Hervé BAUER,Des astres errants. Récits, 2014. 88 – Michel CASSIR,La fête prenant de vitesse l’obscur, 2014. 87 – Marc DELTA,Nus suivi de Triple saison, 2014. 86 – Paul RODDIE,Le ravisseur du monde. Taking the World by Storm, 2014.
Michel Cassir Ces langues que nous ne parlons pas
suivi de
Invisible pèlerin
Préface de Christian Cavaillé
LEVÉE D’ANCRE L’Harmattan
Du même auteurLe sang qui monte lucide, P.J. Oswald, coll. « La poésie est contagieuse »,1976 Innocence comme une racine flambée, Abeilles, 1977 Une étoile avala moi, Ed. des Prouvaires, 1979 Il est temps d'arracher l'oreille bleue du charme, Ed. St-Germain-des-Prés, coll. « A l’écoute des sources »,1986 A cause des fusées et de la mélancolie, Ed. St-Germain-des-Prés, coll. « Blanche »,1986 Il se peut que le rêve d'exister, L'Harmattan, coll « Poètes des cinq continents »,1991 Il n'est d'ange que de parfum, Ed. des Moires, 1995 Ralenti de l'éclair, L'Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents »,1995 Enluminure de terre, livre d'art édité par B.G. Lafabrie, 1995 Atelier de sable, L’Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents »,1999 Braise de galop,L’Harmattan, coll. « Ecritures »,2000 L’infini rapproché par les cornes, L’Harmattan, coll. « Levée d’Ancre », 2003 Les distances magnétiques, avec Antoine Boulad, L’Harmattan, coll. « Levée d’Ancre »,2005 Creuset de souffle, livre d'art édité par B.G. Lafabrie, 2005 Dieux des dieux des dieux, L’Harmattan, coll. « Levée d’Ancre », 2007 Itinéraires, L’épingle du jeu, 2011 Hors Temazcal, L’Harmattan, coll. « Levée d’Ancre », 2012 Point d’orgue, édition bilingue arabe-français, El Saqui Books, Londres-Beyrouth, 2012 Beyrouth clair de ruine, El Ayn, Beyrouth, 2012 La fête prenant de vitesse l’obscur, L’Harmattan, coll. « Levée d’Ancre », 2014 © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10250-4 EAN : 9782343102504
Percussions de l’inépuisé
L’œuvre-poème de Michel Cassir effectue en chacune de ses lignes un recommencement surprenant : les mots de cette poésie se précèdent et se suivent en fomentant depuis des antécédences déjà inouïes des suites en avant où l’inépuisé se découvre comme certains de ses titres l’annoncent :L’Infini rapproché par les cornes,précédé deThéorème,dieux des dieux des dieux,suivi deChronique d’ici-baset, aujourd’hui,Ces langues que nous ne parlons pas,suivi deInvisible pèlerin. C’est peu dire qu’à chacun de ses moments le texte excède ces promesses : Juste un plongeon à l’intérieur d’une émeraude fluide comme l’été au creuset d’une main. acte primal fusain de sang et de poussière. On ne sait, dans ces poèmes, si les rêves poétisent ou si la poésie fait du rêve son milieu propagateur, rêve agissant, rêve éveilleur et sur la brèche entre profondeurs nocturnes insaisissables et présences sensibles à reconquérir ; le poème-songe seul sait faire feu de tout bois, des élans comme des chutes, rayonner de nuit et de jour dans tous les éléments et sur toutes les lignes du monde, nageur et plongeur rejaillissant des échecs mêmes, son envol traversant les cercles de
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poussière et de feu, il réinstaure la présence tour à tour d’incarnation et d’enracinement sans ancrage définitif par la multiplication de points sensibles, ponctuation de dessaisissements et de saisissements qui accidente les plus mornes surfaces, tapis vole. Les cauchemars incen-diaires et inquiétants aiguisent aussitôt l’étonne-ment et provoquent le réveil des magies, les sautes de vent dans les crinières, l’accélération des chevauchées désultoires, la multiplication des traits lancés avec la vitesse lucide des mots délivrés qui tracent au sol un cercle d’incan-tation par-dessus lequel ils bondissent aussitôt. Errant et pensif le songe s’interroge en boucles et spirales, se rêve lui-même et nous rêve à contre-pente des précipices en vives lueurs puisées dans l’ombre. Les mots caressants et mordants aux lèvres qui disent « je », qui disent « nous ». Je tourne le dos au sens défilant et devine à tâtons la mutation. Ni tortue ni lévrier à pas d’homme immobile détournant la vélocité. nos pieds errent danseurs fous dans une cage qu’aucun singe ne nous envieraitmais nous avons largesse d’opprimésfaisons vibrer quotidien pour en faire secrètes musiquesCar le rêve attentif jamais évasif du poème vibre sans trembler, sans prendre non plus la pose d’ostensibles morceaux de bravoure engagée ou de ronds de jambe empathiques et emphatiques, cheval de Troie qui déjoue la rhétorique des haut-parleurs. La colonisation incrustée,Gaza
