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DANS LA BRUME DU TEMPS POESIE

De
118 pages
Dans la brume du temps est ce long cri du coeur qui traduit l'amour, l'attachement viscéral du poète vis-à-vis de ses racines africaines. En véritable tribun des hères faméliques du tiers-monde, le poète y prend fait et cause pour les déshérités de l'humanité et nous promène tout à tour sur les grandes tragédies qui ont ensanglanté le siècle dernier.
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Dans la bru
 
me du temps
 
 
 
    
  
 
Yves Junior NGANGUE        
Dans la brume du temps   Poésie
   
                    
 
         
    
    
 
     Cette uvre a bénéficié dune subvention du ministère de la Culture du Cameroun au titre du Compte daffectation pour le soutien de la politique culturelle  
 
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54620-2 EAN : 9782296546202 
  
 
 
 
 
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« Le poète est aussi avec nous, sur la chaussée des hommes de son temps » 
 
Saint-John Perse (Prix Nobel littérature 1970)
 
  
Avant-propos
Cher Yves, Je nai pas pu retrouver la préface que javais écrite pour ces poèmes. Il y a longtemps que je lavais apprêtée et que je tattendais. Tu te souviens quà plusieurs reprises, je tavais invité à passer à la maison. A présent que tu en as besoin, je ne la retrouve pas. Je lai perdue. Jai dû mettre sens dessus dessous tous mes boxes darchives, bêcher tous mes souvenirs, remuer, passer et repasser ici et là sans pouvoir rien retrouver. Jen suis presque tombé malade. Et du texte, je nai gardé aucun souvenir. Il a été lapé par la langue du Temps. Avec ma mémoire usée par les vents de toutes sortes, de la brise anodine à louragan impétueux, je suis désormais si peu armé pour être un lieu sûr. Rien ne dure plus en moi, à part la forme vaporeuse des objets abstraits et linerte dandinement des forces matérielles. Cest grâce à la page que ma mémoire a encore une existence. A lencre aussi, bien évidemment. Tu publieras donc tes poèmes sans préface, sans la mienne, en tout cas. Mais je souhaite que tu te souviennes dun texte perdu et dans lequel je tentais de mettre les clés dans la serrure de tes poèmes. Pour les ouvrir. Parce que toute écriture est porte close, et quil faut trouver une faille pour pouvoir y entrer, il me souvient tout de même, malgré ma mémoire effacée, que je découvrais quune immense générosité parcourt tes poèmes. Une écriture chaude, résolue à démanteler les mécaniques glaciales, à dégivrer les lourdes coagulations de lhistoire, à faire sauter les murs de Berlin. A montrer le visage contemporain de la barbarie et de lamour. Une écriture de la terre aussi, plongeant dans sa chair ferme et rouge ses rhizomes matriciels pour faire remonter vers les frondaisons ivres de vents la sève de lespoir. Je revois ton effroi devant la grande blessure de lAfrique ouvrant ses lèvres gloutonnes pour poser sur une terre démolie ses baisers sataniques. Si ma mémoire me revenais, je suis certain de pouvoir redire combien « dans la brume du temps », tu réussis dans tes poèmes à faire tam-tam de tout bois. Car tu parles de ton pays en termes lumineux, du continent frappé du syndrome génocidaire et
 
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des enfants soldats, de la nouvelle négraille diasporique à travers le monde répandue et méprisée ; de limpossible mais pourtant vraie Amérique, tu parles de tout cela, tu le dis avec les mots du cur et de la connaissance. Ici, lécriture est fille de la connaissance autant que de la somme des émotions reçues et partagées. Souvent, la phrase perd le verbe et montre combien la parole devient métaphore de lacier pour dire les « dark days at Freetown ». Autant que je me souvienne, tes poèmes sont une longue chanson. Ils trouvent dans lempâtement de lemphase, dans le délire de la répétition magique, dans la jonction du sublime et de lordinaire, dans la décongestion de la parole, le lieu de leur accomplissement. Il y a ce fond de jazz et de rythmes sauvages quils laissent en lâme, de splendides morsures dont il vaut bien la peine dêtre mordu. Moi, en tout cas, jai pris le parti de me laisser mordre. De prendre en mon sang le venin bienfaisant dun reptile -la poésie- aux sifflements et aux ondulations surréels ; de susciter dans loreille du monde une vibration nouvelle. Il reste tout de même au fond de moi, lespoir de retrouver un jour la préface perdue. Elle sera alors lenfant prodige, le retour à et en soi. Telle me semble être la signification de Dans la brume du temps, un désir tenace de dire à lhomme : allez, tu as trop longtemps traîné dehors, tu as passé le temps à errer, il est temps de rentrer à la maison maintenant. Jean-Claude Awono Président de la Ronde des Poètes Yaoundé, Parc national, septembre 2010  
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