Christopher Brennan

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L'oeuvre de Christopher Brennan, poète australien du début du 20è siècle, de langue et de culture anglaise, est placée sous l'inspiration des deux grands maîtres français du symbolisme : Baudelaire, le précurseur, et Mallarmé, le chef de file. Ce recueil dévoile la filiation du poète australien avec ces figures, tout en soulignant l'importance que revêt la poésie symboliste pour un australien : l'expression de l'inconnu et l'aspiration à l'ailleurs trouvaient un certain écho chez les poètes de cette terre lointaine. Brennan s'inscrit dans cette parole : il porte la voix des déracinés de son pays, et pressent à travers leurs souffrances, les affres d'une gestation : celle d'une nation qui n'est pas encore, mais à laquelle il tend à donner une âme.
Publié le : mardi 1 mars 2005
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EAN13 : 9782296390898
Nombre de pages : 84
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CHRISTOPHER BRENNAN
Introduction suivie de 12 poèmes - textes et traductions - avec commentaires

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8000-8 E~:9782747580007

Simone KADI

CHRISTOPHER

BRENNAN

Introduction suivie de 12 poèmes - textes et traductions - avec commentaires

L'Harmattan

INTRODUCTION

Le poète australien Christopher Brennan (1870-1932) occupe encore une place marginale dans son pays. Très apprécié en son temps pour l'enseignement magistral qu'il donna à l'université de Sydney au début du siècle dernier, il fit connaître en Australie les grands courants de la littérature européenne par ses conférences retranscrites et publiées dans divers ouvrages et revues. De la même façon, c'est lui qui le premier porta à la connaissance du public australien l'œuvre des poètes français, pour la plupart ses contemporains (Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, etc.) ainsi que le mouvement symboliste et les poètes qui le représentent. L'œuvre poétique de Christopher Brennan bien que typiquement australienne, n'en reste pas moins très profondément marquée par la filiation littéraire française, en particulier par le symbolisme, et ses deux grands maîtres à penser, Baudelaire et Mallarmé dont il fut le disciple avoué. Cette filiation néanmoins semble avoir été à l'origine de l'injuste tour d'ivoire dans laquelle on enferme encore le poète. Certes, la poésie de Christopher Brennan n'est pas toujours d'un accès facile. Pour être appréciée à sa juste valeur, elle exige du lecteur la connaissance de poètes réputés

difficiles et «compliqués», de poètes qui en Australie ne sont pas à la portée d'un public de langue anglaise qui ignore souvent le français. Ce n'est donc qu'après un travail préalable de littérature comparée que l'australianité de Brennan peut enfm se révéler dans toute sa fraîcheur, son originalité et sa modernité. L'ouvrage que je présente aujourd'hui se compose d'une introduction et de douze poèmes que j'ai traduits et commentés sommairement. TI se propose de donner une idée de l'œuvre d'un grand poète australien juqu'à présent encore poète d'une petite élite. Pour ce faire et pour faciliter la compréhension d'autres poèJIles qui ne figurent pas ici, j'ai tenu à donner au lecteur un précis des rapports qui existent entre le poète, Baudelaire et Mallarmé. Une autre raison m'a poussée à écrire ce livre: le désir de réparer une injustice dont est toujours victime Christopher Brennan. Le poète est en effet le chef de file de toute une lignée d'universitaires qui, reprenant ses travaux, ont encouragé l'étude de la langue et de la littérature françaises en Australie et ont mené en France des recherches sur Mallarmé et les symbolistes. D'autre part, par son œuvre critique et poétique, il introduit une sensibilité française dans la littérature australienne. TI m'a paru donc indispensable d'attirer l'attention du public et des intellectuels français sur ce poète qu'ils ignorent trop souvent. Un poète exceptionnel par l'envergure, la richesse et l'originalité de son œuvre et qui devrait prendre place parmi les disciples de Baudelaire et de Mallarmé au même titre que les poètes symbolistes de son époque.

