CHAQUE JOUR L'ESPÉRANCE

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"Défendre la vie contre la mort ambiante, voilà tout le propos de Tanella Boni. Dire pour chaque jour l'espérance qu'il porte. Car écrire contre l'horreur n'est pas poursuivre indéfiniment la tentative de dire le désastre innommable. C'est chanter la force de vivre et d'espérer. Cette manière de voir est celle de Tanella Boni, poète et philosophe qui, à la négation qu'est le refus de la mort, préfère l'affirmation de la force de vivre et d'aimer.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296275775
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Chaquejourl~spérance

Du même auteur
Labyrinthe, poèmes, Editions Akpagnon, Lomé, 1984. Une vie de crabe, roman, Nouvelles Editions Africaines du Sénégal, Dakar, 1990. De l'autre côté du soleil, récits, jeunesse, NEA-EDICEF, Paris, 1991. La fugue d'Ozone, récit, jeunesse, NEA-EDICEF, Paris, 1992. Grains de sable, poèmes, Le bruit des autres, Limoges, 1993. Les baigneurs du Lac rose, roman, Nouvelles Editions Ivoiriennes, Abidjan, 1995. Il n'y a pas de parole heureuse, poèmes, Le bruit des autres, Limoges, 1997. L'atelier des génies, récit, jeunesse, Acoria, Paris, 2001.
Autres publications (ouvrages collectifs)

Légendes (poèmes sur photos), Laboratoire, Grenoble, 1997. Peau de sel (nouvelle) in Les chaînes de l'esclavage, Florent Massot, Paris, 1998. Chaque humain est la source du temps in Lettres aux générations futures, UNESCO, collection cultures de paix, Paris, 1999.

Tanella Boni

Chaque jour l'espérance
Préface de Souleymane Bachir Diagne

L'Harmattan

Collection Poètes des Cinq Continents dirigée par Maguy Albet, Geneviève Clancy, Léopold Congo Mbemba et Emmanuelle Moysan
La collection Poètes des Cinq Continents non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d'ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Dernières parutions

292 - Patrick RAVEAU,Paroles, en cepays muet, 2001.
293 - Anne de COMMINES, L 'Anabsence ou la Neige de soi. 294 - Patrick Berta FORGAS, Le secret des secrets. 295 - Chekib ABDESSALAM, Bleuir les doigts du monde. 296 - Raphaël HEYER, Vol de Feu 297 293bis -_Patrice LLAONA, Un pas tremblant dans le désert, 2001. 298 - Kama] Ben Hameda, Fragments de lettre à un habitant du centre. 299 - Cécile ELEOUT, L'être à l'autre. 300 - Marianne AURICOSTE, Lettre de Beauce, suivi de Conversation dans le noir. 301 - Mahamoud M'SAIDIE, Le Mur du calvaire. 302 - Jamila ABITAR, L'oracle des fellahs. 303 - Nasser-Edine BOUCHEQIF, Ode pour lafemme oubliée. 304 - Babacar SALL, Les voix de l'aube, 2001. 305 - MAÏAKOVSKI, Vers (1912-1930),2001. 306 - Jean MONNET, La criée au silence, 2001. 307 - Ahmed MALA, De cette nuit naissent les aubes, 2001. 308 - Jacques GUIGOU, Ici primordial, 2001. 309 - Stanislava SZCZYGLAK, le conte bleu, 2001. 310 - YoussefOUAHBOUN, Etreintes creuses, 2001. 311 - Victoria THEODOROU, Poèmes choisis, 2001. 312 - Claude LUEZIOR, Pour un tesson de lune, 2001. 313 - Salah AL HAMDANI, J'ai vu, 2001. 314 - Georges-Elia SARFATI, L 'heure liguée, 2001. 315 - Geneviève CLANCY, Vents des présences, 2001. 316 - Philippe TANCELIN, Cet en-delà des choses, 2002.

Pour Toi l'espérance étincelle parmi les étoiles l'espérance tapis bleu sous nos pas de silence

vis lumineux crée un poème et va : accrois l'espace de la terre Adonis

@

L'Harmattan,

2002

5-7, rue de l'École-Polytechnique

75005 Paris

-

France

L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-1803-5

Préface
Au moment de dire quelques phrases de cette préface que Tanella Boni m'a fait l'offrande de me demander, ce sont encore ses mots à elle qui viennent chercher les miens. Ecrire parce qu'il s'agit de défendre la vie contre la mort ambiante, dit-elle, par exemple. Voilà des mots à elle qui résument un texte, justement appelé Ecrire contre l'oubli, que Tanella Boni a fait parvenir, via l'Internet, à ses amis particulièrement attentifs alors à tout ce qu'elle pouvait sentir et penser en des heures sombres où autour d'elle c'était le bruit et la fureur.l En fait, Ecrire contre l'oubli parle d'autres écrivains parlant d'un pays, le Rwanda. Mais le Rwanda n'est plus un pays, c'est toute l' Mrique, c'est le nom de toutes ses peurs. C'est « la mort

ambiante».
Défendre la vie contre la mort ambiante, voilà tout le propos de Tanella Boni. Dire pour chaque jour l'espérance qu'il porte. Car écrire contre l'horreur n'est pas poursuivre indéfiniment la tentative de dire le désastre innommable. C'est chanter la force de vivre et d'espérer. C'est comprendre d'abord que la pensée de la mort n'est pas une pensée de vivant. Cette manière de voir est celle de Tanella Boni, poète et philosophe qui, à la négation qu'est

