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Alain Mabanckou
CONGO
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada, du Fonds du livre du Canada et du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec. Mise en page : Virginie Turcotte Couverture : Étienne Bienvenu er Dépôt légal : 1 trimestre 2015 © Éditions Mémoire d’encrier ISBN 978-2-89712-375-8 (Papier) ISBN 978-2-89712-377-2 (PDF) ISBN 978-2-89712-376-5 (ePub) PQ3989.2.M217B647 2016 841'.914 C2016-940169-3 Mémoire d’encrier • 1260, rue Bélanger, bur. 201 Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 • Téléc. : 514 928 9217 info@memoiredencrier.comwww.memoiredencrier.com Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
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DULECTEURCONGOLAIS
Aurs les plus exigeants sont mesvec le temps, je me suis rendu compte que mes lecte compatriotes congolais. Dans les salons du livre, ils me regardent de loin. Ils redoutent de venir vers moi comme s’ils craignaient que je les o blige à se faire dédicacer mes livres. Un d’eux avait pourtant brisé le mur, accompagné de sa compagne camerounaise, et il était tout fier de me présenter à sa dulcinée : — Voilà, c’est lui l’écrivain de chez moi! Tu vois, il est comme à la télé, toujours avec sa casquette! Pendant un quart d’heure, mon compatriote m’a bross é la situation politique du Congo. Ses coudes étaient posés sur la pile de mes livres, ce qui dissuadait les autres lecteurs de se rapprocher. De temps à autre, il bra ssait les pages des ouvrages tandis que le libraire, plus que décontenancé, le fusillait du regard. Il a ouvert la première page deDemain j’aurai vingt ans: — Donc c’est ça votre dernier livre? Je vous ai écouté en parler à la radio, mais je ne l’ai pas encore acheté… La Camerounaise s’est emparée du roman pour aller v ers la caisse. D’un geste vif mon compatriote le lui a arraché des mains : — Tu fais quoi? Pourquoi tu achètes son livre alors que tu le connais maintenant? Les deux sont partis, et je les apercevais maintenant dans la foule, en pleine dispute… e J’ai croisé un autre compatriote dans le 18 arrondissement de Paris, rue de Panama. Il a foncé vers moi : — C’est toi l’écrivain en question? Ne sachant que répondre car je ne comprenais pas le sens de la formule « en question », j’ai opiné du chef. Le compatriote m’a proposé d’aller prendre un pot dans un petit bar congolais. Je ne pouvais pas me défausser car il insistait. Une fois que nous nous sommes attablés et avant que les deux bières q u’il avait commandées ne soient déposées sur la table il a murmuré :