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Christopher Brennan est né à Sydney le 1ernovembre 1870 de parents catholiques irlandais qui avaient émigré en Australie. Son enfance semble avoir été heureuse et choyée, et bien qu'issu d'un milieu social modeste son père était brasseur , il reçut une éducation fort soignée. TI fut élevé tour à tour dans les écoles paroissiales de St John (1877-1878) et de St Francis (1879-1880), à l'école conventuelle, The Good Samaritan, tenue par des religieuses de l'ordre des Bénédictins (1880-1881), puis au collège jésuite de St Kilda, plus tard rebaptisé St Aloysius (1882-1884). Ses parents très puritains rêvaient de le voir un jour accéder à la prêtrise. D'ailleurs l'enfant manifestait du goût pour les cérémonies religieuses et des dispositions pour l'étude. Cependant comme les Brennan n'étaient pas riches, le prêtre du diocèse, le doyen Sheridan, le prit sous sa protection et lui fit obtenir une bourse de l'archevêché. Le jeune Brennan devint donc pensionnaire au collége jésuite de St Ignatius dans la petite ville voisine de Riverview. Il y passa quatre années qui furent, selon ses dires, aussi agréables que studieuses (1884-1888). 11avait été convenu qu'une fois ses études secondaires terminées le jeune novice, alors fortifié dans sa foi, serait envoyé à Rome au collège irlandais où il poursuivrait ses étu?es pendant sept années. Ce projet, toutefois, n'eut pas de suite. En effet, pensant qu'il a perdu la foi et qu'il n'a pas la vocation, Brennan renonce à partir pour l'Europe et s'inscrit à l'université de Sydney (1888) pour continuer ses études. A cette époque il traverse une grave crise de conscience qu'il sunnontera plus tard. En attendant, il obtient une licence de langues anciennes (1891), suivie un an plus tard, d'une maîtrise de philosophie. TIa alors 22 ans. Un bel avenir semble s'ouvrir devant lui car l'université de Sydney lui donne l'occasion de parfàire ses études de grec et de latin en Europe en lui accordant une bourse de deux ans (The James ofIrrawang

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travelling scholarship), à condition qu'il s'inscrive à l'université de Berlin et y complète ses études. Dans la riche et puissante métropole allemande, alors carrefour des civilisations, le jeune homme se trouve' enfm à même de satisfaire ses goûts artistiques et littéraires et son penchant pour l'éclectisme. Malheureusement pour ses ambitions universitaires, ayant négligé ses cours à l'université, il rentre dans son pays sans son diplôme de fm d'études. Néanmoins ces deux années passées en Allemagne auront un retentissement extraordinaire dans son esprit. Berlin sera comme la caverne des Mille et Une Nuits, celle qui renferme les «trésors de l'occident» qu'il évoquera plus tard dans sa poésie. Pour le moment donc, le jeune Brennan ne songe qu'à profiter des plaisirs, du luxe et des raffinements qui lui sont offerts et dont il a été sevré dans son Sydney natal. Il va au théâtre, au concert, à l'opéra, ftéquente les musées, lit et se cultive. Pendant son séjour il s'éprend de la fille de sa logeuse, Anna Elisabeth Werth, qu'il fait venir d'Allemagne et qu'il épouse deux ans après son retour à Sydney (1897). Notons que c'est à elle que sont dédiés les poèmes d'amour de son premier recueil de poésies, Towards the Source. A l'époque où Brennan regagne l'Australie, le pays est plongé dans le marasme économique. Néanmoins, il trouve finalement un emploi stable à la bibliothèque municipale de Sydney (1895). Quelques années plus tard (1908), il commence à donner, pendant ses heures de liberté, des cours de latin, de français et d'allemand à l'université. où il avait été étudiant. Grâce à sa personnalité charismatique, il y remporte un tel succès qu'il décide alors de changer de profession. TIentreprend de nombreuses démarches pour

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