1. On peut lire www.africultures.com

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"Rwanda"

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le refus de la mort, préfère l'affirmation de la force de vivre et d'aimer. Chaque jour l'espérance est donc d'abord la rencontre que permet l'amour, ce miracle qui fait que l'on sort de soi pour rencontrer quelqu'un d'autre, et courir ainsi le « très haut risque» de « la vie à deux ». Parce qu'il faut pouvoir se retrouver ensemble par-delà le silence que chacun constitue, c'est une bien grande affaire, nous dit Tanella que de se rencontrer. Comme la mer, elle est chaque jour recommencée. Remettre sur le métier les mots qui se défont, renouer toujours les fils « de cette histoire qui tisse ensemble / ma peau de femme et ta parole d'homme », voilà l'espérance de chaque jour. Il est beaucoup question de mots chez Tanella et de l'amour qu'elle leur porte. De mots musique etflamme et de mots qui fleurissent; du mot fleuve où il fait bon se baigner... Et il est beaucoup question de peau aussi. «Je cherche », dit-elle, «le mot qui conte ma peau» ; et voici aussi qu'ailleurs la peau est «papyrus» qu'il faut savoir lire comme les lignes de la main. C'est parce qu'il faut comprendre une chose essentielle de l'amour, nous apprend Tanella, que seuls les mots rencontrent d'autres mots. Et donc, conformément au lexique que nous enseigne sa poésie, nous pourrons conclure que c'est dans la rencontre des mots que nous sommes que nos peaux, enfin, pourront se toucher. Alors elles pourront se faire accueil, ces peaux qui sont toute notre profondeur, dans les mots lianes en paroles et se creuser en sillons musique et balafon jusqu'à ce point enfin où nos silences se sont abolis et où, écrit Tanella, magnifiquement, la distance n'a plus rien à dire. Faire que la distance n'ait plus rien à dire, que la terre soit un seul pays et qu'elle rencontre le ciel, ce fut le rêve aussi de ces Icare que chantent les derniers poèmes de ce 8

recueil, ceux-là qui, après avoir regardé longtemps les avions aller ailleurs, ont fini par s'accrocher à leur train pour aller à la rencontre de la vie plus large de l'autre côté de l'horizon. C'est un conte d'enfant qui nous remet la Terre à l'endroit, écrit Tanella pour dire la morale de cette histoire de folie et de grandeur. L'un des enfants, on le sait, n'est revenu de l'au-delà que pour essayer encore et revivre jusqu'à en mourir l'effroi et l'extase de ne peser plus rien. Il est heureux aujourd'hui que ces enfants d' Mrique, qui furent les symboles de sa désespérance et peut-être aussi l'expression de sa force de vivre, aient trouvé l'éternité parmi les étoiles où les place Tanella. Par la grâce de l'amour qui sauve de l'oubli aussi longtemps que les mots se souviennent encore. Souleymane Bachir Diagne Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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I
lettre envoyée à la mer par-delà le silence

écrire le cri la vie une chanson promise à la mer au premier matin du monde le cri sourd d'un cœur de femme le cri colère quotidienne gravit la montagne du mot en rythmes et poèmes tripes et voix lianes et liens mille attaches meurent à rombre de soupirs mille attaches manquent une rencontre tirent leur révérence croisée en étincelle liens brisés parmi le chaos morceaux épars débris à coller au corps dedans le cœur agonise ô miracle un nouveau départ se dessine silhouette au vent la silhouette salue l'aurore chemin infiniment beau de l'éternité à risque à très haut risque la vie à deux

parole et souffrance muettes dites en deux mots en trois maux dites et libérons les cœurs libérez la souffrance la patience de la peau espace carcéral où agonise l'émotion à chaque soupir mais l'émotion salue le grand air à tout vent depuis les sommets jusqu'au royaume de l'herbe folle l'émotion vogue par-dessus la mer vagues et bateaux en poèmes mots-consolation sur une plage de sable mots ingénus et papillons éphémères dans l'herbe verte et lumineuse les mots abandonnent le cœur à sa souffrance première à sa patience de femme immensément patiente

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cette parole dite est une eau de source parfumée eau-gingembre eau-ananas eau-citron parole d'un beau roman qui jamais ne s'écrira à quatre mains à deux voix à deux souffles liés en gerbes arc-en-ciel les deux souffles sont des îles voisines dans l'océan de la vie les deux souffles s'oublient se désirent au même endroit séparément

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pourtant la vie les a rassemblés la vie voulait faire d'eux une pâte à modeler modèle de vie à deux un seul cœur un seul corps un temps une voix uniques à vue d'œil le Temps a mal dit ses contes le Temps a chiffré une humeur de trop l'humeur-fleuve de patience l'humeur-fiel d'espérance fleur de loyauté qui libère la vie des ombres invisibles toiles d'araignées vivantes ombres assassines du cœur ensoleillé

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