Chants d'amour et de combat

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Ce recueil désarçonne d'abord par sa violence extrême, ensuite par son infinie tendresse. Djamal Benmerad, nourri dès l'enfance de culture révolutionnaire, nous indique son passe-temps favori : "De ma plume rouge et franche / j'épile les jours qui nous séparent / de l'ouragan promis / qui lavera la terre / de ses bourreaux." Journaliste d'investigation, il a travaillé dans plusieurs journaux algériens dont Le Matin, Alger Républicain, Le reporter du Sahara, tous dissous par le pouvoir.
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296694965
Nombre de pages : 145
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A la mémoire de ma mèrequi futlesourire deDieu sur terre etde
mon pèrerésistantanti-colonialistetombé lesarmesàlamain ; ils
sont plus vivants que jamais
AuChe
A Fidel Castro
A HugoChavez
A EvoMorales
A Kheira Benmerad, masœur
A Réda Benmerad, lef’hel
Amon frèreRédouaneMalek, mariéàlaRedjla
AmonamiHenriAlleg, pourcequ'il futetpourcequ'il demeure
AlafamilleJuge, deTournon, les seulsjuges sympathiques que
j’aieconnus
AmesonclesBentroudi, deTournon
A NesrineLaouari etJonathanGagliano,affectueusement
AmesfilsNazim etAmine
Amon épouse

SCORPION

Pareil au scorpion
Toutecolère dehors
J’avanceavecle feudujour
Etle premieresclaveque jerencontre
Je leremplisde maviolence
Je le pousse enavantmalancedéployée
Et que la verve des scorpionsle prenne
Et que leventdufeul’enlève
Chaque jourplusléger

Kateb Yacine

LETTRE D’UN POETE BERBERE AUX POETES
DU MONDE

Etrepoète,c’estne prétendreàrien et vouloir tout.C’est
d’abordaccompagneretchanterlarébellion.Pourquoi
écrivez-vous, me demande-t-onaulieude poserlaquestion
aujugequirédigeuneréquisitioncontre desouvriersen
grève ouà celuiqui faitlouangeauxmaîtresdumoment.
Etre poète,c’estne prétendreàrien et vouloir tout.Quand
on écrit un poème, on écrit toujoursleseul poème possible,
c’est-à-dire le prochain etoncaresse ensecretlevœu qu’ilse
mue entag,comme ilyadixmilleans, mesancêtres
gravaient surlarochesaharienne des tagsauxquelsona
donné le nom degravures rupestres.Aujourd’hui onréprime
les tagueurscarils s’approchent trop prèsdesmursderrière
lesquelsonviole lesjeunesfilles.
Quand on écrit, onsesouvientdetout.Onsesouvent que
lapoésie estlapremière parole.Parole derévolte, parole
brimée, étouffée, empêchée parles uniformesetles qamisde
se faire entendre.Parolequi, en premier,vientàmanquer.La
poésie interpelle laquiétude etlesilence,silence des
consciencesmenottéesàleurconfort.Lapoésieassumealors
lafonction d’empêcheurdebéerenrond etenchœur, pareille
àun grosnuage prêtà crever.
Lapoésie estl’inverse de lasolitude,carlasolitude, elle,
porte desnoms.Lasolitude,c’estlesilencequi dure et tue.
C’estaussi notreasservissement.Lapoésie estl’opposé de la
soumission.
Lapoésie,c’estl’adolescence,cetteadolescencequi
s’étonne detout, l’adolescencesi prompteàlarévolte mais
quesoumettentlesgémissementsamoureuxde l’amante.

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Mais lapoésie est souvent une plaie,une plaiequi
s’insurgecontre d’autresplaies commeun pleurd’enfant, la
soif dunomade oulafaim duquart-monde.
Lapoésie peutêtreaussi l’erreur souhaitée,une erreurpas
une faute.Ainsi j’aiaffirmé dansmon premier recueil de
poésie,Chantd’impatience(1) publié en 1988,que
« l’écriture estl’antichambre »du suicide.Vingtet unans
après, jesuislà,vivant,rectifié parla vie, lesfemmes
m’aiment toujoursetjecontinueàécrire deslivres.
Alorsj’ai préféréAchouiq(2).
Le poètesesentchezlui «partoutoùl’hommese
redresse» (3).Ils’autoproclamesentinelle dumonde et, par
une perversion naturelle, lapoésie devient traumatisme
auquel ons’habitue etelles’accomplitense lovantdans
l’agitationsociale etdurable.
EnNumidie, lapoésie est uneseconde nature,telle l’espoir
ellecolleàlapeau.Chaqueberbère est unsniperdu verbe et
lespoèmes sebousculentenautantde murmures qui esquivent
lebrouhaha.C’estpeut-être pourcelaque nous sommes un
désespoirde l’« intégration »,carl’intégration exige d’être
unebranchesèche d’unarbre mort.Or, notrearbre est vivant
etontransportesesfruits, parfoisamers,comme ontransporte
sonbaluchon enattendantdetrouver unchez soi.Etchez
nous,c’estla Numidie,ce fantômequi habite mesinsomnies.
Lesnuitsd’exilsontaussiblanches que lesneigesde mon
Djurdjuraetaussisèches que lesirocco de monSahara, mais
je faisdes rêvesaussicolorés qu’untindi(4)unsoirde paix.
Voilà :jecherchais une finà cette lettre immodeste etje
viensde latrouveren l’héritage deJeanSenac,un poète
Algérienévidemment assassiné:«J’ajoute lespoints, le
virgules.Soyonshumblesas :nsmon peuple je neserai
qu’arbresec».
DjamalBenmerad

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(1)Chantd’impatienceaété publié enAlgériechezl’Enal,
ex-SNED.
(2)Achouiq:mélodieberbère.
(3)MessaourBoulanouardansLameilleure force.
(4)Tindi:fêtetouarègue.

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