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poème coincé dans les entrailles,un ciel rétréci parcouru de drones, une terre encombrée de ferrailles, les souffles empoussiérés et haletants de la résistance dans les tunnels, la rage des ongles incarnés dans les murs. Beyrouth, égouts à ciel ouvert, luxe tapageur, lueurs résilientes dans les ruines et la reconstruction destructrice. Et ici ou là fils barbelés doublés de fibre optique, ondulations siliconées, tentacules électroniques, machineries cybernétiques incorporées, glue des écrans tactiles, regards torves de zombis, bonimenteurs de la foire moderniste quand la circulation des choses et des hommes n’est que trafic d’influence et que les migrants en masse font oublier les migrateurs. Souplesse inflexible du poème qui multiplie les jetées, les têtes de pont et les coups de main passe-muraille contre la chose et le mot « camp », contre ce qui opprime et ce qui oppresse, contre la double mort, la massacreuse et la doucereuse, celle de la dissuasion et celle de l’anesthésie. D’une même générosité, le poète et le poème ne cèdent rien au rien ; il n’est d’absolu renversant en soi et hors de soi que l’amour, l’amour des êtres et des choses dispensé-égrené sans compter, l’amour pas à pas des proches et des lointains, l’amour qui révèle par surprise mais à point nommé des singularités dans l’ordinaire même, l’amour résolu et discret, confiant et inquiet, sans solution terminale insistant malgré tout. bond de front bombé par la pertinence soudaine de l’amour qui flotte comme un tronc sur les eaux troubles de nuit lever le front comme un ballon cosmique
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Par anaphores entrecroisées, par énumérations relancées et rompues dans la variation des éclats et reflets, des échos ou homophonies subtiles, par courts-circuits plus vifs que des oxymores, au point de dépayser et de re-paysager à l’instant et sans cesse les entours, par ellipses vertigineuses, juxtaposition d’appo-sitions, d’indéfinitions ou d’approximations suggestives en un phrasé délié dont la tenue se passe presque toujours du verbe « être », par des noms propres de personnes et de lieux dont la singularité est si forte et si présente qu’elle imprègne chacun des autres mots, par des compositions aux rythmes de tambours et de lyres étranges tour à tour accentués et mis en sourdine, rompus ou infléchis et en contrepoint les uns des autres, percussions insistantes ou mates, souffles de marche, de nage et de vol qui épousent et rendent à eux-mêmes ondulations serpentines, bonds et déchirements, ces reliefs et ressauts dans la chair du monde auxquels se fient les gestes vivants et les mots du poème. mots d’écume quelquefois d’enclume ces boues sublimes refondent les entrailles illuminent le teint et tapissent la gorge de chats sauvages les mots fuient vers les falaises ces boules de feu dévalent le haut gel imaginaireOrient méditerranéen, Orient asiatique, Écosse, Mexique, rues et squares parisiens, baie de Naples : points de chute et d’essor, les lointains soudain tout proches, à la vitesse d’images qui
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contractent l’espace- temps, avec la tendresse de regards posés sur la beauté ici-bas multi-pliée là même où on la défigure.Ralenti de l’éclair: ces envols et ces pauses sont ceux d’un faucon pèlerin de Sibérie, migrateur extraor-dinaire qui fit étape plusieurs années de suite sur un très ordinaire balcon, sa sauvagerie se laissant approcher sinon apprivoiser, la fulgurance de son vol un temps retenue et presqu’en repos. Le faucon pèlerin serait le double du poète d’instinct en nous et une image privilégiée de la poésie en ses essaims de mots sensibles sur toutes leurs faces et à tous leurs angles quand l’infini, l’invisible, l’informulé et les ressources du silence viennent transir le fini, le visible, l’ordinaire du langage et qu’il faudrait conférer au préfixe de ces trois mots apparentés, à la fois un sens négatif et un sens locatif : in-fini dans le fini, in-visible dans le visible, in-formulé et in-ouï à même les mots les plus simples, l’infra- et le surréel surrections du réel. Le dessein des yeux bandés est celui de la poésie. Il anticipe la disparition et l’avènement du prodige encore chaud de ses feuillages. L’air de soi-même coupe levée à labrise célébrant la peau de passage sur la terrasse à l’affût de faucon Ces langues que nous ne parlons passuivi de Invisible pèlerintouchent le fond et la surface des violences et des ressources inépuisées à
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